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NORDEN – Chapitre 20

  • Chapitre 20 – La petite duchesse

Les deux femmes regardèrent en silence le groupe s’éloigner. Meredith, tenant toujours le bras d’Ambre, l’emmena un peu plus loin pour bavarder. Ambre allait objecter, mais Bernadette revenait à cet instant et, la voyant avec la fille du Duc, lui fit signe qu’elle pouvait partir en sa compagnie. La duchesse marchait d’un pas à la fois léger et décidé.

Cette femme a la grâce d’une biche !

Elles arrivèrent aux remparts, situés au Sud-Ouest d’Iriden. D’ici, il y avait une vue plongeante sur l’océan, le vieux port et la ville portuaire de Varden.

Ambre n’était jamais venue en ces lieux. L’enceinte rocheuse faisait partie des toutes premières constructions bâties par les aranéens à leur arrivée sur l’île. La roche poreuse, faite de gros rochers calcaires grossièrement taillés, rappelait l’architecture des maisons noréennes de Meriden. Il y avait une légère brise emportant avec elle une agréable odeur d’eau de mer. En aval, la ville de Varden s’étendait sur plusieurs kilomètres.

Ambre ne la voyait pas si grande. La basse-ville paraissait fort belle vue d’ici. Les maisons avaient l’air ordonnées et construites autour de rues parallèles et perpendiculaires. Il y avait une certaine harmonie architecturale, à la fois simple et variée où maisons à colombages côtoyaient maisons en pierres et en briques.

Quelques monuments d’institution, à peine plus hauts que les simples bâtisses, se distinguaient : notamment l’école, la mairie et la bibliothèque ainsi que l’agence postale ou les halles du marché couvert de la grande place.

L’édifice de la Garde d’Honneur, là où étaient établis les soldats et sentinelles veillant au maintien de l’ordre de la paix, ainsi que le Bureau de Presse comptaient eux aussi parmi les bâtiments les plus imposants. Un peu plus loin, face à l’océan, des centaines de bateaux étaient amarrés au port.

Les marins et les charrettes se déplaçaient telles des fourmis le long des quais. Il y avait également un des deux bateaux cargos, l’Alouette. C’était un immense voilier à trois mâts, fait de bois clair et possédant la partie supérieure de la proue de couleur bleu outremer. L’embarcation devait mesurer près de cent mètres de long et s’apprêtait à partir les jours prochains.

À sa vue, Ambre eut une pensée pour son père et commença à se mordiller les lèvres afin de maîtriser le sentiment de frustration qui la gagnait.

Meredith lui lâcha la main, alla se poser sur le muret et d’un geste amical de la main, l’invita à la rejoindre.

— Excuse-moi pour mon entrée si cavalière tout à l’heure ! Déclara-t-elle, tout sourire. Mais j’ai vu à ton regard que tu avais des ennuis. Je n’ai pas pu résister à l’idée de te porter secours !

— C’est très aimable à vous, mademoiselle ! Répondit Ambre timidement, ce n’est pas la première fois que j’ai des ennuis avec eux !

Meredith fit la moue et la regarda, embarrassée.

— Tu n’es pas la seule, je te rassure ! J’ai l’impression qu’ils passent leur temps à importuner toutes les jeunes femmes qui passent à leur portée ! Et ils n’en sont pas à leurs premiers coups d’essai, loin de là. Mais comme ils sont pratiquement intouchables, aucune victime n’ose se plaindre aux autorités. Ce sont de fiefs connards, de vrais pervers, surtout cet Isaac de « malheur » ! Mais je pense que tu l’as remarqué.

Elle rit aux éclats, heureuse de son jeu de mots. Voyant la jeune femme aussi expressive, Ambre eut un rire nerveux.

— Oui mademoiselle ! Vous avez raison, merci à vous d’être venue à mon secours.

Meredith reprit son calme et la regarda de ses yeux rieurs ; une lueur de folie enfantine se dessinant sur son visage encore juvénile.

