La grande porte s’ouvre, et devant moi s’étend une vaste pièce qui ressemble à une salle d’audience avec un trône installé sur une estrade légèrement surélevée au fond.
Sur le trône est assise une fille aux cheveux noirs, qui est sans doute la maîtresse des lieux. Vêtue d’une robe noire, elle me fixe depuis mon entrée, et même à cette distance, son regard est clairement perceptible. Lorsque nos yeux se croisent, mon instinct me crie de fuir. La sueur me perle sur le front, et mon sang se glace. Sans aucun doute, mon visage est devenu d’un blanc cadavérique. Mes mains et mes pieds commencent à trembler involontairement, et le son de mes dents claquant résonne quelque part, comme si cela venait de quelqu’un d’autre. Et quand je m’en rends compte, je comprends enfin ce que je ressens.
― La peur… non, face à une telle puissance, c’est plutôt une crainte révérencielle. Devant une présence qui éclipse même celle de mon père, le Roi Démon, je ne peux que me sentir aussi impuissante qu’un lapin devant un prédateur redoutable.
C’est mauvais, mauvais, mauvais… Quelle impudence ai-je commise envers quelqu’un d’une telle envergure ? J’ai cédé à des rumeurs inconsidérées, envahi son territoire et même tué son gardien, le Roi Sans-Vie. Si quelque chose de similaire se produisait au château du Roi Démon, nous ne pardonnerions certainement jamais notre adversaire. Nous l’aurions sacrifié et, s’il s’agissait d’un pays ennemi, nous ne rechignerions pas à la guerre.
…Un pays ?
Quand je prends conscience de la situation, j’ai l’impression que l’on me frappe violemment à la tête avec une massue. Bien sûr, cela ne concerne pas uniquement ma propre personne. En tant que membre de la lignée royale des démons, mes actions seront interprétées comme la volonté de toute la nation démoniaque, ou c’est du moins la conclusion la plus logique. Je regrette mes actes imprudents, mais il est désormais trop tard. Face à quelqu’un capable d’inspirer une telle terreur à la fille du Roi Démon, on ne peut qu’imaginer le désastre que cela pourrait entraîner si cette puissance se dirigeait vers un pays. Je dois à tout prix apaiser sa colère. Je n’hésiterai pas à sacrifier ma vie pour cela, c’est le devoir de ceux qui sont nés dans la lignée du Roi Démon.
Je réalise que je me tiens toujours immobile à l’entrée. Si je reste plantée là, je risque de contrarier mon interlocutrice. Réprimant mon envie de fuir, je m’avance péniblement dans la pièce.
La pression qui m’oppresse augmente à chacun de mes mouvements. Comme si je luttais contre un courant violent, je me déplace, tiraillée entre mon devoir et ma peur, forçant mes jambes à continuer d’avancer. Rien qu’en marchant, ma force physique et mentale s’épuisent à chaque pas. À quelques enjambées du trône, je ne peux déjà plus avancer. C’est fini, je ne peux plus… Heureusement, je suis assez proche pour qu’elle m’entende, je vais donc lui parler d’ici. Mes actions précédentes ont déjà laissé une mauvaise impression, ma première phrase sera donc cruciale.
« Bonj― »
« Je m’excuse sincèrement ! »
« … euh… jour ? »
Je m’agenouille, posant mes mains et mes genoux sur le sol, la tête profondément baissée, effectuant une prosternation, le geste de soumission ultime transmis par les anciens Héros invoqués ― le dogeza.
Mais, je viens de faire une nouvelle erreur ! Je lui ai irrespectueusement coupé la parole ! Bon, il faut me rattraper au plus vite.
« Que― »
« Je suis profondément désolée pour mon impolitesse ! Si je peux faire quoi que ce soit, je le ferai ! Alors s’il vous plaît, ayez pitié des habitants de mon pays ! »
Encore ?! Ugh, quelle malchance……
« Non, vous devez… »
« S’il vous plaît, je vous en prie, limitez les représailles à ma seule personne. »
« …m’écouter. »
──────── !?
Je pousse un cri inaudible de terreur lorsqu’un couteau lancé dans ma direction se plante dans le sol devant moi. J’ai offensé quelqu’un qui ne devrait jamais être mis en colère.
« Levez la tête et tenez-vous droite ! »
« M-mais… »
« Faites-le. »
Ses mots fermes me font comprendre que rester dans cette position aurait l’effet inverse de celui escompté, et je me relève d’un bond. Je m’apprête à essayer d’expliquer mes actions, mais elle m’interrompt avant que je ne puisse dire quoi que ce soit.
« Je ne suis pas en colère. »
« Eh ? »
Je ne m’attendais pas à ces mots, et je ne peux m’empêcher de laisser échapper un son ahuri.
« Je n’ai pas non plus l’intention de vous punir. »
« Oh, vraiment ?! »
Ses mots sont simples, mais exprimés de manière à donner l’impression qu’elle s’adresse à un jeune enfant, et je comprends enfin qu’elle n’a pas d’hostilité à mon égard. Soulagée, je sens les larmes me monter aux yeux. Mon pays sera épargné.
« Au fait, à propos du boss du 10e étage… »
« Oui ! Bien sûr. Je vous servirai avec le plus grand dévouement ! »
« Non, ce n’est pas la peine. »
« Hein ? »
Prête à tout endurer pour protéger ma nation, je m’étais résignée à la servitude. Pourtant… elle m’a tout simplement ignorée. J’en suis soulagée bien sûr, mais peut-on vraiment en rester là ?
