Chapitre 331.5.16 : Bataille finale 16
(Le combat passe au point de vue du Dragon des Ténèbres, Reise)
*
J’ai longtemps cherché un endroit où utiliser mes pouvoirs.
Un endroit où je pourrais mourir en les déchaînant à cœur ouvert.
Nous, que l’on appelle les chefs des dragons anciens, ne sommes que de pauvres imitations de véritables dragons.
Des chimères, créées au cours des expériences de Potimas.
Contrairement aux chimères humanoïdes comme Ariel, protégées à l’orphelinat de la Déesse Sariel, nous, dragons anciens, avons des formes plus proches des vrais dragons.
À cause de cela, nous n’avons reçu aucune protection des hommes, et avons été traités comme des bêtes.
Dans des lieux inconnus de nous, d’autres de nos semblables ont peut-être été employés comme cobayes, et sont morts.
Non — c’est certainement arrivé.
Celui qui nous a sauvés, c’est notre seigneur, Gyuriedistodiez-sama.
Pour cette raison, nous lui portons une vénération absolue.
C’est sûrement semblable aux sentiments d’Ariel envers la Déesse Sariel.
S’il y a une grande différence entre nous et Ariel, c’est que le Système nous considère comme des monstres.
Même aux yeux d’un dieu, nous n’étions que des animaux.
C’est pourquoi nous avons choisi de devenir les serviteurs de notre seigneur.
Nous avons renoncé à cohabiter avec les hommes, mais refusé pour autant de devenir de simples bêtes :
nous avons choisi d’être les gardiens de notre espèce.
Chacun de nous a assumé un rôle :
Hyuvan a purifié les terres polluées,
Eina a pris le contrôle des océans pour empêcher les humains de s’aventurer en mer,
Nier, Rendo et Gouka ont administré divers territoires et veillé sur eux.
Pour ma part, j’ai pris la responsabilité de sceller l’Épée du Roi-Démon.
La principale raison en était qu’il n’existait aucune terre adaptée à ma gestion.
L’autre raison, c’est que mes aptitudes sont bien plus spécialisées que celles de mes pairs.
Si un jour l’Épée du Roi-Démon devait être utilisée, ce serait aussi le moment où mon pouvoir deviendrait nécessaire.
C’est pour cela que j’ai été scellé avec elle.
J’ai volontairement développé mes compétences dans des catégories précises :
les aptitudes anti-divines.
Des capacités efficaces contre les dieux.
En d’autres termes, des attaques visant l’âme.
Des attaques d’Hérésie capables de la blesser directement,
des attaques de Corrosion qui infligent la mort,
et de la magie des Abysses qui anéantit l’âme.
J’ai investi l’essentiel de mes points de compétence dans ces arts.
Tout cela en prévision d’une éventuelle invasion divine.
Mais un tel scénario reste hautement improbable.
D’après notre seigneur, son supérieur — l’administratrice suprême D-sama — est une divinité si redoutée qu’aucun dieu n’oserait approcher un monde placé sous sa gestion.
Et si l’un d’eux le faisait, ce serait par ignorance.
Ainsi, mon existence n’est qu’une assurance :
une préparation à un événement à la fois inconcevable et capital.
Cependant, bien que j’existe en tant qu’assurance, je suis totalement inutile à ce rôle.
Si les dieux envahissaient, le premier à réagir serait mon seigneur.
Donc, si je devais intervenir, ce serait après sa défaite.
Et si c’est un adversaire que mon seigneur n’a pas pu vaincre, comment pourrais-je le vaincre moi-même ?
Je suis trop faible pour être une vraie mesure de secours.
Ne rien prévoir serait insensé, mais même les contre-mesures ont leurs limites.
Voilà ce que je suis : un être dont la présence ou l’absence ne change rien.
Si un jour mon seigneur échoue et que je monte sur scène, il est pratiquement garanti que je tomberai à mon tour.
Cela me fait rire.
Je suis ici pour le un sur dix mille où mon seigneur perd, et le un sur cent millions où je pourrais gagner.
Un être né pour ce “peut-être” dérisoire.
Alors, je n’ai jamais compris pourquoi j’existais.
Je voulais un endroit où briller.
Un lieu où je pourrais déployer mes pouvoirs,
où mon existence trouverait enfin un sens.
Ce lieu — c’est ici !
Ma main se tend vers Ariel.
Trop tard pour qu’elle évite.
Impossible de bloquer non plus.
Ariel semble considérablement affaiblie.
Elle n’a pas bougé de son siège depuis le début de la bataille,
et le fait qu’elle laisse tout à ses Taratekts subordonnées sonnait déjà faux.
Mais lorsque l’une des Reines s’est interposée pour la protéger, j’en ai eu la preuve définitive.
Ariel est aujourd’hui si diminuée qu’elle ne peut plus combattre correctement.
Si elle avait encore sa pleine puissance, elle n’aurait aucun besoin de Reines ni de Taratekts Marionnettistes. Ariel à son apogée pourrait nous anéantir tous, dragons anciens, à elle seule.
Mais elle ne le fait pas, elle ne le peut pas.
Et lorsqu’une Reine la protège d’un coup qui ne l’aurait autrefois même pas égratignée,
cela ne fait plus de doute.
Je la tiens !
Au même instant, mon bras est saisi de côté.
Ma main s’arrête juste avant de toucher Ariel.
La main qui m’a saisi a jailli du vide.
Puis, quelque chose me percute de plein fouet.
Cette chose et moi sommes projetés au sol, roulant dans la poussière.
Je me redresse en hâte, regarde… et reste abasourdi.
« Mon… seigneur… !? »
C’est bien lui — mon seigneur adoré, Gyuriedistodiez-sama.
Son corps est en lambeaux, couvert de plaies,
la lumière éteinte dans ses yeux qui regardent le vide.
Ne me dis pas… qu’il est… mort ?
Tétanisé, je ne réagis pas.
Si je n’ai pas été achevé dans cet instant d’égarement, c’est parce que celle qui se dresse devant moi est, elle aussi, blessée.
Ses vêtements blancs sont souillés de sang,
et son corps d’araignée est maculé de rouge.
L’un de ses yeux est détruit, et de son orbite coule sans fin un filet de sang, semblable à des larmes.
Malgré cette apparence douloureuse, son œil restant brûle d’une détermination farouche.
Comme pour protéger Ariel,
la déesse blanche se dresse devant moi.
*
Notes de traduction
Reise a un rôle un peu plus marqué dans la version Light Novel.
L’Épée du Roi-Démon, dotée de propriétés anti-divines (créée par D), aurait été utilisée par le précédent Roi-Démon dans l’attaque à l’origine de l’histoire.
L’expression originale pour « une chance sur dix mille / une sur cent millions » est idiomatique : elle traduit l’idée de probabilité infime, non un chiffre exact.
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Merci pour ce chapitre