– Hi hi ! Tu peux me tutoyer, ma chère ! S’exclama-t-elle, nous ne sommes que toutes les deux alors pas de mondanité entre nous, je te prie !

Ambre fut désarmée par cet élan de sympathie à son égard ; la jeune duchesse semblait sincère.

— Soit, mais merci quand même !

Meredith s’allongea contre la paroi et, tel un chat, s’étira de tout son long avec une élégante désinvolture :

— Il n’y a pas de quoi ma mignonne ! La solidarité féminine c’est à ça que ça sert, non ?

Elle remarqua que le comportement de la jeune duchesse venait de changer. Celle-ci n’était plus aussi mesurée que lorsqu’elles étaient sur la grande place. Bien au contraire, elle paraissait à présent naturelle ; affichant une grâce nonchalante très inhabituelle pour une aranéenne issue d’un milieu aisé.

— Tu… tu es Meredith von Hauzen, la fille du Duc, c’est bien cela ? Hésita Ambre. Comment me connais-tu ? Je veux dire, tu ne m’as jamais côtoyée en classe et je ne crois pas t’avoir déjà vue à Varden.

Meredith se redressa, s’assit sur le muret, les mains entre les jambes et planta ses iris noirs dans les siens.

— Oh, mais je connais presque tout le monde ici ! Je suis la fille du maire. Je dois donc être au courant de qui sont les habitants de l’île, ou du moins ceux d’Iriden et de Varden, autant noréens qu’aranéens. Je ne fais pas de préférence là-dessus. Pour moi, il n’existe que des Nordiens ici. Par exemple, je sais que tu t’appelles Ambre et que tu travailles à la Taverne de l’Ours pour un certain monsieur Beyrus. Et je sais aussi que tu as une petite sœur qui s’appelle Adèle. J’ai tout bon ?

Ambre était prise au dépourvu, elle ne se serait jamais doutée que la jeune femme puisse connaître autant de choses à son sujet !

— Tu es très douée, fit-elle, décontenancée.

— Merci ! Fit-elle en minaudant, tu es bien la première à le reconnaître. D’habitude les gens se fichent complètement de savoir qui sont les noréens, c’est à croire que vous n’existez pas !

Elle fit la moue et leva les yeux au ciel :

— Bon… en même temps, ils se moquent de tout ce qui ne touche pas à leur petite personne en règle générale. Et ils se fichent pas mal du fait que je sois dotée d’un minimum d’intelligence. Ils ne jugent que par ma beauté et mon statut social, c’est incroyable ! J’ai l’impression d’être plus une poupée d’apparat qu’une personne à part entière, c’est consternant !

Ambre la regardait avec stupeur ; elle l’avait visiblement mal jugée. Elle s’avança vers elle et vint s’accouder sur le muret à côté d’elle.

— Tu veux dire que personne ne te prend jamais au sérieux ? Pas même tes amis ou ta famille ?

Meredith rit nerveusement.

— Ah ah ! Des amis, moi ? Certes non ! Je suis la chasse gardée du maire, mon père. Selon lui, ma sœur et moi ne méritons de ne côtoyer que l’élite. Cette même élite composée de ces abrutis que tu as malheureusement croisée tout à l’heure. Les aranéens… enfin, plutôt « l’Élite » aranéenne n’est composée que de fils à papa et de pimbêches. Je les déteste tous autant qu’ils sont. Les hommes ne jurent que par leur titre de noblesse, leur honneur et leur fortune et pour les femmes c’est pire : elles doivent absolument être le mieux apprêtées que possible, passant leurs journées à minauder. On dirait des pantins articulés sans aucune vraie personnalité !

Elle mit deux doigts devant la bouche et fit semblant de se faire vomir.

— C’est pathétique ! Lâcha-t-elle avec un profond mépris.

Ambre haussa les sourcils et eut un rire nerveux, décontenancée par de tels propos ; sa manière d’appréhender le monde ressemblait à celle d’Anselme.

