Jashin Average

Jashin Average – chapitre 30

Note de la traduction : Point de vue de Harvin, prêtre de la secte.

Dans mon enfance, le monde m’apparaissait en couleurs.

Né dans une famille noble, je vivais des jours paisibles, évoluant dans un milieu fastueux, sans jamais me poser de questions. N’étant pas l’aîné, je ne pouvais pas hériter du foyer, mais grâce à notre haut rang, je pensais que l’on me marierait dans une autre famille sans héritier mâle. Mon père, le chef de famille, partageait cette vision.

Les nobles du royaume de Forutera se divisent principalement en trois factions :
– La première est la faction royale, un rassemblement de nobles loyaux envers le roi et la famille royale.
– La deuxième est la faction des seigneurs, qui privilégient leurs intérêts et s’opposent souvent aux royalistes.
– Enfin, la troisième est celle des religieux, proches de l’Église de la Sainte Lumière, neutres dans le conflit entre les deux autres positions.
En termes de pouvoir, la faction des seigneurs est la plus nombreuse avec environ 40%, suivie de la faction royale avec 30%, la faction de l’Église avec 20%, et les 10% restants appartiennent soit à diverses autres factions mineures, soit à des nobles individualistes qui gardent leurs distances avec toutes les coteries.

Ma famille, puissant membre de la faction religieuse, m’a baptisé dans l’Église de la Sainte Lumière dès mon enfance, et j’ai eu de nombreux contacts avec des membres du clergé. Enfant, je croyais pieusement aux enseignements et je vénérais la Sainte Déesse. Cependant, en grandissant et en côtoyant davantage de religieux, j’ai ouvert les yeux sur la réalité.

J’ai constaté la corruption généralisée, le harcèlement sexuel et la cupidité des hauts dignitaires de l’Église, qui ne pensaient qu’à exploiter les fidèles. La réalité sordide différait grandement de l’image vertueuse qu’ils présentaient.

À cette époque, j’avais suffisamment grandi pour comprendre qu’il était inutile de dénoncer ces injustices. Les hauts responsables de l’Église, les principaux coupables de ces actes malhonnêtes, ne m’écouteraient pas. Les nobles de la faction religieuse n’étaient pas non plus des fidèles particulièrement dévots, mais plutôt des opportunistes qui utilisaient le soutien de l’Église pour servir leurs propres intérêts dans le royaume. Ceux qui avaient une véritable foi étaient une minorité. Dénoncer les abus n’aurait servi à rien ; quiconque tenterait de révéler ces malversations serait réduit au silence. Craignant l’isolement, je gardais mes pensées pour moi. Et avec le temps, ma foi s’est éteinte.

Le monde qui m’avait semblé si coloré n’était qu’une illusion, un monde gris dissimulé sous un vernis de splendeur.

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Je me suis lassé de mes obligations envers la noblesse et les ecclésiastiques, alors j’ai commencé à souvent sortir de chez moi, tout en maintenant les apparences. Mais je n’avais pas de destination précise. Je voulais simplement toucher à un monde plein de couleurs, alors je me déguisais en roturier, je me mêlais aux gens ordinaires et flânais dans les rues. Contrairement aux salons aristocratiques et aux couvents, la ville me semblait encore pleine de vie et de couleurs.

C’est à cette époque que j’ai rejoint la guilde des aventuriers sous une fausse identité. Initié dès mon enfance au maniement de la masse d’armes, comme le voulait la tradition des nobles partisans de l’Église, je me suis rapidement imposé au sein de la guilde. J’ai fini par me lier d’amitié avec mes compagnons d’aventure et ma vie a retrouvé des couleurs… jusqu’à ce que l’un d’eux se blesse mortellement lors d’une mission.

Les blessures étaient graves, mais pas au point de lui être fatales. Transporté à l’Église, il aurait pu être sauvé grâce aux soins des moines. Le problème était que l’évêque, seul habilité à pratiquer la guérison de haut niveau, était déjà mobilisé pour soigner un noble partisan de l’Église, et le traitement d’un simple aventurier pouvait être relégué au second plan. À part l’évêque, l’Église ne comptait que de jeunes moines en formation, incapables de prodiguer des soins adéquats.

Bien sûr, j’aurais pu révéler mon identité pour obtenir la priorité, mais cela aurait signifié renoncer à mon anonymat et il est clair que je n’aurais pu continuer de passer du temps avec mes compagnons comme avant.
Plongé dans un terrible dilemme, déchiré entre l’envie de préserver mes liens avec mes camarades et celle de sauver l’un d’eux, je n’ai pas pu prendre de décision. Lorsque j’ai finalement décidé de révéler mon identité, il était déjà trop tard : mon compagnon avait rendu son dernier souffle.

Le monde est redevenu gris.
Ayant sacrifié mon ami pour préserver mon secret, je ne pouvais plus vivre comme avant. Je me suis lamenté en regrettant mon choix, mais rien n’y faisait : il était trop tard.

