Chapitre 20 -Virevoltes émechées
Plus radoucie grâce sa conversation intime auprès de la duchesse, Ambre regagna d’un pas léger la place de l’hôtel de ville, noyée sous l’affluence d’une foule en pleine débandade. Trônant au-dessus de l’estrade, le chef d’orchestre et ses musiciens jouaient fiévreusement de leurs instruments tandis que, déployée sur le pourtour de l’agora, une myriade d’inconnus dansait au rythme des arias enflammés. Les talons claquaient sur les pavés, les étoffes ondulaient et froufroutaient à chaque mouvement élancé. Les rires et les acclamations fusaient. La jeune femme se faufila entre les couples en mouvance et les groupes de badauds dont certains membres semblaient d’ores et déjà éméchés.
Une farandole de senteurs titillait son odorat. Comme ce fut le cas pour le parfum de Meredith, elle n’était guère habituée à humer ces fragrances florales, musquées ou boisées, saupoudrées de notes exotiques, si différentes de la clientèle vardenienne. Il en allait de même pour les mélodies entonnées ou la somptuosité des vêtements et parures que ses iris captaient. Les soieries et les bijoux scintillaient sous l’astre solaire, lucioles diurnes ou oiseaux bariolés virevoltant à chaque saccade et envolée.
Ambre se positionna devant la mairie et s’accouda au socle de l’une des statues de lion qui gardait l’entrée. La face burinée du fauve au poitrail gonflé se gravait d’un éternel air farouche. Les sourcils aussi froncés que la créature d’albâtre, elle balaya l’espace à la recherche de sa sœur. Elle la vit en compagnie de Ferdinand en train de grignoter un bout de tarte sur le rebord de la fontaine centrale. Après avoir achevé sa gâterie puis sucé un à un ses doigts couverts de sucre, la petite se mit à danser, faisant tournoyer sa nouvelle robe. Le rouquin accompagnait son élan. Il la prit par la taille, souleva avec aisance son poids plume et la fit valser. Adèle riait aux éclats. Elle écartait les bras et les secouait telles des ailes invisibles. Fidèle à son totem, le garçon déplaçait son long corps sinueux avec la souplesse de la belette.
La chatte viverrine ne put s’empêcher de sourire devant les pirouettes de ce binôme inséparable. Cette image lui rappelait la relation qu’elle avait autrefois avec Anselme ; cette amitié simple et insouciante, loin des tourments qu’obligeait la vie d’adulte.
Quand sa danse fut achevée, Adèle aperçut son aînée et la rejoignit, suivie par son ami. Elle était essoufflée et toussotait. Ses yeux azurés brillaient d’euphorie et sa peau opalescente se maculait de taches vermeilles créées par l’effort.
— Oh ! Ambre ! Est-ce que je peux passer la nuit chez Ferdinand, s’il te plaît ? Sa maman est d’accord !
La jeune femme toisa le garçon dont le visage affichait un sourire rayonnant, sa petite main tenant fermement celle de la fillette.
— Tu vas finir par être accro à la vie citadine à force de dormir en ville plutôt qu’au cottage ! finit-elle par répondre, amusée. Mais je n’y vois pas d’inconvénient par contre, comme d’habitude, je veux que tu sois sage et que tu te comportes bien, c’est d’accord ?
Adèle exulta et se mit au garde-à-vous.
— Oui chef ! C’est promis !
— Et quand tu rentreras demain tu feras bien attention. Surtout si la pluie est au rendez-vous. Tu reviens avant la nuit tombée, tu ne t’écartes pas du chemin et tu évites de flâner ! Tu as compris ?
L’enfant acquiesça vivement avant d’embrasser sa sœur et de partir à la suite de Ferdinand en direction de Varden. L’aînée gloussa en les voyant détaller, leurs mains toujours scellées.
— C’est rare de te voir aussi souriante ! annonça une voix grave juste à côté d’elle.
Surprise à son insu, Ambre sursauta. Elle tourna la tête et vit Anselme, la mine joviale et joliment apprêté d’un ensemble bien moins austère qu’à l’accoutumée, troquant son bustier noir contre un couleur bordeaux assorti d’une lavallière olive. Ses pupilles étaient dilatées et son haleine exhalait des relents de vin rouge. Ses cheveux s’agençaient en catogan dont une mèche obsidienne s’en était échappée et frottait sa joue creusée avec désinvolture.
— Bonjour monsieur le corbeau ! Comment vas-tu ?
