Chapitre 2 – La frêle tourterelle
Arrivée à l’opéra, fraîche et guillerette, je montai les marches de l’escalier monumental. L’impressionnante porte d’entrée en bois noir était encerclée par deux majestueuses statues de lion assis. Les félins regardaient au loin d’un air fier, une patte appuyée sur les armoiries de l’empire.
Je m’arrêtai devant l’un d’eux. Cela faisait longtemps que je ne m’étais pas attardée sur cette sculpture qui m’avait décroché un frisson d’excitation la première fois que j’avais foulé le parvis de l’institution, il y a de cela plus de quatre ans. Maintenant, je ne prêtais que peu d’attention au décor, trop obnubilée par ma tâche. Mais aussi car j’étais régulièrement en retard, étant donné la distance importante qui séparait mon lieu de travail de mon logis.
Les avenues de la capitale étaient éternellement empruntées et trouver un cocher ou une diligence pour me déposer de temps à autre n’était guère aisé en plus de se révéler onéreux. Je n’étais pas loin du blâme même si mes employeurs me permettaient un léger retard ; au grand dam de mes collègues, jaloux de ce traitement de faveur. Sauf que personne ne semblait avoir remarqué que ce temps perdu était ponctionné en toute discrétion sur ma paie depuis des mois. Dans un élan de courage, j’avais fait part de cette baisse de salaire à mes patrons qui, indignés, avaient nié les faits, me qualifiant de fieffe menteuse.
Jamais je n’avais subi plus grande humiliation qu’en cet instant. Je fus si ouvertement critiquée que l’on me menaça d’expulsion. Après de vives supplications, où je m’étais littéralement jetée à leurs pieds pour espérer leur pardon, on me relégua à un rôle de figurante, faisant chuter drastiquement ma paie autant que mon estime. Ce fut à ce moment que je m’étais juré de ne plus commettre d’impairs et de me satisfaire sans broncher de ce que l’on me donnait.
Après tout, le prestige de l’opéra avait un coût. Les gens extérieurs ne se doutaient nullement de la vie laborieuse des comédiens et autres artistes ; sous-payés, harcelés, malmenés, exploités… Les paillettes et les frasques que produisait ce lieu grandiose aux yeux des badauds masquaient tout un tas d’ordures joliment dissimulées sous le tapis de velours. Les objurgations, les mesquineries et les actions infâmes se capitonnaient dans l’ombre des couloirs, dans l’étroitesse des loges, ou éclataient une fois le rideau de la scène tombé.
Je poursuivis mon chemin et lus l’inscription gravée sur le fronton en marbre avant de pénétrer sous le portique : Opéra Impérial de la Capitale. À peine entrée dans l’institution, un garçonnet de l’intendance m’alpagua pour me conduire dans ma nouvelle loge, où mes affaires avaient été déplacées. Le sourire aux lèvres face à cette annonce inopinée, je trépignai ; c’était la première fois dans ma carrière que l’on m’octroyait un tel privilège.Merci infiniment maestro Davore ! Je vaisenfin avoirune loge pour moi et moi seule !
Nous traversâmes des couloirs successifs, empruntés par de nombreux employés. Certains ayant eu vent de ma promotion me félicitèrent. À l’inverse, les danseuses que je croisais me dardaient d’un œil mauvais et échangeaient des messes basses, courroucées à l’idée de n’avoir pas été l’élue. Je fis fi de leurs remarques acerbes et continuais mon chemin d’une allure digne.
Quand nous arrivâmes devant ma porte, le garçonnet me donna la clé et m’avertit qu’il repasserait d’ici une demi-heure pour m’emmener dans la grande salle des répétitions.
Les mains tremblantes par l’excitation, j’engouffrai la clé dans la serrure et ouvris. Avec l’agilité d’un furet, j’inspectais ce vaste espace baigné par la lumière du soleil matinal. Je testais chacun des fauteuils aux assises moelleuses tapissées de velours vert amande. Je m’affalai sur la méridienne, fis glisser mes doigts sur la surface glacée de ma table basse en acajou puis admirai les tableaux accrochés sur ces murs moutarde. Je me servis un verre d’eau fraîche à l’aide de ma carafe en cristal posée sur une console en marbre, proche d’une pendule en bronze.
