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NORDEN – Chapitre 159

Chapitre 159 – Le monstre au visage de Lion

La pluie tombait à nouveau, faisant choir de grosses gouttes éparses. Sonnée et assaillie de vertiges, Ambre mit un certain temps à retrouver ses esprits. Prise d’un mal de crâne épouvantable, elle passa une main sur son visage et gémit. Son corps était perclus de douleurs et elle sentait son dos meurtri se plier vers l’arrière, la colonne vertébrale tordue.

Quand elle ouvrit un œil, elle vit qu’elle était allongée sur divers objets et linges ainsi que sur les deux médecins inertes, le corps ravagé par l’impact et dont leurs têtes ne ressemblaient guère plus à celles d’un humain tant elles étaient déformées ; la partie en contact avec le sol lacérée pour chacun d’entre eux. Elle fut prise d’un haut-le-cœur et détourna aussitôt le regard. Avant de se mouvoir, elle bougea ses mains et se palpa avec une extrême lenteur, tentant d’analyser l’état de son corps afin de ne pas aggraver d’éventuelles blessures. Fort heureusement pour elle, rien ne semblait cassé et aucune entaille n’était visible bien que ses membres soient totalement engourdis. La douleur au bassin était la plus insupportable et réveilla en elle le désagréable souvenir de son altercation au port.

Toujours allongée, elle examina devant elle et fut choquée de voir que la porte de la diligence n’était plus, comme arrachée de ses verrous, et que d’impressionnantes empreintes de griffes cerclaient l’ouverture.

Le cœur battant à tout rompre, elle tentait de reprendre une respiration normale avant de sortir ; des bruits extérieurs se faisaient entendre et elle ne souhaitait pas rester plus que de raison dans cette cage où d’éventuels soldats ennemis pouvaient arriver à chaque instant afin de s’enquérir des événements et de prendre ainsi les vivres et le matériel encore intact qui se trouverait à l’intérieur de l’habitacle. Elle se redressa et s’extirpa du véhicule. Dehors, la lumière grisâtre l’aveugla un court instant, formant des points blancs sur ses rétines. En contrebas, à l’avant du véhicule, plus aucun cheval n’était présent. Des fissures ainsi que des morceaux de bois et de ferrailles parsemaient le sol jusqu’au bout de l’allée. Le cocher gisait à terre, probablement mort au vu de l’incroyable traînée de sang s’étalant derrière lui.

Elle tourna la tête et scruta l’arrière du véhicule où une foule de curieux s’était amassée et examinait avec un intérêt morbide le cadavre du soldat et de sa monture, croqués à la tête par le lion Berserk. Prise d’une horrible intuition, elle commença à haleter ; le félin n’était plus là. À la place, parmi la foule curieuse, un homme au visage de lion et aux cheveux châtains bouclés semblables à une crinière se tenait à cheval et observait la jeune femme avec de grands yeux noirs écarquillés, visiblement surpris de la voir ici. Un sourire se dessina sur ses lèvres, accentué par la marque de sa large cicatrice, lorsque leurs regards se croisèrent.

Oh non pas lui !

Envahie par un intense sentiment d’angoisse, elle retrouva aussitôt sa maîtrise et, d’un geste vif, sauta du véhicule pour courir dans la direction opposée, le ventre broyé par la vue de ce spécimen dangereux qui, elle en était sûre, la prendrait en chasse. Guidée par la peur, elle faisait fi des multiples douleurs qui la rongeaient de part et d’autre, notamment celle de son bassin et de sa hanche, que les secousses dues aux chocs contre les pavés accentuaient. Les yeux mouillés de larmes tant la souffrance lancinante qui tiraillait ses membres était insupportable, elle se retenait de hurler. Aux aguets, elle balayait frénétiquement la rue du regard, cherchant désespérément une ruelle annexe où s’engouffrer et s’isoler par la suite.

