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NORDEN – Chapitre 177

Chapitre 177 – Un nouvel avenir 1/2

Après une séance d’échanges intimes, Ambre et Alexander restèrent un long moment silencieux, savourant au mieux cette pause délicieuse. La jeune femme, entièrement nue, était allongée de tout son long sur les couvertures, profitant du rayon lumineux qui lui léchait la peau à travers les carreaux de la fenêtre. La peau lisse, encore moite, et les muscles tremblants, elle ressentait la fleur de son bas ventre palpiter à un rythme effréné.

L’homme se tenait auprès d’elle, le bas du corps dissimulé sous les draps. Il faisait pianoter ses doigts sur le ventre charnu de sa jeune fiancée, la caressant avec lenteur des seins jusqu’au pubis, recouvert d’une fine toison tout aussi rousse que sa chevelure. Soupirant d’aise, il admirait d’un œil vif cette peau blanche léopardée de multiples taches brunies irrégulières, fièrement mises en valeur par la literie immaculée, couleur liliale.

À chaque passage de ses mains, Ambre frissonnait. Puis, les yeux mi-clos et la mine rêveuse, elle contemplait la pièce, un sourire niait affiché sur son visage aux traits parfaitement détendus. Lorsque ses yeux se posèrent sur le carton, elle fronça les sourcils. Alexander, notant son interrogation, lui demanda de le lui apporter. Il défit le couvercle et déballa progressivement le contenu qu’il déposa sur le lit.

Il prit les objets et les éparpilla sur les couvertures, lui expliquant qu’il s’agissait de ce qu’il possédait de plus cher, sa fortune. Bien évidemment, Séverine et lui n’avaient pu prendre davantage ; sa tapisserie, son tapis ainsi que certains livres manquaient à l’appel, mais il avait en sa possession l’essentiel.

En premier lieu, il souhaitait lui montrer les photos, expliquant brièvement pour chacune d’elle le contexte. Pour la première, il montra celle de sa mère, Ophélia, la plus ancienne en date. La jeune baronne, à l’apparence d’une poupée de porcelaine et vêtue d’une somptueuse robe de velours à motifs, devait faire pâlir de jalousie n’importe quelle aranéenne de son époque. Elle était représentée assise en plein milieu du salon, son fils posé sur ses genoux. Alexander paraissait si chétif, noyé sous les étoffes de sa mère. Il avait de grands yeux sombres larmoyants. Sa chemise blanche débraillée, rentrée grossièrement sous sa salopette noire, était encore bien trop large pour lui.

— J’avais six ans quand cette photo a été prise, ma mère en avait vingt-six. On allait célébrer les trente ans de mon père. Comme tu t’en doutes, je n’ai rien gardé le concernant. Je ne porte guère cet homme dans mon cœur. Je ne possédais d’Ulrich que son piano et son portrait qui ont été dévorés par les flammes.

— Comment était votre mère ? se risqua-t-elle à demander en examinant intensément la photo.

— La mère que tout enfant rêverait d’avoir. Une femme douce, gentille et aimante, foncièrement altruiste et généreuse. Nous partagions énormément de choses elle et moi. La danse était notre activité favorite, surtout lorsque père était présent après sa journée de travail et jouait ses valses dans le salon afin de décompresser auprès de sa famille. C’étaient de très beaux moments de complicités et les seuls souvenirs positifs que je conserve de lui.

— C’est pour cela que vous avez conservé le piano ?

— En effet, non seulement pour me rappeler de ces beaux souvenirs, mais aussi et surtout pour ne jamais oublier mes objectifs ! Chaque fois que je doutais de mes capacités, que je désirais baisser les bras, tout abandonner en pensant que mes actions étaient vaines et vouées à l’échec, alors je regardais ce piano et instantanément ma motivation revenait au galop. Il fallait que ma mission aboutisse et se clore par un succès, cela fait plus de vingt-quatre ans que je m’attelle à ce rêve qui, depuis peu, commence à se réaliser. Et que je haïe aujourd’hui.

— Votre mère est morte quand vous étiez enfant. Elle était malade, n’est-ce pas ?

— Oui, soupira-t-il, ma mère était de santé fragile et le mal-gris l’a emportée alors que je n’avais que huit ans. Laissant mon père désespéré et le rendant fou de chagrin. Cela le précipita dans sa chute tandis que je tentais de tout faire pour rester digne. Heureusement, Désirée était là pour moi, à mes côtés, pour m’aider à faire mon deuil et à aller de l’avant. La pauvre avait perdu son père alors qu’elle n’avait même pas cinq ans. C’était un marin noréen qui s’appelait également Anselme. Et elle savait pertinemment ce que je ressentais. Quel traumatisme pour un enfant que de perdre un de ses parents si jeune et de se voir abandonné suite à cela… enfin… je ne t’apprendrais rien là dessus.

Voyant qu’il avait les yeux larmoyants, Ambre reposa la photo dans le carton et en prit une deuxième ; celle d’Ambroise, en noir et blanc.

— Mon cher renard, fit-il en triturant le médaillon d’argent de son plus fidèle domestique d’antan, nous en avons vécu et partagé des choses tous les deux. Lui qui jadis ne m’appréciait guère, s’est vu enchaîné à moi par la force des choses.

— Que voulez-vous dire par là ? s’enquit-elle, désireuse d’en savoir davantage sur cet être qui comptait tant pour lui et qui était le père d’Adèle et de son éternel amant de surcroît.

