Au deuxième étage du temple du Dieu Maléfique, un groupe de six personnes se rassemblent devant la porte d’une certaine salle, et à bien des égards, leur présence ici semble presque déplacée.
(Ndt : Djio.)
« Euh, est-ce que c’est bien ici ? »
(Ndt : Aaku.)
« Oui, c’est bien là. D’après les paroles de la sainte déesse, je pense que c’est le bon endroit. »
(Ndt : Widdy.)
« Mais encore une fois, pourquoi la Sainte Déesse nous dirait-elle de nous rendre au temple du Dieu Maléfique ? »
(Ndt : Frey.)
« Je ne sais pas. Mais si Aaku dit qu’il en a besoin pour récupérer l’épée sacrée, nous ne pouvons pas ne pas venir. »
(Ndt : Lionel.)
« Je dois aussi récupérer la Sainte Lance. »
(Ndt : Orleine.)
« Moi aussi. Je ne peux rien y faire si l’on commence à dire que je ne mérite pas le titre d’héroïne, si je n’ai même pas l’arc sacré à portée de main. »
Le rassemblement compte six personnes : Lionel, le héros de la sainte lance, Orleine, l’héroïne à l’arc sacré, ainsi qu’Aaku, le héros de l’épée sacrée et son groupe.
Cependant, ces titres apparaissent quelque peu faux, leur arme respective leur ayant été dérobée lors de l’échec de la conquête du donjon du ‘Sanctuaire du Dieu Maléfique’.
Ces reliques bénies par la Déesse de la Lumière Sophia, des symboles de bravoure, ainsi qu’une source de puissance, choisissent elles-mêmes leur maître. Être reconnu par elles revient indirectement à recevoir le statut de héros de la Déesse Sophia.
Aaku, Lionel et Orleine ont obtenu leur titre de Héros de cette manière. Par conséquent, comme le souligne Orleine, un Héros ne peut prétendre à ce titre sans disposer de son arme sacrée, et la perdre représente une faute grave et indéfendable face aux reproches.
« Il ne revient pas même si je l’appelle… Que se passe-t-il avec l’arc sacré en ce moment ? »
« En effet, elles devraient normalement revenir immédiatement si on les appelle. »
Orleine, qui semble anxieuse, reçoit le soutien de Lionel, un jeune homme aux cheveux bleus. Puisque les armes sacrées choisissent leur propriétaire, personne d’autre ne peut les manipuler, et même si elles ne sont pas à portée, elles reviennent dès que leur propriétaire les réclame.
Sachant cela, les héros, ayant repris conscience suite à leur échec de la conquête du donjon et constatant la disparition de leurs armes sacrées, tentèrent à plusieurs reprises de les récupérer, mais elles ne sont jamais revenues.
Orleine, par exemple, n’a cessé d’appeler son arc, les yeux pleins de larmes en secouant ses cheveux mauves pâles en vain, jusqu’à ce qu’Aaku et les autres la soutiennent.
« Je suis sûr que tout ira bien. La Sainte Déesse m’a dit qu’en venant ici, je pourrai récupérer l’épée sacrée. Si tel est le cas, vos armes aussi devraient être en sécurité. »
« Je l’espère… »
Le jeune homme blond, Aaku, tente de la rassurer, mais visiblement encore anxieuse, Orleine continue de garder les yeux baissés.
À l’origine, la jeune fille timide avait dû faire preuve de détermination, pour accomplir sa mission d’héroïne après avoir été choisie par l’arc sacré. Maintenant, la perte de cet objet devenu essentiel a sans doute fragilisé la force de caractère qu’elle affichait auparavant.
« Ne vous inquiétez pas. L’épée sacrée, la lance sainte et l’arc sacré ne sont pas abîmés. »
La voix retentit derrière Aaku et ses amis. Surpris, ils se retournent brusquement alors qu’ils s’attendaient à ce qu’une personne sorte de la pièce qui leur faisait face. Là, se tient une jeune fille aux cheveux noirs vêtue d’une robe sombre ornée de roses décoratives.
Dès qu’ils croisent son regard ténébreux, un frisson parcourt les membres du groupe. Le sang bouillonne dans leurs veines, les poils se dressent sur tout leur corps, les gorges se dessèchent, tandis que les dents claquent, les bras et les jambes tremblent d’eux-mêmes, déconnectés de leur conscience, et une sueur froide se répand comme s’ils en prenaient enfin conscience.
Ils ne peuvent pas gagner… même en ayant l’épée sacrée à portée de main, ils ne l’emporteraient jamais contre cette fille.
L’ennemi le plus puissant qu’ils aient jamais rencontré était l’Imperial Death, qui réside au 30ème étage du donjon, bien en dessous de l’endroit où ils se trouvent actuellement. Mais le désespoir qu’ils ressentent face à la puissance écrasante de la jeune fille devant eux dépasse de loin celui de leur ancien adversaire.
Leurs instincts, leur esprit et leur raison … tout leur crie de se soumettre à la peur, et leur cœur soi-disant pur et indomptable se retrouve instantanément écrasé. Cela ne traduit pas pour autant un manque de courage, une personne ordinaire se serait déjà enfuie à l’instant même de croiser son regard. Le simple fait qu’ils puissent rester sur place témoigne de leur force.