J’ai cessé de me rendre à la guilde, passant mes journées réfugié dans l’alcool bon marché dans les tavernes, et un soir dans une gargote, j’ai rencontré un homme qui m’invita à participer à une réunion.
Bien que le groupe n’ait pas eu de nom, ayant grandi dans l’entourage de l’Église, j’ai vite compris qu’il s’agissait d’un rassemblement d’adorateurs du dieu déchu, celui que l’Église de la Sainte Lumière appelle "le Dieu Maléfique". Autrefois, j’aurais craché sur ces gens, mais dans mon désespoir, j’ai accepté de me joindre à eux.

Et j’ai découvert la foi pour la deuxième et dernière fois de ma vie.

Lors de l’assemblée, on y dénonçait les abus de l’Église de la Sainte Lumière et parlait de l’existence d’un dieu s’opposant à la Sainte Déesse. Pour ce qui est des irrégularités, je pensais déjà la même chose, mais sans jamais oser en parler à personne, gardant ce sentiment en moi. Trouver enfin un endroit où je pouvais partager ces émotions m’a procuré une joie profonde.

Quant à la divinité en question, l’Église de la Sainte Lumière décrivait ce dieu comme un être maléfique qui voulait détruire le monde sans raison.
Non, il semblerait que la religion n’ait pas pu expliquer pourquoi cette divinité cherchait à anéantir le monde. En réalité, il n’est qu’un dieu compatissant souhaitant sauver l’humanité corrompue au travers de la destruction.. Pour dissimuler leur propre corruption, craignant de dévoiler leur véritable nature, l’Église et sa Sainte Déesse ont donc traité cette divinité de Dieu Maléfique pour cacher leur propre décadence.

J’avais trouvé ma vraie foi. Une véritable divinité à vénérer.

Utilisant secrètement le pouvoir et la richesse de ma famille, j’ai gravi les échelons de la secte, tout en sabotant les liens qui me rattachaient à l’Église de la Sainte Lumière, que je méprisais.

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Des rumeurs racontent que notre dieu serait descendu dans un certain donjon. Cette information provient de l’Église de la Sainte Lumière, et puisqu’il s’agit d’un sujet sensible à leurs yeux, il est difficile de croire que ce soit un mensonge. S’il est vraiment là, nous devons aller accueillir notre divinité.
En reconnaissance de mes contributions, j’ai été nommé chef de la région. J’ai donc donné des ordres aux fidèles et décidé de me rendre à Rimmel, la ville où se trouve ce donjon.

Pour éviter que les sbires de l’Église de la Sainte Lumière nous repèrent et nous gênent, nous nous sommes séparés pour nous rendre à l’entrée du donjon et avons pris des mesures pour nous rassembler à l’heure convenue. Heureusement, aucun aventurier ne viendrait ici la nuit, nous y sommes donc seuls.

Au seuil de la caverne se trouve un grand hall et je décide d’y faire la cérémonie. Je demande aux fidèles de préparer un feu, un chaudron et un autel, puis je me plonge dans la méditation pour renforcer ma concentration jusqu’au moment du rituel.

Un peu plus tard, tous les fidèles étant arrivés, la cérémonie pouvait commencer. Nous brûlons un encens qui stimule l’esprit, et en nous concentrant, nous lançons un appel à notre dieu. Je porte une robe de prêtre pour diriger le cérémonial, mais les autres ont enlevé leurs vêtements gênants pour se libérer des entraves du monde séculier. Certains offrent même leur énergie sombre au dieu en s’accouplant les uns avec les autres, entre fidèles.

Sentant l’élévation de la foi à son comble dans la pièce, je m’avance au centre de la salle et lève le bras droit bien haut. Les fidèles en transe se calment, mais leur ferveur reste toujours présente… non, elle a même augmenté.

« Nous allons maintenant commencer le rituel du sacrifice ! »

À ma proclamation, des acclamations jaillissent de la part des fidèles.

Ils installent un autel en pierre et on allonge dessus la fillette achetée pour être offerte en sacrifice.

« …mmmph ! mmhm ! »

Mon cœur se serre en la voyant pleurer et se débattre, mais c’est pour la cause de notre foi. Son âme sera recueillie par notre dieu et servira de fondation pour le nouveau monde.

« Ô notre divinité, acceptez notre offrande. »

Avec ces mots, je lève mon poignard pour le planter dans le cœur de l’enfant. Avec la sensation de la chair déchirée que j’ai connue lors de mes jours d’aventure, le sang aurait dû gicler… mais ce que je ressens, c’est la sensation de heurter quelque chose de dur, accompagnée d’étincelles. Le poignard que j’ai abaissé avec force parvient tout juste à entamer l’autel de pierre avant de voler en éclats et la fille qui aurait dû recevoir le couteau dans son corps a disparu.