— Plutôt bien, quoiqu’un peu gris, avoua-t-il en se dandinant sur sa canne en quête d’un appui adéquat pour éviter de tanguer. La journée est à la fête et à la légèreté à ce que je vois. Je suis agréablement surpris de voir autant de monde. Même le duc von Hauzen s’est déplacé pour l’événement ! Il a l’air ravi, cela fait longtemps que je ne l’avais pas vu si affable.
Elle porta son regard vers l’estrade et nota que l’homme déclamait sa harangue auprès de ses partisans, effectuant de gestes éloquents pour appuyer ses paroles. Non loin de lui, ses filles bavardaient en compagnie d’une nuée de jeunes nantis tandis que la duchesse mère, entourée de dames bien nées, écoutait sagement le discours de son mari.
— Excuse-moi de mon retard, ajouta le brunet après un raclement de gorge, j’ai oublié de mettre ma grand-mère au courant de notre rendez-vous. Si elle avait su que tu m’attendais pour quinze heures, le repas n’aurait pas autant traîné en longueur.
La voix pâteuse, il lui expliqua que tout le manoir avait pour coutume de célébrer cette date symbolique.
Chaque année, la famille baronniale et l’ensemble de son personnel se réunissaient autour de la table à l’occasion d’un déjeuner, bavardant sans entraves et en toute convivialité, faisant fi de leurs conditions respectives.
— Les conversations se sont enchaînées et je n’ai absolument pas vu le temps passer ! précisa-t-il. Je crois que je suis incapable de me souvenir du nombre de verres que j’ai ingurgités jusqu’au digestif. Quatre ou cinq peut-être ? Le pire ! C’est quand je me suis aperçu que j’avais taché ma chemise et ce juste avant de partir ! J’ai dû me dépoitrailler et me changer à la hâte pour ne pas paraître négligé et te couvrir de honte devant l’assemblée. D’où ma coiffure un tantinet anarchique, tu l’auras noté !
— Vous faites ça souvent ?
— Tacher nos vêtements ? Non pas vraiment !
Un pouffement incontrôlé échappa à la jeune femme qui leva les yeux au ciel pour montrer son exaspération.
— Des repas de cet acabit idiot !
Anselme fit la moue et plissa les paupières, concentré sur la réponse que son cerveau amolli peinait à fournir.
— Au moins quatre fois dans l’année, début février et début mai à l’occasion de nos anniversaires, lors de la fête nationale et le trente-et-un décembre. Parfois, il nous arrive de fêter tous ensemble des événements marquants. Ça renforce nos liens et permet de converser sans la barrière de l’étiquette. Le nectar de l’alcool aide énormément sur ce point. Je crois que Maxime et moi-même en avons un peu trop abusé.
— C’est vrai que ne t’ai jamais vu aussi imbibé, mon corbeau boiteux ! Si j’approche la flamme de mon briquet sous ton nez tu t’enflammes ! Ton beau-père est également dans le même état ?
Il pouffa et réfuta la suggestion d’un geste de la main.
— Oh non ! Jamais il ne prendrait le risque de se rendre ivre à un événement d’une telle importance. En plus, il tient bien mieux l’alcool que moi. Il est actuellement en discussion auprès de ses associés. Je te le présenterai tout à l’heure si tu le souhaites. Comme je lui ai souvent parlé de toi ces derniers temps, je sais qu’il a la ferme intention « d’avoir l’honneur de pouvoir mettre enfin un visage sur ton nom », comme il l’a si bien formulé tout à l’heure.
Le cœur d’Ambre s’emballa à cette sollicitation, appréhendant de rencontrer cet homme. D’un geste du menton, par delà la pléiade éparpillée sur la place, le garçon indiqua un groupe de sept individus accompagnés d’un chien, en train de converser devant l’enseigne du Triomphe, à une quinzaine de mètres de distance. L’établissement était un célèbre café restaurant qui, comme l’ensemble des boutiques de la grande place, était destiné à une clientèle fortunée, friande de mets raffinés et de saveurs inusuelles.
Bien qu’une vingtaine d’années les séparait, deux d’entre eux étaient des officiers maritimes en tenue de parade. Ambre reconnut le code de l’Hirondelle avec cette veste ultramarine galonnée, ce pantalon nivéen et ce tricorne panaché si caractéristique. Elle fut étonnée, d’ailleurs, d’identifier le plus jeune, James de Rochester, dont les traits lui rappelaient familièrement ceux de son père. À ce constat, il lui fut aisé d’en déduire que le doyen, celui âgé d’une septantaine d’années et aux cheveux cendrés, n’était autre que William de Rochester, le père de James, capitaine de l’Hirondelle et ancien mentor de Georges Épaulard.
