Tour des Mondes

Tour des Mondes – Chapitre 424

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Chapitre 424 : Un jeu d’enfant

Eguzkia me regarde froidement, immobile. Il n’y a qu’une simple brise pour agiter ses cheveux dans le vent. Son regard ne montre pas de changement, même après m’avoir vu détruire sa maison et ridiculiser son armée. Peut-être qu’il me suffira de simplement la blesser, elle, pour obtenir une réaction satisfaisante. Sans détourner son regard de moi, elle lance un ordre.

« Phagéens. Évolution. »

Autour de moi et dès qu’elle a fini de parler, les Phagéens se mettent au garde-à-vous alors qu’un écran magique apparaît devant eux. Les images dessus défilent bien trop vite pour que j’aie la moindre idée de ce qu’ils regardent. Je suis assez curieux, mais sachant que je suis toujours énervé par cette folle, je décide de faire une petite expérience.
Je m’approche du Phagéen le plus proche que je découpe d’un mouvement sec du shashka.

Il est resté immobile et n’a même pas essayé de se défendre de l’attaque. C’est le moment où apparaît à côté de moi Viviane.

— Nomad ! Tu –
— Sigu. Parle.
— Tue-les ! Vite ! Ils apprennent à se battre contre toi ! Ils font des simulations de combat ! Chaque seconde, c’est dix batailles supplémentaires qu’ils partagent les uns avec les autres ! Pour dix soldats, c’est cent combats contre toi ! Tue-les pour les ralentir !
— Amusant que des êtres aussi lents puissent être aussi rapides pour apprendre. Je ne pense pas qu’ils puissent trouver une solution à mon existence puisqu’il n’y a rien de comparable, mais je n’ai pas besoin d’une excuse pour les tuer.

Sans réfléchir, je commence à découper les Phagéens tout autour de moi qui n’offrent aucune résistance alors que je coupe des têtes et des corps. C’est une danse macabre assez triste, mais ça me détend de répandre le sang. Ils ont choisi de ne plus se défendre et s’ils agissent ainsi, c’est que de faire mourir quelques Phagéens est d’après eux statistiquement viable comme solution pour gagner ce combat. Ridicule, et d’un ennui… Je me bats contre un ordinateur dont la capacité de calculs ne dépend que du nombre d’ennemis. Alors que je passe de l’un à l’autre et qu’ils sont plus d’une vingtaine à tomber sous mon croc, je me rends compte que je n’arriverai pas à tous les tuer. Certains sont inatteignables dans les airs et flottent sur leur bouclier… De toute façon, d’autres sont probablement à proximité d’ici, et s’ils sont aussi nombreux que lors de l’attaque dans le quartier commercial, vouloir tous les tuer rapidement est impossible.

Dans ce cas, il ne me reste plus qu’à attaquer Eguzkia. Je voulais lui prouver l’inefficacité de ses soldats, mais ils le sont déjà ! Autant en finir.

En retenant un bâillement, je me jette dans les airs en préparant un coup de croc. Même si son armure est en ibex, sa tête reste sans casque. Il me suffit de planter mon arme dans son crâne pour en finir. C’est triste, je n’aurais pas eu la réaction que je voulais finalement. Voir son visage se déformer alors qu’elle comprend qu’elle n’a aucune chance m’aurait tellement plu. Ce n’est pas grave. Voir sa tête se fendre en – Ghg ?!

Avant que mon épée ne puisse l’atteindre, je me retrouve projeté en arrière. En regardant rapidement mon corps, je peux voir une chaîne noire enroulée autour de mon bassin. Sans pouvoir réagir, je suis jeté violemment contre un arbre. Le choc est violent, mais mon corps est bien assez flexible pour que je m’enroule autour du tronc et évite de me blesser. Il me suffit d’utiliser la vitesse pour tourner autour de l’arbre au lieu de le frapper de plein fouet.

La chaîne noire file à nouveau dans les airs et j’esquive un boulet qui brise en deux l’arbre dont je saute rapidement. Le boulet repart dans les airs et je suis rapidement du regard la chaîne, qui fait plusieurs dizaines de mètres, pour voir à qui elle appartient.

