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Chapitre 425 : Langue de vipère
Le Marchogion semble incapable de réagir à ce que je viens de dire. Il cherche ses mots ou une façon de répondre, mais ne semble pas trouver de réponse qui lui convienne. Il n’essaye même plus de m’attaquer, ce qui en dit long sur son état mental. Il a juste pété un fusible, pour ainsi dire.
« Ton âme d’enfant n’a rien à faire ici. Tu n’es pas un soldat. »
Pour le clou du spectacle, je décide de ranger le shashka dans son étui avant de marcher vers lui. Il recule un peu en prenant peur comme un enfant, mais je ne m’arrête pas. J’approche suffisamment de lui pour le regarder droit dans les yeux sans qu’il ne puisse s’en détourner. Puis, je le gifle. C’est un geste simple qui retentit d’un claquement sonore qui résonne dans les alentours de la ferme. Son visage blême n’exprime que la surprise pendant quelques instants avant qu’il ne lève la main vers son visage pour se toucher la joue. Elle ne rougit pas malheureusement, mais en étant une sorte de super soldat, ce n’est pas étonnant.
« Cours. Cours chez toi, Marchogion. Tu n’as rien à faire dans un lieu de ce genre. »
En me regardant la bouche ouverte, il semble perdre toutes ses forces et tombe au sol. Je me détourne simplement de lui pour marcher en direction d’Eguzkia. Il ne reste plus rien pour la protéger. Le temps que les Phagéens fassent une mise à jour pour être capable de m’affronter… ce qui est probablement impossible de terminer à temps… j’en aurai probablement fini ici.
Pour l’instant… Je me contente d’être satisfait sans le montrer. J’ai réussi ! J’ai assassiné quelqu’un avec des mots ! Bon, même si j’ai dû le gifler pour en finir vraiment, j’ai reproduit l’exploit de la femme qui s’appelle « Mad ». Le côté serpent de ma personnalité ne comprend pas trop, mais le côté humain approuve totalement. Pas besoin d’être un génie pour se rendre compte que j’ai fait mieux que de tuer quelqu’un… Fufufufu… C’est tellement grisant… et probablement cool. J’adore mon existence.
Bien sûr, je reste calme à l’extérieur. Ce n’est pas le moment de briser l’illusion d’être vraiment méga forte, comme dirait une certaine souris. Je fais plusieurs pas dans la direction d’Eguzkia quand Viviane apparaît dans ma vision périphérique pour prendre la parole.
— C’était quoi ça ? Tu as fait parler un Marchogion et en plus tu l’as rendu incapable de se battre. J’ai du mal à croire que les humains puissent être aussi… impressionnants.
— Il n’y a pourtant rien d’étonnant, petite fée. Sigu est une machine à miracle. Cela dit, laisse-moi être clair sur un point, je t’apprécie de moins en moins. Cela fait plusieurs jours que Nomad te demande des informations et que tu décides d’en cacher, malgré le lien. Il n’a peut-être rien dit parce qu’il est gentil, mais ne t’attends pas à ce que je le sois. Maintenant, silence. Sigu et la reine des fous vont parler.
Et de deux. Vu le regard de Viviane, elle n’a plus rien à me dire. Elle semble s’en vouloir et c’est tant mieux. Que ce soit les Marchogions, les Phagéens ou le reste, elle n’a pas manqué d’occasions d’expliquer les dangers de cette ville. Pourtant, elle attend toujours que ce soit trop tard pour en parler. Elle a peur de révéler des informations confidentielles à une autre race, il faut croire. Je ne la pense pas suffisamment stupide pour encore croire que je ne vais pas attirer les problèmes.
Cela prouve sans doute qu’elle ne fait pas partie de la famille de Nomad. Elle sait pourtant être amusante quand elle veut avec ses illusions. Bah. Nomad résoudra ça d’une façon ou une autre.
Passons au plat principal. Je m’arrête à quelques mètres d’elle. J’ai bien envie de faire un trois sur trois. Je ne pourrais pas m’appeler une « langue de vipère » sinon. Il suffit juste de trouver une faille dans laquelle se glisser.
— C’est tout, grand-mère ? Ton armée est indisponible, ton Marchogion fait une dépression et toi… ce n’est pas une armure en ibex qui va te protéger de ce que je peux te faire. Tu n’as rien. D’ailleurs, je garde la poule. Tu ne la mérites pas.
— Ma mort n’impliquera pas la fin de ton tourment. Elle est aussi absurde que –
— Oui oui, j’ai déjà entendu tout ça quelque part. Je n’ai aucune chance, tu es trop forte, je suis stupide de croire que je vais gagner. Je connais.
— Impudent. Pendant des millénaires j’ai –
— Protéger, sauver, guider les elfes ? Tu es la reine d’une plantation où tes elfes sont des légumes. J’éviterais de me vanter à ta place. Le Mercus dont tu parlais a probablement plus de mérite que toi. Au moins, sa ville ne ressemblait pas à un potager.
