Tour des Mondes

Tour des Mondes – Chapitre 423

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Chapitre 423 : Je ne suis qu’un touriste

Je peux sentir le désespoir se dégager de Viviane alors qu’elle comprend la situation.

— Je ne savais pas… Je… Non !
— Calme-toi. On en parlera plus tard. Le plus important maintenant est de survivre à la situation.
— Comment est-ce que c’est possible ?! Comment… un piège… non… !
— Viviane, tu ne me croyais pas, mais les situations désastreuses sont notre quotidien à mes animaux et moi… Je ne vais pas pouvoir protéger Lud pendant quelque temps, je te laisse t’en occuper. Aide-moi sans me gêner pendant que je m’occupe de la grande méchante en face de nous.

Sans trop de difficulté, l’esprit de Juliette se rapproche du mien. Je ressens plus d’irritation et de colère que l’envie de m’enfuir, donc c’est assez naturellement que Juliette a pris les devants pour commencer une fusion. Après tout, elle vient clairement de m’insulter et de me menacer de mort alors que j’étais extrêmement poli. C’est suffisant pour m’irriter. Il n’y a que quelques dizaines de Phagéens et une femme qui a perdu la raison. C’est assez peu pour me donner une chance de gagner et de jouer un peu avec ce qui sera la nourriture de Sigu.

Chatouiller la queue du serpent est toujours une mauvaise idée et il est temps pour la folle à la tête de cette ville de le comprendre.

Je fais un pas dans sa direction.

« Que Votre Altesse le croie ou non, je ne suis qu’un simple touriste. Je me moque de ce qu’il se passe ici et de votre ville parfaite. »

Deuxième pas. L’esprit de Juliette approche du mien en me donnant l’impression de vouloir le mordre. C’est sans doute à cause de la colère que je commence à faire germer dans mon esprit et qu’elle essaye d’amplifier.

« D’après ce que je comprends, la personne à l’origine de cette ville, toi, a délégué son travail à d’autres avant de les tuer une fois le travail fini. Et maintenant, je suis apparemment le seul à pouvoir rectifier la situation, mais je m’en moque. Je ne suis pas là pour imposer mes idées humaines de bien et de mal. Je suis juste un touriste qui n’est là que pour traverser cette ville. »

Troisième pas. L’esprit de Juliette touche finalement le mien et le mélange commence lentement. Je fais craquer ma nuque alors qu’une bouffée euphorique se répand dans mon corps. Les Phagéens encerclent complètement notre groupe et encadrent Eguzkia.

« Ce n’est pas de ma faute si ta ville “parfaite” explose sur mon passage. J’y suis aussi pour rien si ça t’énerve de me voir passer. Je ne comptais pas intervenir. Le moi d’il y a quelques semaines se serait juste dit que le plus simple serait probablement de partir en laissant cette ville moisir tranquillement.»

Quelques pas de plus, plus rapides que les précédents pour réduire la distance entre Eguzkia et moi tandis que l’esprit de Juliette se fond complètement dans le mien et que jaillit Sigu en englobant tout.

« Mais le moi actuel n’aime pas quand des types avec un ego surdimensionné cherchent à lui nuire. Alors, je ne vais probablement pas sauver Jéricho de son sort parce que je m’en moque, mais tu t’en es pris à la mauvaise personne.
Tu es sans doute la personne avec le plus de raison dans le coin, alors je vais te faire une confidence à mon propos… »

Dernier pas. Je ne suis maintenant plus qu’à un mètre du visage d’Eguzkia. Son visage est amusant maintenant que je le regarde de plus près. Elle n’a aucun doute qu’elle agit pour le bien de tous. Son visage demande à être frappé pour qu’elle comprenne qui elle a en face d’elle. Ma main me démange, mais quelques ajustements physiques sont encore nécessaires pour que je puisse me sentir plus libre. Je me penche un peu en avant pour lui parler. Les Phagéens à côté d’elle dressent leurs épées pour m’empêcher d’avancer plus.