Arrivée en bout d’allée, elle prit à gauche, emprunta des escaliers, descendant progressivement vers Varden. Pendant sa course, elle ôta sa chemise d’infirmière qui la ralentissait tant elle était trempée. Enfin, elle manqua de trébucher et se tint à la rambarde bringuebalante, puis elle passa sous une arche et prit une petite ruelle sombre dont une forte senteur d’urine et d’égouts émanait ; si l’homme avait consommé de la D.H.P.A. pour la retrouver, alors il pourrait difficilement la repérer à l’odeur dans ce genre d’endroit. Trop préoccupée à trouver un lieu favorable où se terrer, elle ne pouvait se retourner afin d’examiner si son prédateur continuait de la poursuivre et à quelle distance celui-ci demeurait.

Pendant qu’elle courait, le goût ferreux du sang lui traversait la gorge, brûlant ses poumons et sa trachée tels des gerbes de flammes. Des souvenirs épouvantables lui revenaient en mémoire : la nuit, les champs de maïs, le corps d’Ambroise décharné… le monstre à tête de lion armé de griffes argentées…

Serait-ce donc lui ? pensa Ambre, glacée d’effroi devant cette révélation. Mon monstre…

Ne souhaitant pas se laisser dominer par ses angoisses, elle enjamba une fenêtre brisée et pénétra dans la maison. Elle arriva dans un salon poussiéreux, plongé dans la pénombre et à forte senteur de tabac froid ; l’air intérieur était suffocant malgré l’aération. Sans réfléchir, elle entra dans une autre pièce qui se révélait être une cuisine graisseuse où chaque support semblait avoir été frotté à l’huile et dont le carrelage du sol, jonché de miettes et de détritus, collait. Elle fouilla hâtivement dans les tiroirs et se munit d’un couteau avant d’emprunter la porte d’en face qui débouchait sur un vieil escalier en bois grinçant.

Elle monta à l’étage et arriva sur le palier dont le parquet était recouvert d’une moquette beigeâtre tachée. Sans un bruit, elle ralentit le pas et marcha sur la pointe des pieds jusqu’à l’une des chambres puis se cacha derrière la porte et cessa de bouger instantanément. Tout en tentant de regagner son calme, elle prit une profonde inspiration et soupira, les muscles tremblants. Hors d’haleine, elle haletait et se rongeait les lèvres afin de ne pas émettre le moindre son, car des bruits de pas se faisaient entendre plus bas ; l’homme avait réussi à la pister et était entré.

« Je sais que tu es là ! Allez, montre-toi ! »

Tétanisée, elle tenait farouchement le couteau entre ses mains, le corps plaqué contre le mur. Des pensées confuses fusaient à son esprit alors qu’elle tentait de faire le vide et d’analyser pleinement la situation.

« Aller… sors de ta cachette, je ne te veux aucun mal ! »

Les bruits de pas se faisaient de plus en plus nets, les marches de l’escalier grinçaient.

« Aller minette, je n’ai pas toute la journée ! Sors d’ici et viens me voir ! Tu as beau te cacher je te retrouverai ! Je sens ta présence ! Tu es ici tout près ! »

La voix de l’homme devint tranchante, marquant son impatience. Plus il se rapprochait plus Ambre se sentait mal, manquant de défaillir à l’entente de ce bruit de cliquetis métallique qu’elle reconnaîtrait entre mille ; celui d’une main prédatrice, celle qu’il portait à son bras gauche ce soir-là, il y a près de dix ans.

« Minette, je sais que tu es là, tout près de moi ! N’aie pas peur, je ne vais pas me servir de ma vieille amie pour te faire du mal ! »

L’évocation de cet objet fit remonter en sa mémoire les images des corps décharnés d’Ambroise et d’Alexander ; cette arme créée spécialement pour trancher la peau, lacérer les chairs afin de répandre les organes au sol pour les dévorer plus aisément.

