NORDEN – Chapitre 171

Chapitre 171 – Le Serpent 2/2

— Mais, je suis désolé de te l’apprendre, il va te falloir abandonner cet homme. Je sais que tu l’aimes beaucoup, je le ressens dans tes vibrations. Mais tu as une mission de la plus haute importance à accomplir. Et tu es la seule à pouvoir le faire ma chère petite.

À ces mots, les yeux d’Ambre s’écarquillèrent et son corps fut traversé d’un épouvantable frisson qui raidit l’ensemble de ses muscles.

— Putain, Maspero-Gavard ne mentait pas ! s’indigna-t-elle en se reculant hâtivement pour rejoindre son fiancé quatre mètres plus loin.

Ne comprenant nullement les enjeux, Alexander passa ses bras autour d’elle et la serra pour apaiser ses tourments.

— Vous… vous ne pouvez pas m’obliger à y aller !

Le Aràn fit la moue et entortilla une mèche de cheveux autour de son index.

— Ma chère enfant, crois-moi que je le regrette, mais je me dois d’honorer ce contrat. Il en va de la survie de notre île. Je ne crois rien t’apprendre en te dévoilant ça.

Alexander, interloqué par cette histoire, leur demanda de plus amples explications. D’une voix tremblant légèrement, Jörmungand lui expliqua son engagement auprès de la lionne Leijona, de l’importance qu’Ambre avait aux yeux de la Pandaràn et de la nécessité de la marier à l’empereur Joseph de Valembruns. Au fil des annonces, le Baron pâlit, scandalisé. Puis, envahi par la fureur et sentant trahi par Irène, qui semblait être mise au fait et ne lui avoir jamais rien dit à ce sujet, il toisa la duchesse et l’arrosa de répliques cinglantes.

Par réflexe, il éloigna progressivement sa fiancée du rivage et manqua de l’étouffer en la serrant un peu trop brusquement. Puis, enivré par la colère, il était incapable de se dominer et pointait sur ses interlocuteurs un doigt accusateur. Il était à cran et il lui était impossible d’analyser pleinement la situation, préférant la garder égoïstement pour lui plutôt que de la livrer en pâture à Charité comme l’avait fait Friedrich trois ans avant lui ; qu’importe qu’Ambre devienne impératrice et vive dans l’opulence, l’idée de la savoir si loin de lui, avec un autre homme, lui était insupportable.

Prenant lui aussi conscience que ce rôle avait été initialement prévu pour Blanche, Théodore regarda celle qui fut durant une poignée de mois sa bien-aimée, ne comprenant que trop bien ce que le Baron ressentait. La harpie était toujours lovée aux creux de ses bras et respirait avec pénibilité. N’émettant pas le moindre son, elle scruta calmement la scène de ses yeux bicolores. L’animal pesait son poids du haut de ses sept kilogrammes approximatifs et pinçait délicatement les doigts du marquis afin qu’il la maintienne plus confortablement.

Après un long moment de paroles cinglantes portées injustement à son encontre, le Aràn leva la main et le fit taire aisément d’une simple injonction. Ce geste fit rire Armand, qui se délectait de leur infortune, attendant patiemment que l’entité lui accorde tout son intérêt pour, enfin, être délivré de son joug, après ces neuf interminables années de services.

Voyant sa nièce tout aussi abattue par cette fatalité, Irène prit réellement conscience de l’attachement mutuel et sincère des deux amants. Alors que le Serpent allait poursuivre ses justifications, elle posa sa main sur son bras. D’une voix calme et posée, elle se proposa pour être celle qui irait sur Charité, exposant ses raisons fraîchement mûries à son père.

Ébranlé, Jörmungand ne voulait entendre raison et se plier à cette décision ; malheureusement pour cette fois, sa fille était décidée et formelle. La tête basse, il finit par se résoudre à la laisser s’y rendre, dès qu’elle eut terminé son discours. Car Irène, habituée à la diplomatie, ne manquait pas de réponses et de justifications pour contrer tous les arguments que son père avançait pour la dissuader par tous les moyens. Tous, hormis Armand, regardaient la duchesse de leurs yeux embués, émus par cet énième sacrifice dont elle faisait preuve sans aucune exigence en retour, sacrifiant sa liberté pour sauver celle de sa nièce ; un geste et une décision que peu de personnes seraient prêtes à endosser.