— Je ne m’attendais pas à ça ! Chuchota-t-elle. Pourtant, tu aurais tout ce qu’il faut pour vivre pleinement. Après tout, tu es riche et en bonne santé !

— Ne dis pas de telles sottises, s’il te plaît ! Maugréa-t-elle. Je sais parfaitement que je ne manque de rien ! Du moins pas en ce qui concerne les biens matériels. Je suis bien nourrie, logée et blanchie. J’habite une somptueuse demeure. J’ai des dizaines de domestiques à mon service et je possède plusieurs animaux de compagnie. J’ai également reçu une très bonne éducation : j’ai appris à chanter, danser, jouer de la harpe… Et surtout, je suis belle et les gens ne me définissent que par cela ! Alors que j’ai une bonne personnalité. J’aime beaucoup de choses, je suis facile à vivre et je ne suis pas chiante. Mais ça, personne ne veut en entendre parler ! Je suis prisonnière de ma condition, tel un oiseau en cage, je fais juste figure d’ornement ! Ce n’est pas juste !

— Et ta sœur Blanche ? Elle pense la même chose ? Vous devriez être proches toutes les deux, non ?

— Par Alfadir, non ! Répondit-elle, outrée. Blanche est au contraire ravie de sa situation et de la vie qu’elle mène. Elle est la digne fille de sa mère, lui ressemblant trait pour trait, autant physiquement que mentalement. C’est une femme imbue d’elle-même, ne désirant que la gloire et être adulée. C’est une fieffe manipulatrice qui sait ce qu’elle veut et comment parvenir à ses fins. Mes parents l’adorent. Blanche voue un mépris sans nom au peuple noréen alors qu’elle est elle-même aranoréenne ! Elle renie totalement cette culture, ne jurant que par les dogmes aranéens. On se déteste mutuellement. De toute manière, dans ma famille, seul père me montre un minimum d’affection. Même s’il ne sait pas grand-chose de moi finalement…

Meredith laissa un temps, elle se pinça les lèvres et se caressa le bras pour se rassurer. Ce geste n’échappa pas à Ambre qui portait sur elle un regard à la fois peiné et sceptique ; ne sachant si la jeune femme s’amusait d’elle en déclarant de tels propos et en inventant une histoire de toute pièce afin d’acquérir sa sympathie.

— Tu sais, j’ai depuis longtemps caché ma personnalité aux autres et je me sens seule si tu savais ! Ajouta-t-elle.

Elle affichait une mine déconfite, à l’expression boudeuse et planta son regard dans les yeux ambrés de la rouquine, tendit une main vers elle, puis déclara :

— Alors que toi au moins, tu es pauvre, mais tu es libre ! Aussi libre que je ne le serais jamais !

Ambre, désabusée, fronça les sourcils et croisa les bras.

— Tu parles d’une liberté, rit-elle nerveusement, je passe mes journées à travailler d’arrache-pied pour nous nourrir ma petite sœur et moi. Je n’ai pas de temps libre, je n’ai plus de parents. Je suis seule, je n’ai pas de vie. Je ne suis là que pour prendre soin des autres, enchaînée à un quotidien qui me dépasse et dont je ne peux me défaire ! Quelle joie !

Pendant qu’elle parlait, les larmes lui montaient aux yeux. Elle se rendait compte qu’elle était seule, abandonnée dans une situation injuste qu’elle n’avait jamais désirée. L’espace d’un instant, elle sentit la fureur monter à l’encontre d’Adèle.

Si elle n’avait jamais existé, tout aurait été différent !

Puis avec effroi, elle se ravisa. Il était impensable, inadmissible d’envisager une telle chose !

Non, Adèle n’y est pour rien dans cette situation. Ce n’est qu’une enfant innocente et abandonnée qui n’a jamais rien demandé à personne.

