Categories: NordenOriginal

NORDEN – Chapitre 25

Chapitre 4 – Le corbeau solitaire

Après avoir abandonné Adèle à sa collecte, Anselme entreprit de retourner chez lui. Cette errance dans la lande, en perdition dans ces sentiers déserts battus par les vents et clôturée par cette rencontre inattendue n’avait fait qu’aggraver son instabilité momentanée. Comment la fillette pouvait-elle le reconnaître chaque fois qu’elle l’apercevait, elle qui n’avait pas trois ans lorsque le baronnet et son aînée s’étaient sévèrement disputés ? Elle qui ne l’avait croisé qu’en de rares occasions depuis lors, fugaces entrevues improvisées sur cette plage sinistrée où ils n’avaient échangé que des banalités sans réelle intimité.

À l’inverse de sa sœur belliqueuse, aux yeux ambrés irradiants de fureur et aux paroles aussi incisives que la morsure d’un fouet, la candide cadette au regard lagunaire possédait un caractère tant avenant que folâtre, couplé d’une sagesse si inusuelle pour un être juvénile. La mouette ne le jugeait pas ni ne l’incriminait pour ses fautes ou sa couardise, conversant auprès du nobliau sans une once de gêne. Toutefois, même posées sous le verni de l’innocence, ses questions anodines exprimées sans ambages se révélaient douloureuses et ravivaient le mal-être de son interlocuteur.

À l’image des précédentes, la présente causerie l’avait ébranlé, ravivant en ses entrailles les escarbilles d’un espoir jusqu’alors éteint. Il avait le cœur lourd et parvenait difficilement à dominer les tremblements qui agitaient ses membres. Des larmes salines roulaient le long de ses joues pâles pour venir s’échouer dans le col amidonné de son veston. Afin de masquer son chagrin à la vue des nombreux inconnus qu’il pouvait croiser en chemin, le corbeau veilla à contourner l’enceinte de Varden et longea la rive extérieure du Coursivet, plus boisée et moins empruntée que les avenues labyrinthiques de la cité où fourmillaient encore à cette heure badauds et travailleurs.

En écho aux passions de son maître, Balthazar avançait avec la langueur d’un animal blessé. L’ombre des arbres s’étirait tandis que le soleil mourait, auréolant le ciel nuageux de nuances purpurines mêlées d’indigo où émergeait un timide croissant de lune accompagné des premières étoiles. Suspendus aux branches bourgeonnantes, une multitude d’oiseaux achevaient leur hymne vespéral avant de se taire définitivement une fois l’astre diurne endormi par delà la ligne d’horizon.

Bercé par les ballottements réguliers et le pas cadencé des sabots ferrés de l’équidé claquant contre le pavé, Anselme voyait ses pensées vagabonder dans les bribes de son passé, se remémorant avec amertume ses excursions dans la lande en compagnie de sa fidèle alliée de jadis. Qu’il avait été lâche de l’avoir repoussée, d’obéir contre son gré aux ordres de sa mère et de tirer un trait définitif sur cette amitié qui lui était fort précieuse ! Un pilier autour duquel sa personnalité s’était construite. Cette presque-sœur à qui il avait dévoilé ses secrets les plus intimes, partagé ses joies, ses doutes et ses peines. Avec le recul, il n’aurait jamais dû se plier à cet impératif maternel qui, au lieu de l’aider à s’intégrer parmi ses pairs, n’avait fait que l’isoler et renforcer l’abîme de son cœur.

Au fil de sa traversée, la vision de la chatte fougueuse au tempérament de feu ne cessait de marteler son esprit avec vivacité. À quoi ressemblait-elle dorénavant ? Elle qui, cinq mois après le corbeau, avait célébré sa majorité noréenne l’an dernier, lui permettant d’abandonner sa forme humaine et de se métamorphoser en son animal-totem si elle le désirait.

Arrivé au manoir sous la pénombre nocturne, Anselme se dirigea vers les écuries, modeste construction en pierre brute bordée de briques pouvant accueillir une sizaine de chevaux. L’endroit fleurait le parfum des graminées et l’odeur fauve des trois équidés en résidence. Parqué dans son espace privatif, le gros Zola somnolait. Moins massif que le géant des forges Balthazar, le coureur des landes à la robe alezan brûlé, aux jambes décorées de balzanes et aux crins chocolatés était une race locale très répandue. Sa robustesse, sa docilité et son endurance en faisaient une bête de somme idéale.

