« Tu veux retourner dans ton ancien village ? »
Tenna fait part de cette annonce à Anelie quelque temps après qu’elles se soient installées au Manoir de la Rose Noire.
« Oui. Cela fait longtemps que j’hésite, mais j’ai vraiment envie de revoir ma famille au moins une fois. »
Elles avaient déjà abordé ce sujet lors de son arrivée chez Anelie, mais à l’époque, elle n’avait pas encore réussi à mettre de l’ordre dans ses sentiments, et la question fut mise en suspens. Il était naturel qu’elle ressente des sentiments complexes après avoir été vendue comme esclave, mais elle réussit à remettre les choses au clair avec le temps.
Dans ces conditions, la réponse d’Anelie irait de soi.
« Je comprends. Tout va bien ici, alors tu peux y aller. »
Beaucoup de choses seraient difficiles sans Tenna, qui supervise toutes les tâches ménagères, mais Anelie accepte volontiers, pensant que cela serait gérable pour une courte période. Ce n’est pas comme si Anelie elle-même ne pouvait pas faire de nettoyage, et Leonora peut également participer. De plus, avec la petite Lily aidant de plus en plus récemment, tout devrait bien aller.
Dans cet esprit, Anelie est sur le point de la laisser partir, mais Tenna répond de manière inattendue.
« Um… si possible, j’aimerais vous présenter ma famille, Anelie-sama. Est-ce que ce serait gênant ? »
« ……… Eh ? »
Si un témoin s’était présenté à ce moment-là, il se serait certainement opposé au fait qu’un maître accompagne sa servante dans cette situation. Mais heureusement ou malheureusement, les deux jeunes femmes se trouvaient seules à cet instant.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
Un petit village, situé à quelques jours de chariot de la ville de Rimmel, rarement fréquenté en dehors de quelques colporteurs ou prêtres occasionnels de l’église de la Sainte Lumière, reçoit ce jour-là la visite d’une luxueuse calèche.
La porte du véhicule s’ouvre devant les villageois attentifs à la nouveauté et deux filles en descendent. Dès qu’ils aperçoivent le visage de l’une d’entre elles, le cercle des villageois qui regardaient la scène s’élargit, prenant instinctivement leurs distances. La raison est simple : son visage est recouvert par un masque noir aux angles vifs couvrant ses yeux. Avec sa robe noire aux motifs inquiétants, elle semble des plus mystérieuses, justifiant pleinement la méfiance des villageois. L’impact visuel est tel que l’attention qui aurait dû se porter sur l’autre jeune fille s’en trouve presque entièrement détournée.
« Eh bien… »
« … Tenna ? C’est bien toi, Tenna !? »
Lorsque Tenna élève timidement la voix, les villageois remarquent finalement sa présence, poussant des exclamations de surprise. Puisqu’il s’agit d’une petite communauté, tout le monde se connaît. Ils se souviennent tous de la jeune fille qui fut autrefois vendue comme esclave. Lorsque l’un d’entre eux la remarque, ils finissent l’un après l’autre par reconnaître Tenna et essaient de se rapprocher.
Cependant, ils l’entourent en gardant leurs distances, intimidés par la jeune fille à l’air étrange à ses côtés.
« J’espère que tu vas bien, Tenna… »
« Oui, monsieur Roy. »
Un homme d’âge mûr adresse la parole à Tenna, puis d’autres personnes commencent également à lui parler.
« C’est un soulagement de te voir, nous nous inquiétons pour toi. »
« Mūa obaa-san … » [1]
Une vieille dame, appuyée sur une canne, les larmes aux yeux, adresse ces mots à Tenna, qui elle-même semble émue.
« Tenna onee-chan ! » [1]
« Épina, je suis désolée. »
Une fille, à peu près du même âge que Lily, court vers Tenna et l’enserre dans ses bras. En réponse, Tenna lui sourit doucement tout en lui caressant la tête.
« ……… »
« ……… »
Puis le silence s’installe autour d’eux. Les villageois, bien qu’ils se réjouissent des retrouvailles avec Tenna, ne parviennent pas à ignorer la présence de cette fille inquiétante qui se tient à ses côtés. Ils se poussent les uns les autres, incapables de prendre la parole, jusqu’à ce que finalement l’homme de tout à l’heure — Roy — interroge timidement.
