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NORDEN – Chapitre 42

Chapitre 21 – Le jeu du hasard et de l’amitié

Après un quart d’heure de déambulation vers le nord-ouest de la ville, Anselme et Ambre franchirent le portail et pénétrèrent dans un parc boisé, ceint d’un muret de brique couronné de grilles en fer forgé. Plusieurs pancartes gravées indiquaient les diverses institutions que l’espace végétalisé abritait en son sein ; cabinet de minéralogie, galerie de paléontologie, musée de l’archéologie ainsi qu’un jardin botanique. Ils s’enfoncèrent dans la sylve sillonnée de chemins rocailleux, si luxuriante en ce milieu de saison estivale. Entre les parterres densément fleuris, des gens jouaient à la pétanque ou pique-niquaient en famille autour d’une nappe, protégés des rayons solaires par la canopée. Un peu plus loin, des groupes de badauds s’exerçaient aux cartes ou aux échecs sur des tables ovales dressées aux abords d’un stand qui proposait à ses visiteurs un échantillon de boissons ainsi que des pralines, un arc-en-ciel de guimauves moelleuses et de sucres d’orge.

L’odeur des confiseries alléchait les babines et Ambre saliva lorsqu’elle passa devant le présentoir. Avant qu’elle n’ait pu le formuler à voix haute, Anselme commanda puis paya deux cafés ainsi qu’un sachet kraft garni d’amandes et de noisettes caramélisées qu’il offrit à sa cavalière. La jeune femme l’accepta avec plaisir tandis qu’ils s’installaient sur un banc pour déguster leur achat. Sans attendre, Anselme trempa ses lèvres dans le breuvage fumant tandis qu’Ambre dénoua le ruban et commença à grignoter son assortiment. Une fois ses papilles satisfaites et ses envies de sucre assouvies, elle confia le pochon au garçon qui les croqua à son tour pour casser l’amertume de sa boisson par trop corsée. La caféine dissipait les reliquats d’alcool contenus dans son organisme. La lucidité lui revenait au fil des gorgées ingérées bien que sa sensibilité demeurât accrue. La voix bredouillante malgré le timbre professoral qu’il s’échinait à maîtriser, il s’était lancé dans une description prolixe de ce lieu qu’il affectionnait.

Contrairement aux bâtiments massifs répandus à Iriden, ici les monuments se révélaient bien plus sommaires avec ces façades à colombages, ces toits en ardoise cabossée et ces fenêtres à carreaux voilés d’une teinte sablée. Le lierre courait sur certaines d’entre-elles, offrant d’audacieuses arabesques émeraudes.

— Ils font partie des plus vieilles constructions de la ville, expliqua-t-il. On dit même qu’ils datent de l’époque de Raven. Comme tu le vois, il n’en reste plus que trois, désormais convertis en institution. Mais tu peux observer les ruines et les fondations des quatre autres. Apparemment, c’était une ancienne agora où se regroupait l’ensemble des corporations artisanes.

— Je ne suis plus revenue ici depuis la naissance de ma Mouette, avoua la noréenne, j’avais oublié à quel point c’était ravissant ! On y allait souvent avec maman quand j’étais petite. Je devrais y amener Adèle prochainement, maintenant qu’elle est assez grande pour apprécier une sortie au musée sans chahuter.

— Oui, dommage qu’ils soient fermés aujourd’hui. J’aurais pu t’accorder une visite guidée vu le nombre de fois où je m’y suis rendu pour décompresser après les cours. Les collections ne sont pas très fournies mais elles sont joliment orchestrées.

Ambre hocha la tête et balaya l’espace du regard. Bien qu’entretenus, les édifices accusaient le poids de leurs années.

— J’ai du mal à imaginer comment était Raven à l’époque…

En effet, il ne restait qu’une poignée de maisonnées séculaires sises dans la basse-ville de Varden, reconnaissables par le corbeau ou les runes incisés sur le linteau et leur façade biscornue.

— Assez différente de Meriden, répondit Anselme. Peu de bâtiments sont toujours debout mais il reste pas mal de descriptions et de gravures effectuées par les pionniers fédérés pour s’en faire une idée assez précise ! Y compris un plan relativement fidèle de la ville. Apparemment, la plupart des maisonnées étaient en pierres importées des carrières occidentales. On les exploite encore beaucoup aujourd’hui. C’est d’ailleurs sur cet axe qui rallie directement Iriden aux carrières calcaires que se trouvent les plus imposants manoirs de la région, incluant également celui de mon beau-père.

