(Ndt : Leonora.)
« Quoi qu’il arrive, tu agis toujours… toujours de manière beaucoup trop impulsive ! Mets-toi à la place de ceux qui te regardent ! »
(Ndt : Orleine.)
« On a travaillé si dur et avec tant d’efforts pour utiliser la magie du scellement, et tout ça a été réduit à néant, nan !? »
(Ndt : Leonora.)
« Et si cette statue était devenue folle et s’était mise à faire des ravages, tu aurais fait quoi au juste ?! »
(Ndt : Orleine.)
« Eh bien, je comprends bien qu’il soit préférable de régler cela sans recourir au scellement, mais qu’en est-il de tous nos efforts ? »
Je reste assise en seiza sur le socle de la statue du dieu maléfique, tandis que Leonora et Orleine me sermonnent simultanément de chaque côté.
Certes, il s’agit de ma faute dans ce cas. Sans doute sous l’influence de la marque de servitude, une part de moi a agi de manière assez impulsive. Mais en faisant la moindre erreur à ce moment-là, ça aurait pu tourner à la catastrophe ; il paraît donc naturel que ces filles, ayant collaboré avec moi pour contenir cette statue, me considèrent comme une traîtresse.
Ainsi, je peux comprendre pourquoi elles se mettent en colère. Je peux le faire, mais… s’il vous plaît, évitez de me faire un double sermon. Je ne suis pas le prince Shotoku [1] après tout. Écouter deux personnes en même temps, reste hors de mes capacités.
« Anelie, est-ce que tu écoutes ?! »
« Vous nous écoutez, Anelie-san ?! »
« J’écoute. »
J’écoute en effet. En fait non, disons que ça rentre par une oreille…
Voilà pourquoi j’aimerais qu’elles parlent l’une après l’autre. À ce propos, seules Leonora et Orleine prennent la parole pour me réprimander. Les deux autres, Tenna et Harvin, se tiennent assis en seiza à mes côtés.
Ils n’ont en réalité aucune raison de subir la même punition, mais le Pape a déclaré : "Je ne peux pas laisser Anelie-sama endurer seule cette épreuve !"
Et en entendant ça, Tenna se redressa et répondit : "Dans ce cas, je vais aussi m’asseoir en seiza."
Nous nous sommes donc assis tous les trois côte à côte. Pour eux, il s’agit de la seconde fois qu’ils s’essayent au seiza, mais ils ne semblent toujours pas à l’aise, et ça se voit. Pour ma part, mes jambes commencent aussi à me faire souffrir.
Derrière nous, se tient la fameuse statue du dieu maléfique, qui, pour une raison inconnue, essaie de nous imiter en se redressant. Faisant partie des personnes (?) impliquées, elle a peut-être raison.
En voyant cette immense statue en position de seiza, je finis malgré moi par la trouver un peu mignonne. Puisqu’elle possède mon apparence, ce genre de pensées pourrait me donner l’impression de m’admirer moi-même.
« ……… »
« ……… »
« Hein ? »
Sentant des regards insistants, je détache mon attention de la statue et me retourne pour voir Leonora et Orleine qui me fixent en silence, avec un sourire légèrement exagéré. Ah, mince. Elles ont remarqué que j’étais distraite. Les deux affichent un sourire éclatant, tout en dégageant une aura incroyablement colérique.
« On dirait que tu n’as pas suffisamment réfléchi. »
« En effet. Que devrions-nous faire ? »
Devant cet échange inquiétant se déroulant devant moi, je tente de lever timidement la main droite pour intervenir.
« Il me reste une chance de me défendre… ? »
« Non. »
« Aucune chance. »
D’un mot, elles rejettent ma tentative. Puis, Leonora tend la main gauche, Orleine la droite, et elles me pincent les joues en tirant.
« Aaïe, aïe, aïe ! »
Ouch, ça fait mal ! Halte à la violence !
(Ndt : Pape Harvin.)
« Ne faites pas usage d’actions inappropriées envers Anelie-sama… »
(Ndt : Leonra.)
« Toi, tu te tais.. »
(Ndt : Tenna.)
« Eh bien, je pense que cela devrait être suffisant… ? »
(Ndt : Orleine.)
« Vous-voulez bien vous taire aussi, Tenna-san ? »
Assis à côté, le Pape Harvin et Tenna essaient d’intervenir, mais les deux enragées n’entendent pas raison.
« Maintenant, tu ne pourras plus regarder ailleurs. Nous allons donc reprendre les choses… depuis le début. »
« On n’y peut rien. C’est la faute d’Anelie-san si elle regarde ailleurs et n’écoute pas. »
Et ainsi commence un moment de cauchemar.