— Tu ne peux pas y aller ma fille ! protesta l’entité une dernière fois. Tu as tes filles ici ! Elles ont besoin de toi !

— Mes filles n’ont plus besoin de moi, père, tu le sais très bien. Blanche n’est plus et Meredith mène sa vie de jeune mère et s’en sort avec brio. Je lui ai enseigné tout ce qu’il fallait pour qu’elle s’en sorte et vive sa vie comme elle l’entend. Elle est libre et indépendante. Avant de partir, je viendrai lui faire mes adieux, la revoir une dernière fois me suffirait. Pour le reste, elle aura toujours sa cousine. Maintenant que tout est dit, je n’ai pas de doute qu’elles sauront se rapprocher encore davantage.

Jörmungand ne dit rien et réfléchit silencieusement à sa proposition. Il affichait un air abattu, une détresse nettement apparente sur son visage sans âge. Il ressemblait à un enfant venant tout juste d’être disputé et recroquevillait nerveusement ses mains contre lui.

— Tu sais que j’ai raison père ! assura Irène. Mon engagement est juste et je t’interdis formellement d’utiliser ta faculté pour me soudoyer et persuader Ambre d’y aller.

— Je… je ne veux pas faire ça… murmura-t-il.

Les larmes aux yeux, il baissa la tête et s’emporta :

— Je ne veux pas que tu partes et je ne veux pas non plus qu’elle parte ! J’en ai marre de toujours tout sacrifier pour satisfaire tout le monde ! Pourquoi c’est toujours à moi d’abandonner ce que j’ai de plus précieux ! D’effectuer les tâches ingrates ! Et d’être détesté par tout le monde en plus ! J’ai jamais rien demandé moi ! Pourquoi Alfadir s’en moque et ne daigne même pas rester auprès de moi dans un moment aussi difficile. Il sait ce que ça fait que de perdre des siens… J’ai tout fait pour le satisfaire ! Tout !

Pour l’apaiser, Irène se pressa contre lui et le prit dans ses bras, sous les yeux de l’assemblée muette. Impuissants et choqués, ils contemplaient le Aràn, cet immense Serpent marin soi-disant impitoyable et dangereux se décomposer, pleurant à chaudes larmes dans les bras de sa fille aînée.

— Tout va bien se passer père, je serais impératrice après tout, je pense qu’il y a pire comme conditions et puis, au moins aurais-je le plaisir de te voir à l’occasion. Je doute fort que Leijona me bride. Certes ce n’est pas une tendre, mais elle n’est pas si cruelle d’après ce que tu m’as raconté.

Une fois apaisé par les caresses de sa fille, le Aràn défit son étreinte. Il renifla puis passa une main sur ses yeux rougis avant d’acquiescer mollement. Irène tourna la tête et contempla sa Blanche, avisant Théodore qu’elle viendrait avec elle sur Charité. Le marquis, ne pouvant se résoudre à la perdre et désireux de trouver une nouvelle étincelle de vie afin de se reconstruire, se proposa de l’escorter et de venir s’établir dans l’empire, auprès d’elle. Après tout, il n’avait plus rien à perdre ici, sur Norden ; son avenir s’annonçait sombre, empli de solitude, d’autant que jamais personne ne lui pardonnerait les erreurs faites par son père. Il passerait sa vie à réparer tous les torts de son patriarche ainsi que de ceux de ses oncles et les siennes, innombrables. Sans compter qu’il jouirait d’une réputation encore plus pitoyable que celle qu’il avait jusqu’alors, pourtant peu glorieuse.

La duchesse opina, acceptant sa venue avec un certain plaisir, soucieuse du bien être de Blanche et voyant en ce jeune marquis un confident éventuel une fois là-bas. Il était noble et connaissait les valeurs et mœurs de la haute société ; il ne serait pas difficile pour lui d’apprendre à s’intégrer à la cour charitéenne. Bien que son nom, von Eyre, d’origine providencienne, puisse en rebuter plus d’un. Le Serpent paraissait satisfait de cette idée ; il ferait une sentinelle idéale à envoyer en ancienne Fédération, aux côtés d’Adam, cela consoliderait davantage l’accord entre lui et la licorne et lui permettrait d’avoir des nouvelles plus poussées de la région Nord, maintenant que la liaison avec Providence serait définitivement coupée.

