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NORDEN – Chapitre 139

Chapitre 139 – Le Aràn et les Pandaràn 2/2

Wadruna rejoignit Faùn devant l’entrée du village. L’homme, nerveux, frottait ses mains et évitait son regard pour le porter sur les arbres environnants.

— Qu’y a-t-il ? dit-elle d’une voix douce tout en continuant de marcher pour s’enfoncer dans la forêt dense.

Les lieux étaient si tranquilles à cette heure tardive où la brume naissante envahissait le bas du sentier. Tout en marchant, la vieille dame martelait le sol de sa canne, produisant un claquement sec ; les mains crispées sur le pommeau tant elle supportait difficilement les vibrations de son confrère. Faùn, l’air abattu, lui emboîta le pas, marchant d’un pas lent et traînant.

— Wadruna, commença-t-il, avant de mourir, Medreva t’a-t-elle confié d’autres révélations que celle des origines de ta protégée ?

— Non, elle n’a pas eu le temps de m’en dire davantage. Comme je te l’ai dit, elle est morte peu après s’être échouée dans mes bras sous sa forme de hibou.

Il hocha la tête sans un mot.

— Sais-tu des choses sur sa vie ? Je veux dire, des choses concernant sa jeune période et sur ses enfants ?

— Je sais qu’elle a eu trois enfants avec Aorcha, oui. Qu’ils habitaient Meriden avant que Aorcha ne décide de vivre à Varden avec son fils et que les deux sœurs désertent elles aussi le familial afin de vivre dans la rade baptisée Eraven, loin de leurs parents. Que la cadette était plutôt rebelle et qu’elle supporta très mal la séparation de ses parents et l’oppression qu’elle subissait par sa mère qu’elle trouvait étouffante.

— T’a-t-elle confié pourquoi ils s’étaient séparés ?

— Non, je n’ai jamais jugé utile de le savoir. Comme tu le sais, le but des Shamans est de prendre soin du peuple et de servir Alfadir du mieux que nous le pouvons. Surtout en ce qui concerne le rôle des Shamans supérieurs. Vous êtes dévoués corps et âme à sa personne. Certainement qu’Aorcha, au vu de son Féros Latent, supportait mal de voir sa femme être aussi proche du Aràn et peu soucieuse de sa famille pour s’occuper du peuple en priorité ?

Il eut un rictus et se mordilla les lèvres.

— Pourquoi insistes-tu autant là-dessus ? demanda-t-elle, sceptique. Serais-tu en train de sous-entendre que si Medreva et Aorcha ne s’étaient pas séparés alors leur fille Erevan ne se serait jamais remise dans les bras de Jörmungand dans le but de défier sa mère ?

— En quelque sorte, se contenta-t-il de répondre.

Ils s’enfonçaient progressivement sous cette végétation luxuriante, foisonnante de ronces et d’orties entre lesquels quelques fleurs sauvages poussaient.

— Que sais-tu de la légende des Jumeaux ? finit-il par demander.

— Sur la vie de Korpr et Hrafn ? Pas grand-chose, rien que ce que l’on m’a toujours enseigné. Qu’ils étaient deux frères, des jumeaux, l’un Sensitif l’autre Féros. Le premier doué d’empathie et disposant du Lien, le second, doué de puissance et disposant de l’Instinct. Ils sont les fondateurs des deux premières lignées, le premier établi au Sud de l’île et le second au Nord.

— Mais encore ?

La vieille dame fit la moue et réfléchit. Elle ferma les yeux et se laissa envahir par toutes les vibrations apaisantes des créatures annexes, la majorité dormant profondément à cette heure.

— Qu’ils étaient unis et fusionnels. Ils ont eu une descendance prolifique, à l’instar de leur père. Ils arpentaient le ciel une fois leur transformation faite, libres comme l’air et se rendaient régulièrement sur Pandreden. Je crois me souvenir qu’ils entretenaient des liens avec les Pandaràn et ce bien avant qu’Alaàn, ne décide de scinder son âme en cinq individus égaux, connus sous le nom de Chimères Fabuleuses ; que sont Nahash, Andrias, Adler, Adam et Leijona.

— Mais encore ?

La vieille dame, confuse, haussa les épaules.

— Je ne sais rien de plus.

Faùn se frotta les mains, arrêta sa marche et s’adossa contre un arbre. Il se massa les yeux et s’éclaircit la gorge.

— Que sais-tu de la mort de Korpr ?

— Rien de plus que ce que la chanson mentionne. Qu’un jour, alors que les deux frères volaient en direction de la Grande-terre, un bateau ennemi, de Providence si je me souviens bien, décocha un harpon qui foudroya Korpr, qui s’échoua par la suite dans l’océan.

Faùn hocha la tête en silence, sa jambe tremblant nerveusement.

— Cela ne t’a jamais paru étrange qu’à l’époque où Pandreden n’était pas encore en conflit avec nous, que Adler sans aucune raison envoie un navire pour les pourchasser et qu’un simple harpon puisse transpercer un être aussi doué de Sensitivité que Korpr ?

— Que veux-tu dire par là ? s’enquit la Shaman, les yeux grandement écarquillés.

— Ne t’es-tu jamais demandé comment le conflit avec Pandreden avait débuté ? Pourquoi Alfadir a sagement accueilli les Fédérés et leur a cédé une partie du territoire de Hrafn ? Ne t’es-tu jamais interrogée sur pourquoi Adler, pourtant notre ennemi, laisse les navires aranoréens accoster sur son territoire sans broncher ? Pourquoi les navires Charitéins ne nous attaquent-ils pas également alors que tout le monde sait que Jörmungand ne fait plus rien depuis un certain temps ? Et que par conséquent, la voix est libre pour assaillir Norden.

— Je ne te suis pas Faùn… s’inquiéta-t-elle.

Il prit une grande aspiration et planta ses yeux bleus perçants dans les siens avant de déclarer :

— Ce conflit est une odieuse mascarade, un jeu pervers et ignoble est en train de se jouer entre les Pandaràn et nos Aràn.

— Que veux-tu dire par là ?

— Ce n’est pas qu’une simple flèche qui a tué Korpr… conclut son homologue, Alfadir et les Pandaràn le savent bien… c’est Adler et Hrafn !

Ils restèrent un long moment silencieux. La vieille dame, en état de choc, demeura immobile. Puis Faùn, soulagé de se libérer de ce lourd fardeau, commença son discours.

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