Jashin Average

Jashin Average – chapitre 76

La statue du dieu maléfique, repliant son bras gauche contre son corps pour soutenir un amas de larges pièces d’or, s’approche lentement du cercle magique de confinement en continuant de collecter les pièces l’une après l’autre.
Nous attendons tous les cinq à distance, en position pour l’encercler simultanément une fois que la statue entrera dans le cercle.
Je reste dissimulée dans l’ombre d’une maison à droite de sa trajectoire, et j’observe la scène depuis l’intérieur de l’Armure d’Anelie II.

── Il reste cinq pièces.

De l’autre côté du sceau, se tient Tenna aux commandes de l’Armure d’Anelie I, également prête à agir.
Bien que je ne puisse pas voir son visage, je devine qu’elle doit certainement retenir son souffle à cause de la tension.

── Il reste quatre pièces.

Leonora reste cachée sur ma gauche, l’épée sacrée en main.
En y réfléchissant, je trouve ironique que cette arme divine, destinée à affronter les démons, se retrouve entre les mains de Leonora, la fille du Seigneur Démon et future dirigeante du clan démoniaque.

── Il reste trois pièces.

Dans le coin gauche, le Pape Harvin se tient debout avec la lance sainte en main. Eh, mais pourquoi se tient-il là si fièrement !? Il devrait plutôt se planquer !
J’agite la main à la hâte pour qu’il se cache, ce qu’il fait à contrecœur.

── Il reste deux pièces.

À l’avant, dans la direction que la statue doit emprunter, Orleine, la clé de cette opération, se cache avec son emblématique arc sacré. Dans ce groupe, elle seule maîtrise la magie de lumière, ainsi que le sort de scellement enseigné par Sophia. Naturellement, elle sera en charge de l’activation du sceau de confinement.

── Il reste une pièce.

Une fois que la statue du dieu maléfique termine de ramasser les énormes pièces placées à l’extérieur, elle remonte sur le piédestal où elle se tenait à l’origine.
Le dernier appât se trouve bien sûr au centre du symbole magique. Je craignais que la statue ne détecte le piège en voyant le cercle, mais apparemment, soit l’attrait de l’or l’aveugle, soit elle ignore de quoi il s’agit. Sans suspicion apparente, elle s’approche de la dernière pièce.

Il nous suffit d’attendre qu’elle la ramasse pour l’encercler, afin qu’Orleine puisse activer le sceau, et tout sera réglé. Le timing va s’avérer crucial. Si nous agissons trop tôt, la cible pourrait remarquer quelque chose d’étrange avant d’atteindre la zone d’action et réussir à s’échapper. D’un autre côté, si nous tardons trop, elle risque de quitter le cercle avant que le sort de confinement ne prenne effet. Il m’incombe de déterminer la bonne occasion.

Je lève la main droite de mon armure en attendant le moment propice.

La statue du dieu maléfique s’avance vers le centre du cercle… pas encore.

Elle se trouve presque au centre… juste encore un peu.

Elle tend la main pour saisir la dernière pièce… maintenant !
Au moment où j’abaisse la main, Orleine, Leonora et Harvin surgissent de leurs cachettes et prennent place aux points prédéfinis sur le contour du cercle, brandissant les armes sacrées.
Au même moment, Tenna et moi courons près du sceau, prêtes à réagir face à tout mouvement que pourrait faire cet imposant adversaire.

« ────── ? »

À ce stade, la statue du dieu maléfique, distraite par l’or, semble enfin réaliser notre présence, observant les alentours avec perplexité. Encerclée, elle ne semble pas encore détecter le piège et ne tente pas de s’échapper.
Parfait, il s’agit là d’une bonne chose. Je tourne le casque de l’Armure en direction d’Orleine, qui hoche fermement la tête et prend position.

« Allons-y ! »

Orleine commence à chanter, et le cercle magique dessiné sur le piédestal émet une vive clarté, faisant apparaître un mur translucide le long du contour du sceau. Ainsi, la statue du dieu maléfique se retrouve seule à l’intérieur du mur de lumière.
Orleine, Leonora et le Pape Harvin se tiennent autour du cercle, tandis que Tenna et moi restons éloignées dans nos Armures.

« ────── !? »

La statue du dieu maléfique reste figée, incapable de comprendre ce qui se passe. Je ne peux rien lire sur son visage impassible, et pourtant je sens qu’elle tremble de stupeur.
En ayant répliqué immédiatement, elle aurait sans doute pu détruire les armes sacrées d’Orleine et des autres, les éléments clés de la magie de scellement, avant de s’échapper de ce piège. Mais elle n’a pas su réagir.
Peu importe à quel point mon comportement l’influence, elle n’a acquis une conscience que récemment, et ma capacité à m’adapter à des situations imprévues lui fait encore probablement défaut.

Et cette réaction tardive se révélera fatale.