Soulagé par leur approbation, le marquis soupira tandis qu’Ambre demeurait interdite, enveloppée par Alexander, les larmes aux yeux à l’idée de perdre sa tante alors qu’elle s’apprêtait enfin à faire sa connaissance. Elle tentait de refréner ses tremblements, gagnée par l’embarras, le cœur lourd devant cette énième injustice. Alexander n’allait guère mieux et observait passivement les enjeux, ne trouvant pas les mots pour intervenir ou rétorquer le moindre point énoncé. L’esprit vagabond, il se sentait fébrile, terrassé par toutes les affres qu’il venait de subir ainsi que par tous ces revirements inopinés qui se sont succédé sans qu’il ne puisse en mesurer l’étendue. Il demeurait stupide, regardant le Serpent et sa fille avec des yeux brillants. Enfin, un subtil sourire s’esquissa sur ses lèvres, ne pouvant les remercier assez pour leur clémence.

Devinant sa nièce troublée, Irène s’avança vers elle et posa tendrement une main sur sa joue, la regardant d’un regard impassible.

— N’aies crainte, tout va bien se passer. Tu as Meredith ainsi que ta sœur avec toi, la rassura-t-elle d’une voix ferme, même ton grand-père sera présent dès que tu en auras l’envie et le besoin. Nous pourrons toujours communiquer par lui. Je suis consciente que c’est douloureux pour toi d’encaisser tout ceci, cela le sera pour nous toutes je te l’assure. Comme je l’ai dit à ton Baron, la stabilité de notre famille passe avant tout par le sacrifice. Nous savons tous ce que cela fait que de perdre l’être qui nous est le plus cher afin que notre lignée demeure. Maintenant, Alfadir vous a accordé le droit de vivre et d’exister, tu n’imagines même pas l’angoisse que mon père et moi-même avions lorsqu’il nous a laissés seulement une décennie pour récupérer Hrafn et le lui remettre. C’est pourquoi ton père s’est tant sacrifié pour vous, le temps lui était compté s’il voulait voir ses filles s’épanouir sur l’île et non vivre recluses sur une autre île, loin de tous. Notre secret devait être gardé pour que notre mission ne soit pas compromise.

Elle posa une main sur sa toque et la caressa.

— Ta mère reste auprès de moi si tu n’y vois pas d’inconvénient, fit-elle d’une voix chaleureuse, je tiens à cette coiffe plus que n’importe quel autre bien. Elle est ce que je conserve de plus précieux.

Puis elle plongea une main dans sa poche pour en sortir un petit bijou qu’elle glissa dans la main de sa nièce.

— En revanche, ceci est pour vous, mes nièces. J’avais exigé à ton père qu’il me le cède dans le but de vous le rendre à nouveau le moment venu.

Curieuse, Ambre observa attentivement cet objet singulier, caressant sa surface lisse en coquille blanche polie. Il s’agissait d’un coquillage sculpté, représentant une hermine allongée de profil, les yeux clos et la queue enroulée autour de son ventre.

— Ta mère t’aimait Ambre, ajouta-t-elle d’une voix douce, elle n’a jamais rien voulu de tout cela. C’était une femme fragile et émotive. Et j’ose espérer qu’un jour ta mémoire te revienne, que tu fasses la paix avec toi même et tente de lui pardonner pour cet acte incompris qui t’as brisée et hantée pendant de nombreuses années. De nous pardonner pour tout ceci. Il ne tient plus qu’à toi de faire la paix avec ton esprit, accepte-toi, relativise et surtout n’oublies jamais ce pour quoi nous nous battons.

Ambre hoqueta et s’effondra en larmes dans ses bras, la tête contre son cou, tremblante de tous ses membres. Pour l’apaiser, Irène passa une main sous sa chevelure et lui caressa la nuque.

— Ton Baron t’expliquera tout cela, murmura-t-elle, il sait pour nous. Et je pense que ton grand-père se fera une joie de te raconter tout ceci quand tu t’en sentiras prête.

— C’est exact, ajouta le Serpent tout aussi ému.

Agacé devant toute cette mièvrerie, Armand pesta. Les bras croisés et dressé de toute sa hauteur, il contemplait ce spectacle écœurant et maugréait son mécontentement. Son comportement outrancier n’échappa pas à son maître qui le darda d’un œil noir et le somma d’arrêter.

