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NORDEN – Chapitre 175

Chapitre 175 – Convalescence

Le bruissement des feuilles agitées par la brise et le chant mélodieux des oiseaux envahissaient progressivement la cour, pénétrant dans la pièce via la fenêtre grande ouverte de la chambre mansardée. Cette symphonie de gazouillements, si agréable à l’oreille, s’accompagnait d’un fin filet d’air frais matinal. Les rayons mordorés du soleil levant transperçaient le léger voilage, baignant la pièce dans une chaleur douce.

Alexander ouvrit péniblement un œil et reconnut les lieux. Il se trouvait allongé dans la petite chambre de l’hospice, celle aux murs écrus soutenus par trois poutres de bois sombre perforées et au sol recouvert de trois cent quatre-vingts tomettes rouges ; celle qu’il avait tant fréquentée jadis, il y a plus de vingt ans.

Il inspira longuement et expira avec lenteur. En effectuant ce geste, il fut pris d’une subite quinte de toux rauque, lui brûlant la trachée, et plaqua une main contre sa bouche afin d’étouffer le bruit. Puis, tressaillant, il se redressa et s’adossa au mur, reprenant peu à peu sa maîtrise. Dès que la crise fut passée, il s’éclaircit la gorge et se massa les yeux sur lesquels un voile vitreux s’était déposé.

Le corps perclus de douleurs et la gorge irritée, il engouffra ses mains sous son ample chemise liliale et palpa méticuleusement son torse afin d’examiner l’étendue de ses blessures, suivant les sillons des vieilles cicatrices laissées par la main prédatrice. Avec aigreur, il sentit chacune de ses côtes, devenues anormalement saillantes, se dessiner sous sa peau aussi sèche que du cuir. Un épais bandage recouvrait le haut de sa cuisse, là où le coup du bris de verre fut porté ; son apparence devait être bien négligée, songeait-il amèrement.

Courroucé, il pesta et passa une main sur son visage, ce qui aggrava davantage sa mauvaise humeur lorsqu’il s’aperçut, à son grand désarroi, qu’une barbe naissante lui entourait le menton et que ses cheveux s’entremêlaient au passage de ses doigts tant ils foisonnaient de nœuds. En baissant la tête, il remarqua Ambre assise sur le sol carrelé au niveau de ses jambes, la tête posée sur les couvertures du lit. Elle était presque collée contre le mur, profondément endormie. Les yeux clos et les traits du visage détendus, elle respirait bruyamment et avec régularité.

Il laissa échapper un petit rire, légèrement radouci par cette vision. Elle était pieds nus, vêtue comme lui d’une ample tunique blanche s’arrêtant à mi-cuisse sur laquelle sa flamboyante toison rousse descendait en cascade le long de son dos. Elle enlaçait ses jambes de son bras droit et agrippait fermement les draps de sa main gauche dépourvue de cicatrices ; pas la moindre marque ne fendait sa chair.

La porte de l’entrée s’ouvrit avec lenteur. L’homme sourit à la vue de Séverine qui venait de le rejoindre, marchant d’un pas léger afin de ne pas réveiller la jeune femme. Cette dernière était accompagnée de Désirée qui, tout heureuse, sauta sur le lit, fouettant l’air de sa queue, et laissait pendre sa langue, les oreilles fièrement dressées vers l’avant. Sans cérémonie, la grande levrette aux poils drus s’approcha de son maître et lui lécha le visage à coups de langue vigoureux, plantant ses yeux brillants couleur noisette et aux cils interminables dans les siens.

— Doucement Désirée, murmura-t-il, assaillit par ses marques d’affection. Doucement ma grande.

Il prit sa tête entre les mains et lui gratta le crâne avant de déposer un baiser sur sa truffe noire. La chienne jappa et souffla son haleine au visage tout en se frottant à lui de sa démarche maladroite.

— Oui, je sais que tu es ravie de me revoir ma friponne, mais calme toi, tu vas réveiller Ambre !

Avec des mouvements brusques la chienne se recula et baissa la tête pour se frotter à ses jambes. Puis elle roula sur les draps et se mit sur le dos, dévoilant l’entièreté de son ventre gris crème tacheté de brun, afin de se faire caresser à son tour.

— Je vois que tu es enfin réveillé ! chuchota Séverine, rassurée de revoir son jeune maître sain et sauf. Tu nous as fait une belle frayeur !