Un autre homme dans la force de l’âge portait également l’uniforme mais d’une corporation annexe avec cette veste cardinale à épaulettes, brodée de passementeries dorées, aisément identifiable comme appartenant à la Garde d’honneur. Quant au couple présent, guère plus vieux que James, nul doute que le grand échalas à monocle et la femme bien en chair coiffée d’un chapeau à plume appartenaient à la haute société, nonobstant la sobriété de leur mise. L’un vêtu d’apparats monochromes, le visage orné d’une royale charbonneuse impeccablement taillée et l’autre engoncée dans une robe gris perle moirée de reflets mauve et taupe.
On dirait un merle et une tourterelle ! s’amusa la jeune femme.
— Je présume que tu ne dois pas les connaître malgré leur notoriété mais il s’agit d’Hippolyte von Dorff et de sa femme Joséphine, confia Anselme.
— Von Dorff… la famille marquise ?
— Non… enfin si mais pas vraiment. Une branche annexe. Hippolyte est un cousin du marquis. Mais les deux hommes ne sont guère proches. Clivage politique bien évidemment. Hippolyte est conseillé et chargé de médiation. C’est lui qui recoupe les récriminations et les griefs éventuels de la classe inférieure pour les soumettre à sa hiérarchie et aux autorités. Il paraît aussi sévère qu’un juge lorsqu’on le voit de prime abord. Pourtant, il est l’un des hommes les plus appréciés et sollicités par l’ensemble de la population. Quant à sa femme, elle est infirmière et travaille aux Hospices. L’homme que tu vois à sa droite est son supérieur, le docteur Aurel Hermann.
— Le médecin qui t’a soigné après ton lynchage ? se souvint Ambre en observant cet homme à lunettes, doué d’une solide corpulence et dont les cheveux blonds dénotaient parmi cette assemblée d’individus bruns ou argentés.
— En effet ! approuva le baronnet en hochant vivement la tête. Il est le médecin de mon beau-père depuis plus de vingt ans et l’une des rares personnes qu’il pourrait considérer comme un ami.
L’attention de la noréenne se porta sur la dernière silhouette du groupe qu’elle supposa, par élimination, être celle du baron et dont elle ne percevait que le profil. D’aussi loin, elle ne pouvait discerner correctement les traits de l’homme mais il correspondait en tout point à l’image mentale qu’elle s’était façonnée ; grand de taille, les épaules carrées, habillé d’une veste cintrée aussi sombre que sa longue chevelure nouée en catogan, épousant les usages de la caste aranéenne élitiste. Il se tenait droit, le port altier et les mains croisées dans le dos. Un lévrier au pelage crème moucheté de brun se dressait à ses côtés.
Bizarre, il n’a pas l’air si vieux ! se surprit-elle à songer. À moins qu’il soit particulièrement bien conservé. Dans mon souvenir, Judith paraissait au-delà de la quarantaine et c’était il y a plus de quatre ans. Alors que lui semble ne pas dépasser le stade de la grande trentaine !
Elle fit part de cette critique à son ami qui s’en amusa.
— C’est normal ! Mère et Alexander ont plus de sept années de différence. Elle en avait quarante et lui seulement trente-trois quand ils se sont mariés. Autant te dire que ça a alimenté le scandale sur leur union. D’ordinaire, les hommes choisissent des femmes plus jeunes et en âge de procréer. Là, mon beau-père ne pouvait sommer Judith de lui engendrer un héritier légitime sans craindre pour sa santé. C’est te dire à quel point il tenait à nous lorsqu’il a demandé à ma mère le droit de l’épouser. Une fois mariés, il tirait définitivement un trait à l’idée d’engendrer une descendance par lui-même.
— C’est très honorable, en effet ! murmura Ambre, troublée par cette révélation et ce dévouement qu’elle n’avait jamais imaginé.
Elle déglutit péniblement puis ajouta d’une voix incertaine :
— Maintenant que sa femme n’est plus et qu’il est redevenu officiellement célibataire… Il doit être à nouveau courtisé, non ?
Anselme soupira puis haussa les épaules.