— Vous avez promis de me libérer si je vous la rapportais vivante, assura le capitaine d’une voix forte et distincte, et c’est ce que j’ai fait ! J’ai tenu parole, je suis libre dorénavant et n’attends que vos mots. Un seul mot au sujet de ma délivrance et promis je vous laisse profiter de ces moments de retrouvailles et d’adieux si déchirants qui, je m’excuse, me donnent la nausée.

Un étrange sourire, s’apparentant à une grimace, se dessina sur les lèvres du Aràn qui le regarda de ses yeux anormalement brillants.

— C’est vrai que j’ai promis de te délivrer et comme mon frère, je suis une entité d’honneur et de parole. Mais t’as fait que la moitié de ce que je t’ai demandé. Certes Ambre est présente, mais c’est Irène qui me l’a ramenée à ce que j’ai vu, pas toi.

— Co… comment ? s’écria-t-il, scandalisé.

— Tu m’as bien entendu. Après tu as été bien gentil et bien serviable et je t’en remercie grandement, sois-en certain ! dit-il en plaquant une main sur son cœur.

— Libérez-moi ! cracha-t-il en se levant promptement, libérez-moi, vous m’avez promis ! Vous ne pouvez agir de la sorte ! Vous n’avez pas le droit ! Libérez-moi !

Jörmungand replia ses mains contre lui et se renfrogna. Tout en regardant son brave soldat dans les yeux, qui ne manquait pas de propos acerbes portés à son encontre, il réfléchissait en silence, choisissant son verdict.

— Soit… dans ce cas, je sais ce que je vais faire.

Il se tourna vers sa fille et Ambre, toujours lovées l’une contre l’autre. À la vue de cette dernière, un sourire malicieux prit place sur son visage et il frappa dans ses mains.

— Puisque tu veux que je te laisse une chance alors très bien… j’annonce… ce ne sera pas moi qui déciderai pour toi. Mais Ambre qui décidera de ton sort ! Après tout tu l’as blessée jadis et elle te doit un procès.

Ambre, choquée, regarda le capitaine qui affichait une expression de stupeur mêlée d’effroi, le visage déformé par l’annonce qu’il venait d’entendre. Il se tenait immobile, les yeux écarquillés à l’extrême, manquant de s’échapper de leurs orbites.

Jörmungand invita la jeune femme à prendre une décision concernant le sort réservé à son ancien esclave, pouvant lui infliger tout ce qu’elle désirait, y compris souhaiter sa mort si l’envie lui en prenait. Horrifiée de cette alternative, elle ne sut que répondre et demeurait pétrifiée ; tiraillée entre toutes les possibilités qui s’offraient à elle en cet instant, lui accordant les pleins pouvoirs sur un être qu’elle haïssait et dont l’idée de le voir mort lui avait traversé l’esprit un nombre incalculable de fois. Plongée dans ses réflexions, elle fut alors traversée par un flot de pensées désordonnées et contradictoires.

En le tuant, elle vengerait la mort de sa mère, celle de Beyrus, de Thomas, ainsi que celle d’Ambroise et de bon nombre d’innocents. Elle vengerait Anselme, ces pauvres enfants noréens enlevés, mais aussi toutes les victimes du trafic que D.H.P.A. Elle lui ferait payer son agression et son traumatisme, toutes les tourmentes qu’il lui a infligées, les insultes et menaces qu’il lui a proférées. Certes, il ne l’avait pas molestée ces dernières heures, trop focalisé sur sa délivrance pour oser tenter la moindre chose à son encontre. Une piètre excuse finalement pour lui permettre de s’en tirer à bon compte.

Cette perspective de le tuer la grisait et plus elle réfléchissait, plus le fait de l’éliminer de ses mains la séduisait. Tuer… ôter la vie de quelqu’un rien qu’une fois… Lui enfoncer mes crocs dans son cou, lui percer la peau de mes griffes, le lacérer, le faire souffrir. Ou alors,plus expéditif ! il me suffiraitd’une seule et unique balle bien placée pour en finir avec cet être malfaisant. Il mérite de crever. Il doit crever !

Quelle si douce tentation, il ne lui suffirait que d’une parole énoncée pour se libérer de ce monstre à tête de lion. Pourtant, quelque chose au fond de son être l’empêchait de choisir cette décision ; un poids de conscience morale dont elle se serait bien passée. Elle jeta un coup d’œil en direction d’Alexander ; celui-ci demeurait grave et la regardait de manière impassible.