« Au fait, dis moi, qui est cette personne ? »
Les regards se tournent à nouveau vers la jeune femme masquée, qui reste calme et indifférente malgré l’attention portée sur elle.
« Ah, cette personne est ma maîtresse, Anelie-sama. »
Un murmure se répand parmi les habitants. Ils regardent alternativement le visage masqué d’Anelie et celui de Tenna, affichant une expression complexe indéchiffrable.
Les villageois savent que Tenna a été vendue comme esclave. Avec une belle apparence malgré son jeune âge, si la personne l’ayant achetée avait été un homme, ses intentions auraient été évidentes et la foule se serait montrée hostile envers lui. Mais dans le cas présent, la personne en question semble être une femme d’apparence jeune, et Tenna semble même éprouver des sentiments favorables à son égard. Le fait que l’une des leurs, Tenna, ait été achetée par une telle personne est une chance inouïe, dont les villageois devraient se réjouir.
Cependant…
’… Qu’est-ce que c’est que ce masque !?’
En ce moment, les villageois sont unis dans une même pensée.
Qu’ils considèrent son âge ou son sexe, l’individu ayant acheté Tenna, l’une de leurs proches, semble être le dénouement le plus sûr et le plus chanceux possible. Cependant, le masque douteux qu’elle porte attire l’attention. Ils voudraient savoir pourquoi elle porte un tel accessoire, mais craignent qu’il ne soit impoli de poser la question. De plus, en voyant la calèche qui l’a amenée ici et la robe qu’elle porte, il est indéniable qu’il s’agit d’une personne puissante dotée de ressources financières considérables. S’ils la mettaient en colère, elle pourrait facilement écraser un petit village comme celui-ci… Pensant ainsi, les villageois n’osent pas poser de questions.
En réalité, cette personne ── Anelie ── n’est qu’une simple aventurière du royaume de Forutera, auquel appartient ce village, et malgré certaines connexions, elle ne dispose d’aucun pouvoir officiel dans la Sainte Théarchie d’Anelie. Mais cela, ils n’ont aucun moyen de le savoir.
Finalement, les villageois ne font aucune mention de son masque et les deux se dirigent vers la maison de Tenna.
Après avoir pris congé du comité d’accueil, Anelie et Tenna arrivent près d’une petite maison. Et bien que les villageois continuent d’être toujours très attentifs à leurs mouvements, les deux jeunes femmes ne semblent pas s’en rendre compte. La maison est une petite bâtisse en bois, et il semble que de nombreuses années se soient écoulées depuis sa construction, de nombreuses parties étant endommagées par le passage du temps.
« C’est là ? »
« Oui, c’est ma… c’est la maison où vit ma famille. »
À la question d’Anelie, Tenna évite de répondre ‘ma maison’. Son visage exprimant un sentiment de malaise avec ses sourcils froncés, Tenna se tient devant la porte, fixant obstinément la poignée.
« Tu ne vas pas entrer ? »
« Je… Je vais ouvrir. »
Calmement encouragée par Anelie, Tenna tend la main avec détermination et saisit timidement la poignée. Mais avant qu’elle n’ouvre la porte, une voix se fait entendre depuis le côté.
« … Tenna ? »
Une femme blonde d’une trentaine d’années, modestement vêtue, se tient là, avec une expression incrédule tandis qu’elle fixe Tenna.
« Maman ! »
Tenna hésitait à ouvrir la porte, mais se précipite en larmes vers la femme et la serre fermement dans ses bras.
La mère de Tenna, pendant un moment stupéfaite, finit par réaliser qu’il ne s’agit pas d’un rêve, et étreint son enfant en pleurant à son tour.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
D’autres membres de la famille, ayant reconnu les voix s’élevant devant la maison, se mettent à sortir à leur tour. Après s’être mutuellement serrés dans les bras, les larmes aux yeux, se réjouissant de ces retrouvailles miraculeuses, Anelie et Tenna sont invitées à entrer dans la maison. Une fois installée à table, Tenna raconte tout ce qu’elle peut sur ce qui lui est arrivé.
En entendant comment elle a failli perdre la vie à cause d’une maladie mortelle et la manière dont elle a été traitée avant d’être achetée comme esclave, les membres de sa famille ne peuvent s’empêcher de pleurer à chaudes larmes.
« Tenna… Tenna, je suis désolé ! Je suis vraiment désolé ! »
Son père s’excuse en se frappant le front contre la table, mais Tenna secoue doucement la tête.