« En revanche, j’aimerais vous demander une faveur. »
« Qu… quoi donc ? »
Bon, je suppose que ça ne se passera pas si bien après tout. Elle devrait vouloir que je fasse quelque chose d’autre. Mais ce sera un petit prix à payer s’il ne s’agit que de moi. Après tout, c’est à cause de mon comportement irréfléchi que nous en sommes arrivés là. Peu importe à quel point ce sera humiliant ou douloureux, je dois l’accepter. Alors, qu’est-ce que c’est ? Qu’est-ce qu’elle veut de moi ?!
« Je voudrais que tu deviennes mon amie. »
………Hein ? Un monnamis ? Ah, ami ? … … …at-attends…
« Eh, une amie… ? »
Elle veut être amie avec moi ? Qu’est-ce qui lui passe par la tête ?
Je n’en suis pas fière, mais en 16 ans de vie, je n’ai jamais eu d’ami, j’ignore donc comment je devrais réagir à sa demande.
Ce n’est pas ma faute, c’est simplement parce que la position de princesse démoniaque rend toute relation d’égale à égale impossible. Et j’aime à croire que cela n’est pas dû à mon apparence ou à ma personnalité.
Mais peu importe, je n’ai pas vraiment le choix. Pour être honnête, il aurait été beaucoup plus facile de me résoudre à devenir une subordonnée ou à être fouettée…
« Oh, je comprends ! Je serai votre amie. »
« Pas besoin de politesse entre amies. »
« Entendu, je ferai selon… euh, je veux dire… D’accord, c’est bon. »
S’il vous plaît, ne rendez pas les choses plus difficiles !
◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆
Nous avons été transférées vers la zone résidentielle du 31e étage, où je suis accueillie avec tous les égards.
En même temps qu’Anelie se présente, elle se prétend humaine, mais honnêtement, je n’arrive pas à y croire. Je n’arrive pas à y croire, mais puisque sa carte d’aventurier indique bien ‘Race : Humaine’, je n’ai donc pas pu contester davantage.
Selon Anelie, le Dieu du Mal lui aurait implanté des compétences, comme son regard qui m’inspire une profonde pression, mais qui disparaît si l’on détourne les yeux. Apparemment, en plus de son regard, elle dégage une aura intimidante, mais cela n’a sur moi que l’effet d’un léger effet de froid. Rien d’insurmontable.
Depuis que j’évite de croiser ses yeux, je peux lui parler sans être paralysée, mais comme c’est la première fois que je me retrouve face à ce que l’on appelle ‘une amie’, je ne sais pas trop comment me comporter avec elle.
Cependant, même moi, j’ai conscience qu’il est anormal de se faire jeter dans un bain par une amie fraîchement reconnue comme telle. Bon, d’un côté, j’étais couverte de sang et de poussière après avoir exploré le donjon, et l’odeur me gênait également, mais le fait de le dire si ouvertement me poignarde le cœur. Cependant, il est vrai que je suis reconnaissante. Je n’aurais jamais cru pouvoir prendre un bain dans un donjon. Les bains que je connais sont des bassines de taille suffisante pour être tenues à deux mains. Mais ce bain occupe la moitié de la pièce et reste en permanence plein, sans que l’on ait besoin de la réapprovisionner. J’en suis restée bouche bée.
Je retire ma cuirasse, puis enlève ma robe, me retrouvant nue, avant de m’immerger dans la baignoire.
« ……… Pfiou. »
Un soupir m’échappe involontairement. La chaleur de l’eau me pénètre de la tête aux pieds, me procurant une sensation de bien-être extrême. Apparemment, j’étais plus fatiguée que je ne le pensais, et sans m’en rendre compte, ma conscience s’efface.
Un léger coup à la porte me tire de ma torpeur, et je relève précipitamment le visage qui semblait sur le point de s’immerger dans l’eau. Ouf, c’était dangereux, j’ai failli me noyer. Je ne saurais dire depuis combien de temps j’ai perdu conscience, mais à en juger par l’état de mes doigts, cela n’a pas été une courte période.
« Excusez-moi. »
En même temps qu’elle prononce ces mots, une belle jeune fille blonde entre dans la salle de bain. Le coup à la porte provenait donc d’elle. Vêtue d’une tenue noire inhabituelle, il s’agit certainement de Tenna. Anelie m’en a parlé comme étant une servante.
« Je vous laisse vos vêtements ici. »
« Ah, merci. »
Elle m’apporte des vêtements. Je m’étais justement demandée ce que j’allais faire avec la robe sale que je portais auparavant. Je ne m’en souciais pas tant avant de prendre un bain, mais maintenant que je suis propre, je n’ai pas envie de remettre des vêtements sales. De ce fait, je lui en suis sincèrement reconnaissante.
« Je peux laver les vêtements que vous portiez, est-ce que cela vous irait ? »
« Oui, merci. Tu veux bien me rendre ce service ? »
Bien que je sois gênée de tout mon être, je n’avais d’autre choix que de la solliciter, car je n’ai jamais rien lavé auparavant. Tenna prend ma robe et mon armure avant de sortir de la salle de bain.
Ayant sombré dans le sommeil dans ce bain sans m’en rendre compte, je n’ai pas pris le temps de me laver, alors je me toilette progressivement de la tête aux pieds en commençant par mes cheveux. Après cela, je décide de prendre un autre bain, puis, à contrecœur, je sors de la baignoire, regrettant déjà de devoir quitter cet endroit.
À côté des vêtements préparés, j’utilise la serviette placée là sans que je ne m’en aperçoive pour me sécher avant d’enfiler les vêtements…
Attends, je dois porter cette robe pleine de froufrous !?
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( Relecture et correction: Hastin )
Note de l’AUTEUR :
En réalité, Leonora-sama était toute frétillante pendant toute la conversation entre filles.
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