« Tu n’as pas assez d’hommes pour m’empêcher de te mettre une raclée dont tu te souviendras pendant les millénaires à venir. »

Et maintenant que Sigu est là, il est temps de prouver ce que j’avance. Une cinquantaine de Phagéens ? C’est juste assez pour un bon échauffement. Je me garde cette tarée pour la fin.

Je dresse l’épée qui me servira de croc en faisant un pas en arrière. Évitons de céder trop facilement à la tentation de l’étriper dès maintenant. Quoi qu’elle me jette au visage, cela ne fait aucun doute qu’elle le regrettera.

« Alors les gars ? Le grand méchant humain vous fait peur ?! »

Je dévisage mes adversaires en les invitant à venir se battre. Les Phagéens s’approchent alors que, d’un mouvement sec, je décide de me déboîter le bras en préparation. Une rage froide me remplit… Probablement parce que les mangeurs de légumes du coin pensent avoir une chance contre moi. Probablement parce que Juliette a les crocs comme jamais et que je partage cette sensation. Cette ville l’a forcée trop longtemps à ne rien manger. La faim qu’elle a ressentie… je la ressens aussi à présent.

D’un mouvement de mon bras, le premier Phagéen se retrouve découpé en deux. Les autres n’hésitent alors plus à se jeter sur moi. Dansons.

Je saute dans les airs en activant les flotteurs magiques. Si Nomad a quelques soucis à se déplacer avec, Juliette a l’habitude de se déplacer dans des corps en allant dans toutes les directions sans que la gravité n’ait d’importance. Ce petit jouet est donc bien assez facile à contrôler pour moi.
Alors que je coupe la tête d’un nouveau Phagéen, les autres me suivent depuis les airs au-dessus de la ferme en utilisant leur bouclier comme flotteur. Ils se jettent sur moi en brandissant des épées que je découpe d’un simple mouvement du croc que je tiens. Je n’aime pas cette arme et sa forme, mais ils vont encore moins l’apprécier que moi. Les attaques viennent maintenant d’en haut et d’en bas, mais allez expliquer à des types dotés d’articulations aussi rigides qu’il est possible pour moi de me moquer de leurs attaques. Mes os se déboîtent sans difficulté pour fuir des lames qui pourraient m’embrocher. Leur surprise me laisse même une bonne seconde pour découper trois Phagéens de plus.

Eguzkia regarde les corps tombés à côté d’elle en silence, mais je compte bien m’arrêter quand je lirai de la peur sur son visage. En brisant l’encerclement dans les airs, j’approche de la barge de guerre qui flotte au-dessus de la maison. Quelques Phagéens tentent de m’arrêter depuis le pont, mais il me suffit de me laisser tomber en esquivant pour poser les pieds sur le pont en désactivant les flotteurs magiques sans problème. En me laissant glisser, je découpe les jambes. Quatre de moins. D’un coup sec du bras, je commence à découper le pont en deux. Les Phagéens dans les airs se jettent sur moi en me poursuivant, mais ils font des proies bien ridicules sans protection contre le shashka en ibex. Les trois premiers finissent en plusieurs morceaux alors que les autres essayent de m’attaquer à droite et à gauche. Je m’aplatis simplement au sol pour les laisser passer avant de me relever. Celui qui se croyait malin en tombant sur moi depuis le ciel gagne le droit de manger un coup de pied dans la tête qui brise sa nuque immédiatement dans un craquement sonore qui me fait frissonner de plaisir.

Je mets un nouveau coup d’épée dans le pont en esquivant un projectile magique qu’ils viennent de lancer avec leur bouclier. Derrière moi, le sol de la barge explose violemment à cause de mes attaques et projette des shrapnels de bois que je ne prends pas la peine d’esquiver. À la place, j’attrape un couteau de lancer que je jette sur le pilote. Le couteau s’enfonce dans son œil et il commence à tomber vers le sol.
Alors que les Phagéens montent sur la barge, je place deux nouveaux coups d’épée dans le pont. Elle n’est pas bien épaisse et il ne me faudra sans doute que quelques coups de plus pour en finir… à moins que…

Je plante l’arme dans le bois sans difficulté.