— Raven s’étendait jusqu’ici ? s’étonna Ambre, pensant qu’elle s’arrêtait à la ville médiane, au niveau des remparts, et que les aranéens avaient investi la zone plus au nord pour ne pas déranger la population noréenne établie depuis des millénaires en bordure de la rade, tout en restant à proximité de cette manne géographique.

Anselme opina du chef.

— Les délimitations de Raven sont assez floues mais je doute qu’elle s’étendait autant au nord. Comme pour ton cottage, cette ancienne agora devait faire partie de son agglomération sans toutefois être englobée dans son enceinte. Nous sommes plutôt dans un carrefour commercial, probablement un nœud de passage entre la cité sylvestre de Meriden, la ville portuaire de Raven et les carrières de calcaire justement. Un emplacement idéal puisqu’il est proche de la mer et du fleuve. Quant aux pionniers fédérés, si je me souviens bien de mes cours, le chef Soringar et son shaman les avaient autorisés à s’installer là où nous nous trouvons actuellement, sous la supervision du Aràn Halphadir bien évidemment. Tu te doutes bien que loger en urgence un millier de personnes en situation précaire nécessite pas mal de place et ce site ainsi que les anciennes granges alentour permettaient une telle implantation sans causer trop de désagrément à nos ancêtres autochtones. Je n’ose même pas imaginer la logistique qui a dû s’instaurer les années suivant l’exil, la cohabitation entre noréens et leurs nouveaux voisins a certainement essuyé quelques obstacles houleux. Entre la barrière linguistique, le choc des cultures et les conflits d’intérêts… ça a vraiment dû être une drôle d’époque.

— Je ne me rappelle pas avoir appris cela à l’école !

— C’est normal, ma rouquine, je n’ai abordé ces sujets qu’à la Licorne. Tu te doutes bien que ces pans de l’histoire et de la géographie concernent davantage la population aranéenne que noréenne. Tout comme l’étude de la Fédération et des divers empires de Pandreden. D’ailleurs…

Il pointa du doigt un toit qui saillait aisément par delà le cabinet de minéralogie et les arbres feuillus, dont la tuile ocrée rythmée par des conduits de cheminées et des rangées de chiens assis auréolait le ciel azuré.

— La Licorne est située juste derrière et doit être aussi archaïque que ce site. Dire que j’y ai passé tout de même quatre années de ma vie. Certes je n’en ai pas que de bons souvenirs mais je peux t’assurer que l’endroit vaut le détour.

Leur goûter achevé, le binôme se leva puis longea le jardin des simples, la démarche nonchalante, en quête d’un recoin moins bruyant. Ils arrivèrent aux abords d’une imposante fontaine ornementée où une majestueuse statue de serpent marin se dressait au centre. En hommage au Aràn Harfang, le reptile éburné à collerette crénelée crachait de sa gueule une gerbe d’eau cristalline. Des moineaux gazouillaient sur ses anneaux verdis de mousse tandis que des voiliers en bois et toile bigarrée, sommairement confectionnés, voguaient sur la source sereine, guidés par des enfants en liesse armés de bâton. Pour profiter de ce glougloutement apaisant conjugué aux trilles des passereaux, les deux amis s’assirent sur un banc, à l’ombre d’un saule pleureur. Une fois installé, Anselme soupira d’aise et massa sa jambe endolorie. Un sourire étirait ses lèvres malgré la douleur interne qui le tenaillait. À sa gauche, Ambre contemplait le paysage d’un air songeur, admirative par la beauté du parc infesté par des essaims de corbeaux.

Il faut vraiment que j’aille visiter de nouveau cette galerie de paléontologie. Ce doit être ici que les deux naturalistes de l’observatoire, Philippe et André, travaillent la majeure partie du temps.

Alanguie, la jeune femme posa délicatement sa tête contre l’épaule du garçon et glissa une main sous son bras pour aller chercher la sienne. Anselme accueillit cet allant avec une réjouissance retenue et, en retour, caressa tendrement sa paume offerte de la pulpe du pouce. Ce geste anodin les replongea en enfance et les transporta aussitôt dans une torpeur mélancolique.

