Chapitre 3 – Les grondements de l’orage
Alanguie après cette semaine de travail intensif, je regagnai mon logis. Devant ma porte, je ramassai la gazette du jour posée sur le perron et entrai dans l’appartement où je fus accueillie par Walf. Mon bichon semblait tout autant de bonne humeur que je pouvais l’être malgré la fatigue. Le stress de la journée m’avait bien retourné la tête ainsi que mon estomac. N’ayant rien avalé depuis la matinée, je sentis la faim me tirailler ; mon ventre criait famine, produisant des gargouillements sonores qui firent sursauter mon chien. L’animal me regardait bizarrement, tournant sa petite tête aux poils blancs frisés de gauche à droite. Il me dévisageait de ses immenses billes noires qui lui conféraient, malheureusement pour lui, un regard dépourvu d’intelligence.
J’examinai alors mes placards en quête de nourriture. Après plusieurs minutes de recherche approfondie, je me rendis compte que je ne possédais rien de consistant à me mettre sous la dent. De nature étourdie, j’avais oublié de passer à l’épicerie à mon retour et me retrouvais avec pour toute victuaille deux œufs, une conserve de haricots ainsi qu’un restant de pain rassis de la veille. Étant donné que j’habitais un quartier pavillonnaire, aucun commerce n’était établi à proximité et je ne voulais pas rebrousser chemin pour me rendre à la première épicerie venue, située à un quart d’heure de mon logis.
J’ouvris la boîte et y déversai l’intégralité du contenu dans ma poêle où un morceau de beurre était en train de fondre. Puis j’incorporai les œufs que je venais de brouiller et mélangeai le tout avant d’y rajouter une pincée de sel.
Le dîner fin prêt, je m’installai. Tout en dévorant mon repas, je dépliai le journal dont le titre du jour était des plus déroutant : « Tentative d’assassinat,tension avec nos alliés. » Intriguée, je cessai de manger et posai ma fourchette. J’ouvris la gazette et étudiai l’article avec un vif intérêt.
À la lecture, j’appris que le duc von der Graf, politicien travaillant étroitement auprès de l’empereur de notre vénérable Nation, venait d’être porté pour cible d’assassinat à son domicile. L’attaque avait eu lieu la nuit dernière et avait été orchestrée par un membre provenant de l’état allié de la Valézie, dont le maestro Davore était originaire.
Pour ne pas laisser cet acte de vendetta s’opérer à nouveau, les tensions venaient de se resserrer d’un cran. L’empereur déclarait envoyer davantage de sentinelles dans les douanes frontalières avec la Valézie dans le but de contrôler trains et autres moyens de transports. De plus, des miliciens armés seraient déployés dans les rues, pouvant en toute impunité pénétrer dans n’importe quel commerce ou lieu public pour inspecter passants et locaux.
Les citoyens d’origine valézienne ou bien ayant la double nationalité allaient faire l’objet d’une attention toute particulière. Il était d’ores et déjà aisé de les repérer parmi la foule souvent plus blonds et de carrure plus élancée que ne l’étaient les citoyens ausztraciens.
Les sourcils froncés, je me pinçai les lèvres. Je ne parvenais pas à comprendre pourquoi je prenais cet éditorial tant à cœur. D’ordinaire, je l’aurais feuilleté sans considération puis reposé comme s’il s’agissait d’un fait banal, un article aguicheur écrit par des journalistes plumitifs. Cependant, cette lecture eut le don de me couper l’appétit.
Prenant conscience des répercussions éventuelles que pouvaient engendrer un tel événement, je fus gagnée par l’appréhension. Je n’avais jamais connu la guerre, ni même le conflit. Ces deux notions étaient pour moi quelque chose de flou, de conceptuel, en ces temps de paix entre les différents états et empires nations. Je ne pouvais imaginer les enjeux qui découleraient d’une infime étincelle comme celle-ci.
Les précédentes guerres, surtout celles opposant la Valézie et l’Ausztracia, avaient fait tant de ravages. Notre ville en portait encore les stigmates même cinquante ans après la fin du dernier affrontement et le départ des troupes ennemies qui avaient assailli la capitale pour destituer notre empereur.
Comme si je venais de recevoir un coup de gourdin sur le haut de mon crâne, la migraine s’empara de moi et une douleur lancinante traversa mon corps, m’assommant brutalement. Fébrile, je regagnai ma chambre et me réfugiai dans le sommeil après m’être changé prestement.
Il fallait que je me repose. Maintenant que mon contrat en tant que diva venait d’être signé, les semaines à venir allaient s’annoncer riches et chargées. Je devais à tout prix faire mon possible pour parvenir à me montrer irréprochable. Je serais la parfaite Eugenia ! il en allait de mon honneur ; elle sera mon rôle, mon incroyable opportunité, la chance de ma vie !
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Chapitre 23 - Quand le corbeau brave le hobereau Le reste de la fin de…
Chapitre 349 : Morceaux (1) Même après qu'Eren ait prêté allégeance à Prihi, peu de…
Chapitre 331.5.3 : Bataille Finale 3 (Mission suicide, mais il faut bien que quelqu’un s’en…
Chapitre 40 : Un joyau caché La brise marine est très agréable. Après avoir rencontré…
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Chapitre 22 - Les souvenirs d'une vie Lorsqu’Ambre se réveilla, les premiers rayons solaires filtraient…