◆ ◆ ◆
Pendant environ deux heures, ces deux Onis [2] ont continué de s’acharner à me sermonner, tout en me pinçant sérieusement les joues. De plus, si j’essayais de regarder ailleurs, elles me tiraient encore plus fort.
« Bon, on va s’arrêter là. »
« Eh bien, mes mains sont fatiguées, et j’ai aussi la gorge sèche à force de parler. »
« …… »
Sans rien ajouter, je reste silencieuse en attendant que la tempête passe, redoutant qu’un mot de trop ne relance la dispute. Mes joues, prises entre leurs doigts jusqu’à présent, retrouvent finalement leur liberté, et je commence à les frotter avec mes mains.
Ça fait mal.
Je ne peux le vérifier dans un miroir, mais je suis certaine que mon visage doit paraître intensément rouge. De plus, mes jambes complètement engourdies me renvoient une sensation de picotement. Je préfère bouger lentement pour faire circuler le sang et éviter de faire face à une douleur intense…
À noter qu’Harvin et Tenna semblent eux aussi souffrir du même engourdissement aux jambes.
« Alors, qu’est-ce que tu comptes réellement faire avec cette statue ? »
Leonora me pose la question, tandis que je tente encore de remuer lentement pour désenflammer mes jambes.
« Pour commencer, je pense à lui trouver un nom. »
« Hein ? Un nom ? »
Jusqu’ici, nous l’appelions toujours ‘la statue du dieu maléfique’, mais je ne trouve pas ce surnom très approprié si elle possède une conscience. Et puis dire ‘ça’ pour parler d’elle me rend également quelque peu mal à l’aise.
« Quel nom vas-tu lui donner ? »
Hum… Il s’agissait d’une idée spontanée, donc je n’ai pas vraiment de nom en tête. Cependant, à ce moment-là, la silhouette de l’Armure d’Anelie dans laquelle je me trouvais apparaît dans mon champ de vision.
Je sais !
Je parviens à me lever tout en supportant mes jambes engourdies, et je m’adresse à la statue du dieu maléfique, toujours en position de seiza.
« Désormais, tu t’appelleras Anelie Keeper, la divinité protectrice de la Sainte Théarchie d’Anelie. Qu’en dis-tu ? »
Hum ?
Les réactions ne semblent pas très encourageantes. Pas seulement celle de la statue du dieu maléfique, mais aussi celles de Tenna et des autres.
Je suppose que la façon dont je nomme les choses sonne trop formelle, presque comme un titre officiel. Je pensais à utiliser Charlotte ou Joséphine, mais avec son apparence imposante, ça pourrait devenir un peu étrange. Ma suggestion restait donc dans les limites du raisonnable. Mais quoi qu’il en soit, j’ai une solution.
« En abrégé, tu seras : Aki. »
Je l’obtiens en combinant le « A » d’Anelie et le « Ki » de Keeper. [3] Ça peut sembler simpliste, mais au moins, il s’agit d’un nom et pas d’un titre de fonction.
Cette fois, la statue du dieu maléfique, désormais nommée Aki, lève la main en signe de validation. Elle semble satisfaite.
« Aki-sama, donc ? Un excellent nom, mais en faire le dieu gardien de la Théarchie ? »
Le Pape me pose cette question, tout en luttant contre l’engourdissement dans ses jambes.
« Je souhaite qu’elle demeure ici en tant que statue divine, et en cas d’urgence, qu’elle intervienne pour protéger si la situation l’exige. »
En réalité, rien que le fait de disposer d’une statue de cette taille, capable de bouger de manière autonome, devrait suffire pour que les pays se méfient et ne nous attaquent pas. En l’état actuel, ce pays ne possède presque aucune force militaire à proprement parler, et je m’inquiète de ce qui arriverait en cas d’invasion. Mais je pourrais me sentir plus sereine si Aki venait à prendre ce rôle.
« Je comprends, c’est une idée judicieuse. Dans ce cas, cela nous sera fort utile. Si besoin, nous pourrions même lui allouer une partie du budget de défense. »
« Nous discuterons plus tard des frais d’intervention. »
« Bien entendu. »
Si Harvin compte payer des frais d’intervention, cet argent me reviendra de droit. Et je pourrai ensuite en redistribuer une part aux personnes concernées. Bien sûr, en ce qui concerne Aki, elle n’a besoin ni de nourriture, ni d’argent, donc un salaire semble superflu. Cependant, contrairement aux statues en bronze ordinaires, elle possède une conscience, donc il sera sans doute nécessaire de fixer quelques conditions de travail. Même sans rémunération, peut-être pourrais-je lui accorder des pauses, voire des jours de repos.