« C’est bon, papa. Je sais que si tu ne m’avais pas vendue à ce moment-là, nous serions tous morts de faim. Et grâce à cela, j’ai pu rencontrer Anelie-sama… Tu peux arrêter. »
Lorsqu’elle lui répond, son père saisit fermement la main de Tenna sur la table, la presse contre son front et pleure.
Après un moment de larmes, l’homme se tourne vers Anelie et commence à s’incliner.
« Vous avez permis à Tenna d’être sauvée, merci ! Merci ! »
« Merci ! »
« Merci ! »
« Merci, Onee-san ! »
À la suite de son père, sa mère, son frère aîné et son frère cadet inclinent tous la tête l’un après l’autre en exprimant leur gratitude envers Anelie. La jeune fille, qui restait en retrait, regardant distraitement cette réunion de famille en sirotant son thé, devient soudainement surprise et nerveuse de se retrouver au centre de l’attention.
Elle lève les mains vers eux et prend la parole.
« Vraiment… il ne s’agissait de rien de spécial. »
Anelie le dit en essayant de s’éclipser, mais les regards reconnaissants de la famille de Tenna ne changent pas. Pendant un moment, elle s’engage dans une bataille entre gratitude et modestie, jusqu’à ce qu’une voix curieuse se fasse entendre.
« Hé, hé, pourquoi tu portes un masque ? »
« Oh, ça ! »
Le petit frère de Tenna, avec l’innocence de l’enfance, pose la question que les villageois n’osaient pas évoquer. Sa mère se précipite pour l’arrêter, mais il est trop tard.
« Pourquoi ? Eh bien… »
Anelie porte ce masque pour deux raisons : bloquer le Regard Maléfique qui s’active en établissant un contact visuel, et par crainte des implications de sa ressemblance avec un dieu. Cependant, pour l’expliquer, elle devrait aborder ses compétences et sa relation avec la Déesse Maléfique. Plus tôt, pour se justifier auprès de la famille de Tenna, elle leur avait raconté qu’elle venait d’une lignée de sorciers et menait des recherches près de la ville de Rimmel. Il serait difficile de révéler la vérité à présent.
« C’est… »
« C’est ? »
Anelie s’interrompt comme pour le provoquer. En réalité, elle peine à trouver ses mots, mais vu de l’extérieur, elle semble essayer de créer le suspense. Tous les regards sont fixés sur Anelie. Même la mère, qui voulait arrêter son fils plus tôt, se tient curieuse et suit la scène avec attention.
« Parce que… »
« C’est parce que ? »
La scène devient tellement intrigante que même Tenna, connaissant pourtant déjà la vérité, se surprend à se pencher, entraînée par la curiosité du dénouement. Et finalement, ne pouvant plus reculer, Anelie donne une réponse improvisée.
« Parce que ça a l’air cool, hein ? »
Face à cette réponse attendue avec beaucoup d’intérêt, tous les participants, à l’exception du jeune frère, s’effondrent avec fracas.
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
« Ça te va ? Tu pourrais rester un peu plus longtemps. »
« Non, cela me convient. Si je reste davantage, il sera encore plus difficile de dire au revoir…»
Une fois dans la calèche pour le voyage de retour, Anelie interroge Tenna après des adieux touchants et des encouragements de sa famille à rester.
« De plus, ma maison actuelle est… le Manoir de la Rose Noire. »
« … D’accord, je comprends. »
Après cet échange, un silence paisible emplit la calèche.
« Ah, au fait ! Anelie-sama, je trouve aussi que votre masque est vraiment cool ! »
« … hum, merci. »
===============================
( Relecture et correction: Hastin )
Note de l’AUTEUR :
C’était censé être une scène de retrouvailles émouvantes, mais le masque d’Anelie-sama a continué de monopoliser l’attention.
Note de la traduction :
[1]
– ‘Obaa-san’ est couramment utilisé pour parler de sa propre grand-mère ou pour s’adresser à une personne âgée de manière respectueuse. Ici, il ne s’agit pas de ‘sa’ grand-mère, mais d’une personne âgée qu’elle apprécie et respecte.
– ‘Onee-chan’ est un terme japonais affectueux pour désigner sa propre grande sœur ou pour s’adresser de manière familière et affectueuse à une fille ou une jeune femme plus âgée. Encore une fois, ici c’est le second cas.
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