De longues minutes s’écoulèrent avant que la noréenne n’ose prendre la parole et briser le silence :

— Au fait, j’ai fait la connaissance de la duchesse Meredith. Tu ne m’avais pas dit qu’elle comptait parmi tes amis !

Anselme étouffa un rire.

— Amie est un bien grand mot. Cette fouineuse n’a eu de cesse de me tourner autour afin d’élargir son cercle de relations. Elle n’est pas méchante, certes, mais elle possède les travers de ses paires. Elle est autoritaire, hautaine, séductrice et ne sait pas garrotter sa langue. Par respect pour son titre, je ne peux pas feindre l’indifférence mais je préfère la tenir à distance et ne rien lui dévoiler de ma vie privée. Au risque que l’ensemble de l’île soit mise au fait de mes goûts et de mes pensées.

Ambre se racla la gorge puis, sans filtre, relata l’intégralité de son entrevue y compris la fâcheuse posture dans laquelle elle s’était retrouvée face à ce pervers d’Isaac de Malherbes, flanqué de ses deux acolytes. Le garçon l’écouta avec intérêt, le visage fermé sous la concentration, hochant parfois la tête.

— Je ne suis pas surpris qu’elle t’attire dans ses filets pour entrer dans mes bonnes grâces ! constata-t-il quand son récit fut achevé. Rien ne t’empêche de la côtoyer si jamais tu en éprouves l’envie. Après tout, ce n’est pas une mauvaise personne et, bien qu’intéressée, sa proposition semble toutefois sincère. Je pense qu’elle se sent seule, qu’elle s’ennuie et qu’elle a besoin de trouver quelqu’un auprès de qui se confesser sans la crainte d’être critiquée ou trahie.

La jeune femme fit la moue.

— Je ne sais pas trop quoi en penser à vrai dire. J’ai peur que la fascination que Charles me voue n’ait altéré son jugement à mon égard. Et puis… je ne suis loin d’être aussi cultivée qu’elle, je ne connais pas grand-chose aux mœurs de la haute. Je ne serais jamais d’une grande aide si elle éprouvait le besoin d’être conseillée ou rassurée.

— C’est peut-être ce qu’elle recherche, justement, la simplicité et la complicité auprès d’une personne extérieure à son milieu. Afin qu’elle puisse se confier sans la crainte d’être éternellement jugée.

— Donc, tu ne vois aucun inconvénient à ce que je la côtoie ?

Anselme ricana et la toisa, les yeux plissés en demi-lune.

— Ambre ! Jamais je ne me permettrais de t’interdire de fréquenter qui que ce soit, surtout si tu en ressens l’envie ou la nécessité ! Y compris s’il s’agissait d’une personne que je n’apprécie pas le moins du monde. Tu es une femme libre, indépendante et presque adulte, tu n’as besoin ni de mon chaperonnage ni de mon consentement !

Rassurée et quelque peu émue par sa réponse, Ambre sourit.

— En parlant de chaperon, je présume que tu seras au manoir von Hauzen pour les festivités de ce soir.

— En effet ! Je ne suis pas particulièrement enthousiaste devant cette perspective mais je me dois d’y aller ne serait-ce que pour écouter le discours du maire. J’en profiterais pour alpaguer Isaac ou Théodore et leur cracher le fond de ma pensée ! Ils n’ont pas le droit de te tourmenter de la sorte et encore moins de proférer de telles menaces à l’encontre de ta petite sœur ! Même si cela reste de l’intimidation sans réelle intention de passer à l’acte.

Tendu, il avait spontanément serré les poings et contracté la mâchoire. D’ordinaire si équanime, son emportement déstabilisa la jeune femme qui trouvait ses motivations louables, la rassurant intérieurement d’être ainsi soutenue.

— Ne te mets pas en fâcheuse posture pour autant ! ne put-elle s’empêcher de répliquer. Je sais me défendre également. Et si malheur devait m’arriver, je suis persuadée que Beyrus serait ravi de remettre ces mufles à leur place ! Voire même de se laisser enivrer par la colère et de les réduire en charpie à l’aide de son hachoir pour ensuite les cuisiner en tourte ou en ragoût !