« Minette… dit-il d’une voix doucereuse, ton grand-père t’attend et je dois te livrer à lui, tu me feras le plaisir de ne pas me compliquer la tâche, s’il te plaît ! »

Les yeux clos et les tripes broyées par la présence de son bourreau, elle repensa à Blanche et à son élan de courage qui, moins de vingt-quatre heures auparavant, était parvenue à se débarrasser cruellement de son persécuteur. Cette pensée lui redonna confiance et l’apaisa ; ses tremblements, qui jusqu’alors traversaient son corps, n’étaient plus.

Alors qu’il pénétra dans la chambre, Ambre entendit son souffle juste derrière la porte, accompagné par l’effluve de D.H.P.A., ce parfum abominable si caractéristique du capitaine ; il fallait qu’elle le tue, c’était lui ou elle. D’un geste vif, elle se jeta sur l’homme, le couteau dressé devant elle.

Armand, sachant sa tentative d’assaut imminente, avait cramponné ses jambes au sol et plaqué sa main gantée sur son cou ; protégeant son cœur de son bras afin de sauver ses parties vitales, celles que les Féros visaient en priorité. D’un revers de la main, il para le coup sans peine. L’entrechoc des armes tinta, mais aucune ne céda.

— Te voilà, minette ! fit-il, en la repoussant.

Sous l’impulsion de son adversaire, elle sauta en arrière, la lame de son couteau ébréchée et manquant de se rompre, trop fragile face à l’alliage.

— Bon, suis-moi, s’il te plaît ! dit-il sèchement, ton vénérable grand-père t’attend.

— Plutôt crever que de vous suivre !

Elle se rua sur lui une seconde fois, mais l’homme, médusé, prit le coussin miteux qui se trouvait sur le lit à sa gauche et l’envoya droit à la figure, percutant de plein fouet son visage. La jeune femme, déconcertée par l’objet, s’en trouva déséquilibrée et arrêta son élan, posant un genou à terre. Le capitaine ricana devant sa maladresse, accordant à la Féros revêche un regard empli de jouissance mal contenue.

À cran, elle tenta une troisième estocade, qu’il stoppa avec une facilité consternante. Le couteau s’ancra dans le cuir du gantelet et elle se révélait incapable de l’y ôter, se tordant en tous sens pour dégager son arme fermement enfoncée dans les lanières. Les deux assaillants se retrouvèrent en corps à corps, leurs têtes à quelques centimètres l’une de l’autre. Armand profita de ce moment pour la toiser de ses pupilles noires dilatées, la dominant aisément par sa carrure solide et musclée de marin militaire.

— T’as fini de jouer ? dit-il calmement, une pointe de cynisme dans la voix. Tu comptes rivaliser avec moi dans ces conditions ? Tu sais que tu ne fais pas le poids j’espère ?

— Allez vous faire foutre ! pesta-t-elle, les dents fièrement visibles, écœurée par l’haleine du capitaine.

Il ricana et lui asséna un coup de pied à la hanche pour la dégager, propulsant son assaillante à la renverse. La jeune femme gémit, foudroyée par la douleur qui traversa son corps, manquant de la faire tomber tant son bassin endolori ne parvenait plus à encaisser de choc. Elle se plia en deux, la main appuyée sur la zone meurtrie.

— T’as l’air dans un état bien pitoyable, se serait fort dommage que je t’abîme davantage. Tu devrais te rendre et te soumettre docilement à ma personne au lieu de t’entêter de la sorte.

— Fermez-la ! cria-t-elle en se relevant.

— Quel beau vocabulaire tu possèdes pour une future baronne ! Que d’élégance et de prestance !

— Mais allez vous faire foutre ! fulmina-t-elle en tremblant de la tête aux pieds, les yeux embrasés.

Armand se dressa de toute sa hauteur. D’un geste, il ôta nonchalamment le couteau et le lui jeta à ses pieds.

— Bien dans ce cas montre-moi ce que t’as dans le ventre, minette ! J’en ai tâté des plus teigneux que toi ! Mais si tu veux te mesurer à moi, je peux t’accorder cette faveur. Comme tu sembles peu encline à m’écouter je vais utiliser la seconde stratégie. Plus tu seras épuisée et moins j’aurais de mal à te transporter jusqu’à Eraven.