« Oh ? »

Sortant d’un des champs de ce qui ressemble à du blé, un homme en armure d’ibex s’avance dans ma direction. La chaîne tourne au-dessus de sa tête en formant une spirale. Cela me rappelle vaguement les rubans sur terre en gymnastique, mais cela ne devrait pas être possible avec une chaîne de ce genre. Elle est bien trop épaisse pour cela. Enfin… pour un humain normal.

Ce type qui sort du champ… Il a le même regard et la même posture que les monstres chasseurs que Nomad a croisés dans la forêt. Je n’ai pas pu faire connaissance avec eux
puisque pour Nomad, ils étaient bien trop terrifiants pour qu’une fusion en Sigu soit possible, mais ce n’est pas un problème actuellement. Je ne compte pas m’enfuir alors que cela commence à finalement devenir amusant.
Si j’en crois ce que m’a dit Eguzkia, il s’agit d’un Marchogion. Un des rares soldats d’élite de Jéricho. Ce type est probablement une plaie à affronter, mais il est seul. Et s’il est humanoïde à cent pour cent, je n’ai pas autant à m’en faire pour ce qui est des surprises.

— Hey, la télé vivante.
— … Il s’agit probablement de moi… ?
— Trouve-moi une musique convenable pour botter des culs.

Je fais craquer ma nuque en souriant. Quel que soit le choix musical de Viviane, je m’en moque. Ce serait trop ennuyeux de n’avoir droit qu’au bruit du vent quand je me sens d’humeur à jouer avec ma proie. La chaîne voltige dans les airs et le boulet fonce en direction de ma tête.
Je craque ma nuque à nouveau pour esquiver son attaque en souriant. Quelle que soit la force de ce type, je compte bien prendre une sorte de revanche contre lui pour ce que Nomad a subi dans la forêt.

La chaîne continue son chemin en filant à côté de ma tête et je l’attrape d’une main. Contrairement à mes attentes, je suis incapable de l’arrêter. À la place, mon corps se retrouve à suivre le boulet d’ibex en décollant du sol. Rapidement, je me trouve à filer dans les airs au-dessus de la ferme. Mes cheveux battent dans le vent alors que je n’entends plus rien à cause de la vitesse. Je ne sais pas à quelle vitesse je file dans les airs, mais la sensation est grisante. C’est suffisant pour que je me mette à rire sans être capable de m’entendre. D’un mouvement de balancier, je me retrouve debout sur la chaîne à surfer dans les airs. C’est bien plus amusant que les flotteurs magiques, mais c’est un peu comme une sorte de manège à ce niveau. Le boulet me frôle à nouveau et je l’ignore en me baissant un peu. Ce type a une force et une précision folle pour réussir à faire des choses pareilles. Il n’a juste pas pu me prendre en compte quand il a appris à utiliser cette technique. Si j’en ai l’occasion, je le remercierai pour ça, c’est bien plus amusant qu’une bataille à l’épée, à la hache, ou une autre arme du même genre.

En changeant de tactique, la chaîne forme une spirale dans les airs qui rétrécit graduellement, comme une sorte de mixeur avec une multitude d’anneaux. La chaîne en elle-même n’est pas coupante, mais elle reste en ibex. Je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée de ne rien faire alors que je me rapproche graduellement du bas de la spirale. Je passe d’un bout de chaîne à l’autre en sautant pour remonter la spirale. Malheureusement, cela ne me donne que l’impression de faire du surplace à cause de la vitesse à laquelle la chaîne avance. C’est bien sûr là que le boulet revient me voir pour essayer de me broyer des os. C’est inutile, bien sûr. Je me contente de l’attraper en sautant dessus pour repartir dans l’autre sens.

Là par contre, c’est bien plus amusant ! Le Marchogion semble avoir décidé de changer rapidement la direction de sa chaîne pour essayer de me désarçonner. À coup de virage serré allant dans tous les sens, il semble vouloir me faire lâcher son arme. J’ai juste l’impression de me retrouver sur un taureau et… c’est assez amusant pour que je n’aie pas envie de lâcher. S’il compte me tuer, il s’y prend mal.
Bien sûr, la partie Nomad à l’intérieur de moi comprend facilement ce qu’une arme pareille pourrait faire contre un régiment de soldat ou contre des forteresses, mais je n’en ai rien à faire, personnellement.