Toutefois, en voyant à quel point elle collectionnait joyeusement les pièces d’or extra-larges, je ne doute pas qu’elle puisse un jour réclamer un salaire, et dans ce cas, il faudra bien négocier.
À ce moment de ma réflexion et ayant enfin surmonté son engourdissement, Tenna lève timidement la main pour me poser une question.
« Euh, Anelie-sama ? »
« Oui ? »
« Hum, à propos de cette Aki… même si vous souhaitez la garder ici, est-ce que cela ne risque pas de provoquer des plaintes de la part des autres pays ? »
« Eh bien… »
En effet, il s’agit d’une question à laquelle je songeais déjà, bien que je pensais la remettre à plus tard.
Aki a parcouru une grande partie des territoires humains et démoniaques en causant des dégâts, tels que la destruction de bâtiments. Sans même compter ces incidents, il ne fait aucun doute que sa présence a provoqué un certain chaos parmi les nations ; il y a donc un risque qu’ils se plaignent si nous décidons de la garder dans la Théarchie.
Le seul soulagement repose sur le fait qu’elle n’a causé aucune victime. Cependant, ayant décidé de l’aider, il m’appartiendra d’assumer cette responsabilité en répétant mes excuses et, si nécessaire, en offrant des compensations jusqu’à ce qu’ils finissent par l’accepter… quitte à vider jusqu’au dernier sou de mon pauvre pécule.
J’adresse un regard prudent à Leonora pour évaluer sa réaction.
« Mon royaume n’a pas particulièrement l’intention d’exiger de réparations ou quoi que ce soit de ce genre. Il y a eu de l’agitation, mais aucun dommage réel n’a été causé. »
Bien, il semble que le problème soit réglé en ce qui concerne la terre des démons. Désormais, je peux me concentrer uniquement sur le territoire humain. Je me tourne donc vers le pape pour lui confier une mission.
« Pourrais-tu informer chaque pays ? Je souhaite leur transmettre le déroulement des événements et préciser que nous prévoyons de garder Aki… ou plutôt, Anelie Keeper, la divinité protectrice de la Sainte Théarchie d’Anelie, ici à l’avenir. Précise également que nous sommes prêts à témoigner notre sincérité par une compensation financière. »
« À vos ordres, je vais entreprendre les démarches immédiatement. »
Le pape Harvin, ayant visiblement retrouvé des sensations dans ses jambes, se redresse, s’incline, puis s’éloigne en direction du Temple du Dieu Maléfique.
(Ndt : Leonora.)
« Es-tu sûre de pouvoir gérer cela ? »
« Tu parles de l’argent ? »
« Oui. Nous parlons de dédommagements d’États. Peu importe le montant reçu avec l’incident de l’autre jour, [4] cela devrait représenter une somme difficile à payer pour un seul individu, n’est-ce pas ? »
« Certainement, mais il faut en assumer les conséquences. »
Pour permettre à Aki de rester ici, je dois m’acquitter de cette responsabilité. Il est possible que je doive consentir à des paiements importants… Ce ne sera peut-être pas suffisant, mais il s’agit de ma responsabilité, en tant que celle qui a fait d’elle un membre du domaine. Et même si je me retrouve en situation de surendettement, je ne peux pas fuir cette obligation.
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( Relecture et correction: Hastin )
Note de la traduction :
[1] Le Prince Shōtoku est une figure historique importante du Japon, connu pour avoir été l’un des premiers régents et promoteurs du bouddhisme au 7ème siècle. Il est souvent cité comme un symbole de sagesse et d’intelligence dans la culture japonaise.
[2] oni (鬼) : Ces créatures sont généralement considérées comme des êtres folkloriques, souvent des esprits malveillants ou des ogres. Ils peuvent varier en traits et comportements, allant de redoutables à protecteurs.
J’ai conservé choisi ‘Oni’ plutôt que ‘démons’ (deux démons) pour éviter les confusions dans ce contexte.
[3] En VO: アンリルキーパー , soit Anri Keeper en phonétique, un nom volontairement anglophone. Traduction > Anelie gardien. Elle garde donc le A (ア) de Anelie et le ki (キ) de keeper.
[4]
Je suppose qu’elle fait référence à la négociation effectuée lors de la séparation de l’Anelie humaine et divine. Cela représentait 30% des revenus annuels de la ville lors du défis des trois divinités.
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