Tout en sirotant ma boisson, j’observais le portrait peint de l’empereur. Monseigneur était représenté debout, de trois quarts, dans un bureau au mobilier froid et sévère. À l’instar des statues de lion présentes à l’entrée de l’opéra, il arborait un port altier, presque rigide. Son visage émacié de quinquagénaire affichait un air grave dont les yeux gris tournés vers le bas semblaient sonder ses sujets avec arrogance. Vêtu de son apparat militaire, un costume outremer galonné aux épaulettes dorées, il paraissait fortement intimidant.
Il était l’homme de pouvoir, le symbole de notre Nation. Je n’osais dire si je l’appréciais ou bien l’abhorrais. Une chose était sûre, son excellence me terrifiait et j’évitais soigneusement les discussions le concernant de peur que les milices armées n’entendent mes craintes et ne m’emprisonnent pour une simple médisance portée à son intention. Jamais le nom ou l’image de notre vénérable empereur ne devait être terni, qu’importe nos désaccords avec sa politique.
Ne souhaitant pas m’attarder sur cette omniprésence indésirée, je reposai mon verre et commençai à me préparer. Je coiffais mes longs cheveux en un chignon et vêtis une robe crème saillante ainsi que mes souliers. Puis je poudrai mon visage, fardai mes joues et dessinai un fin liseré de feutre noir sur mes yeux.
En mettant ma bouche en cul-de-poule pour la peinturlurer, je me rendis compte que mon rouge à lèvres favori n’était présent ni sur la coiffeuse ni dans ma sacoche. Contrariée, je grimaçai et m’emparai d’un autre moins fameux. Alors que je finissais de m’apprêter, l’image de Luciano trotta une nouvelle fois dans mon esprit vagabond et je me mis à fredonner. Je fus ramenée à la réalité par un bruit sourd frappant à ma porte.
— C’est l’heure miss Wagner ! maugréa l’employé. Dépêchez-vous s’il vous plaît, les autres vous attendent !
Confuse, je me levai en hâte et délaissai mon cocon. En longeant les couloirs, je vis du coin de l’œil les portraits successifs de ces illustres personnalités qui avaient contribué à l’essor et au rayonnement de l’institution.
J’arrivai dans la salle de répétitions, la mine sereine jusqu’à ce que je visse les regards foudroyants des danseurs et chanteurs converger sur ma personne. Mais le regard le plus sombre me fut offert par ma très respectable rivale, madame la diva Olivia Hofmann, celle que j’avais eu l’audace de supplanter au rôle d’Eugenia. La jalousie était bien coutumière dans notre métier. Rare était la bienveillance chez ces harpies orgueilleuses, prêtes à tout pour mordre l’importun concurrent qui oserait les défier.
Je soutins son regard l’espace d’un instant puis baissai les yeux en guise de soumission. Je ne pouvais m’empêcher de songer que la diva, maintenant reléguée au rang de personnage secondaire, devait ravaler une certaine fierté de se dévouer corps et âme à celle qui, jadis, lui embrassait les pieds lors d’une scène. Désormais, elle serait celle qui servirait la courtisane que j’allais incarner, ma fidèle servante.
Le professeur fit l’appel, détailla les rôles attribués et commença à énumérer les divers points et tâches de la session du jour. En entendant mon nom, je me positionnai à la place qui me revenait de droit puis écoutai sagement les instructions qui m’étaient énoncées. La sueur mouillait mes mains, je peinais à respirer et à contenir mes angoisses tant je redoutais les réactions de mes pairs. Je me sentais si seule.
Je commençai à m’échauffer la voix dans un coin, prise à part par le professeur. Je m’évertuai à faire de mon mieux, mais ne cessai de commettre quelques accrochages tant ma gorge nouée m’empêchait de chanter convenablement. Les rires moqueurs de mes collègues n’aidaient en rien à me détendre et je bus d’une traite un verre d’eau apporté à mon intention. Alors que je m’essuyai la bouche, je balayai les lieux d’un regard inquiet. Par chance, le maestro n’était pas encore présent ; certainement en grande discussion avec les gérants suite à ma nomination de l’autre soir.
J’expirai longuement puis repris mon exercice, parvenant cette fois-ci à me libérer de mes craintes. Je fermai les yeux pour plus d’immersion et me laissai porter par la mélodie. En pleine envolée lyrique, je me mis à esquisser quelques pas de danse, épousant les arias du piano. Détachée de la réalité, je tentais de faire corps avec Eugenia, cette étrangère que je devais comprendre et connaître fidèlement.
