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NORDEN – Chapitre 182

Chapitre 182 – Prologue

Il était sur Norden un manoir des plus imposants et des plus resplendissants que n’importe quel autre domaine de l’île. Celui-ci avait été construit il y a près de deux siècles et conservait toute sa superbe tant il était entretenu avec le plus grand soin. Ce majestueux bâtiment se situait dans un vaste domaine donnant face à la mer. Il pouvait accueillir plusieurs centaines de convives en son sein, bien que seule demeurât céans la riche et noble famille ducale des von Hauzen ainsi que leur trentaine de domestiques.

— S’il vous plaît, père, racontez-nous une histoire ! demanda une fillette à la peau ambrée dont les yeux noirs trahissaient une espièglerie certaine.

Âgée de six ans, l’enfant se tenait dans sa chambre. La pièce était garnie de jouets et de rangements, où d’innombrables poupées et peluches trônaient ici et là. Des ouvrages savamment triés foisonnaient dans les bibliothèques. Même les armoires étaient pleines à craquer sous la masse de vêtements, chaussures et accessoires qui se trouvaient à l’intérieur, impeccablement rangés.

La pénombre naissante envahissait les lieux, plongeant progressivement la chambre sous des nuances bleutées que les timides lumières des chandelles, posées sur les tables de chevet, éclairaient chaudement d’une lueur diaphane, rendant l’atmosphère douce et sereine.

À cette heure tardive, la petite était nichée au creux de son lit, noyée sous son amas de couvertures. Les yeux brillants d’admiration, elle affichait un sourire sincère, révélant toutes ses quenottes dont une manquait à l’appel.

— Oh oui ! Encore une ! renchérit une autre fillette tout aussi avide de cajoleries.

La seconde enfant, âgée de six ans également, était aussi claire de peau que sa sœur était hâlée. À demi allongée dans le lit annexe, elle plaquait sa tête ainsi que ses mains sur ses genoux. Et, avec la même intensité que sa jumelle, elle plantait ses yeux vairons, l’un bleu l’autre marron clair, dans les prunelles noires de son géniteur.

Ce dernier ne pouvait s’empêcher d’afficher un sourire empli de fierté, heureux de toute l’attention et de l’amour que ses deux filles pouvaient lui vouer. Tout juste rentré du travail, sa satisfaction première fut d’aller voir ses filles avant qu’elles ne s’endorment. Il n’avait alors eu ni le temps de dîner ni de se changer. De ce fait, il portait encore son uniforme de maire ; un somptueux costume noir sur lequel une broche dorée était épinglée et fièrement mise en valeur. Le bijou était fait d’or pur et représentait un cerf affrontant une licorne ; les symboles respectifs des peuples noréens et aranéens.

— Laquelle vous ferait plaisir ? murmura-t-il en passant une main dans ses cheveux noir-ébène parsemés de mèches grises.

— La Bête du Haut Valodor ! s’exclama la première.

— Oh non ! rétorqua la seconde avec vigueur. On l’a déjà eu hier ! Moi je préfère l’histoire du cerf et de la licorne.

— Mais on la connaît par cœur ! objecta la fillette à la peau ambrée.

Mécontente, elle triturait ses cheveux noirs, une moue se dessinant sur son visage bardé de taches de rousseur sombres.

— Du calme les filles, tempéra le père en se redressant de toute sa hauteur.

Assis sur le lit de la première, l’homme tentait de trouver un arrangement sur ce sujet de discord auquel il avait affaire près d’un soir sur deux. Les mains jointes et le dos bien droit, il s’éclaircit la voix et proposa diverses solutions : histoires, comptines, chansons… tout leur fut exposé jusqu’à ce qu’elles se mettent d’accord sur un chant ; leur Hymne familial, connu autrement sous la complainte de l’Aigle brisé.

Une fois que l’air fut compté, le père embrassa tour à tour les deux enfants, posant délicatement ses lèvres sur leur front et leur exposa calmement les directives pour le lendemain.

— Je travaille jusque tard demain et votre mère a un empêchement, ce sera donc le capitaine Friedz qui vous récupérera après l’école. Si vous êtes gentilles, je vous accorde la permission d’aller au parc ou à la plage et j’autorise même Herbert à passer à la Bonne Graine pour vous acheter une viennoiserie.

— Oh oui ! répondirent les deux filles en cœur, ravies de ce programme fortement alléchant.

Après un dernier regard complice échangé, l’homme se leva, éteignit les chandelles et ferma la porte. Se retrouvant seules, les jumelles gloussèrent puis, sans attendre, l’une d’elles vient assaillir le lit de l’autre. Leurs corps enfouis sous les épaisses couvertures, elles chahutèrent et rirent à gorge déployée sans nullement se soucier des heures défilantes.

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