— Je ne sais pas vraiment. Il n’est guère plus bavard que moi lorsqu’il s’agit de dévoiler sa vie privée. Je sais que les femmes l’abordent. Mais de là à l’aguicher et convoiter sa main, je ne saurais le dire. Même s’il n’est pas très apprécié pour ses idéaux, Alexander est un homme riche, mesuré et doué d’un certain prestige. De plus, il est considéré comme beau par une partie non négligeable de la gent féminine. Il est également un danseur émérite et un charmeur né. Autant te dire qu’il ne se fait pas prier pour trouver une cavalière en soirée, parfois même de très jeunes demoiselles à peine plus âgées que nous.
Ambre grimaça, plus perplexe qu’outrée. Loin d’être séduite à l’idée de s’acoquiner avec un individu bien plus vieux qu’elle, toutes proportions gardées, elle ne pouvait s’empêcher de penser que cette perspective n’était pas des plus rebutantes. Après tout, Irène avait bien épousé le duc de quinze ans son aîné pour jouir de la protection, du statut et de la fortune qu’il pouvait lui accorder. À défaut d’être épanouie au sein d’un mariage, au moins profitait-elle de nombreux privilèges qu’elle n’aurait jamais pu atteindre par elle-même sans ce miraculeux laissez-passer. L’anneau scellé à l’annulaire pouvait se révéler une prison autant qu’une délivrance.
Devenus silencieux, les deux amis se régalaient de l’animation. Quand l’orchestre entama une nouvelle valse, Anselme posa sa canne sur le rebord du socle puis tendit une main malhabile à son interlocutrice.
— Tu es vraiment sûr de toi ? s’étonna Ambre en haussant un sourcil. Tu ne m’as pas l’air très opérationnel pour danser. Encore moins devant un tel public !
— Ne t’inquiète pas ! Je suis rodé à ce genre d’exercice et je connais cette mélodie. Même éméché je devrais parvenir à la danser sans trop de difficultés.
— C’est que… Je ne suis même pas habillée pour l’occasion et ça fait des lustres que je n’ai pas gambillé !
Et si je pouvais éviter d’alimenter une nouvelle chronique ou une énième incartade, cela m’arrangerait !
— Ne t’en fais donc pas pour ça, ma rouquine ! Suis mes pas et ne te concentre sur rien d’autre que la musique. De toute manière, les gens seront trop occupés à conter leurs fables ou valser de leur côté. En plus, le maire est présent et tous les regards convergent sur lui ou d’autres personnalités. Ce n’est pas un insignifiant baronnet qui va chatouiller leur intérêt. Pas aujourd’hui en tout cas !
Il gloussa.
— Sauf si je m’effondre sur la chaussée auquel cas je compte sur ton incroyable bonté pour me rattraper.
Ambre ne sut que rétorquer à sa pique où teintait l’amusement et le besoin impérieux pour son ami de défouler ses nerfs. La main tendue vers elle, le garçon lui adressa un sourire si charmeur qu’Ambre en fut déstabilisée. Après une brève hésitation, elle glissa sa dextre dans la sienne et ils se dirigèrent au centre de la piste. Les deux partenaires se firent face puis il s’approcha d’elle et initia le contact, posant sa paume libre sur le bas de son dos. Une fois que sa cavalière eut posé sa senestre sur son épaule, il commença à se mouvoir avec lenteur, son bassin frôlant subtilement le sien. La chatte viverrine se laissa guider par sa gestuelle, plutôt gracile pour un infirme désinhibé.
Après avoir effectué quelques foulées, il se pencha vers elle.
— C’est drôle, je ne t’imaginais pas aussi ridiculement petite ! railla-t-il. Dire qu’à l’époque on faisait sensiblement la même taille. La vieillesse m’aura permis de remédier à cet injustice en grappillant une quinzaine de centimètres supplémentaires. Tu peux dorénavant admirer mes magnifiques nari… Aoutch !
Pour corriger l’affront, la noréenne lui avait écrasé le pied.
— Oh ! excuse-moi. Je n’ai pas dansé depuis des années, je suis un peu rouillée, tu sais ! ajouta-t-elle non sans mesquinerie.
— Il n’y a pas de mal ma chère féline.
Il accrut son emprise sur sa taille, son buste collé contre sa gorge dont le décolleté plongeant laissait paraître la naissance de sa poitrine. Le tissu outremer de la chemise mettait en valeur la rousseur de sa peau léopardée. Ainsi rapprochés, Ambre pouvait humer son parfum aux notes de bleuet et admirer le moindre trait du visage émacié de son vis-à-vis notamment, comme il venait de lui suggérer, les deux orifices de son organe olfactif. Elle rit intérieurement de cette vision en contre-plongée peu flatteuse, plutôt cocasse. Et quand elle redressa davantage la tête pour planter son regard dans le sien, elle fut aussitôt happée par la profondeur de ses yeux noirs luisants d’un éclat de folie fort inhabituel.
