NORDEN – Chapitre 179

Chapitre 179 – Premier épilogue

Le soleil déclinait à l’horizon. Sous la lueur du crépuscule, le ciel constellé d’étoiles émergentes arborait de jolies couleurs aux teintes orangées tirant sur l’outremer. Les oiseaux gazouillaient paisiblement, perchés en haut des arbres dont les branches, presque nues, étaient parsemées de feuilles ocrées et brunes. L’éternelle brume automnale commençait à s’élever, baignant le paysage de ses vapeurs et emportant avec elle un agréable parfum d’humus et d’embruns. L’air était frais, légèrement humide, déposant quelques gouttes sur les carreaux des vitres de cette modeste demeure située au beau milieu des champs, isolée dans cette campagne endormie.

Alexander, vêtu chaudement de son épaisse veste sombre, se tenait dans le jardin, assis sur un banc. Ses longs cheveux noirs, laissés détachés, épousaient le mouvement de la brise légère. Accoudé au tronc d’un vieux chêne, il tenait fermement aux creux ses mains un stylographe ainsi qu’un livre en reliure de cuivre de bonne facture ouvert à la première page.

L’encre noire, tout juste déposée par la pointe, illustrait dans le coin supérieur droit les armoiries aranoréennes du Cerf et de la Licorne, le nom de l’auteur : monsieur le baron Alexander von Tassle ainsi que la date Octobre 311. Au centre de la feuille était écrit en écriture fine et calligraphiée : L’Histoire et l’émergence d’un peuple, avec comme sous-titre L’influence de la lignée des H – Généalogie d’une famille particulière.

Les yeux fatigués, il fit une pause et contempla sereinement le paysage, pensif. Un sourire au coin des lèvres, il regardait d’un œil amusé sa fille Adèle, fraîchement revenue de son second voyage de six mois en terres noréennes, jouer gaiement avec Anselme.

Le corbeau, à la carrure majestueuse d’un animal bien nourri et heureux, enchaînait les pirouettes dans les airs à la manière d’un cerf-volant. Sa silhouette noire se distinguait nettement, son plumage, aux longues plumes soyeuses et lustrées, reflétait les rayons iridescents du soleil couchant. L’oiseau, agile, exécutait les ordres de la petite Sensitive qui riait aux éclats.

La petite était revenue fort changée de son séjour, proche de ses onze ans, elle était particulièrement élancée et musclée pour son âge. Ses interminables cheveux blancs tressés étaient couverts de plumes et de perles. Elle portait une grande cape moirée en fourrure de phoque en guise de vêtement, cadeau de son nouveau chef, assortie à ses gants et à sa tunique d’un bleu sourd.

La chienne Désirée s’endormait aux pieds de son maître, allongée dans l’herbe. Elle se frottait contre ses jambes et grognait afin d’attirer son attention. L’homme se baissa et la gratifia d’une caresse sur le flanc. Un fin anneau doré de noble facture ornait son annulaire.

Une femme à la chevelure flamboyante et aux yeux de braise le rejoignit. Elle était emmitouflée sous un épais manteau rouge et marchait d’un pas tranquille, tenant entre ses mains deux tasses de thé fumantes. Elle s’installa à ses côtés et lui tendit la boisson tout en le gratifiant d’un sourire chaleureux. Elle le contempla amoureusement puis posa la tête contre son épaule, les yeux mi-clos et la mine rêveuse. D’un geste lent, il passa une main le long de sa taille, la palpant délicatement. Puis il la pressa contre lui, profitant un maximum de cet instant, bercé par cette douce harmonie.

La jeune femme, à moitié endormie, baissa les yeux et observa son médaillon cuivré tout juste lustré sur lequel, autour d’un magnifique chat à la queue fièrement dressée, était incisé en fines lettres allongées : Madame Ambre von Tassle.

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