Voyant son malaise, Meredith s’approcha et l’enlaça. Ambre, surprise, se laissa faire et pleura dans ses bras ; elle ne savait pas pourquoi elle craquait, ni pourquoi elle révélait le fond de sa pensée à une inconnue, à la fille du maire qui plus est ! La duchesse l’étreignait avec douceur de ses bras fins et avait sa tête juste à côté de la sienne. Ambre pouvait ainsi sentir son parfum à l’odeur florale et délicate, particulièrement agréable et qui eut don de l’apaiser.

— Je suis désolée, je suis peut-être allée un peu loin dans mes propos, murmura Meredith à son oreille. Toi et moi nous ne sommes pas si différentes l’une de l’autre finalement. D’ailleurs, je ne sais même pas pourquoi je t’ai dit tout ça, sans doute parce que j’ai besoin de soutien et d’une amie à qui parler librement !

Elle relâcha son étreinte et posa délicatement sa main sous son menton :

— Toi et moi sommes bien seules dans ce monde !

Elle prit les mains de la jeune femme qu’elle serra avec douceur et examina Ambre de la tête aux pieds.

— C’est vrai que tu es plutôt jolie, je comprends pourquoi ces garçons sont attirés par toi. Tu dégages quelque chose de… comment dire… magnétique !

Elle prit une mèche rousse et la fit parcourir entre ses longs doigts fins. Puis elle observa son regard avec intérêt, hypnotisée par ses yeux à l’éclat si particulier.

— Certainement grâce à tes incroyables yeux à la couleur si rare et étrange… Je ne crois pas avoir déjà vu des personnes possédant un regard d’une telle intensité… quoique si en fait, j’en connaissais une autre. En tout cas cela te donne vraiment un air sauvage… imprévisible !

Ambre eut un rictus, elle voulait lui demander de qui la jeune duchesse faisait allusion, mais elle ne lui laissa pas le temps de formuler sa phrase.

— Quel joli médaillon, tu as là ! S’émerveilla Meredith en remarquant la petite broche en forme de chat épinglée sur sa chemise bleue.

Elle caressa légèrement le bijou du bout des doigts. Ambre fut gênée par ce geste qu’elle jugeait outrancier ; son médaillon était quelque chose de précieux et d’intime, mais elle ne voulait pas paraître impolie devant la fille du maire qui ne devait très clairement rien connaître de leurs coutumes.

— Ainsi donc tu es vouée à être un chat ! Ajouta-t-elle. C’est un chouette animal, j’en possède deux au manoir, ils s’appellent Châtaigne et Prune. Ce sont de beaux petits félins et j’aime leur personnalité. Ils sont doux et câlins et en même temps tellement imprévisibles et solitaires. Ils sont à la fois totalement libres et dépendants de nous. Cela les rend terriblement attirants ! Sans parler de leur instinct de prédation ; sous leurs airs d’adorables boules de poils, ce sont des créatures sanguinaires et impitoyables ! Un peu comme toi j’ai l’impression.

Voyant qu’Ambre la dévisageait, intriguée, elle pouffa :

— Pardonne-moi de te parler aussi franchement, je n’ai pas l’habitude d’être moi-même devant quelqu’un !

— Ce n’est pas grave. Finit-elle par répondre, totalement décontenancée par son attitude. Ça ne me gêne pas. C’est bien la première fois que quelqu’un me juge sans arrière-pensée. À moins que…

Il y eut un silence, elle n’avait pas osé terminer sa phrase, confuse.

— Ha ha ! Rit Meredith en comprenant sa gêne, oh non ne t’inquiètes pas, mon p’tit chat ! C’est vrai que je n’ai pas de préférence envers les hommes ou les femmes et je ne m’en cache pas d’ailleurs… Mais jamais je ne me permettrais de te faire la cour ainsi et de manière aussi rustre, voyons !

Elle lâcha les mains d’Ambre et tournoya sur elle-même avec grâce, les bras tendus. Sa robe virevoltait au vent. Elle avait l’air heureuse, amoureuse.

— Non, j’aime quelqu’un d’autre, finit-elle par ajouter, un grand garçon brun à la silhouette dégingandée. C’est un solitaire et il est très intelligent.