Le sort de confinement prive la statue de sa vitalité, ralentissant ses mouvements. Son manque de réaction initial lui coûte cher, la rendant pratiquement incapable de bouger. Même chancelante, elle s’accroche, et résiste sous cette charge invisible implacable.

Dans cet état, je dois dire que je reste quand même impressionnée qu’elle réussisse à retenir si fermement le tas d’or qu’elle transporte sans le laisser tomber.

Cependant, de notre côté, maintenir ce sort de confinement nous épuise également.

« Oh… quelle tension. »

« Cela devient vraiment éprouvant. »

« Guh… ugh… »

La puissance de la statue du dieu maléfique s’avère redoutable, et une lutte invisible se déroule entre elle et le pouvoir du sceau. Il semble que la situation soit précaire, au point que la magie pourrait se briser si nous relâchons notre attention.
Sous la pression qu’exerce la statue, nos trois compagnons brandissant les armes sacrées s’efforcent de tenir bon. Orleine en particulier, qui, en tant qu’invocatrice du sort, souffre visiblement davantage que les autres. Des gouttes de sueur perlent abondamment sur son front, mais elle s’accroche en gémissant alors qu’elle continue désespérément à maintenir sa magie.

◆ ◆ ◆

Ce combat féroce mais invisible se poursuit depuis déjà un certain temps, mais peu à peu, la balance penche finalement de notre côté. La statue du dieu maléfique, apparemment à bout de forces, lâche même les grandes pièces d’or qu’elle tenait si précieusement et se débat avec difficulté.

« Tu peux le faire, tu y es presque ! »

« O-Oui ! »

Aux encouragements de Leonora, Orleine lui répond, ruisselante de sueur.

« Je suis sincèrement navré, Anelie-sama… »

Pendant ce temps, Harvin pleure avec désespoir en regardant la statue du dieu maléfique se débattre. D’une certaine manière, il semble qu’il soit le seul à toujours disposer d’une grande marge de manœuvre.

Et puis… il ne s’agit pas de moi !

Bien que ses mouvements ralentissent, la créature géante tente toujours de s’échapper du sceau magique, mais finit par ne plus pouvoir se tenir debout, et tombe à genoux sur le piédestal, immobile. Comme elle tentait de s’échapper dans ma direction, je me tenais prête dans l’Armure d’Anelie au cas où elle parviendrait à sortir, mais il semble que cette précaution ne soit plus nécessaire. Incapable de bouger, la statue du dieu maléfique reste assise juste devant moi. Elle esquisse de temps à autre un mouvement de lutte, mais ceux-ci diminuent progressivement, donnant l’image d’une scène d’agonie.

Avant de m’en rendre compte, mes yeux se retrouvent captivés par la statue du dieu maléfique visible à travers l’armure dans laquelle je me trouve.
Je mentirais en disant que je ne ressens pas quelque chose pour elle, qui lutte pour échapper au désastre l’ayant soudainement frappée, et qui s’affaiblit sans pouvoir s’enfuir.

Est-ce vraiment une bonne idée de la sceller comme ça… ?

En y repensant, cette sculpture géante n’a rien fait de mal intentionnellement. Elle a peut-être semé la confusion dans les pays voisins, mais il ne s’agissait que d’un résultat involontaire. Par ma faute, elle a reçu une bénédiction, une volonté lui a été insufflée, et elle a simplement vagabondé sans vraiment comprendre ce qui l’entourait. Même lors de notre première embuscade, face à la fosse censée la piéger, elle ne faisait que contre-attaquer sporadiquement.

« ……… Ah. »

Comme si elle s’apercevait de mon attention, elle s’affaisse pour soutenir mon regard. Elle semble à la fois demander de l’aide et faire ses adieux.

« ────── ! »

Quelque chose bouillonne en moi, m’empêchant de rester en place, et je sors de mon armure.

« Anelie, que fais-tu ? »

Je le sais déjà parfaitement. La statue du dieu maléfique a déjà semé le chaos, tant dans les territoires humains que démoniaques, et son existence et la menace qu’elle inspire sont largement reconnues. L’aider ici signifierait assumer un fardeau inutile, et si je m’y prends mal, ça causerait probablement des ennuis à la Théarchie.
Non, en fait, il s’agit d’une certitude. La sceller reste la plus sage des décisions. Je le sais parfaitement.

Pourtant, je ne peux m’empêcher de penser qu’il ne semble pas juste de sceller ainsi cet être si imposant.

À moitié impulsive, je tends la main vers le mur de lumière du sort de confinement qui existe entre moi et la statue du dieu maléfique. Bien sûr, puisqu’il s’agit d’une magie destinée à sceller les êtres maléfiques, ça reste un acte très dangereux. Si je ne fais pas attention, je pourrais m’y retrouver moi-même enfermée.

Cependant, je ressens intuitivement que ce sort ne représente pas une menace majeure. Même à cette proximité, je ne ressens pas de peur. Elle semble peut-être plus puissante que la barrière de l’église de Rimmel, mais elle ne m’enfermera pas pour autant.
Comme pour le confirmer, des fissures apparaissent à la surface du mur de lumière là où mes doigts le touchent. Même si je peux sentir la force qui essaie de me repousser, l’impact reste limité.