Sale enfoiré ! S’il espère me déstabiliser, il se trompe !

Le capitaine ricana :

— Et puis, ne m’en veux surtout pas, mais je tiens à t’humilier comme tu l’as fait pour moi au port l’an dernier. Je suis assez rancunier je l’avoue, certes j’y ai peut-être été un peu fort en tuant ton cher patron sur la place publique. Mais bon, l’occasion était trop belle pour la laisser passer, une petite revanche sur ta personne et sur ce que ta famille me fait subir depuis tant d’années. J’aurais tellement aimé voir ton visage se décomposer à l’entente de la nouvelle.

Il plaqua davantage son bras ganté contre lui et replia les doigts, évitant tout contact entre les griffes et la chair.

— Alors viens donc, minette, je t’attends ! Et comme tu peux le voir, je m’abaisse à ne pas m’acharner sur toi avec mon jouet. J’espère que dans ton petit crâne de noréenne tu assimiles l’idée que je ne te veux aucun mal et que je m’abaisse à ta hauteur.

Grisée par la haine, la jeune femme ne l’écoutait guère, trop occupée à analyser son adversaire. Elle nota que son ennemi gardait sa main gantée vers le haut de son torse en guise de protection laissant ses jambes vulnérables.

Sûre de son coup, elle s’empara de l’arme et se rua à nouveau sur lui. Alors qu’il l’esquivait, il fut stupéfait de la voir se baisser pour frapper plus bas. Trop lent pour réagir, elle parvint à l’entailler à la cuisse avant de se propulser sur le côté et d’échapper à son emprise ; la lame trancha finement sa peau masquée sous son épais pantalon noir. L’homme laissa échapper un juron.

Sans lui laisser le temps, elle revint à la charge, visant le bas ventre. Par prévention, il se cambra en avant. La lame effleura son corps et manqua de toucher ses parties génitales. Puis il se servit de son bras pour lui asséner un coup de paume et l’éloigner de sa personne, de ses parties intimes surtout.

Elle effectua encore plusieurs tentatives qui se révélèrent vaines et la lame ébréchée de son arme finit par céder au point que la jeune femme s’en débarrassa. Haletante, elle porta une main à la poitrine et toussa. Puis elle posa ses mains au niveau de ses hanches, se courbant légèrement afin de reprendre son souffle. En posant sa paume par inadvertance sur la poche avant, elle sentit la broche de sa cousine dissimulée sous l’étoffe. Un fin sourire malin s’esquissa sur ses lèvres et, tandis qu’elle empoigna le bijou telle une dague, elle accorda à son assaillant un regard empli de défiance.

Je vais tuer cet homme ! Crois-moi Blanche que je vais le faire pour nous ! Donne-moi ton courage ! Porte-moi chance !

Le capitaine écarquilla les yeux en voyant l’objet et son sourire disparut aussitôt ; les choses sérieuses allaient commencer. À son grand désarroi, il remarquait qu’il s’épuisait à l’inverse de son adversaire qui ne semblait plus montrer le moindre signe de fatigue, euphorisée par sa rage. Perdant patience et, redoutant que la broche ne le perce de part et d’autre sans pouvoir cicatriser, le soldat grogna et déplia ses doigts griffus aux pointes aiguisées faites de métal damassé. Il les exhiba devant elle afin de l’intimider et de la forcer à se soumettre définitivement à sa personne.

— Bon assez joué… Sale chienne ! Tu veux que l’on se fasse mal ? Si ça continue crois-moi que c’est cet alliage qui va tâter ta peau ! Alors je te conseille vivement de baisser tes ardeurs, de te soumettre à moi et surtout de ne pas m’énerver davantage !

— C’est ce qu’on verra !