Elle s’arrêta de danser puis déclara avec amertume :

— L’ennui est que si mon père l’apprend je vais être sévèrement punie. Jamais il ne voudrait que je sois avec quelqu’un comme lui ! Je pense même qu’il serait capable de l’emprisonner s’il savait que cet homme se permettait de me faire la cour.

Le cœur d’Ambre se serra, elle avait le souffle court et sentait son estomac se nouer.

Oh non ! Se pourrait-il qu’il s’agisse d’Anselme ? Se dit-elle avec tristesse.

Après tout, la jeune femme pouvait tout à fait lui correspondre. Et lui aussi était de bonnes conditions. De plus, leurs pères se détestaient au plus haut point. Puis elle se souvint des paroles de Beyrus.

Se pourrait-il qu’ils se voient le soir, en cachette ?Qu’ils s’aiment et se soient promis l’un l’autre ? Surtout qu’il avait très clairement éludé ma question la dernière fois !

— Je… Je ne savais pas que toi et Anselme, vous… commença-t-elle timidement.

Une grimace s’afficha sur le visage de Meredith qui la dévisagea, interloquée.

— Quoi ? Mais de quoi parles-tu  ? Fit-elle, outrée. Je n’ai jamais dit qu’il s’agissait de lui !

Ambre sentit son cœur battre à nouveau normalement et poussa un soupir de soulagement.

— Celui que j’aime, poursuivit Meredith, est un jeune scientifique du nom de Charles ! C’est un anthropologue, il étudie le peuple noréen. Il est arrivé sur l’île avec un de ces amis, un certain Enguerrand, il y a trois ans maintenant et il travaille à l’observatoire. Le souci est qu’il a tout abandonné pour venir s’installer ici. Il n’a donc ni titre, ni fortune.

Ambre se souvint du jeune homme ; il correspondait bien à la description qu’elle venait de lui faire.

— Je vois de qui il s’agit, murmura-t-elle, je l’ai déjà rencontré à son atelier. C’est Enguerrand qui nous a présentés justement.

Meredith afficha un sourire franc :

— Je le sais bien puisque c’est grâce à eux que j’ai commencé à m’intéresser à toi, avoua-t-elle, j’ai cru comprendre qu’ils s’intéressaient à toi et à ta petite sœur.

Ambre la regarda avec des yeux ronds.

— Oh ! ne voit rien de mal là-dedans, la rassura-t-elle en hâte, mais je me dis que tu dois être quelqu’un de sympathique si Charles te porte de l’intérêt.

— Je ne sais pas comment je dois le prendre, répondit Ambre, sceptique.

— C’était un compliment un peu maladroit je l’avoue ! S’excusa-t-elle en se passant une main dans les cheveux. Tu sais, Charles est vraiment quelqu’un de merveilleux. C’est sa personnalité et son comportement que j’aime plus que tout chez lui. Il est le seul être au monde à me voir telle que je suis réellement ! On est fait l’un pour l’autre, mais notre union est impossible ! Par chance, il vient souvent dans notre demeure, mon père est très intéressé par ses travaux !

Pendant quelques instants, Meredith demeura pensive. Puis elle examina Ambre avec attention et un sourire narquois se dessina sur ses lèvres.

Elle se cabra légèrement et croisa les bras :

— Tu l’aimes si je ne m’abuse ?

— De quoi parles-tu ? Demanda la jeune femme, intriguée.

— Oh ! ne fais pas l’innocente ! Gloussa-t-elle, tu vois très bien de qui je parle… d’Anselme ! Tu avais le même regard que si je t’avais poignardée en plein cœur lorsque tu as cru que je parlais de lui !

Ambre sentit la chaleur lui monter et son visage devint aussitôt rouge écarlate.

— N… Non… Pas du tout ! Bafouilla-t-elle. C’est juste un bon ami à moi, un ami d’enfance avec qui j’ai repris contact.

Meredith fit la moue et plissa les yeux :

— Tu m’en diras tant ma chère, j’ai très bien vu comment tu le regardais tout à l’heure lorsque tu travaillais !