Néanmoins, incapables de résister, ils adoptent sans attendre une posture particulière : leurs deux genoux, leurs deux paumes et leur tête sur le sol, le plus grand geste de soumission qu’évoquent les légendes de héros : le dogeza.
« ……Oh, désolée. »
Dernièrement, la jeune fille avait presque oublié l’existence de son regard maléfique, car les gens autour d’elle semblaient s’habituer à l’éviter habilement. Cependant, devant ce spectacle de prosternation qui se déroulait devant elle, elle ne peut retenir un murmure involontaire.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
Anelie, la jeune fille aux cheveux noirs, leur demanda de se lever tout en détournant les yeux pour éviter qu’ils ne croisent les siens, mettant en garde le groupe au sujet des effets de sa compétence.
Ce ne fut qu’après un certain temps qu’Aaku et les autres purent enfin converser normalement avec elle. Lorsque Anelie leur révéla sa parenté avec la Déesse Maléfique, il y eut un instant de tension, mais après qu’elle leur ait montré sa carte d’aventurier, confirmant qu’elle était bien humaine, Aaku et les autres ne posèrent plus de questions.
En temps normal, connaître son affiliation avec le Dieu Maléfique serait une affaire que les héros ne pourraient ignorer, mais étant donné qu’il s’agit d’une personne rencontrée à l’endroit indiqué par la Déesse de la Lumière, ils n’osèrent pas agir inconsidérément.
D’autant plus que la révélation qu’Anelie venait de leur faire relégua aussitôt leurs inquiétudes au second plan.
« Alors, l’épée sacrée est maintenant en votre possession !? »
« La Sainte Lance aussi !? »
« Et l’arc sacré également ?! »
Le groupe des héros ne peut s’empêcher de pousser des exclamations lorsqu’Anelie leur révèle l’emplacement de leurs armes sacrées.
« S’il vous plaît, rendez-la moi ! »
Aaku saisit les mains d’Anelie et la supplie désespérément. Normalement, dans cette situation, ils se regarderaient droit dans les yeux, mais comme ils s’évertuent tous les deux à éviter le regard l’un de l’autre, cela donne une scène assez amusante pour un observateur extérieur.
Bien qu’Orleine soit celle qui semblait la plus effondrée d’avoir perdu son objet sacré, au fond de lui, Aaku devait être probablement encore bien plus anxieux. Contrairement à Orleine et Lionel qui travaillent en solo, Aaku combat au sein d’un groupe. Là où pour les deux autres Héros cela reste un problème personnel, il s’agit pour lui d’un fardeau qu’il impose au reste de son équipe.
« Vous pourrez les récupérer, mais avec des conditions. »
« Hé, qu’est-ce que tu veux dire par ‘conditions’ ?! »
Djio exprime son mécontentement face à l’annonce d’Anelie. Pour lui, il semble inconcevable qu’une personne puisse refuser de coopérer avec eux. La mission des héros consistant à protéger les humains, il serait logique que chacun leur accordent spontanément une aide pleine et entière.
Cependant, Anelie ne se sent nullement concernée par ce principe de soutien aux héros.
« … Dites-le moi. Tout ce que je peux faire, je le ferai ! »
« …… Moi aussi ! »
« Eh bien, je suppose que je vais me résigner aussi. Vas-y, dit-le. »
Avec des expressions résolues sur leurs visages, les trois héros se préparent mentalement, quand Anelie annonce en quelques mots les conditions de restitution des équipements.
« Aidez-moi à construire une maison. »
« Hein ? »
Les six personnes insistent, pensant avoir mal entendu, mais la réponse d’Anelie reste la même.
Après l’avoir demandé trois fois, les héros comprennent enfin qu’elle est sérieuse, et Anelie leur explique brièvement la situation. Anelie, qui habite actuellement toujours au temple, souhaite se faire construire une résidence pour loger à l’extérieur de ces murs. En échange de leur aide pour la construction de cette maison, elle s’engage à rendre les objets sacrés qu’elle a reçus de la Déesse Maléfique.
« Euh, donc tu veux dire de la menuiserie ? Je suis désolé, mais je n’en ai jamais fait, donc je ne vais pas être d’une grande aide. »
« Il y a déjà des professionnels pour ça. Vous n’aurez besoin que d’aider pour les tâches physiques et faciles. »
Bien que Lionel exprime ses doutes, il semble qu’Anelie s’attendait déjà à cette question, et hoche la tête avec assurance en y répondant.
« Des héros faisant des travaux de main-d’œuvre… »
« Ce serait un peu insolite… »
« Non, c’est très bien ! Il n’y a rien de mal à cela, et si c’est tout ce que vous réclamez, alors c’est un petit prix à payer. »
Frey et Widdy expriment leur réticence, mais Aaku ne tient pas compte de leurs remarques et accepte avec enthousiasme. Il redoutait ce que cette jeune fille, liée à un dieu maléfique, exigerait de lui, mais il trouva ces conditions étonnamment favorables.