Anselme s’aperçut cependant que la stalle de Montaigne, le destrier de son beau-père, était inoccupée. Cela l’étonna car, d’ordinaire, Alexander ne chevauchait guère une fois sa journée de travail achevée, préférant demeurer cloîtré en son bureau pour terminer de rédiger les nombreux dossiers et remplir les impératifs que sa profession de magistrat exigeait.

À moins qu’il ne se soit rendu chez Hippolyte ou chez les de Rochester. Après tout, la période électorale va débuter sous peu, s’il compte l’emporter l’an prochain et devenir maire pour les huit années à venir, mieux vaut qu’il peaufine sa stratégie et demande conseil à ses féaux.

Préoccupé par cette absence, le brunet guida sa monture jusqu’à sa loge attitrée, l’arrêta proche du tabouret et mit pied à terre. Libéré de son passager, Balthazar s’ébroua puis plongea son énorme tête dans sa mangeoire garnie de foin. Affairé dans la pièce annexe où il nettoyait mors et selles, Pieter délaissa sa tâche pour venir accueillir son jeune maître et débarrasser l’animal de son harnachement avant de l’étrier de la crinière aux ergots.

— Bonsoir Anselme, dit-il calmement en saisissant les rênes. Tu rentres tard dis-moi, ta grand-mère commençait à s’inquiéter.

Le garçon se contenta de proférer une simple excuse, espérant que nul sanglot ne teintait sa voix. En guise de réponse, l’équanime palefrenier lui asséna une tape amicale sur l’épaule et le dévisagea de ses iris bleutés dépourvus de malveillance.

Plus petit que son maître du haut de ses un mètre soixante-dix, Pieter jouissait d’une carrure finement musclée. Quoique soumis au contact des équidés, pelletant les litières souillées et récurant les sabots crottés, il prenait soin de sa mise quand l’étiquette l’exigeait. Sa chevelure ondoyante, aussi blonde que la paille, se piquetait de mèches argentées à l’approche de la cinquantaine, en accord avec la moustache et la barbe impeccablement taillée qui ornait son collier. Sa journée de travail s’achevant, l’homme semblait harassé comme en témoignaient ses traits tirés et sa chemise froissée, aux manches retroussées, étranglée sous un veston cérulé tacheté par le fourrage et la poussière des rues.

Épinglé sur sa poitrine, un magnifique écusson doré indiquait ses origines noréennes. Ce bijou lui avait été offert par son amant de longue date, symbole implicite de son amour à défaut d’une alliance. Il représentait un étalon cabré sous les pattes duquel les initiales des deux galants avaient été gravées.

Sa canne en main, Anselme arpenta la cour gravillonnée, flanquée de jardins boisés caressés par le voile outremer de la nuit. Le cri strident des chats-huants en pleine session de chasse déchirait le silence. Devant lui, le manoir de son père s’érigeait parmi les chênes centenaires, les arbres fruitiers et les grands pins. Sa façade en pierre grège plongée dans l’ombre s’ajourait par deux rangées de quatre fenêtres réparties symétriquement de part et d’autre de la porte cintrée qui faisait office d’entrée, légèrement en avancée et égayée à l’étage par une croisée balconnée. Chiens-assis et cheminées saillaient sur le toit mansardé cuirassé d’ardoises. L’une d’elles crachait un nuage de vapeur qui virevoltait pour se fondre dans le champ ténébreux.

En haut des escaliers qui permettaient d’accéder à la demeure et dont les rambardes s’entrelaçaient de roses trémières et de clématites, Désirée patientait le retour de son maître. La levrette aux pattes arachnéennes se tenait très droite, ses yeux noisette rivés en direction du portail en fer forgé, assise dans une immobilité presque sculpturale où seuls ne valsaient sous les assauts venteux que ses longs poils sableux.

Lorsqu’il passa à proximité, Anselme la gratifia d’une caresse sur le sommet de son crâne en forme de tête d’épingle. Ce geste la distraya l’espace d’un instant. En retour, la chienne lécha sa main d’un léger coup de langue puis continua son observation, ignorant les ronflements de Velours endormi à ses côtés. Épuisé par cette longue promenade, le berger des aravennes gisait sur le dallage de la terrasse, près de sa gamelle vidée de sa pitance.