L’aiguille tendue vers lui, elle fondit sur l’homme, s’apprêtant à lui percer la nuque, mais il contre-attaqua. Il cabra son bras ganté puis, tout en se jetant sur elle dans un mouvement opposé, le plaça en direction de la gueule de son assaillante. Par réflexe, elle ouvrit sa bouche et, la mâchoire grande ouverte, planta ses dents contre le cuir du gantelet, perçant une partie de la peau de son avant-bras. Propulsée par le poids du capitaine, elle tomba à la renverse, ne pouvant rivaliser avec sa force.

Une fois les deux ennemis au sol, l’homme enfonça davantage son bras contre la bouche de sa rivale dont la tête était plaquée contre la moquette et le rebord du lit, manquant de la faire s’étouffer. Puis il plaça en hâte son genou sur le poignet tenant la broche et l’écrasa de toutes ses forces. Enfin, il se servit de son bras valide pour empoigner la pipette qui se tenait dans sa poche. Il l’approcha prestement de la bouche de sa proie et y déversa le contenu du liquide violacé, faisant pénétrer l’embout par la commissure de ses lèvres.

Pour se dégager, la jeune femme sortit les griffes de sa main valide. Avant que le liquide ne fasse effet, elle le griffa à divers endroits, tentant vainement de se défaire de son emprise puissante, mais néanmoins incapable de percer l’épaisseur de sa tunique. L’homme pesta devant son acharnement et s’empara de la broche qu’il plaça sous sa jugulaire afin de la dissuader de poursuivre.

— Je te déconseille fortement de tenter quoi que ce soit, minette ! l’avisa-t-il. Tu es à moi et tu vas m’écouter bien gentiment si tu ne veux pas que ton visage soit défiguré davantage.

En moins de trente secondes, Ambre ne parvenait plus à sentir aucun de ses muscles et desserra la mâchoire, les pupilles écarquillées. Elle devint parfaitement immobile, son cœur battant avec une extrême lenteur. Placé juste au-dessus d’elle, la dominant de tout son être, le capitaine Maspero-Gavard eut un petit rire. Triomphant et hors d’haleine, il contemplait malicieusement sa proie offerte qui ne pouvait bouger le moindre de ses membres.

— Enfin je te tiens ! ricana-t-il en passant une main sur son front duquel de grosses gouttes de sueur perlaient.

Comme autrefois, la petite revêche entravée, dégageait ces enivrantes phéromones de peur que la D.H.P.A. permettait d’apprécier. Sentant son emprise solide, il entreprit de s’amuser un peu, dans l’attente de reprendre son souffle. La vision de cette femme captive et offerte le grisa, mais, ne pouvant pas la toucher de peur de subir d’énormes représailles, il s’abaisserait seulement à la tourmenter afin de la rendre parfaitement docile pour le long voyage qu’il s’apprêterait à faire en sa compagnie.

— T’auras en effet été plus compliquée à neutraliser que je ne l’imaginais. C’est amusant de te revoir ainsi après dix ans ma sale petite minette.

Il passa une main sur sa joue et la tapota nonchalamment, heureux de la voir soumise après ce moment d’altercation. Puis il descendit sa main, la plaça sur sa nuque et pressa ses doigts, sentant son sang pulser faiblement à travers sa carotide. Enfin, il descendit progressivement la broche et déboutonna une à une les attaches de sa mince chemise souillée de sang, à moitié entrouverte. Il s’humecta les lèvres et fit glisser la pointe sur sa peau, effleurant sa chair.

— Je pourrais tellement te faire subir de choses, murmura-t-il en voyant ses poils se hérisser et le bout de son téton se gonfler. Quel dommage que tu sois l’une des seules personnes que je ne puisse tourmenter. Toi et toute ta famille m’avez brisé. Et le pire est que je dois vous servir corps et âme comme un gentil toutou docile !

Avec délicatesse, il écarta le pan gauche de la chemise et dévoila l’un de ses seins autour duquel il fit tournoyer la lame avant de s’arrêter au niveau du cœur.

— Et dire qu’une simple petite pression juste ici et ton cœur cesse de battre instantanément. Il me suffirait d’appuyer juste un peu pour en finir une bonne fois pour toutes. Je pourrais tellement être sadique et t’entraîner dans ma chute, au risque de mourir peu de temps après. Pourtant, ton grand-père a promis de me libérer définitivement dès que ce service sera rendu. Un geste que je n’aurais jamais pu espérer de sa part.