Je juge que le niveau de menace devant moi ne vaut pas la peine de s’inquiéter et j’abats ma main droite d’un geste, comme pour la faucher. En un clin d’œil, les fissures s’étendent sur toute la surface du mur de lumière, qui éclate comme un ballon après un léger délai. Les fragments lumineux se dispersent comme des étincelles, créant un spectacle éphémère et enchanteur tel un vol de lucioles. En même temps que la barrière disparaît, le cercle magique sur le socle s’efface.

Et je me retrouve face à face avec la statue du dieu maléfique, toujours assise et figée sur le piédestal où le cercle magique a disparu.

(Ndt : Tenna.)
« Anelie-sama !? »

(Ndt : Leonora.)
« Éloigne-toi de là ! »

(Ndt : Orleine.)
« Dépêchez-vous de fuir ! »

Avec la disparition du sortilège de confinement, plus rien ne se dresse entre nous. De plus, me voilà maintenant hors de l’Armure d’Anelie, sans protection. Si la statue du dieu maléfique décidait de m’attaquer, il lui serait facile de m’écraser.
Paniqués, Tenna et les autres me lancent des appels alarmés, mais je leur fais signe de se calmer d’un geste de la main. Pour une raison quelconque, je crois sincèrement que cette statue devant moi ne me ferait jamais de mal.

Je m’avance d’un pas et lève les yeux vers ce géant de métal noir. Bien qu’assise, elle conserve une stature imposante et son visage reste encore assez haut.
Nos regards se croisent intensément, et je lui adresse la parole avec assurance.

« Si tu comprends mes mots, alors lève ta main droite. »

Cette phrase prend la forme d’un pari. Si la statue ne saisit pas mes intentions, il ne me restera aucune autre option. Cependant, d’un autre côté, je reste à moitié convaincue que mes mots parviendront jusqu’à elle. En lui faisant face, je ressens une fois de plus un lien particulier entre nous. Ça semble probablement lié au symbole du serviteur gravé sur son front.
Même si elle ne comprend pas la langue elle-même, le lien entre nous, au travers du symbole de servitude, devrait en transmettre la volonté. Dans cette logique, la statue du dieu maléfique lève sa main droite, conformément à mes paroles.

« Quoi !? »

« Ce-Cela a fonctionné ?! »

Leonora et les autres expriment leur stupéfaction. En fait, jusqu’à présent, rien n’indiquait qu’une communication ne soit possible, donc leur étonnement se comprend. Moi-même, sans la preuve que ma personnalité influençait son comportement, je n’aurais jamais envisagé que le dialogue soit possible.

« Si tu peux promettre d’écouter ce que je dis et de ne pas causer de problèmes autour de toi, nous ne te ferons plus de mal. Si tu comprends, lève ta main droite. »

« ……… »

La statue du dieu maléfique me fixe pendant un moment, puis lève à nouveau sa main.

Leonora et les autres retiennent leur souffle, observant avec une attention soutenue l’échange entre moi et ma titanesque jumelle.

« Ne blesse personne, sauf en cas de légitime défense. »

La statue lève la main sans hésiter. Apparemment, il s’agit d’une condition acceptée sans résistance.

« Reste à l’endroit que je te désigne, et ne t’en éloigne pas sans permission. »

Cette fois, elle met un certain temps avant de réagir, mais finit par lever timidement la main. A sa réaction, on comprend clairement qu’elle accepte à contrecœur, il pourrait donc s’avérer judicieux de prévoir un suivi sur ce point à l’avenir.

« Obéis à mes instructions lorsque je te les donne. »

La main se lève immédiatement. Cette troisième condition semble acceptée sans problème particulier.

« Et enfin, fais attention à ne laisser personne jeter un coup d’œil sous ta jupe. »

Aucune main ne se lève.
Néanmoins, ce n’est pas qu’elle refuse, mais elle penche simplement la tête comme si elle ne comprenait pas vraiment le sens de mes propos.

« Cache-la ! »

Quand je lui dis ça tout en maintenant la jupe de ma robe pour l’illustrer, elle comprend et lève finalement la main droite. Ouf, nous pouvons maintenant régler ça pacifiquement. Je pousse un soupir de soulagement, sentant un poids se libérer de mes épaules.

Et juste à ce moment-là, je sens un coup sec me tapoter le dos. Je me tourne, curieuse de savoir ce qui se passe. Là, se tiennent Leonora et Orleine, arborant un large sourire sur leurs visages. Cependant, leurs yeux ne sourient pas du tout, ce qui me fait un peu peur. Il me semble même apercevoir des veines bleues apparaître sur leurs fronts. Et toujours très souriantes, les deux prononcent un mot.

« « Seiza. » »

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( Relecture et correction: Hastin )

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