Le baronnet pénétra dans la demeure, traversa le hall obscur ainsi que la salle à manger modérément éclairée par un couple de chandeliers puis se rendit aux cuisines où sa grand-mère effectuait un brin de vaisselle tandis que Maxime et sa sœur Émilie, libérés de leurs obligations, achevaient leur dîner. À la vue de leur maître, les deux domestiques voulurent se redresser mais Anselme leur intima de poursuivre leur repas et d’occulter sa présence.

Séverine, en revanche, abandonna l’évier pour venir l’enlacer, après avoir séché ses mains sur le tablier blanc immaculé qui protégeait sa livrée obsidienne. Aussi maigre et élancée que son petit-fils, un ample chignon nouait ses cheveux bruns veinés de filaments cendrés, duquel s’échappaient des mèches impertinentes.

À l’orée de la soixantaine, les tourments de l’existence avaient prélevé leur tribut sur le physique de cette aranéenne, jadis si riche et courtisée, la vieillissant prématurément. La perte d’un mari et d’un fils, la transformation de sa fille — trop fragile pour affronter l’horrible tragédie qu’elle avait essuyée dans ses jeunes années — avaient causé tant d’afflictions à cette ancienne demoiselle issue du lignage Deslambres, une puissante famille domiciliée à Wolden, sur la côte orientale. Ne lui laissant pour source de bonheur que cet unique héritier et son maître baron qu’elle avait toujours chéri et considéré comme son propre enfant.

— Tu me cherchais ? la questionna Anselme une fois l’accolade rompue. Désolé d’être rentré si tard.

— Je commençais à m’inquiéter en effet, il se raconte qu’un enlèvement aurait été déploré et qu’un animal sauvage aurait été aperçu aux abords de la cité. Sitôt rentré, ton père est parti s’enquérir de la chose. Il ne sera pas de retour tout de suite, je le crains.

Les lèvres pincées en un rictus, elle fronça des sourcils et nota l’état débraillé de son garçon dont les cheveux de jais, offensés par la brise maritime, se poudraient de sable fin. Des stries carmines zébraient ses yeux bordés de cernes et la peau de ses joues était irritée d’avoir charrié tant de larmes.

— Tu n’as pas l’air en forme. Viens manger, je te prie.

— Je n’ai pas vraiment faim, avoua-t-il en un filet de voix.

— Rien ne t’oblige à terminer ton assiette mais mange au moins un morceau, cela te fera du bien.

Il ne rétorqua rien puis se retira dans la salle à manger. Il s’attabla à sa place habituelle puis patienta que son mets lui soit apporté. Chose faite, il s’arma de son couteau à la lame dentelée et incisa sa cuisse de poulet, à la peau croustillante et brunie par la cuisson. Il baigna le morceau dans la sauce au jus de volaille rehaussé de lamelles d’oignons et l’agrémenta d’une rondelle de pomme de terre. Il mâcha la première bouchée sans entrain, avant que l’alléchant fumet et la tiédeur des aliments éveillent son appétit. Un verre de vin rouge coupé à l’eau accompagnait son repas.

La pièce s’obscurcissait à mesure que les minutes défilaient. Les flammèches tournoyaient au bout de leurs chandelles partiellement consumées, déchirant d’une rousse lueur les ténèbres environnantes. Afin de se soustraire à la mine soucieuse de sa grand-mère qui le toisait en silence, en quête d’une conversation qu’il ne souhaitait délivrer présentement, Anselme focalisait son attention sur son assiette puis balayait l’espace d’un œil vague tandis qu’il mastiquait.

Entre les magnifiques bouquets de fleurs, la petite pendule en bronze et les cadres moulurés qui ornaient le manteau de la cheminée, une broderie avait fait son apparition. Il s’agissait d’un narcisse dont les pétales laiteux et la corolle dorée se déployaient sur un tissu vert amande. Le garçon la contempla un instant, songeant qu’Émilie ne cessait de s’améliorer au fil de ses créations. Elle qui ne pouvait parler, adorait s’exprimer en usant d’une aiguille et de fils colorés. Des dizaines de ses œuvres décoraient le manoir, éparpillées dans des recoins plus ou moins accessibles tels des trésors à découvrir. Tout le monde, son maître inclus, appréciait ces préciosités dont la fébrilité et la l’apparente naïveté n’avaient d’égale que l’extrême sensibilité de la lapine aux boucles d’or et à la voix brisée. Celle qui, sous les ordres directs de la vieille gouvernante, entretenait l’intérieur du logis avec un zèle excessif, heureuse d’exercer au sein de cette famille hétéroclite, aux membres si soudés.