« Viviane, soit un amour et vise le chalet. »

Je n’attends pas de réponse et je m’en moque si elle en formule une. J’approche le premier Phagéen en m’armant d’une dague. Il a des yeux bleus magnifiques que je peux voir à travers la visière de son casque. En esquivant d’un pas sur le côté son attaque, j’y plante le poignard aussi loin que la lame me le permet. L’arme n’est pas en ibex et résiste un peu en touchant l’armure rouge, mais je retire mon arme avec satisfaction. Hmm ? Pas de hurlement de douleur ? Pas de geste inutile de la main en direction de son visage ? Il se contente de m’attaquer à nouveau ?

… Ils sont vraiment tous fous dans cette ville.

Maintenant que j’y pense, même ceux qui n’avaient plus de jambes cherchaient à m’attaquer en rampant. Ma lame reprend son chemin et pénètre l’autre œil intact. D’un coup d’épaule, je le fais tomber en direction de ses camarades qui l’attrapent. D’un coup de pied de plus, je jette le paquet de trois par-dessus bord. En me pliant en deux, j’esquive une autre attaque visant mon bassin, je réponds simplement en me jetant sur le fautif en enroulant mes jambes autour de sa tête. Les autres m’attaquent déjà, mais avant qu’il ne puisse m’atteindre, je brise la nuque de ma monture en contorsionnant un peu mes jambes. Comme un pantin dont les fils sont coupés, il tombe au sol, me permettant d’éviter trois attaques différentes.

Je glisse sur le sol, puis passe entre les jambes d’un Phagéen. Je me permets de glisser un coup de poignard pour couper les tendons derrière ses genoux.

Alors que je me redresse en étouffant un rire, j’esquive les attaques de ses deux camarades. Je peux voir une nuée de Phagéens dans le ciel au-dessus de ma tête. J’ai de quoi m’amuser.

Alors que je plante mon poignard dans la gorge d’un Phagéen de plus, la barge finit par se mettre en mouvement. Elle se pointe vers le chalet comme un missile et, cette fois-ci, je me mets complètement à rire. Le pont se renverse graduellement en entraînant les corps et les blessés vers le vide. Les quelques Phagéens restant encore dessus se mettent sur leur bouclier pour s’envoler et ne font que m’attaquer comme des moustiques.

Quelques morts plus tard, j’attrape finalement le shashka en le libérant du pont. Je me jette dans les airs sans même prendre la peine d’activer les flotteurs. Avec une telle nuée d’ennemis autour de moi, c’est autant de marches me permettant de retourner au sol devant le chalet.

La barge traverse la maison sans difficulté et la détruit. Les murs en bois grincent, puis cèdent facilement quand la barque capable de contenir une trentaine de personnes termine sa course à l’intérieur d’elle. Je suis assez triste de ne pas voir d’explosion, mais le résultat est plutôt agréable.

Si cette tarée d’Eguzkia n’aime pas le palais, alors ce chalet était ce qu’il y a de plus proche de la demeure royale dans le coin. Voir une demeure dans laquelle elle a vécu plusieurs dizaines de millénaires être détruite aussi facilement doit sans doute lui faire un petit pincement au cœur. Enfin, si elle en a un. Comme si j’en avais quelque chose à faire dans le fond.

Évitons de se mentir, je voulais juste voir une explosion et c’est décevant de ne pas en avoir eu une petite. Je devrais me contenter de savoir que la barge est maintenant installée dans son salon.

J’atterris dans la terre battue alors que les Phagéens qui me poursuivent font de même autour de moi. Ils sont toujours aussi nombreux et je ne vois pas même l’ombre d’une hésitation dans leur regard. J’ai déjà vu plus d’émotions dans le regard des Manges-Mots de Lishnul…

Cela ne fait rien. La personne que j’essaye d’inquiéter n’est autre qu’une elfe à la fois révolutionnaire et dictateur de Jéricho. C’est aussi la seule elfe approximativement normale qui pourrait comprendre que gagner contre moi implique de perdre énormément. Enfin, si je lui laisse une chance d’y arriver. Laissons la apprécier la situation pendant que je plante des Phagéens dans son jardin avec mon croc.

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Correction : Hastin



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