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NORDEN – Chapitre 25

  • Chapitre 25 – Le cobaye

Une fois qu’Ambre eut accepté sa demande, Enguerrand l’emmena dans sa chambre.

C’était une petite pièce composée d’un lit de bois à la parure blanche immaculée qui avait l’air douce et soyeuse et à côté duquel une lampe à huile et un réveil se tenaient sur la table de chevet. Une bibliothèque, contenant plusieurs rangées de livres et de bibelots en tout genre, était disposée près d’un bureau, enseveli sous une couche de papiers étalés en vrac où de nombreux schémas et écrits figuraient. Des cadres et des photos étaient accrochés aux murs.

Ambre reconnut le scientifique, beaucoup plus jeune, aux côtés d’un homme dans ses âges. Ils étaient particulièrement bien habillés, se tenant par la taille, un grand sourire aux lèvres. Elle devina qu’il pouvait s’agir de son amant. Après tout, elle avait toujours eu à l’esprit qu’il n’était pas attiré par la gent féminine et cette photographie semblait prouver ses dires.

Il la fit asseoir sur le lit, se munit d’un papier et d’un crayon.

— Bon, commença-t-il. Je ne vais pas vous importuner plus que ça aujourd’hui, d’autant qu’il est déjà assez tard. Je vais juste me contenter de vous poser quelques questions très simples et formelles. Vous me répondrez de la façon la plus honnête qui soit. N’hésitez surtout pas à m’avertir si la question vous gêne, je passerai à la suivante. Si jamais vous ne savez pas, vous pouvez toujours me donner une approximation. Plus tard, lorsque vous serez beaucoup plus à l’aise et familière avec moi, nous entrerons dans le vif du sujet. Êtes-vous d’accord, mademoiselle ?

Ambre soupira, croisa les bras puis hocha la tête.

— Bon, alors je commence. Première question : pouvez-vous me donner votre nom complet, s’il vous plaît ?

— Je m’appelle Ambre Chat.

Dans la culture noréenne, il était de coutume d’appeler les membres par leur animal totem en guise de nom de famille. Les prénoms noréens n’étant plus donnés depuis plusieurs années, les seuls qu’Ambre connaissait étaient Beyrus et Ortenga, les noréens du territoire avaient aranéeisé leur prénom afin de s’intégrer plus facilement.

— Très bien, fit-il.

Il notait tranquillement tout ce que la jeune femme lui racontait. Son écriture était belle et lisible, tout comme celle d’Anselme.

— Deuxième question : quel âge avez-vous ? Je ne vais, bien entendu, me concentrer uniquement sur vous et non sur votre petite sœur, pour l’instant tout du moins.

— J’ai seize ans, bientôt dix-sept, mon anniversaire est le seize octobre. Je serai alors reconnue majeure en tant que citoyenne, mais ne pourrait pas encore me transformer avant un an, âge de la majorité noréenne.

— D’accord… votre totem est un chat viverrin si je me souviens bien. Je crois que vous m’avez déjà dit que celui de votre sœur n’était pas officiel. Mais avez-vous le même que l’un de vos parents ?

— Non, celui de ma mère était une hermine et celui de mon père, une baleine bleue. Ma mère est morte il y a presque six ans sous sa forme animalière et mon père vient de se transformer il y a un peu plus de deux mois si jamais ces informations vous intéressent.

Enguerrand grattait les mots sur le papier, le bruit provoqué était reposant. Ainsi concentré, l’homme était séduisant et affichait une attitude calme et mesurée.

— Parfait… Après je n’ai pas besoin de vous demander votre couleur d’yeux et de cheveux. C’est assez simple à deviner et je contemple régulièrement votre beauté pour en connaître les moindres traits ; sans arrière-pensées rassurez-vous, cela est juste purement esthétique ! D’autant que je ne sais pas si on vous l’a déjà dit, mais vos yeux ont une couleur et un éclat bien particulier.

Ambre eut un rire jaune à cette révélation. Elle se souvenait également des remarques de Meredith au sujet de ses yeux soi-disant hypnotisants.

L’homme leva son crayon et le pointa dans sa direction.

— Je voudrais à présent passer à vos mensurations : connaissez-vous votre taille et votre poids ? Cela n’a pas vraiment d’importance pour l’instant, mais je tiens à vous aborder avec des questions formelles.

— Je mesure à peu près un mètre soixante-cinq et quant à mon poids je n’en ai aucune idée.