Alexander acquiesça d’un signe de tête, puis un rictus se dessina sur ses lèvres lorsqu’il s’aperçut que sa chienne était couverte de croûtes et que de grosses touffes de poils manquaient par endroits.

— Que t’est-il arrivé ma friponne ? fit-il en examinant attentivement ses blessures avec une pointe d’anxiété, prenant délicatement sa patte pour mieux observer la profondeur des entailles.

— Ah ça ! soupira la domestique. J’ai bien cru que tu allais lui fendre le cœur. C’est à cause de toi qu’elle s’est grafignée, allant jusqu’à s’étouffer et saigner ! Elle n’a pas cessé d’aboyer et de hurler lorsqu’elle t’a senti en danger l’autre jour. Elle voulait à tout prix te rejoindre. Je l’avais enfermée dans le chenil de ton oncle afin qu’elle ne puisse pas s’échapper. Malheureusement, elle se jetait contre les grilles et s’esquintait les coussinets dans son affaire. J’ai dû me résoudre à la droguer pour l’apaiser. Je lui ai donné une sacrée dose. Car la pauvre ne cessait de hurler et de s’égosiller, j’ai bien cru que ses poumons ne tiendraient pas !

Fortement touché par le comportement de sa fidèle friponne, Alexander prit la tête de sa chienne entre les mains et déposa un baiser langoureux au-dessus de la truffe. Il la contempla silencieusement avec un regard empli d’amour et de gratitude. Désirée lécha le bout de son nez et battit avec force sa queue contre les draps.

Séverine, attendrie par cette scène, alla vers son maître. Arrivée à sa hauteur, elle déposa un baiser sur son front et le regarda de ses yeux gris-bleu larmoyants.

— Je suis tellement soulagée que tu t’en sois sorti !

— Combien de temps suis-je resté inconscient cette fois-ci ? Je n’ai plus aucune notion du temps.

— Pas loin de deux mois et demi. Il faut dire qu’entre les coups que tu as reçus, le choc psychologique et ton malaise lors de l’incendie, ton corps et ton esprit avaient besoin de récupérer.

Elle tourna la tête et lui montra une paire de béquilles accrochée au mur.

— Je ne pense pas que tu puisses remarcher convenablement de si tôt. D’auprès Aurel, il te faudra plusieurs mois de béquille pour te déplacer. Le bris de verre t’a bien abîmé, les tissus et les muscles sont touchés. Et ta hanche est endommagée. Tu n’as rien de trop grave fort heureusement, mais tu auras besoin de rééducation.

— Quelle fâcheuse affaire ! ricana-t-il nerveusement. La vieillesse me gagne avant l’âge… j’espère ne pas avoir de séquelles suite à cela. Il ne manquerait plus que je devienne infirme à mon tour !

Il prit la main de sa domestique, qui semblait offusquée par ses paroles, et la serra dans la sienne.

— Plus sérieusement, je dois avouer que mon moral en a pris un sacré coup. Cette épreuve aura été éprouvante. Je suis heureux que vous alliez bien toutes les deux.

La vision de sa demeure enflammée et de tous ses biens consumés, dévorés par l’appétit brûlant et vorace des flammes ardentes, lui revint en mémoire. Ce rouge flamboyant engloutissant le moindre élément qui se trouvait sur son passage, à sa portée, s’étendant à chaque recoin ; un monstre ravageur informe, déployant son emprise avec une aisance alarmante et ne laissant derrière qu’un épais tapis de cendres noires.

— Que reste-t-il du manoir ? S’enquit-il, le cœur lourd.

— Pas grand-chose, hélas ! Ton salon, le lieu de départ de l’incendie selon les gardes, a entièrement brûlé ; le piano, les bibliothèques, le mobilier, les étoffes… tout a été réduit en cendres. Pareil pour les autres pièces du corps de logis. Nous avons pu récupérer certaines choses cela dit. Les réserves n’ont miraculeusement pas été touchées, les affaires de ta mère sont donc intactes et préservées, de même que quelques éléments de mobilier ayant appartenu à tes grands-parents. Mais sinon, rien d’autre n’a pu être sauvé.

La vieille dame porta son regard sur un petit carton posé sur une chaise et sentit son cœur se serrer.