Lorsque le chant se termina, je m’arrêtai et demeurai immobile, à moitié débraillée. Des gouttes de sueur roulaient sur mon front, collant mes mèches ébène sur le haut de mes tempes. Je haletai, pressant une main au niveau de ma poitrine. En ouvrant les yeux, je remarquai que tous les visages étaient tournés vers moi.
Sous cet interminable silence, un claquement de mains, lent et sonore, résonna. Nous levâmes unanimement nos têtes et remarquâmes le maestro Davore posté sur l’estrade qui applaudissait de manière franche tout en me gratifiant d’un regard aussi beau que troublant.
L’espace d’une seconde, mon cœur manqua un battement et je sentis une vague de chaleur s’emparer de mon corps. En baissant la tête, j’entendis distinctement madame Hofmann cracher des propos injurieux à mon intention. Elle était juste à mes côtés, les poings serrés, prête à me frapper.
Mon visage devint blême et je compris aussitôt pourquoi elle enrageait de la sorte. De pièce maîtresse, la précédente étoile de monsieur Davore, très certainement sa muse, madame Hofmann venait de perdre son prestige et ne devait donc plus posséder, aux yeux du grand maestro, la superbe qu’elle méritait encore. Cette pensée me troubla et je poursuivis la séance aussi concentrée que je le pouvais, assaillie de multiples questionnements.
Dès que le cours fut achevé, je me précipitai en dehors de la pièce pour me ruer aux toilettes et m’asperger le visage d’eau glacée. Le contact du liquide froid m’électrisa et remit un peu de l’ordre dans mon esprit. Je bus une lampée puis, sentant mon estomac se tordre de douleur, me retournai et m’accroupis sur le rebord de la cuvette dans laquelle j’y déversai le contenu de mon déjeuner.
Les larmes aux yeux, j’expulsai tout ce que mon organisme recelait. Que j’avais mal ! J’avais l’impression de brûler vivante, les entrailles consumées par un fléau ardent. Une fois vidée jusqu’à la bile, je toussotai. Je fus écœurée par mon haleine abominable. Je tirai fébrilement la chasse d’eau et essuyai tant bien que mal les salissures que j’avais commises. Pourvu que personne ne m’ait entendue !
Épuisée, je m’assis sur l’habitacle et posai ma tête contre la fine paroi murale. Mes membres tremblaient, j’appréhendai de sortir de cette zone, n’osant songer à ce que je pourrais affronter en ouvrant cette porte.
Prenant mon courage à deux mains, j’inspirai profondément et me faufilai en dehors. Heureusement, aucune âme n’était présente, j’étais seule. Je continuai ma route pour regagner ma loge après m’être débarbouillée à nouveau.
En entrant dans mon nouveau sanctuaire, je fus étonnée de voir la lumière allumée et sursautai en apercevant Olivia assise avec désinvolture sur un fauteuil, les bras posés sur les accoudoirs et les jambes croisées. Madame appuyait son dos contre le dossier et me toisait d’un air glacial. Elle avait ôté ses habits de danseuse pour revêtir sa superbe robe à traîne aux reflets pourprés et sertie d’or. Un diadème auréolait son front, complété par une parure tout aussi somptueuse, de teinte argentée.
— Que voulez-vous madame ? demandai-je timidement tout en tentant, cette fois-ci, de soutenir son regard.
Elle redressa sa nuque, passa un bout de langue sur ses lèvres pincées et m’avisa de sa voix tranchante :
— Prenez garde miss Wagner, le prestige ne dure qu’un temps. Goûtez-y ne serait-ce qu’un unique instant et votre vie entière sera à jamais entravée par les chaînes invisibles de cet impitoyable privilège qui vous anéantira aussitôt qu’il vous quittera.
Ne pouvant lui répondre, je demeurai stupide et joignis mes mains devant moi avec la désagréable impression d’avoir fauté. N’attendant pas de réponse de ma part, elle se leva et posa une main sur mon épaule. Je sentis ses doigts fins se crisper et s’enfoncer dans ma chair à la manière d’une serre de rapace. Ainsi proche de moi, je pouvais humer son parfum floral, à fortes notes de rose, qui me mit mal à l’aise ; je n’aimais pas ces effluves trop puissants pour être naturels. Suffocante, je ne bougeais pas et attendais son verdict.
