Jashin Average – chapitre 8

Bonjour, je suis Anelie.
C’est un peu soudain, mais… j’ai été expulsée de l’auberge.
En fait, pour être précise, on m’a refusé de prolonger mon séjour, initialement prévu pour cinq nuits. Je ne m’en étais pas rendu compte, mais l’aubergiste semblait vraiment effrayée. J’imagine qu’à un moment donné, nos regards ont dû se croiser par accident. Je pensais que quelque chose comme ça finirait par arriver, mais je ne m’attendais pas à ce qu’on me mette à la porte aussi vite. Et elle ne m’a pas simplement mise dehors. La manière dont elle l’a fait, en disant toute tremblante : "S’il vous plaît, je vous en supplie, sortez", reste pour moi une expérience assez douloureuse et me laisse un peu déprimée. [1]
Je devrais sans doute chercher une autre auberge, mais après un tel choc, je ne me sens vraiment pas motivée à essayer. Et d’une certaine manière, il s’agit peut-être d’une bonne occasion de sérieusement réfléchir à comment résoudre le problème du déséquilibre entre mes revenus et mes dépenses, qui n’a toujours pas trouvé de réponse. C’est juste que si je ne me concentre pas sur des objectifs précis, je ne pourrai pas avancer.

Je prends finalement une pause dans un café de la place centrale, où j’avais déjà commandé du thé par le passé, pour réfléchir à mes options.
Je peux m’orienter dans deux directions.

La première serait de trouver une nouvelle source de revenus. La seconde, régler d’une manière ou d’une autre le problème de mon logement, qui engloutit la majeure partie de mes dépenses.

Pour la première option, j’y pensais déjà en m’inscrivant à la guilde des aventuriers, mais il m’a fallu renoncer au vu de la difficulté de la tâche. Avec mon caractère et mes compétences, je suis totalement inapte pour le service client. De plus, l’absence de compétences pratiques et de savoir-faire technique m’empêche de prétendre à des métiers d’artisan. Je songeais également à me lancer dans l’alchimie. Grâce à ma compétence de Bénédiction, je pourrais acheter des objets bon marché, les transformer, puis les revendre. Cependant, la plupart des objets que je touche deviennent maudits, ce qui les rend invendables. Et même si par miracle je trouvais un acheteur, ça attirerait trop l’attention et me causerait des ennuis.
En fin de compte, si je veux gagner de l’argent, il semble que la voie de l’aventurier soit la seule envisageable pour moi.

La question du logement paraît tout aussi compliquée. Avec seulement cinq pièces d’or, je ne dispose pas d’assez d’argent pour acheter une maison. En louer une serait possible, mais ça resterait risqué : si je croise le regard de quelqu’un par mégarde en sortant, ça finira comme à l’auberge, et je me ferai expulser. Rien que l’idée de devoir faire attention en permanence aux regards de ceux qui m’entourent m’épuise déjà. Finalement, louer ne résoudrait pas non plus le problème.
L’idéal serait ‘une demeure sans voisin’, ‘une propriété qui m’appartienne’, et idéalement, avec ‘un cadre de vie décent’. Et tant qu’à rêver, ce serait génial que ce lieu soit en plus doté d’un ‘moyen de gagner de l’argent’.

« Un endroit aussi pratique… »

J’aimerais dire qu’il n’y a aucun moyen que ça existe, sauf qu’en réalité, si je ne me soucie pas des détails, il me reste bien une solution. Devrais-je choisir la morale ou le côté économique et pratique… Avant même que je ne me pose cette question, mon cœur penchait déjà.

Je n’ai pas le luxe de faire la fine bouche. C’est vrai qu’on dit : "Même si un samouraï ne mange pas, il lève ses cure-dents", mais je ne suis pas une samouraï, donc pas de souci de ce côté-là. [2]

Après avoir mis de l’ordre dans mes pensées, je me dirige vers le magasin pour faire le plein de provisions.



◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆



Trois heures plus tard, après avoir entassé de gigantesques quantités de stocks dans mon inventaire, je me retrouve de nouveau dans le donjon de l’autre jour. J’ai renoncé à mes principes pour choisir les profits en venant vivre ici.

‘Un refuge isolé des gens’… À deux heures à pied de la ville, aucun excentrique n’habite aux alentours.
‘Ma propre maison plutôt qu’une location’… Après tout, je suis la propriétaire d’un donjon.
‘Un environnement de vie décent’… Bien qu’il ne le soit pas encore, je peux l’agrandir et le rénover à ma guise.
Et ‘un moyen de gagner de l’argent’ qui l’accompagne… Probablement que des pigeons avec de l’argent viendront à l’avenir.