Son frère cadet Maxime se révélait nettement plus démonstratif tant il était bavard et sociable. S’il n’excellait dans aucun domaine particulier, le factotum au totem de rat musqué ne rechignait jamais à apporter son aide, y compris dans l’exécution des tâches jugées laborieuses ou avilissantes comme seconder Pieter à atteler Zola, nettoyer la gouttière encombrée de plumes et de feuilles ou effectuer divers travaux exigeant la force et la vigueur d’un jeune homme de vingt-deux ans.

Toutefois, il prenait un plaisir notable à entretenir la serre ainsi que la roseraie et ses statues chimériques qui, lors de son arrivée au manoir suite au mariage de monsieur von Tassle auprès de la veuve noréenne, étaient grandement négligées, noyées sous les ronces épineuses ou abrasées par les intempéries. Il avait également aménagé un jardin potager et veillait farouchement au bon développement de ses cultures. Cisailles et sécateurs étaient devenus ses propres pinceaux, la terre et les graines ses médiums.

Son repas désormais achevé, Anselme repoussa son assiette puis s’enfonça dans son assise, les bras croisés contre sa poitrine en un geste de défense. Incapable d’ignorer davantage le regard inquisiteur de la gouvernante, il s’arma de courage, inspira profondément et murmura en guise de préambule :

— Puis-je te poser une question délicate ?

Séverine imita sa posture et opina légèrement.

— Raconte-moi tout.

Le corbeau déglutit et se pinça les lèvres.

— Je voudrais… je voudrais savoir ce que tu penserais à l’idée que je côtoie Ambre de nouveau.

Redoutant sa réponse, il bloqua net sa respiration, sentant son cœur cogner douloureusement contre sa cage thoracique.

— Ton amie d’enfance ? s’étonna la doyenne en haussant un sourcil. Tu l’as revue ? Est-ce la raison de ton retard ?

— Pas exactement.

Il prit à nouveau une grande inspiration et lui livra l’intégralité de son entrevue auprès d’Adèle. Séverine l’écouta en silence. Son visage anguleux et ridé ne trahissait aucune émotion.

— Et donc tu désirerais l’aborder mais tu crains qu’Alexander ou moi ne t’en empêchions. C’est bien cela ?

— Oui, marmonna-t-il, les dents serrées et l’échine ployée.

— Tu sais très bien mon opinion là-dessus ! répliqua-t-elle d’un ton glacial. J’ai toujours été opposée à cette interdiction, ce n’est donc pas moi qui t’en empêcherais ! Ton beau-père non plus, je suppose, puisqu’il n’a fait que se plier à l’injonction de ta mère. Lui comme moi ne voyions aucune objection à ce que vous vous fréquentiez. Qu’importe vos milieux sociaux respectifs.

Les yeux embués de larmes et le ventre noué, Anselme se contenta de hocher la tête, rassuré par son consentement. Bien sûr, il savait en son for intérieur que jamais Séverine n’entraverait sa démarche. Après tout, sa grand-mère avait abandonné sa fortune et sa renommée pour partager son existence auprès de l’homme qu’elle avait aimé, un officier noréen surnommé Anselme Cormoranexerçant à bord d’une navette marchande baptisée le Fou de Bassan. Issue d’une lignée suprémaciste d’origine purement aranéenne, Séverine avait donc été reniée par les siens. Au point de quitter la côte orientale pour s’exiler à Varden où elle avait épousé son galant puis fondé sa propre famille. Leur félicité perdura jusqu’à ce qu’une rixe éclate dans les quartiers portuaires de la basse-ville et écourte la vie du marin qui laissa derrière lui sa femme et deux enfants en bas âge.

— En revanche, avant d’aborder ce sujet avec lui, veille à ce que ton amie soit encline à te pardonner et à t’inclure de nouveau dans son existence ! précisa la gouvernante. Et ne tarde pas trop si tu veux mon avis, cela t’évitera de ruminer et de gâcher tes nuits en des tourments évitables. Quoiqu’il en soi, je te promets de garder le secret et garderais Alexander dans l’ignorance le temps que tu lui en parles.

Oscillant entre soulagement et consternation, Anselme approuva sa recommandation. Séverine approcha une main tavelée pour la glisser dans la sienne et la pressa tendrement. Un silence s’instaura, rythmé par le tintement monotone de l’horloge.