— Après la transformation de Désirée, lui et moi avons décidé de chasser cette Élite qui nous a détruits depuis notre plus tendre jeunesse. Nous aurons une petite conversation avec Séverine et Adèle sur le sujet où tout vous sera dévoilé en détail. Quoiqu’il en soit, nous avons eu un mal fou à parvenir à nous hisser dans les hautes sphères, à obtenir un poids politique considérable afin d’acquérir une notoriété certaine bien que fragile. C’est aussi pour cela que j’en ai terriblement voulu à ta mère et que je ne pouvais lui pardonner son acte. Car je considérais Ambroise comme mon frère, il était mon plus fidèle compagnon et confident. En le perdant et en me mariant avec Judith, je venais de perdre une grande partie de ma crédibilité et de mon attractivité aux yeux des femmes que je charmais afin de soutirer des informations cruciales sur leurs maris ou leur parti. Un stratagème perfide et ignoble, certes, mais nécessaire pour pouvoir aboutir à mon objectif.

Ambre, devenue pâle à cette évocation, sentit son cœur se serrer et se risqua à lui demander :

— C’est de là que vient votre réputation de séducteur ?

— En effet, il est souvent nécessaire de mettre l’éthique de côté pour servir une cause plus noble. Je ne suis absolument pas fier de mes méthodes si c’est ce que tu te demandes. Mais la séduction et l’emprise étaient les deux seules armes que je possédais afin de m’informer au sein de cette Élite que je n’ai jamais su intégrer pleinement. Seul mon titre de Baron me conférait un avantage non négligeable sur mes pairs et me permettait de séduire plus aisément celles que je baptisais « mes proies ». Il s’agissait souvent de jeunes minettes tout juste majeures et peu conscientes de la menace que je représentais pour elles. C’était si simple de les émoustiller, elles qui n’étaient que de petites vierges, sottes et immatures, avides de rentrer dans le monde adulte et de découvrir les plaisirs charnels auprès de l’homme expérimenté aux frasques reconnues que j’étais. Ma réjouissance en était souvent accentuée lorsque plus jeune j’avais eu pour certaines leurs aînées entre mes mains.

Ambre baissa la tête.

— Je t’en prie, ne me juge pas là-dessus, dit-il calmement en notant son trouble, j’ai conscience que ce sont des choses qui ne sont guère plaisantes à entendre, honteuses même. Je sais que ce que j’ai fait est ignoble et inexcusable. Je n’attends pas de toi que tu me comprennes et encore moins que tu pardonnes pour cela. Je veux juste être honnête avec toi et ne m’étendrai pas davantage sur le sujet. Sauf si un jour tu te sens prête à aborder ce point et désires qu’on en parle afin de diminuer tes craintes alors je me livrerai à toi sans retenue.

L’estomac noué tant elle était mal à l’aise, Ambre commença à se griffer les avant-bras. Voyant qu’elle allait de plus en plus mal, il se justifia :

— Je ne les ai jamais violentées ou forcées sexuellement si c’est ce qui t’inquiète. Je me suis juste contenté de les charmer et de les attirer dans mes filets. Certes j’ai joué de leur insouciance et de leur crédulité. Je les ai rejetées après les avoir consommées et en leur ayant soutiré les informations que j’espérais à propos de leurs pères adorés. Comme un rapace j’ai fait preuve de patience et tournais autour de mes proies, attendant le moment venu pour les soudoyer en les mettant en confiance. J’éprouvais un plaisir jouissif à les séduire, surtout les plus récalcitrantes d’entre-elles.

— Vous… c’est ce que vous avez fait avec moi n’est-ce pas ? bafouilla-t-elle en le regardant avec une expression de dégoût mêlée d’amertume.

Elle sentit soudainement son estomac se nouer dangereusement, lui broyant les organes au point qu’elle se plaqua une main sur le ventre et le massa afin de soulager son mal-être. Désireux de la rassurer, Alexander avança lentement sa main et caressa sa nuque. Il fit parcourir ses doigts le long de son bras et vit son échine se hérisser à son contact. Prise d’un frisson incontrôlable, elle sursauta et se raidit.

— Vous… vous ne m’avez fait venir chez vous que pour cela j’imagine. Me conquérir moi aussi… moi… votre petite proie récalcitrante… une petite noréenne de basse classe si seule et aisément capturable pour changer de vos habituelles proies de haut rang.

Sa voix s’étrangla, elle déglutit péniblement, rongée par le remords et la honte d’avoir été ainsi manipulée, désarçonnée par cette vérité qu’elle refusait d’admettre à présent.

Il y eut un long et pesant silence gênant où tous deux n’osèrent parler ni se regarder. Puis il soupira :

— En effet, je l’avoue. C’était effectivement l’une de mes motivations principales lorsque je vous ai proposé de venir au manoir Adèle et toi.

— Putain ! fit-elle, le visage dissimulé sous ses mains.

— Écoute-moi, je tiens à te dire que tout cela a rapidement changé après ton arrivée. Tu n’es plus, et ce, depuis longtemps considérée comme une proie à mes yeux. Même si pendant des mois je tentais vainement de me persuader du contraire.

— Ah oui ? sanglota-t-elle, pourquoi ?

— Parce que je t’aime Ambre ! déclara-t-il, excédé.

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