— Amusez-vous bien avec monsieur Davore, miss Wagner, feula-t-elle à mi-voix, jolie et jeune comme vous êtes, je suis persuadée qu’il ne manquera pas de vous compter parmi ses nombreuses anciennes prétendantes au titre. Un numéro parmi d’autres dans cette longue série qui ne prendra fin qu’à sa mort avérée. N’ayez crainte, je vous le laisse de bonne grâce. Après tout, l’alchimie entre nous est terminée depuis que la précédente pièce s’est achevée. Profitez donc de cette poignée de mois, car bientôt, vous le verrez de vous-même, une fois le chant du Rossignol achevé, la petite tourterelle que vous êtes sera délaissée après avoir été croquée.
Sur ce, elle desserra son étreinte, tapota mon épaule avec nonchalance et s’en alla sans rien ajouter. Son départ me laissa plus perplexe qu’abattue ; rien dans ses paroles n’indiquait qu’elle était furieuse contre moi. Au contraire, j’eus la très amère impression que sa remontrance servait davantage d’une mise en garde plutôt que d’un reproche.
La renommée était-elle si ingrate pour que cette majestueuse diva ne s’abaisse même pas à entrer dans une colère contre sa successeur de bien quinze ans plus jeune qu’elle ? Sous ses airs implacables, madame Hofmann paraissait étrangement lasse, éreintée certainement de tout ce que ses vingt années de succès étincelant lui avaient apporté. À présent, elle subissait sa première disgrâce.
Mademoiselle Olivia Steiner, celle qui jadis mettait la capitale en effervescence par son numéro de danse au charme incomparable. À peine sortie de la fleur de la jeunesse, elle était le symbole de la femme libre et indépendante, une stature rare que toute femme enviait.
Désireuse de vivre en solitaire, elle était à la recherche permanente d’expériences et souhaitait s’épanouir en dehors des lourdes chaînes du mariage et de la vie conjugale qu’elle n’affectionnait guère, voire redoutait. Empreinte d’exubérance, elle possédait des atours convoités par ces messieurs fiévreux, avides de conquérir dans leur couche ce bel animal irradiant de lumière sous le feu des projecteurs. Tantôt aperçue aux bras d’un officier, pour se réveiller le lendemain dans les bras d’un magistrat ou d’un artiste. Sulfureuse et frivole, elle était autant respectée que méprisée ; haïe par les puristes et les jaloux, vénérée par les sociétés plus libertines.
Pourtant, malgré ces conquêtes et son désir ardent de demeurer un oiseau sans cage, mademoiselle avait dû un jour choisir un prétendant, sur ordre du régime. Car la courtisane, que tant d’éloges assaillaient, attirait l’attention et déchaînait les fougues de la capitale. Une telle pouliche effrontée ne pouvait rester éternellement inconquise. Il fallait, selon les mœurs imposées par l’empereur, que mademoiselle se trouve un époux qui puisse lui conférer une bride et refréner les pulsions de ces admirateurs mâles soumis à leurs bas instincts de conquête.
Mais qui, parmi les innombrables têtes que comptait la capitale et ses alentours, serait l’élu du cœur de cette catin aux yeux de biche ? À l’entente de la nouvelle, les prétendants fortunés ou célèbres s’étaient rués aux portes de sa demeure.
Au bout de longs mois de dilemme, ce fut aux bras d’un général de la marine qu’elle s’en était finalement remise. Olivia savait qu’une fois les premières rides parues sur son visage, il lui serait davantage compliqué de conserver sa place et son prestige. Elle pouvait, du jour au lendemain, perdre tout ce qu’elle possédait, l’obligeant à se marier avec un sauveur magnanime qui se serait dévoué pour la sortir du ruisseau et l’extirper de cette infâme disgrâce.
Madame avait essuyé bien des scandales que la presse avait relayé éhontément dans ses torchons médiatiques, imprimés en centaines de milliers d’exemplaires. Encore enfant, je me souvenais de certains titres dont les plus aguicheurs concernaient généralement des parties de jambes en l’air avec des personnalités. Voire même, si ma mémoire ne me faisait pas défaut, avec un homme haut placé, et ce, alors qu’elle n’était pas encore majeure.
Cette histoire avait fait couler beaucoup d’encre à l’époque et je savais qu’aujourd’hui encore ce sujet était tabou au sein de l’institution. Les rares murmures qui s’étalaient sur ce fait étaient aussitôt étouffés.