— Je pense que tu l’as remarqué lorsque tu t’es rendu sur place, mais j’avais pris l’initiative de prendre quelques-unes de tes affaires en partant. Celles qui se trouvaient dans le salon et dans ta chambre. Ce n’est pas grand-chose, mais je savais que tu y tenais et j’avais peur que d’éventuels pilleurs ne viennent saccager le manoir en notre absence et dérober tes biens les plus chers.

— Je m’en suis aperçu, oui, lorsque j’ai vu le salon ouvert et que les médaillons ainsi que les photos de ma chambre n’étaient plus là.

Elle hoqueta, les yeux emplis de larmes.

— Dire que j’ai osé oublier de prendre son alliance, votre photo et son médaillon ! Je n’avais pas pensé à ouvrir ton tiroir sur le moment. Je suis une mère indigne ! Indigne d’avoir oublié quelque chose d’aussi important !

Elle se pinça les lèvres et détourna le regard, une larme perlant sur son visage marqué par ces derniers mois de tourmente et d’inquiétude perpétuelles.

— Ne t’en veux pas Séverine, la rassura-t-il, tu as fait déjà bien plus que nécessaire. Comme je t’ai dit, Désirée et toi êtes vivantes et rien ne m’importait plus que votre sécurité à toutes les deux ! J’ai été inconscient de m’aventurer dans les flammes. J’étais emporté par ma peine, je ne pouvais effectivement me résoudre à laisser ces souvenirs derrière moi. Surtout ce médaillon ! Il était ce qui m’était de plus cher et précieux. Jamais je n’aurais pu supporter l’idée de le voir dévoré par les flammes, disparu à jamais.

Il tenta de se remémorer les événements de cette soirée, l’esprit encore embué, parvenant difficilement à remettre de l’ordre dans l’enchaînement des actions. Il se revoyait encerclé par les flammes montantes, les poumons en feu, assailli par cette fumée noire et étouffante qui lui pénétrait la trachée, le brûlant intérieurement. Il se savait pris au piège, à moitié sonné par le violent coup porté par Léandre, effondré au sol, incapable de se mouvoir davantage et sentant son sang s’échapper à travers la plaie béante.

— Comment m’en suis-je sorti ? Je n’arrive pas à m’en souvenir. Tout est flou.

Sans un mot, Séverine baissa les yeux et posa son regard sur Ambre, toujours profondément endormie. Alexander fronça les sourcils.

— Comment est-ce possible ? s’étonna-t-il. Elle était dans les vapes lorsque nous avons regagné le manoir. Pieter te le confirmera.

— Pourtant c’est bien elle qui t’a sauvé des flammes. C’est d’ailleurs Pieter qui me l’a assurée. Je ne sais pas comment elle a pu se réveiller et encore moins comment elle a pu te transporter jusque sur le perron, mais lorsque James est revenu accompagné par les pompiers, ils l’ont aperçue en train de te tirer des flammes et de vous extirper de la maison. D’après leur rapport, elle serait parvenue à te soulever et à traverser l’incendie.

— C’est impossible, réfléchit-il, je me suis évanoui à l’étage ! Jamais elle n’aurait eu assez de force pour me soulever et me transporter jusqu’en bas ! Encore moins me porter aussi longtemps sans pouvoir respirer pleinement ! En plus, comment serait-elle parvenue à me retrouver parmi les fumées noires ? On ne pouvait plus rien voir à plus d’un mètre !

— Les témoins sont formels Alexander, c’est bien elle qui t’a secouru. La pauvre s’est évanouie juste après et a mis pas mal de temps à s’en remettre, cela doit faire pas loin de cinq semaines qu’elle a repris connaissance, et sans la moindre éraflure ni brûlure. Depuis elle ne cesse de venir à ton chevet, elle passe presque l’entièreté de ses journées à tes côtés et ne cesse de te parler en espérant sans doute que tu l’écoutes dans ton sommeil.

Troublé, l’homme repensa aux paroles d’Irène au sujet des Féros et de leur résistance hautement développée. En allait-il de même pour leur force lorsque l’instinct de préservation ou de protection se faisait ressentir ? La duchesse n’avait-elle pas affirmé qu’il fallait qu’Ambre renoue avec sa nature qu’elle avait abandonnée pendant si longtemps ? Ému, il esquissa un sourire et passa délicatement une main sur la joue de sa future épouse. Celle-ci ronchonna et enfouit davantage sa tête sous les couvertures.