Il éloigna l’aiguille et approcha sa tête de la sienne. Les yeux clos, il huma longuement sa chevelure flamboyante toujours imprégnée de cette odeur infecte d’eau croupie, mêlée aux effluves d’ordures et de sueur ainsi que du parfum grisant de ses phéromones, avant de déposer un baiser sur sa tempe et de lui murmurer quelques mots à l’oreille.

— Bon, je n’ai pas beaucoup de temps avant que les effets se dissipent alors je vais être concis, annonça-t-il posément, considère ça comme une immense faveur que je n’abuse pas de toi d’aucune sorte.

Il se redressa et planta ses yeux dans les siens, même neutralisée, il voyait la Féros lui adresser un regard ardent, empli de haine. Puis il s’éclaircit la voix et commença son explication :

— Je te ramène à ton grand-père, à Eraven. Tu vas monter à cheval, devant moi et tu te contenteras de faire ce que je te dis : à savoir ne pas bouger et ne pas ouvrir ta petite gueule, hormis pour m’alerter si jamais tu repères un élément suspect ! En échange, je te promets de ne rien te faire, bien que ce ne soit pas l’envie qui m’en manque, et je m’engage même à te protéger. N’est-ce pas merveilleux ?

Tout en scrutant sa captive, il lui exposait en détail les événements à venir. Dès qu’il eut terminé d’exposer son plan, il étudia sa captive et posa son doigt sur le bout de son nez afin de l’énerver.

— Soit gentille minette, je reviens très vite !

Il se redressa, prit la broche qu’il engouffra dans sa poche et partit retrouver sa monture la laissant seule pendant ce qui semblait être un temps interminable. Peu avant son retour, la jeune femme, malgré de multiples tentatives pour retrouver sa motricité, parvint fébrilement à bouger un doigt.

En remontant, l’homme tenait entre les mains un collier de fer épais, semblable à une muselière, couvrant la bouche et épousant la forme des oreilles, qui s’attachait derrière le crâne afin que la personne muselée ne puisse ni mordre ni tourner la tête. Ainsi qu’une paire de fers tout aussi épaisse, pour lui maintenir les mains et éviter qu’elle ne le griffe de ses ongles tranchants.

— Tu m’excuseras, mais tu vas me faire l’honneur de porter ce joli collier ! ricana-t-il. Je n’ai pas vraiment envie que tu me mordes dès que les effets de la drogue se seront dissipés. Tu ne m’en voudras pas j’espère ?

Ambre parvint à bouger la lèvre, dévoilant le bout de ses dents, et grogna. Avec des gestes habiles, il le lui mit, bloquant l’attache à l’aide d’une sangle et d’une clé qu’il engouffra dans sa poche. Il en profita pour examiner les siennes et trouva un morceau de papier plié en huit qu’il déplia et examina attentivement avant de ricaner.

— Je vois que la minette s’intéresse à ses origines ? Au vu de ton petit papier, je présume que t’as aucune idée de qui est ce fameux H ? Je te le dirais bien, mais je préfère te laisser la surprise. Butée comme tu es tu ne me croiras pas. En plus, tes informations sont partiellement incorrectes et je n’ai pas envie de jouer les professeurs.

Il se leva et, voyant qu’il commençait à pleuvoir dru et que la jeune femme à moitié nue grelottait, il fouilla dans les tiroirs des meubles de la chambre pour en sortir finalement une veste chaude d’un marron terni, très large et miteuse, sentant le tabac et l’humidité. Il retourna vers elle et la lui enfila avec des gestes malhabiles d’un enfant jouant à la poupée. Enfin, il lui prit les mains et les lia avec les fers, les joignant solidement entre elles, serrant les attaches au maximum. Dès qu’elle fut parée, il la souleva et sortit avec elle, la tenant fermement entre ses bras.

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