La remarque de Meredith lui revint à l’esprit. Si anodine soit-elle, Ambre fut embarrassée et le sang fouetta ses joues à l’idée même d’embrasser son cavalier. Imaginer le contact de ses lèvres contre les siennes la gênait et elle n’osa prolonger davantage son errance mentale. Honteuse, elle baissa les yeux et suivit tant bien que mal la cadence imposée par son partenaire.
— Excuse-moi ! s’exclama-t-elle après avoir écrasé son pied pour la seconde fois. Promis, je ne l’ai pas fait exprès ! Je peine à suivre le rythme…
— Tu te débrouilles très bien, je trouve ! Je comptais garder par-devers moi cette information capitale mais sache que tu es la cavalière idéale pour un infirme tel que moi !
Ambre rit aux éclats et se détendit. Ils se déplaçaient avec la vivacité de bambins maladroits, manquant par moments de bousculer certains couples tant leurs mouvements étaient brusques et patauds, dépourvus de la moindre élégance. Au fil des minutes, la noréenne gagna en assurance. Les réflexes et les mouvements lui revenaient en mémoire. Elle se déplaçait sur la pointe des pieds tandis qu’il se pressait contre elle afin de conserver son équilibre. Après une première pirouette, il la fit se cambrer en arrière et la remonta avec soin, sa main fermement appuyée contre son bassin. En lâchant prise, la jeune femme nota que bon nombre de spectateurs les miraient et conversaient à voix basse. Une sensation de malaise la transporta et son rythme cardiaque s’accéléra.
Notant son hiératisme soudain, Anselme la rassura :
— Ne fais pas attention à eux ! Ils trouveront vite un os plus appétissant à ronger.
— Monsieur veut à nouveau être au centre de l’attention ? Dénicher son nom dans les gazettes locales afin de faire parler de lui ?
— Hum ! Ce ne serait pas une si mauvaise idée. Les femmes adorent les hommes illustres. Si on continue notre petit jeu, elles seront bientôt toutes à mes pieds et désireront t’évincer.
— Contrairement à toi, je n’apprécie pas réellement être au centre de l’attention. J’ai l’impression que tous les regards alentour sont braqués sur nous ! Pourquoi m’as-tu invitée à danser ? C’est l’alcool qui t’oblige à ce genre de fantaisie ?
Anselme esquissa un pas vers la gauche et la fit virevolter. Il revint à son contact et répondit avec une pointe d’ironie :
— Non, je voulais simplement rendre un hommage au bon vieux temps ! J’ai toujours apprécié danser en ta compagnie. C’était l’occasion rêvée de réitérer l’expérience, tu ne trouves pas ?
Le visage de la noréenne rosit sous le compliment.
— Le Baron ne va pas être outré par ton comportement ?
Anselme ricana.
— Ambre, il ne s’agit que de danse. Il n’y a rien d’offensant ou d’incriminant à voir quelqu’un de la haute société danser avec n’importe qui, rassure-toi !
Il approcha sa tête et murmura à son oreille :
— Même avec une pauvre petite serveuse sans le sou.
Elle fit mine d’être choquée et lui assena un violent coup de hanche. Surpris par ce geste brusque, le garçon bascula. Il manqua de tomber à la renverse, mais elle le rattrapa en hâte. Son équilibre retrouvé, elle enroula ses bras autour de sa taille et l’enserra.
— Oups ! Pardonne-moi ! susurra-t-elle en frottant le haut de son crâne contre sa nuque avec désinvolture. La sale petite rouquine que je suis a encore du mal à maîtriser ses mouvements. Heureusement que je suis là pour te rattraper comme tu me l’as si bien intimé, mon cher corbeau estropié.
— Que ferais-je sans toi en effet !
Ils effectuèrent de nouveau quelques pas avant que la musique ne s’achève sur une ultime caracole. Hors d’haleine et en sueur, le binôme quitta la piste et rejoignit sa position initiale. Anselme tenait le bras de son amie. Les doigts crispés sur le tissu de sa manche, il s’appuyait de tout son poids contre sa cavalière pour conserver son équilibre. Dès qu’il reprit sa canne, il lui proposa de s’éclipser dans une rue annexe afin de discuter tranquillement et de reprendre un semblant de maîtrise. Ravie d’une entrevue à l’abri des regards indiscrets, Ambre acquiesça franchement et se laissa guider jusqu’à destination du Jardin des Plantes.
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