Il dispose d’une personnalité qui le pousse à soutenir les gens qu’il rencontre, donc même sans l’épée sacrée dans la balance, il aurait très certainement accepté de prêter main-forte à une demande qu’il juge noble.
« Eh bien, je suppose que je n’ai pas le choix. Je peux aussi faire des travaux manuels. »
« Hein ? Attends un instant, Djio. Si c’est pour récupérer l’épée sainte, n’est-ce pas normal que je sois le seul à travailler ? »
« Ne sois pas si fier. De toute façon, nous ne pouvons pas reprendre nos activités tant que nous n’aurons pas récupéré ton épée sainte, donc si nous pouvons finir plus tôt en t’aidant, ne serait-ce pas mieux ainsi ? »
« Eh bien, c’est vrai. Bien que Widdy et moi ne soyons peut-être pas très utiles lorsqu’il s’agit de soulever des charges lourdes, il y a d’autres choses pour lesquelles nous pouvons vous aider, non ? N’est-ce pas, Widdy ? »
« Bien sûr, nous vous aiderons aussi ! Nous ne laisserons pas travailler Aaku-sama tout seul. »
« Tout le monde… »
En voyant Aaku et les autres renforcer leur lien de groupe, Orleine et Lionel les regardent avec un air légèrement envieux sur leurs visages. Pendant ce temps, Anelie se félicite secrètement d’avoir obtenu de l’aide supplémentaire.
« Eh bien, si c’est comme ça que ça se passe. Je suis d’accord aussi. »
« Moi aussi. Je suis entraînée après tout, donc je peux gérer le travail physique ! »
Lionel et Orleine acceptent également, faisant que tous les six s’engagent à participer à la construction de la résidence d’Anelie.
« Merci. Les personnes impliquées dans la construction sont rassemblées dans cette pièce. Les plans devraient être bientôt terminés, alors suivez simplement leurs instructions. »
« D’accord, on y va. »
À ce stade, Aaku et les autres comprennent enfin pourquoi cet endroit leur avait été désigné. Après avoir regardé Anelie s’en aller, les héros prennent une grande respiration et ouvrent la porte devant eux.
Et la referment.
« Eh, qu’est-ce que c’est que ce champ de bataille !? »
Djio s’exclame, repensant à la scène qu’il n’a aperçue qu’un instant. Oui, il s’agit bel et bien d’un champ de bataille. Au centre de la pièce, plusieurs personnes discutent autour d’une maquette de bâtiment, tandis que des piles de plans abandonnés s’accumulent à proximité. Pour une raison quelconque, la vue de ces serviteurs courant partout en toute hâte au milieu des protestations de colère se superposait en quelque sorte à l’image de leur propre avenir, faisant frissonner Aaku et ses camarades.
Et c’est alors que cela devint une réalité. La porte que le groupe avait refermée par réflexe s’ouvre à nouveau et un jeune homme aux cheveux blonds portant de luxueux vêtements sacerdotaux apparaît aussitôt sur le palier.
« Alors, vous êtes les personnes dont parlait Anelie-sama, n’est-ce pas ? Fufufu, nous vous attendions ! »
Bien que le jeune homme ait un visage élégant, il est gâté par des cernes autour de ses yeux. Probablement excité par la tension due à plusieurs nuits blanches, il déverse un flot de paroles unilatérales aux héros abasourdis.
« Nous avons justement besoin d’un peu d’aide en ce moment ! Allez, allez, allez, venez à l’intérieur s’il vous plaît ! »
A ces mots, ce jeune homme ─ le Pape Harvin, un combattant chevronné ─ les contourne pour se placer derrière eux sans qu’ils ne le remarquent et commence à pousser Aaku et les autres dans la pièce.
« A-Attendez un instant !? »
« A-Arrêtez ! »
« Hiii !? »
« C-C’est pas une blague !? »
« A-Attends, tu plaisantes, oh… »
« Hiyaaaaaaーーー !? »
Aaku et les autres, réalisant qu’il ne s’agit finalement pas uniquement de simples travaux de charpenterie, tentent de s’échapper précipitamment, mais le jeune homme, ne se souciant pas de ces pauvres sacrifiés, les pousse de force dans la pièce, refermant la porte derrière eux.
De plus, à l’insu d’Anelie, le projet de construction avait évolué de ‘maison’ à ‘manoir’, prolongeant considérablement la période de détention des héros, mais il était trop tard pour qu’ils puissent faire quoi que ce soit à ce sujet.
===============================
( Relecture et correction: Hastin )
Chapitre 96-5-1 : Penser à lui depuis un lieu très lointain La Métamorphe, Shihouin Mari,…
Chapitre 28 - Le duel mortuaire La petite pendule posée sur la table de chevet…
Chapitre 358 : Le nom final (6) Lorsque Kim Suho lui a appris que Kim…
Chapitre 331.5.12 : Bataille finale 12 Commentaire de l’auteur : Point de vue de…
Chapitre 49 : L'ancienne capitale, Hananomiya Le temps a passé en un clin d'œil et,…
Chapitre 12 - La guerre Je ne revis pas Luciano avant la tombée du jour.…