— Très bien… fit-il, impassible. Je ramènerai une balance de l’observatoire pour votre prochain passage. Et par pitié, essayez de vous remplumer un peu, vous avez pas mal maigri et commencez à perdre de vos charmes !

Ambre eut un autre rire nerveux en entendant cela.

— Autre question qui pourrait vous mettre mal à l’aise, mais êtes-vous enceinte ?

La jeune femme manqua de s’étouffer :

— Quoi ? Pourquoi me demandez-vous cela ?

Elle le regarda avec de grands yeux, interloquée.

Ilfallait bien que je m’attende à ce genre de questions de sa part !

Le scientifique se pinça les lèvres en voyant sa réaction. Embarrassé il mit un temps pour trouver les mots justes :

— Excusez-moi, je ne voulais pas vous choquer. C’est juste que certains de mes réactifs et produits pour les analyses peuvent se révéler faux, voire dangereux si jamais vous portez un enfant et je n’en possède que très peu.

Elle eut un rire nerveux. Après tout, elle n’avait jamais envisagé l’idée de concevoir ; elle avait déjà bien à faire avec Adèle qu’elle pouvait presque considérer comme sa propre fille plus que sa sœur. Et puis, avec qui pourrait-elle avoir un enfant… Anselme ? Songea-t-elle.

Honteuse de cette pensée, elle sentit son visage rougir et son cœur s’accélérer.

Elle hocha négativement la tête.

— Non, je ne le suis pas, déclara-t-elle.

— Très bien, je vais arrêter là avec les questions embarrassantes, ne vous inquiétez pas.

Il finit de noter, la regarda avec bienveillance et remit correctement ses lunettes sur son nez.

— Question plus générale, mais avez-vous une capacité ou un don particulier en rapport avec votre animal-totem ? Je parle pour vous, mais aussi pour les noréens.

Ambre croisa les bras et réfléchit.

— Je crains que non et il ne me semble pas avoir déjà de personnes avec des aptitudes inhabituelles. Je veux dire, je n’ai jamais vu personne voler, respirer sous l’eau ou autre. Parce que vous en avez certains parmi vos cobayes qui ont des aptitudes particulières ?

— Non, hélas ! Vous êtes tous incroyablement normaux si l’on ne compte pas votre pouvoir de métamorphose.

— Ah oui ? S’étonna-t-elle. Surtout qu’ironiquement, en ce qui me concerne, c’est plutôt l’inverse. Je suis censée me transformer en chat viverrin, l’un des seuls félins chassant et se déplaçant en milieu aquatique, alors que je déteste l’eau, j’en ai horreur et je ne sais absolument pas nager.

Elle pouffa :

— C’est encore plus stupide, car je suis fille de marin.

Enguerrand esquissa un sourire, réjoui de la voir se prendre au jeu et de se dérider.

— Niveau régime alimentaire ou besoins naturels spécifiques, avez-vous des différences notables avec nous ? Sont-ils en rapport avec votre totem ?

— Je ne pense pas, non ! Je suis omnivore. Sinon, mes besoins naturels sont les mêmes que les vôtres. Et mes heures de sommeil, qui me font grand défaut en ce moment, ne sont pas différentes de celles dont vous avez besoin.

Enguerrand avait raison de procéder ainsi. La jeune femme devenait de plus en plus à l’aise. Les questions lui permettaient, malgré tout, de faire le point sur sa situation et de prendre un peu de recul.

L’entretien dura encore une bonne heure. Puis, voyant le temps défiler, il la libéra. Il sortit de sa bourse une pièce d’argent et la lui donna. Ambre était impressionnée par la somme importante qu’il lui tendit et hésita même à l’accepter pleinement. Il la rassura et lui promit que cette somme serait régulière.

Tous deux se mirent d’accord sur une date de rendez-vous ultérieure. Enfin il alla lui ouvrir la porte et la salua. Elle se retrouva dehors, dans le soir couchant.

Il était aux alentours de dix-huit heures lorsqu’elle arriva à la taverne pour récupérer ses affaires. Beyrus lui gratifia un sourire, satisfait de la voir avec une meilleure mine.

Adèle était présente, assise sur une table devant la cheminée. La petite mangeait son dîner composé d’un bol de soupe accompagné d’une tranche de pain de seigle.

Lorsqu’elle vit sa grande sœur, son regard s’illumina. Elle était heureuse de la retrouver, elles ne s’étaient pas vues de la semaine. Ambre avait hâte de profiter de la fin de semaine en sa compagnie. Elles allaient pouvoir rentrer ensemble au cottage et dormir toutes les deux dans le même lit.

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