Je regarde rapidement le petit homme en armure noire pour voir ce qu’il en pense, mais son visage reste impassible. Même l’autre folle d’Eguzkia se contente de me regarder. Vraiment ? Les fous rires n’étaient pas suffisants pour vous irriter un peu ? Il faut faire quoi pour énerver des fous ? Faire des maths ? Dire des paradoxes ? Raconter des blagues peut-être ! Est-ce que je dois couper Elfil à la base du tronc pour finalement avoir une réaction ?

Le Marchogion change encore une fois de stratégie et vise le sol avec le boulet. J’ai bien l’impression que c’est le moment de descendre avant de me briser quelque chose. Nomad ne serait pas content après tout.
D’un simple bond, j’atterris au sol à une dizaine de mètres de mon adversaire. Je commence à marcher dans sa direction. La chaîne continue son mouvement alors qu’il multiplie les siens. Ses bras vont à une vitesse assez effrayante, mais pour un surhomme, c’est à peu près normal.
À nouveau, il change de stratégie. Sans sortir le boulet du sol derrière moi, il s’en sert comme d’une ancre et la chaîne, qui ressemble toujours à une sorte de lame de tronçonneuse, avance dans ma direction. Je me contente d’esquiver d’un petit bond en baissant la tête pour éviter une autre chaîne venant de l’autre côté. Les attaques se multiplient en venant de différentes directions. J’ai l’impression qu’il n’a toujours pas compris. C’est très ingénieux de sa part, tout ça. Je le pense vraiment. Mais après le manège, le mixeur et le taureau…

… maintenant, je joue à la corde à sauter.

« Un deux, j’te couperai en deux… »
« Trois, quatre, tu n’arriveras jamais à me battre… »
« Cinq, six, je suis ton Némésis… »
« Sept, huit, je te fais la nique. »
« Neuf, dix, j’espère que tu es attentif, le novice… »

En le regardant droit dans les yeux, j’arrête de taper dans mes mains en rythme en évitant ses attaques et je marche dans sa direction.

« Parce que je commence à en avoir marre de jouer avec toi et tes jeux d’abrutis ! Tu le fais exprès ?! Même une petite fille serait capable d’esquiver ça !! »

L’espace d’un instant, je peux voir un tremblement nerveux sur le coin de ses lèvres. Même son regard impassible commence à briller d’une lueur intéressante. Comme si j’allais te laisser t’en tirer avec une si petite réaction.

« Tu as quoi ? Cent mille ans ? Ce corps a même pas trente ans. Ça te fait quoi de savoir qu’un bébé esquive tes attaques ? »
« … »
« Les fameux Marchogions. Ils sont là pour attendre que leur adversaire meure de vieillesse… Tu veux peut-être attendre que les Phagéens aient fini leur évolution pour s’occuper de moi ?! Non, attends, on va demander à maman Eguzkia d’envoyer quelqu’un d’autre. Hey, la vieille, ton Marchogion est cassé ! Envoie un remplaçant ! »
« … GRAAAAH !! »

Oh. Il semble que j’ai touché une corde sensible. Le Marchogion arrête même ses attaques en me fixant après avoir pris la parole. Cependant, ce n’est pas moi le plus surpris. Viviane a coupé la musique et semble complètement figée dans les airs où elle vient de se matérialiser pour l’occasion. Son visage exprime le choc en montrant une mâchoire largement déboîtée. Pour ce qui est de Eguzkia… Pf… AHAHAHAHA. J’ai jamais vu une grimace pareille ! Elle vient de doubler son âge et ressemble maintenant à une grand-mère ! Moi qui voulais dérider quelqu’un, j’ai fait tout le contraire !

Enfin… Je n’ai pas fini. Comme si j’allais le laisser tranquille après une si petite réponse.

« Toi, tu la fermes le bleu. Quand on se bat comme une fillette qui a cent ans, on n’a pas son mot à dire. Dire que tu es juste là pour gagner du temps pour les autres robots… Si tu es vraiment un Marchogion, tu ferais mieux d’abandonner. Ça vous évitera au moins de tous passer pour des clowns. Remarque, c’est peut-être mieux que de passer pour des tarés ? »

Cette fois-ci, je peux voir de la colère sur son visage… et j’en éprouve une grande satisfaction.

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Correction : Hastin



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