Qu’aurait-il fait ? songea-t-elle en son for intérieur. Il ne l’aurait pas tué, c’est certain. Alors pourquoi devrais-je le faire ? Accepterait-il de vivre avec une meurtrière pouvant tuer de sang-froid quand elle l’exige ? Mais l’accepterais-je moi-même ? Maman l’a fait, car elle était obligée et je l’ai toujours détestée pour cela. Pourquoi devrais-je m’abaisser à agir de la même manière alors que finalement rien ne m’y oblige…

Ne parvenant pas à trouver son verdict, elle dévisagea son fiancé. Prenant conscience qu’elle se référait à lui pour prendre une décision, il fronça les sourcils et hocha subtilement la tête de droite à gauche. Comprenant son choix, Ambre acquiesça et échangea avec lui un accord muet.

Non, il y a d’autres solutions que le meurtre. Et je ne devrais pas me laisser dominer par cette pulsion de tuerie, je vaux mieux que ça ! Il faut que je prouve que moi Féros, je peux me comporter dignement pour prouver notre valeur aux yeux des humains et des Sensitifs… Alexander a foi en la justice. C’est à elle que je dois m’en remettre maintenant que tous ces pourris seront mis sous fers. C’est à elle que je vais m’en remettre. Il y a eu assez de morts aujourd’hui. Le futur tribunal s’occupera de son cas et exigera la sentence adéquate. Il sera forcément condamné !

Dès que sa décision fut prise et sa sentence énoncée, Armand hurla de rage et serra les poings. Puis il se calma aussitôt, soumis aux paroles cinglantes du Aràn, dont la voix sifflante claquait du bout de son palais. D’un geste de résignation, il s’effondra au sol et s’appuya contre un rocher. Les bras croisés et les doigts crispés contre sa tunique, il dardait d’un œil noir la jeune femme, fulminant devant cette odieuse injustice tandis que James s’avança en sa direction, défit sa ceinture et lui lia solidement les poignets dans le dos. Honteux et maîtrisé, le capitaine cracha au sol et leur proféra un flot d’insultes et de menaces, s’époumonant de tout son saoul, paraissant encore plus ridicule aux yeux de l’assemblée, guère apitoyée par son destin.

Las de l’écouter pleurnicher, le Serpent ordonna à James de le faire taire. L’homme s’exécuta et le frappa de son arme juste derrière le crâne, l’assommant immédiatement.

Un long silence s’instaura. La nuit s’installait progressivement, noyant sous des nuances violacées le paysage si paisible où le chant des grillons et de la houle se faisait de plus en plus entendre. La plage s’obscurcissait et le vent s’intensifiait. Ne voulant pas s’attarder davantage, Jörmungand leur ordonna de rentrer avant que la nuit noire ne tombe sous ce ciel redevenu voilé où d’épais nuages s’amoncelaient. Après de brèves salutations et la promesse d’une entrevue prochaine avec sa petite fille et son futur gendre, le Aràn rejoignit les flots.

Le trajet du retour se fit en silence. James prit les devants en conduisant le capitaine dans un coin capitonné en attente du procès. Avant de quitter la duchesse et le marquis, déposés devant les grilles du domaine de Lussac, Alexander prit le jeune homme à part afin de lui donner la chevalière de son père. Théodore remercia son ancien patron et partit saluer une dernière fois la rouquine dès que celle-ci eut terminé d’échanger des dernières paroles auprès de sa tante. Irène rentra au manoir, la harpie dans les bras, désireuse de profiter une ultime fois de sa précieuse Meredith avant son départ définitif le lendemain matin.

Le jeune homme se plaça devant Ambre et lui tendit sa main afin de lui dire un dernier au revoir. Contre toute attente, elle la repoussa, s’approcha de lui et l’enlaça ; un ultime présent d’adieu, souhaitant aller de l’avant et le pardonner en partie pour ses actes. Bien qu’encore rancunière et blessée, elle gardait l’espoir de croire en sa volonté de changer et désirait faire confiance en sa cousine pour qui le jeune marquis comptait.

— Surtout prends soin de Blanche ! murmura-t-elle.

— J’y veillerai, se contenta-t-il de répondre avant de se défaire de son étreinte et de regagner le manoir.

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