Qu’est-ce qui a bien pu se produire ? Où est passée la jeune sacrifiée ?

D’abord déconcerté, j’en comprends rapidement la raison. La fille était devant moi, attachée, elle n’avait nulle part où s’échapper, et si quelqu’un d’autre l’avait secourue, je l’aurais remarqué. S’il existe une entité capable de faire une chose pareille, cela ne peut être que notre dieu !

Jusqu’à présent, nous avions prié, mais notre foi, notre énergie, et notre dévotion étaient insuffisantes pour obtenir une réponse de sa part. Cependant, aujourd’hui, pour la première fois, notre dieu a réagi à notre rituel ! Ah, la rumeur était vraie ! Notre dieu est bien descendu dans ce monde !

Galvanisé de joie, je l’annonce aux fidèles.

« Vous l’avez tous vu ! Notre dieu a accepté l’offrande. »

À mes mots, les fidèles comprennent enfin la situation et des cris de joie se répandent. Satisfait de cette réaction, je me tourne dans la direction où notre dieu pourrait nous observer et j’attends ses paroles.

« ‘ …Pas bon. ‘ »

Cependant, les mots qui me sont adressés sont inattendus. Et la voix est celle d’une femme avec une certaine jeunesse. Le sexe de notre dieu n’avait jamais été mentionné, serait-ce une déesse ? Non, ce n’est pas le moment de réfléchir à cela. Si notre dieu n’est pas satisfait, je dois m’excuser en tant que fidèle dévoué.

« Eh ? Ah… euh… Je suis désolé ! Euh, cela n’a pas été à la hauteur de vos attentes ? »

« ‘ Les humains et les démons ne conviennent pas. Préférence pour les animaux : vaches, cochons, poulets, chèvres… ‘ »

Ôh, Dieu. Me demandez-vous d’aller faire des courses chez le boucher ?

« B-bien compris ! Oh, euh… pardonnez mon audace, mais… sommes-nous vraiment en présence de notre Seigneur ? »

J’admets mon manque de respect et mon arrogance, mais je ne peux pas m’empêcher de demander. J’ai l’honneur de parler avec notre dieu qui ne nous avait jamais adressé la parole auparavant, mais je dois confirmer cela, même au prix de ma vie.

« ‘ De toute évidence. ‘ »

« Ooh ! Recevoir la parole divine est l’honneur suprême ! »

C’est donc bien notre dieu ! La joie et l’émotion m’envahissent complètement.

« ‘ Bien que l’offrande ne me convienne pas, la foi dans l’acte du sacrifice est louable. Ainsi, je vais te confier ce bâton. ‘ »

Avec ces paroles inattendues de louange, un bâton apparaît sur l’autel. Noir comme la nuit et fabriqué avec simplicité et élégance, il semble concentrer les ténèbres du monde, et sans même y toucher, il dégage déjà une puissance terrifiante.

« Qu-Qu’est-ce que c’est ?! Je ne m’attendais pas à recevoir un artefact sacré ! »

Cette puissance écrasante est sans aucun doute la marque d’un artefact divin.
Je le prends dans mes mains en tremblant de joie. Ma vie a pris tout son sens à cet instant, mon existence m’a guidé pour ce moment précis.

« ‘ Poursuis ton dévouement envers ta foi. ‘ »

« Bien sûr ! »

Pas besoin de me le demander. Ma foi et ma loyauté vous sont entièrement dédiées. Je brandis le bâton et crie aux fidèles :

« À partir de maintenant, je deviens le chef de la secte qui guidera tout le monde ! Ce bâton, offert par notre déesse, est la preuve de ma foi ! Que ceux qui le contestent se manifestent ! »

Il s’agit d’une déclaration qui peut être interprétée comme une rébellion au sein de la secte, mais personne ne pourrait nier, pas même celui qui était jusqu’alors le dirigeant de l’organisation, que j’ai reçu un artefact divin. Je ne me laisserai pas faire. Notre dieu m’a demandé de croire en lui, et je n’hésiterai pas à écarter ceux qui s’opposent à ma foi, même l’ancien chef.

« Moi, le Grand Prêtre Harvin, je déclare que nous construirons un temple dédié à notre divinité dans cette région ! »

Eh bien, il est temps de s’atteler à la tâche.

Ah, comme le monde est coloré !

Plus tard, l’ancien chef et les responsables régionaux ont protesté contre ma nomination, mais lorsque j’ai prouvé avoir été reconnu par notre déité, personne n’a pu s’y opposer. En effet, je suis le seul à pouvoir manier l’artefact divin, et même si je m’en sépare, il revient toujours à moi. C’est la preuve que ma foi a été reconnue.

Oh, notre déesse ! Je vous suivrai partout, jusqu’au bout !

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( Relecture et correction: Hastin )

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