Loin d’amuser son interlocuteur, son raisonnement arracha un frisson d’effroi à Anselme. D’autant qu’il fit rejaillir en sa mémoire les souvenirs douloureux de son père agonisant dans une mare écarlate. Les larmes assaillirent ses rétines et il se rembrunit. L’influence, même ténue, de l’alcool l’empêchait de modérer ses émotions, les exacerbant au contraire. Après avoir compris son erreur, Ambre pâlit outrageusement et s’excusa d’une voix tremblante, jurant contre sa négligence. Le garçon lui tapota le poignet pour lui signifier qu’elle n’avait pas à s’inquiéter. En retour, ne sachant comment réagir face à sa mine chagrine, Ambre l’enlaça, enfouissant sa tête contre son cou. D’un geste maladroit, Anselme la captura entre ses bras et la pressa tout contre son être.

Ils conservèrent cette posture l’espace d’un temps qui semblait suspendu, en dehors de toute réalité, bercés par leur respiration mutuelle et la caresse chaleureuse de leur souffle. Le nez plongé contre la nuque de son ami, Ambre ne percevait rien d’autre que son parfum de bleuet assaisonné d’une pointe de savon et de lessive. Focalisée sur son odorat, les bruits de l’animation alentour lui paraissaient évanescents. L’enchantement fut brisé lorsqu’une chose humide effleura la main de la noréenne qui sursauta et se libéra de son étreinte. Le baronnet fut tout autant surpris et baissa la tête pour admirer l’intruse qui venait de les rejoindre.

Il s’agissait de l’immense levrette qui accompagnait d’ordinaire le baron dans ses déplacements. Sémillante, la bête laissait pendre sa langue rose et fouettait l’air de sa queue touffue, les oreilles dressées vers l’avant. Anselme passa une main dans ses longs poils soyeux et invita son amie à l’imiter. Ambre éprouva une certaine réticence à cajoler un chien, son instinct de félin cataloguant cette espèce comme une menace pour sa sécurité, d’autant que celui-ci se révélait imposant malgré la maigreur propre à sa race. Elle avança fébrilement sa paume pour venir la poser sur le crâne de l’animal qui jappa puis s’allongea sur le dos et lui présenta son flanc à dessein de recueillir davantage de gratifications.

— Comment vas-tu Désirée ? demanda Anselme en s’adressant directement au canidé. Je présume que père est à ma recherche et qu’il se sert de ton flair hors pair pour le guider ?

— Voilà une bien belle perspicacité, mon garçon ! s’exclama une voix grave en réponse à sa déduction. Une chance qu’elle soit venue m’accompagner sinon je n’aurais jamais pu te retrouver par mes soins dans cette fourmilière ! Je n’avais pas imaginé que vous vous seriez terrés si loin et bouderiez les festivités !

Les deux jeunes levèrent la tête de concert et aperçurent le baron von Tassle en personne qui, à quelques pas seulement, se tenait droit et les mirait de haut. Ils se redressèrent prestement, imités par la chienne. Galant, Anselme fit les présentations :

— Père, permettez-moi de vous présenter AmbreChatte viverrine, mon amie d’enfance. Ambre, je te présente mon beau-père, le baron Alexander von Tassle.

Ambre s’inclina avec respect. En retour, l’éminence esquissa un salut poli de la tête et s’avança vers eux. Alors qu’il s’approchait, la noréenne frissonna. Ses yeux s’écarquillèrent et les battements de son cœur accélérèrent dangereusement lorsqu’elle reconnut le fameux cavalier étourdi. À la vitesse de l’éclair, la scène de l’autre nuit défila en son esprit. Elle se souvint de lui avoir parlé de manière si abrupte et avait même commis l’affront de l’insulter. Sans parler de la proximité physique qui s’était instaurée entre eux l’espace d’une poignée de minutes et dont elle avait grandement fantasmé par la suite dans l’ombre de ses draps. Devant cette brutale prise de conscience, ses membres tressaillirent et elle crut défaillir.