— Je vais vous laisser, murmura Séverine, si tu as besoin de moi sache que je serai dans les cuisines, j’aide madame von Dorff à l’intendance. Je te laisse Désirée quelques instants, le temps que j’aille lui préparer sa gamelle. J’ai peur qu’elle couine et réveille les pensionnaires. Comme tu le sais mademoiselle n’aime pas attendre son repas.

Ils échangèrent un sourire complice et regardèrent la chienne, toujours allongée sur les jambes de son maître, s’étirant de tout son long et soupirant d’aise.

— Que sont devenus mes gens ?

— Émilie et Maxime sont logés chez James et Pieter, tandis que Désirée et moi-même sommes hébergées ici, au dispensaire, le temps que nous trouvions un logement et que tu te remettes de tes blessures.

— Qu’en est-il des trois autres ?

— François et Arthur se sont portés volontaires pour entrer au service de ton oncle en attendant que tu récupères. Et Paul ainsi que sa famille ont quitté la ville.

Voyant qu’Ambre commençait à se mouvoir, la domestique le salua et sortit, entrebâillant la porte derrière elle. La jeune femme ouvrit un œil et bailla à s’en décrocher la mâchoire. Le regard voilé de fatigue, elle tourna la tête en direction d’Alexander qui lui adressait un sourire en coin. Surprise de le voir debout, elle écarquilla les yeux.

— Bien le bonjour mademoiselle, dit-il d’une voix grave et suave en lui caressant la joue.

— Bon…

Elle n’eut pas le temps de terminer sa phrase que Désirée se rua sur elle et l’assaillit de coups de langue au visage. Ambre pouffa et dégagea sa tête de celle de l’animal qui battait vigoureusement sa queue et jappait.

— Doucement Désirée, je t’ai dit ! la rabroua Alexander en tirant délicatement sur son collier. Assieds-toi et tiens-toi tranquille, veux-tu !

La chienne arrêta son geste et s’installa de tout son long sur les jambes de son maître, la tête tournée vers lui et le regardant amoureusement. Pour la féliciter, il lui gratta entre les oreilles. La levrette ferma les yeux, grogna de bonheur et pressa ses pattes contre son buste, s’étirant de tous ses membres.

— Comment allez-vous ? s’enquit Ambre en s’asseyant sur le rebord du lit.

Il approcha sa main et alla cueillir la sienne, lui caressant la paume de son pouce.

— Ce serait plutôt à moi de te le demander ! fit-il en plissant les yeux. Séverine vient de me raconter ton exploit.

— Ah ! s’exclama-t-elle, en se mordillant les lèvres. Je vous avoue que je n’ai pas compris ce qui m’était arrivé.

— Te souviens-tu de ce qui s’est produit ?

Elle hocha la tête par la négative.

— Pas vraiment, je me souviens juste que j’ai ressenti une étrange sensation, comme si quelque chose s’emparait de moi et me disait qu’il fallait absolument que je me réveille. C’était un besoin viscéral… pulsionnel. Le même qui, quand j’étais avec vous à Eden et que je vous mettais en joue, m’ordonnait de ne pas vous tirer dessus. Lorsque j’ai ouvert les yeux et que j’ai vu Pieter près de moi en train d’observer en direction du manoir en flamme, j’ai de suite compris et je me suis précipitée. Je n’ai pas réellement pris conscience du danger en cet instant. Mais bien que mes sens étaient altérés, car je ne pouvais ni voir, ni entendre, ni sentir, je savais pertinemment où vous étiez. J’arrivais à me repérer avec autre chose, comme une trace qui me guidait instinctivement à vous sans que j’aie besoin de réfléchir. C’était une chance que les flammes n’avaient pas encore envahi le hall bien qu’il faisait extrêmement chaud.

Désirée dressa l’oreille et releva la tête, alertée par un sifflement adressé à son attention. Elle bâilla, se hissa sur ses pattes et sauta du lit pour sortir précipitamment.

— Quand je vous ai vu à terre. J’ai essayé de vous réveiller, mais vous restiez totalement inconscient. Alors j’ai commencé à angoisser, surtout que votre blessure saignait abondamment, je n’ai pas ôté le bris de glace, mais j’ai resserré davantage le nœud de l’écharpe avec du tissu supplémentaire pour protéger la plaie et j’ai protégé votre tête avec un vêtement pour éviter que vous ne respiriez trop de vapeurs toxiques. Je ne savais pas depuis combien de temps vous étiez là ! J’ai senti que vous respiriez, mais combien de temps vous restait-il avant que vos poumons et votre cœur ne puissent plus fonctionner ? J’ai alors vraiment paniqué et comme j’étais désespérée, je me suis mise à vous tirer en vous prenant par les poignets en prenant soin de bien relever votre tête.

