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Chapitre 401 : Conversation de sourd
Je viens de tuer une fillette. L’idée me révulse suffisamment pour me stresser et me faire lâcher mon stylet. Non seulement c’était ma seule piste puisqu’elle était capable de dialoguer, mais maintenant je dois donc me méfier des personnes qui veulent se suicider en se servant de mes armes ?
Je vais finir par croire que c’est moi qui deviens fou. Il y a peut-être quelque chose dans l’air de cette ville, ou alors c’est l’altitude ? C’est peut-être la bague que ma mise Lud au doigt ? Pourquoi est-ce que personne dans cette ville n’est capable d’agir rationnellement ?
Le cliquetis de mon stylet par terre, me fait reprendre conscience alors que mon esprit tourne dans une spirale infernale de questions. Je me baisse pour le ramasser avant de me rendre compte de deux choses. La première c’est qu’il n’y a pas de sang dessus alors qu’il y en avait il y a encore quelques instants. La deuxième c’est que malgré son cadavre par terre, la jeune fille est juste à côté de mon visage, en train de sourire idiotement.
« Alors, on tue les fillettes ? Ça t’aura pris quelques secondes pour le remarquer, mais c’est toujours mieux que le temps de réaction des idiots dehors. »
Je me redresse et par réflexe, ou juste parce que je comprends qu’on me fait une blague que je n’apprécie pas du tout, je frappe du poing la fille. Mon poing la traverse, mais cela ne m’étonne pas tant que ça. Je m’écarte d’elle en préparant un nouveau coup de stylet probablement inutile si elle tente encore quelque chose d’idiot. La fillette disparaît de devant moi comme si elle n’avait jamais été là et j’entends sa voix dans mon oreille.
« Bouh. »
J’active mon boost d’agilité pour frapper derrière moi, mais la fille disparaît encore une fois. Elle réapparaît à quelques mètres devant moi en ayant changé de tenue. Elle porte maintenant une robe plus cérémonielle et se frotte le menton pensivement. Il n’y a plus d’ailes dans son dos, mais c’est le moindre de mes problèmes d’y penser.
« Capable de réagir. Capable de se défendre. Tu me plais garçon, mais je dois encore vérifier ta capacité à dialoguer. »
Une baguette apparaît ensuite dans une de ses mains et, alors qu’elle plisse les yeux, elle me regarde en la frappant sèchement dans son autre main. Le son retentit suffisamment fort dans mes oreilles et dans le hall pour que j’aie l’impression qu’elle me frappe directement. Une baguette de ce genre n’est pas censée faire autant de bruit…
« Alors le glandu. Sers-toi de ta langue avant que je m’énerve. »
J’active le vermillon pour savoir à quoi j’ai affaire, mais je ne vois rien. Il n’y a techniquement rien à détecter. Mon vermillon ne voit même pas de petite fille ou quoi que ce soit. Je n’ai jamais vu quelqu’un ne pas avoir de corruption, donc je n’ai probablement qu’une illusion devant moi. Ce serait le plus logique vu la situation et c’est la réponse la plus évidente. Discutons un peu dans ce cas. Cela me laissera peut-être le temps de comprendre d’où vient l’illusion si jamais la situation dégénère et que je dois tuer celui qui les fabrique. Tant qu’à faire, j’apprendrai peut-être quelque chose d’utile sur cette ville.
Pendant que je réfléchis, la fille frappe sa baguette une fois de plus et le son qui en sort est encore plus violent que la première fois. La douleur que je peux sentir à travers les tympans de Micha me déséquilibre quelques instants et il ne m’en faut pas plus pour prendre ma décision. Si elle recommence, elle risque de me réduire à l’état de légume à cause des liens et je ne serai pas plus avancé sur la situation. Bien. Je suis maintenant convaincu que je ferai mieux de partir puisque je ne peux pas battre cette chose. Ce n’est que le premier bâtiment de toute façon.
Je me tourne et ma vision me montre pendant quelques instants qu’il y a un mur à la place de la porte. Le vermillon annule simplement l’effet en visualisant juste un autre spectre visible sur lequel l’illusion n’a pas d’emprise. J’ouvre la porte en attrapant Lud dans le but de partir avant que la petite fille ne recommence à utiliser sa baguette. Lud ne comprend absolument pas ce qu’il se passe, mais vu qu’elle se tenait les oreilles il y a quelques instants, j’estime qu’elle aussi subit le même traitement auditif que mes animaux et moi.
« Heu… Hey ! Reviens ! OK, OK !! Je recommence plus ! REVIENS ! »
Autant affronter les drones étudiants que cette chose qui n’est certainement pas une petite fille. En parlant d’eux, ils sont encore groupés là où je les ai laissés. Même ceux qui nous avaient suivis jusqu’à la porte ont l’air de s’être désintéressés de la situation pour rejoindre les autres.
Je commence à m’écarter du bâtiment sans me retourner et en laissant Micha observer si la fille nous suit ou pas. Elle continue de hurler pour que je revienne, mais ne passe pas le seuil de la porte. J’ai l’impression qu’elle a ses propres limites, quoi qu’elle puisse être.
« Ne me laisse pas, par pitié ! Pas encore ! »
Elle commence à pleurer en tombant à genoux. Je m’arrête en me frottant la tête. Pourquoi est-ce qu’il faut que j’aie de l’empathie exactement ? Surtout à un moment pareil. Elle a manqué de me détruire les tympans, mais voir une fille de son âge pleurer me reste en travers de la gorge pour une raison qui m’est inconnue. Je ne retournerai pas là-dedans, même pour échapper aux drones qui ne sont qu’à quelques dizaines de mètres de moi. Elle est trop dangereuse pour ça.