Une fois arrivé à sa portée, l’homme prit sa main et y déposa un chaste baiser. Fébrile, Ambre manqua de rougir à cette inclination fort peu commune, héritage de la noblesse tombé en désuétude. Elle s’échinait à demeurer de marbre et soutint ses yeux café bordés de pattes d’oies qui, conjugués à son léger rictus, trahissaient un amusement contenu. De toute évidence, le baron l’avait lui aussi reconnue mais s’efforçait de n’en laisser rien paraître devant son fils adoptif. La situation était si incongrue qu’elle en devenait tristement comique.

— Je suis honoré de faire enfin votre connaissance, mademoiselle ! dit-il d’une voix empreinte de suavité. Anselme m’a grandement parlé de vous ces derniers jours. Je suis ravi que mon garçon daigne quitter sa solitude et s’ouvre aux délices du monde extérieur. En particulier pour partager son temps auprès d’une damoiselle de son âge non dénuée de charme et dont le tempérament, ardent m’a-t-on dit, semble avoir sur son moral un effet plus que bénéfique !

Toujours hébétée, Ambre ne parvint pas à décrocher le moindre son et se contenta de hocher mécaniquement la tête. Une bouffée de chaleur l’envahit, anesthésiant ses muscles au même rythme que ses réflexions. De plus, sous la clarté du jour, elle pouvait étudier plus en détail les traits de son noble interlocuteur dont le visage glabre se révélait tout à fait harmonieux, moins renfrogné que lors de leur rencontre sous les chapes brumeuses, empli d’une prestance naturelle que soulignaient les caprices de la trentaine.

Ma parole, il est encore plus séduisant que dans mes souvenirs ! Je comprends mieux les éloges des femmes à son sujet ! songea-t-elle, le souffle haletant et les pensées éthérées.

Voyant qu’il ne la laissait pas indifférente, l’homme s’amusa à la décontenancer :

— On ne vous a jamais dit, mademoiselle, qu’il était bien malaisant de dévisager ainsi les gens ?

Ambre devint livide face à ses propos qu’elle se souvenait avoir prononcés à son égard. Sa pique ayant fait mouche, le baron la gratifia d’un sourire satisfait.

— Pardonnez-moi, monsieur, rétorqua-t-elle avec un parlé châtié maladroit. Ma journée a été éprouvante. Par ailleurs, je n’ai guère l’habitude de côtoyer une éminence de votre qualité et ne sais réellement comment me comporter. Veuillez m’excuser si mes agissements vous paraissent déplacés.

— Vous m’en voyez autant flatté que navré. Je vous aurais volontiers invitée à boire un verre pour bavarder en votre charmante compagnie, cependant le devoir nous appelle, mademoiselle. Il est bien tard et nous sommes conviés au manoir von Hauzen pour entamer les festivités. Comme vous vous en doutez, nous ne pouvons nous permettre un retard, cela serait fort irrespectueux.

Il jeta un regard en direction de son fils adoptif qui, déçu de quitter son amie pour affronter la faune mondaine, acquiesça gravement, contraint par ses obligations. Satisfait, le baron posa à nouveau ses yeux sur elle.

— Le destin ne semble guère enclin à nous autoriser à faire plus ample connaissance mais j’ose espérer avoir le plaisir de vous revoir prochainement. Sachez que mon manoir vous est ouvert si, à l’avenir, mon fils désire vous y convier. Votre cadette est également invitée, cela va sans dire.

Ambre, qui ne savait quoi répondre, se contenta de hocher la tête. Une fois qu’elle eut salué le baron, Anselme saisit pudiquement sa main et la pressa tendrement entre les siennes.

— Je viendrai te voir à la taverne lundi soir ! promit-il avant de suivre son beau-père, talonné par la chienne Désirée.

Dès qu’ils furent éclipsés, Ambre se sentit défaillir et s’effondra un instant sur le banc à dessein de reprendre ses esprits. Un mal de crâne l’écrasait et ses pensées chaviraient. Aussi mous que du coton, ses muscles paraissaient anesthésiés, parés à se dérober sous son poids au moindre mouvement brusque. La journée avait été riche en émotions et la noréenne parvenait difficilement à remettre de l’ordre dans ses idées, tous les événements se chevauchaient sans aucune cohérence. Pour se ressaisir, elle ferma les yeux, redressa la tête et inspira une grande bouffée d’air chaud.

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