— Tu oses !!!?
— À peu près tout ? Oui. Je pense avoir déjà répondu à cette question en me promenant dans Jéricho. Change de refrain… D’ailleurs, quelque chose cloche dans tes explications. Pas la partie où tu dis que tu es une erreur, ça, ça me va. Ce serait pas Mercus, le fondateur de la ville ? Il a construit la ville et ça m’étonnerait qu’il l’ait fait pour te faire plaisir. Et si… Eternia s’était servie de toi ? Et si elle avait mis de grandes idées dans ta tête comme quoi tu étais la raison d’existence de Jéricho et que la ville t’appartient ?
Aaaah ? C’était un coup dans le vide, mais il semble que j’ai touché quelque chose. Eguzkia semble perplexe. Avec la quantité de souvenirs qu’elle doit avoir depuis tout ce temps, ce doit être difficile de s’assurer que je ne dis pas n’importe quoi. Vu le comportement d’Eternia quand Nomad l’a croisée, ce n’est pas non plus impensable que cette garce puisse jouer avec l’esprit de son « apôtre ».
« Quand tu as tué Mercus, est-ce que son regard ne montrait pas de l’incompréhension ? Est-ce qu’il a eu l’air de se souvenir de toi ? »
Mon petit Sigu, tu es sans doute l’être le plus intelligent de cette petite famille. Faire un rapprochement entre l’expression faciale la plus souvent visible sur le visage de quelqu’un qui va mourir et jouer avec la stabilité mentale de quelqu’un de fou. Un coup de génie, rien que ça.
Il suffit que je la regarde trembler pour savoir qu’elle est perdue. Je dis peut-être vrai ou non, ça n’a pas d’importance. Si elle doute, j’ai gagné.
« Avoue que tu n’en sais rien… tu ne sais même plus. Tu es le jouet d’une déesse qui voulait Jéricho pour elle. Une ville parfaite et éternelle où tous ses habitants sont plongés dans la passivité. Une ville morte. »
Ma dernière phrase tombe sèchement dans les oreilles d’Eguzkia. Elle semble avoir un soubresaut en m’entendant. Je pense même voir des larmes sur son visage. Pitoyable. Être aussi certaine de sa bêtise pendant aussi longtemps n’a vraiment rien arrangé.
Je crache par terre devant elle. Et moi qui pensais que j’avais le grand méchant de fin devant moi. Ça m’énerve de me dire qu’ils sont tous aussi facilement influençables. À quoi ça sert de les affronter quand une insulte suffit à les briser mentalement ?
Je n’ai même plus envie de l’affronter. Rien que de la regarder me dégoûte. Un tas de vermines qui ne méritent même pas mon attention. Je m’approche d’elle alors qu’elle pleure et je lui mets un coup de tête. C’est suffisant pour qu’elle tombe par terre alors que son nez saigne avec abondance.
J’attrape le fil en ibex sur son bras et le lui retire, puis je le jette dans mon inventaire.
« La douleur te fera du bien. Elle te rappellera notre conversation. Remets tes chiens en cage et laisse-moi me promener tranquillement à partir de maintenant. Je n’hésiterai pas à t’asséner un coup de tête pour te remettre encore les idées en place. »
Je me retourne et je décide d’attraper l’arme du Marchogion pour faire la même chose. Cela prend plus de temps à cause de la taille de la chaîne, mais il vaut mieux que ce soit dans mon inventaire que dans le sien. Il n’a pas bougé non plus depuis tout à l’heure, mais ça me va. Je n’ai plus rien à dire.
« Viviane, ramène-moi les autres. On s’en va. »
Sur un côté un peu plus loin entre des Phagéens encore en vie, je peux voir un buisson qui disparaît graduellement. Lud apparaît en tenant la poule dans ses bras et je lui fais signe de me suivre. La fusion disparaît lentement puisque je n’ai plus envie de me battre. Je suis assez content d’avoir brisé mentalement cette vieille folle, mais d’un autre côté, c’est frustrant qu’elle n’ait pas juste balayé ce que j’ai dit d’un revers de la main. La traiter de garce aurait dû l’énerver et la pousser à faire des erreurs pendant un combat, pas la rendre incapable de se battre à cause d’une crise existentielle. Tch.
… Je crois que le pire dans tout ça, c’est que je n’ai même pas eu de clé. La tour a probablement un autre plan pour Nomad et sa quête. Quelle perte de temps.
Nomad n’est pas plus fort, donc il y a sans doute d’autres choses à faire. Les armes en ibex en plus de Viviane sont un bon début, mais il faudra plus que ça pour libérer les autres.
Alors que j’approche de la voie de voyage rapide, je me demande si je fais bien de laisser Eguzkia en vie… Nah. Si j’avais peur d’elle, peut-être. Mais s’il suffit de lui dire qu’elle est méchante pour qu’elle s’effondre, je n’ai rien à craindre.
Passons à la suite. Jéricho est vaste.
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Correction : Hastin
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