— Qu’est-ce que maman en penserait, à ton avis ? se risqua-t-il à demander d’une voix rauque. Tu… tu ne crois pas que je bafoue son honneur en lui désobéissant ?

Le visage de la vieille gouvernante s’assombrit et elle ferma les yeux l’espace d’un instant, tentant de conserver sa contenance et de dominer ses élans d’aigreur.

— Ta mère n’est malheureusement plus de ce monde pour en témoigner. Alors au lieu de gaspiller ta vie à faire plaisir aux morts, libère-toi de tout remords et mène l’existence que tu désires ! Tu ne gagnes strictement rien à conserver ces chaînes qui n’ont fait que te ronger le moral ces dernières années !

Anselme renifla puis sortit son mouchoir afin d’endiguer le flot croissant de ses larmes.

— Je sais, hoqueta-t-il, mais mère me manque cruellement et je ne peux m’empêcher de suivre ses conseils… Elle a toujours fait son possible pour me protéger… Je ne peux pas trahir ses volontés sans me sentir coupable…

Attristée face à l’incommensurable désarroi du jeune homme, Séverine écarta les bras et le pressa contre son sein.

— Je n’en doute pas, mon enfant ! dit-elle posément en déposant un baiser sur sa tempe, caressant sa joue d’un frôlement du pouce. Comme toi, Alexander souffre quotidiennement de sa perte. Même s’il s’obstine à le nier et à faire bonne mesure, il ne peut rien cacher à la femme qui l’a élevé et qui sait décrypter la moindre de ses émotions.

La disparition de Judith, six mois auparavant, avait une nouvelle fois plongé le manoir dans le deuil. Anselme avait perdu sa mère, Alexander une épouse, Séverine une belle-fille et les trois domestiques restants une maîtresse qu’ils affectionnaient et, surtout, respectaient. Sa mort subite n’avait fait qu’allonger la liste des drames qui s’étaient succédé au domaine von Tassle depuis près de quatre décennies ; du décès accidentel des époux Aristide et Aurélia — intoxiqués suite à l’injection d’un poisson contaminé —, à celui plus tragique encore de la jeune baronne Ophélia qui, de nature valétudinaire, fut foudroyée d’un mal-gris alors qu’elle n’avait pas trente ans.

Les fléaux se poursuivirent bien des années après avec l’assassinat d’Ambroise. Sans évoquer le funeste destin qui avait terrassé Alexander lui-même. Car nul en ces lieux n’ignorait que derrière cette armure d’acier et ses airs de molosse impitoyable, le baron souffrait viscéralement. Personne n’en mentionnait la raison mais tous se recueillaient de temps à autre devant le sublime rosier blanc planté entre les racines du noyer ou scrutaient d’un œil chagriné les allées et venues de Désirée.

Les aboiements de la chienne résonnèrent au-dehors. Séverine rompit son étreinte et poussa un soupir, soulagée par le retour du maître. Elle se leva, prit congé de son petit-fils qui se retira dans ses appartements puis fila dans la cuisine continuer son office.

Chapitre Précédent |

Sommaire | Chapitre Suivant

Vindyr

Recent Posts

The Novel’s Extra – Chapitre 351

Chapitre 351 : Morceaux (3) [Paris, France] La barrière qu'Astaroth avait érigée autour de Madrid…

24 minutes ago

Kumo Desu Ga, Nani Ka ? – Chapitre 331.5.5

  Chapitre 331.5.5 : Bataille Finale 5 (Les petits tracas d’un héros de second plan) Commentaire…

13 heures ago

Reincarnated Mage With Inferior Eyes chapitre 42

Chapitre 42 : A la fin du camp d'entraînement Quelques jours plus tard, nous nous…

2 jours ago

LES MONDES ERRANTS – Chapitre 69

Chapitre 5 - La machination À partir de ce jour, mes rapports avec le maestro…

2 jours ago

The Novel’s Extra – Chapitre 350

Chapitre 350 : Morceaux (2) Prihi a incarcéré Puharen pendant la nuit, et a tué…

1 semaine ago

Kumo Desu Ga, Nani Ka ? – Chapitre 331.5.4

  Chapitre 331.5.4 : Bataille Finale 4 (Braves petits de la contre-attaque) Commentaire de l’auteur :…

1 semaine ago