Je me retourne finalement pour la scruter. J’ignore Lud qui essaye de dire quelque chose d’incompréhensible pour me concentrer sur la fille.
— J’ai des questions et tu as probablement des réponses. Qu’est-ce qu’il se passe ici ?
— Je… Je ne peux plus répondre aux questions… J’ai effacé ça, il y a un moment.
— Dans ce cas, je trouverai bien quelqu’un de capable de le faire ailleurs.
— C’est faux ! Il n’y a personne qui en est capable ici ! Tant que ce n’est pas des questions, je peux te répondre ! Demande-moi des choses, mais pas sous la forme d’une question. Un ordre direct fonctionne.
Je me fige quelques instants en soupirant. Je n’ai pas envie de perdre du temps avec un petit jeu stupide lié à comment je m’exprime. Pour autant, je ne sais pas combien de temps cela me prendra avant de tomber sur quelqu’un capable de discuter avec moi. J’ai bien l’espoir que Lud retrouve la raison un jour, mais je n’ai aucune idée de combien de temps cela prendra. Combien de jours vais-je passer à errer dans la ville avant de trouver quelqu’un capable de discuter ? À ce rythme, cela me prendra des jours, et la fille elfe semble réellement vouloir que je reste. Je peux probablement en jouer pour obtenir ce que je veux. Hmm. S’il suffit de ne pas poser des questions, je devrais pouvoir m’en sortir.
— Je veux une explication sur la folie dans cette ville. Imagine que je ne suis pas du coin.
— La passivité ! Cela fait plus de trente mille ans qu’ils sont tous comme ça ! Ils se sont adaptés et maintenant, ils sont incapables d’utiliser un semblant de raison ! Sans stimulation, ils sont devenus plus bêtes que des arbres !
Je m’arrête quelques instants pour réfléchir… La passivité ? De mes lectures, les elfes ont comme différences principales avec les humains qu’ils sont pratiquement immortels et qu’ils s’adaptent génétiquement à leur environnement en seulement quelques mois. Un elfe laissé dans le désert évoluera physiquement pour survivre à son environnement. Cela va jusqu’à stocker facilement de l’eau dans de la chitine qui recouvre son corps petit à petit. Un elfe dans la toundra se mettra à grandir et son corps stockera plus facilement l’énergie sous forme de graisse… Dans l’eau, il finira par avoir des branchies… Mais ici ?
Si j’en crois ce qu’elle me dit et ce que je sais, leur adaptation aurait “dérapé”? L’évolution touche aussi le cerveau ? J’ai dû rater un chapitre dans mes lectures…
— Toute la ville est comme ça ?
— Pas de questions… Je ne peux pas les comprendre… Elles s’effacent toutes seules de mon esprit comme si je n’avais rien entendu… Je vois juste que tu bouges tes lèvres…
— Toi tu as encore toute ta tête, dis-moi la raison.
— Je ne suis pas comme eux ! Je suis un être magique qui sert à renseigner les gens ! Je suis capable de me projeter dans les bâtiments de l’académie.
— Pour quelqu’un qui doit renseigner, je trouve que tu es assez agressive.
— … Après avoir répondu à plus d’un trilliard de questions stupides venant de tarés, c’est pas étonnant que mon sens de l’humour soit aussi nul. Cela leur a pris au moins vingt mille ans pour devenir aussi bête… Trente millénaires de questions de plus en plus stupides, tu ne comprendrais pas ce que cela peut faire sur quelqu’un. Mais tu ferais mieux de rentrer pour discuter.
— J’ai d’autres… demandes, et pas la moindre envie de subir la même chose qu’il y a deux minutes.
La fille elfe pointe du doigt quelque chose derrière moi. Venant de la station, je peux voir un régiment de prétoriens. Ils sont au moins une cinquantaine à avancer vers nous en ligne. Les drones étudiants avancent dans leur direction en ayant sans doute des questions à leur poser, mais ils se font découper en deux par les épées en bois blancs des prétoriens. Voir leur congénère se faire découper en deux ne semble même pas les faire réagir et ils continuent d’avancer par dizaine pour se faire massacrer chacun leur tour. Ils ont l’air incapables d’avoir le moindre sens de préservation…
Ce n’est pas exactement le moment d’avoir le même niveau d’intelligence que des dodos… Les prétoriens ont en tout cas l’air mieux entraînés que ceux de Lud. Les mouvements avec les épées montrent qu’ils ont subi un entraînement solide.
« Je vous protégerai, mais ne restez pas dehors ! »
Je réfléchis quelques instants. Je pourrais probablement m’en occuper avec le shashka noir, mais sans potion de sang de dragon, c’est risqué. Même si les épées de bois blancs ne coupent pas autant que la noir, la moindre blessure un peu profonde me tuera bêtement.
« Ma dernière conversation remonte à des millénaires ! Littéralement ! Je n’ai pas de raison de vous faire du mal ! J’ai besoin de toi ! »
En grimaçant, je décide d’accepter son offre. Je décide en tout cas de dire à Micha d’être prête à se réfugier dans la gueule de Juliette au moindre problème. Je peux encore sentir de la douleur venant de ses oreilles et je ne veux pas que cela s’aggrave.
En attrapant Lud qui me hurle à travers le lien le mot « voyage » en voyant les prétoriens avancer en tuant tout ce qui se présente, je recule en direction de la porte où la fille nous fait signe d’entrer.
Je lui laisse le bénéfice du doute sur ses intentions, mais je dois quand même faire attention à ce qu’elle ne me mène pas dans un piège…
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Correction : Hastin
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