Abasourdie, je m’affalai sur mon siège et posai ma tête contre la surface froide et lisse de ma coiffeuse, manquant de me cogner le front. Je me sentais mal, vidée, sans repères. J’appréhendais davantage mon sort maintenant que j’allais être la vedette du spectacle. D’immenses affiches à mon effigie seraient placardées sur le parvis, bien visibles ; des images qui se répéteraient à chaque coin de rue pour alpaguer visiteurs et curieux.
Combien de bouquets de roses, de friandises et de lettres recevrais-je à mon tour dans cette loge encore si vide ? Combien d’hommes se proposeraient de m’escorter, de m’épier dans le but d’une entrevue. Ou pour m’aborder dans l’espoir de confessions plus intimes à l’ombre d’une ruelle, dans le coin discret d’un restaurant ou simplement chez moi, dans mon espace privé ?
Le maestro avait été le seul homme à y être entré sans que rien ne se passe. J’aurais pu compter mon père, mais celui-ci n’avait jamais eu l’opportunité de fouler un pied sur mon seuil, tout comme ma mère ou n’importe quel membre de ma famille. J’étais seule depuis toujours, une oiselle venue au monde dans un milieu précaire, soumise au labeur. J’étais cette chétive enfant, jolie tout au plus, qui ne possédait comme atout qu’une voix suave et séduisante qu’elle s’efforçait de travailler pour la rendre percutante et qui se berçait dans l’illusion d’un avenir meilleur.
Quelqu’un toqua à ma porte. Sans changer ma position, pensant qu’il s’agissait d’un garçonnet de l’intendance, j’autorisai la personne à entrer. J’entendis un bruit de pas qui s’arrêta non loin de moi. Intriguée par ce silence latent, je redressai la tête. J’eus un sursaut en apercevant monsieur Davore. L’homme me contemplait sereinement, les sourcils légèrement froncés. Confuse, je m’excusai pour mon comportement ainsi que pour les événements de vendredi et le remerciai, le cœur battant avec acharnement.
C’était la seconde fois qu’il me surprenait aujourd’hui et j’eus la ridicule impression qu’il devait me considérer comme une sotte à être éternellement prise au dépourvu de la sorte. Il continuait de m’observer sans un mot. Que me voulait-il ? Désirait-il me faire part de son ressenti au sujet de la séance de tout à l’heure ?
Muette, je le dévisageai et étudiai son comportement ainsi que son physique. Comme je l’avais si bien remarqué sous le coup de l’alcool vendredi dernier, je ne pouvais m’empêcher de penser au magnétisme que cet homme exerçait sur moi depuis seulement trois jours insignifiants. Dressé de toute sa hauteur, il affichait son attitude décontractée coutumière avec sa veste cendrée déboutonnée de moitié qui laissait entrevoir son veston et son petit jabot noir.
— Levez-vous, mademoiselle ! dit-il en effectuant un signe de la main pour m’engager à me mettre debout.
Sans réfléchir, je me redressai immédiatement et me plaçai face à lui. Me tenant droite, les pieds joints et les mains liées dans le dos, j’attendais ses instructions. Il s’avança vers moi, prit délicatement ma main et sortit de sa poche un objet qu’il déposa dans ma paume. En l’examinant, j’écarquillai les yeux en remarquant un rouge à lèvres. Mon rouge à lèvres ! que j’avais dû glisser dans sa poche après l’avoir fait tombé en cherchant les clés.
— Je vous rends votre bien, mademoiselle. J’aurais pu le garder mais je n’en aurais pas vu l’utilité sur ma personne, me dit-il d’un ton chaud mêlé d’une pointe de sarcasme.
Je pouffai et acquiesçai, ravie qu’il ait pris la peine de me le remettre en mains propres et aussi rapidement. Toujours silencieuse, je m’attendais à ce qu’il me fasse part d’une remarque quant à ma session, mais il n’en fit rien.
À mon grand étonnement, mais aussi à mon grand désarroi, je le vis me tourner le dos et partir, après m’avoir accordé un baiser conjugué d’une infime caresse sur le dos de ma main. Quand la porte fut fermée, je gisais immobile. Mon regard focalisé sur ma paume, je jouissais encore de ce baiser déposé, mon teint identique à celui de mon rouge à lèvres.
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