— Mais comment… comment as-tu pu remarquer… répliqua-t-elle, scandalisée.

— Ma chère tu n’es absolument pas discrète, pouffa la duchesse, j’observe tout et je vois tout ! Tu n’arrêtais pas de le dévorer des yeux ! C’est aussi une des raisons pour lesquelles j’ai voulu t’aborder !

Ambre eut un rictus et fronça les sourcils :

— Ne me dis pas que t’es venue à mon secours uniquement parce que tu voulais me parler d’Anselme ou t’intéresser à moi parce que ton Charles me porte de l’intérêt ! Cracha-t-elle, l’air menaçant.

— Calme-toi ma grande ! Je ne voulais pas t’offenser. Sache que je serais venue à ton secours, même sans motif. Je ne suis pas cruelle, moi ! D’autant que je tenais absolument à te connaître et à en apprendre plus sur toi, avec ou sans les dires de Charles. C’était une occasion en or !

Ambre se dérida quelque peu et toisait avec méfiance son interlocutrice.

— Ne fais pas cette tête ! Dit Meredith avec douceur. Je voulais juste te dire de faire attention avec cet homme. Comme tu le sais, il est le fils adoptif du Baron. Et tout le monde sait que von Tassle est un homme dangereux, un manipulateur né et sans scrupule !

— Tu me dis ça uniquement parce que tu es la fille de son plus grand rival ! Pesta Ambre. Je ne vois pas pourquoi je devrais te croire là-dessus ! Anselme m’a dit qu’il fallait plutôt me méfier de ton père et je ne vois pas pourquoi je ferais moins confiance en mon ami d’enfance plutôt qu’à toi !

— Ambre, écoute-moi ! S’écria-t-elle. Le Baron est un homme mauvais, approche-toi un peu de sa personne et tu verras que ce que je dis est vrai. Il est puissant, c’est un homme charismatique, ce qui le rend d’autant plus dangereux ! Et à mon avis ton pauvre Anselme ne peut se permettre de le critiquer de peur de sévères représailles ! Von Tassle est un homme foncièrement violent. On dit qu’il a abusé de certaines femmes par le passé et des rumeurs courent au sujet de la mort de sa femme Judith ! Certains semblent penser qu’il l’aurait tué et cacher son corps tout en faisant passer cela pour un simple accident ! D’ailleurs pour quel motif un cheval se jetterait-il sciemment dans le vide, c’est absurde !

Ambre ne dit rien et contemplait l’océan, le regard dans le vide. Elle ne savait quoi penser de ces paroles. Il y avait une grande part de vérité et de sincérité dans ces mots. Elle ne savait plus qui croire.

Meredith vint à sa hauteur et lui posa une main sur l’épaule :

— Il faut que j’y aille, dit-elle avec douceur, pardonne-moi de te chambouler ainsi. Mais je tenais à t’avertir !

Ambre ne dit rien et se contenta de hocher la tête.

— Je te ferai signe pour que l’on se revoie un jour prochain, j’ai beaucoup aimé converser en ta compagnie ! Ajouta-t-elle tout bas.

Sur ce, elle s’en alla. Ambre contempla encore quelques instants le paysage, tout ceci la perturbait.

Anselme serait-il vraiment victime de tout cela ?

Après tout, il paraissait sans arrêt abattu et froid.

En même temps, il a perdu sa mère il y a peu et n’a plus vraiment de parents ou de proches…

Elle sentit à nouveau les larmes lui monter et tenta de penser à autre chose pour se ressaisir. Puis l’image de son ami lui vint nettement à l’esprit. Elle repensa à lui et à ses sentiments qu’elle éprouvait à son égard.

Je ne suis pas amoureuse de lui ! Je suis juste heureuse à l’idée de pouvoir à nouveau le voir et parler avec lui, c’est tout !

Une fois calmée, elle se mit en route et alla rejoindre Bernadette sur la grande place.

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