Elle baissa la tête, un sourire dessiné sur son visage.

— Qu’est-ce qui te fait rire là-dedans ? demanda-t-il, à la fois interloqué et amusé.

— Je n’ai pas du tout compris comment, mais quand j’ai entrepris de vous soulever une fois arrivée en haut des escaliers, vous n’étiez pas aussi lourd que je l’imaginais.

Le teint de son visage devint rosé, elle prit une de ses mèches de cheveux qu’elle enroula autour de son index et plaça sur sa bouche afin de masquer son frémissement des lèvres. Puis elle pouffa et le regarda avec des yeux rieurs.

— Et, chose étrange, je suis parvenue à vous prendre dans mes bras et à vous soulever. En cet instant vous étiez aussi léger qu’Adèle et j’ai descendu les marches tout en retenant ma respiration sans trop de peine. Une fois en bas j’ai couru dans le hall tout en vous portant et je suis sortie au plus vite avant de perdre connaissance à mon tour.

Alexander demeura coi, le visage interdit. Il la regarda droit dans les yeux et vit qu’elle était sincère dans ses propos. Puis il laissa échapper un petit rire et passa une main autour de sa taille afin de l’attirer à lui. Ils s’étreignirent longuement et profitèrent de cet instant de sérénité.

— Je suis contente que vous alliez bien, dit-elle en enfouissant sa tête contre son cou, je me suis inquiétée de ne pas vous voir bouger lorsque je restais à votre chevet. Heureusement qu’Aurel nous faisait un bilan quotidien quant à votre état.

— Pour une fois que les rôles sont inversés ! annonça-t-il, l’air moqueur. Que ce ne soit pas toujours ma personne qui attende patiemment que mademoiselle ne daigne guérir et retrouver assez de forces pour ouvrir un œil.

Il se rapprocha légèrement afin de l’embrasser. Leurs lèvres s’effleurèrent et tous deux échangèrent un baiser langoureux avant de poser leur front l’un contre l’autre, gardant leurs yeux clos. L’homme engouffra ses mains sous la tunique et caressa tendrement son dos, effectuant de longs vas et viens. Il glissait ses doigts contre cette peau duveteuse, si douce et chaleureuse. Le contact de ce corps ferme juvénile contre ses mains rêches et abîmées lui procurait une exquise sensation de plénitude. Un bruit étrange se fit entendre, semblable à un gargouillement continu émanant du ventre de la jeune femme. Interloqué, Alexander s’arrêta, sentant soudainement le corps de sa fiancée vibrer sous ses paumes.

Le visage d’Ambre s’empourpra, devenant aussi rouge qu’une pivoine. Terriblement gênée, elle toussota.

— Pardon, je comprends pas comment j’arrive à faire ça ! Mais ça s’est déclenché l’autre jour à mon réveil lorsque je vous ai rejoint. Je ne sais pas comment faire pour l’arrêter.

— Suis-je en train de rêver ou mademoiselle est-elle réellement en train de ronronner ?

— Il faut croire que oui, murmura-t-elle après un pouffement, comme pour Mesali.

Un long silence s’ensuivit, où seul le ronronnement incessant de la jeune femme se faisait entendre.

— Je crois que tu n’auras jamais fini de me surprendre ma chère petite Féros ! murmura-t-il à son oreille. Si jamais mademoiselle est toujours partante pour s’engager auprès du vieux chien que je suis, ce serait un collier avec un grelot qu’il faudrait que je songe à lui offrir en guise d’alliance.

— Je crois que j’aurais du mal à me passer de vous dorénavant, minauda-t-elle, le sourire aux lèvres.

Il resserra son étreinte et l’embrassa à nouveau.

— Par contre, commença-t-il en lui écartant une mèche de cheveux, sache qu’il vaudrait mieux que ce soit moi qui te porte le jour de notre mariage plutôt que l’inverse. Mon égo de mâle en serait grandement entaché.

Elle gloussa et se lova contre lui, la tête pressée contre sa nuque. Son ronronnement s’intensifia, résonnant à travers la pièce.

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