Les inconvénients ? ‘Ma tranquillité sera perturbée’ et ‘ça risque de me peser sur la conscience’. Mais je compte trouver un équilibre en renforçant le donjon pour la première préoccupation, tout en évitant de faire des victimes pour la seconde, ce qui deviendra une de mes règles personnelles.

Ayant ainsi pris ma décision, j’entre dans le donjon.

Les capacités du maître du donjon me semblent floues, comme une intuition de ce qu’il peut réellement accomplir. Par exemple, étant donné que le donjon est un territoire sous le contrôle de son Maître, ce dernier peut se déplacer librement n’importe où et semble également pouvoir voir et entendre tout ce qui s’y passe, tant qu’il se trouve à l’intérieur des limites de son territoire.

J’utilise la téléportation pour me rendre dans la salle où se trouve le Cœur du donjon. Il s’agit d’une petite pièce de six tatamis, [3] avec un cristal bleu d’environ 50 centimètres de haut flottant au centre. Ça doit être le Cœur du donjon. Je pose ma main sur le cristal et murmure :

« Statut du donjon. »

——

Nom : Sanctuaire du Dieu Maléfique.
Attributs : Ténèbres, Mort, Miasmes.
Niveau : 3.
Puissance magique : 1 532.

——

À l’image de mon propre statut, celui du donjon se révèle tout simplement sinistre. Tentant de faire abstraction du nom et des attributs, je me concentre sur les autres éléments.

Les trois étages et son niveau semblent avoir été hérités du Donjon pour Débutants que j’ai repris. Bien que sa structure de base ait évolué, le nombre d’étages reste inchangé. La puissance magique semble correspondre à la quantité de magie restante stockée dans le noyau du donjon, nécessaire à son extension et à son entretien.

Deux méthodes permettent au Cœur du donjon d’accumuler de la magie : soit je l’infuse moi-même, soit elle est absorbée lorsque des intrus meurent à l’intérieur du donjon. Le Cœur fonctionne également comme une tirelire. Si le maître y verse du mana tous les jours, il peut se servir au-delà de sa capacité maximale.
Par exemple, la puissance magique d’un maître de donjon tourne en moyenne autour de 10 000 à 20 000, mais l’ajout d’un étage supplémentaire nécessite 1 million de puissance magique. Ça signifie qu’en temps normal, il lui serait presque impossible d’agrandir son refuge.
Cependant, en stockant quotidiennement 10 000 unités de magie, il devient possible d’augmenter le nombre d’étages tous les 100 jours. En réalité, il semble toutefois peu probable de pouvoir stocker toute sa puissance magique, car elle sert aussi à d’autres choses. Du coup, l’ajout de niveaux devrait prendre beaucoup plus de temps que cette simple estimation.

Après avoir extrait ces informations du Cœur du donjon, je ne peux m’empêcher de sourire intérieurement. Eh bien, il semble en effet que la valeur magique de 3 millions soit anormale. Ma magie se rétablissant généralement après une nuit de sommeil, je peux théoriquement créer trois étages par jour, ce qui signifierait 300 étages en 100 jours.
Non, je ne le ferai probablement pas, car ça deviendrait trop difficile de gérer autant d’étages.

Hmm, je voudrais attribuer une unité à la magie. ‘Points’, ça devrait convenir.

Pour commencer, je verse 3 millions de points dans le Cœur du donjon, puis j’en utilise 2 millions pour ajouter deux niveaux. L’étage où se trouve le Cœur du donjon devient automatiquement le plus profond, donc, avec l’ajout des 3e et 4e niveaux, je suis actuellement au 5e étage.

Les 3e et 4e resteront des labyrinthes standards, mais avec le million de points restants, je rénove complètement le 5e niveau. Je le divise en plusieurs pièces, dont une chambre, un salon, une cuisine, une salle de bains, des toilettes, un entrepôt et un espace pour garder le cristal du donjon. Ensuite, je crée un soleil artificiel alimenté par la magie pour distinguer le jour de la nuit. Le fait que la lumière soit générée directement à l’intérieur plutôt que d’entrer par des fenêtres pourrait sembler étrange au début, mais je m’y habituerai.
Et enfin, dans une pièce un peu plus grande, je prévois de créer un jardin intérieur… même si ça demandera sans doute un certain temps avant de pouvoir le récolter.

À cause de mes rénovations extravagantes, j’ai rapidement épuisé mon million de points. Mais au moins, l’aspect de la zone résidentielle a été grandement amélioré.

Enfin, toutes les créatures magiques présentes dans le donjon reçoivent pour instruction d’attaquer les intrus, mais avec l’ordre strict de les assommer sans les tuer. En effet, contrairement à des monstres ordinaires qui peuvent se sentir frustrés et ignorer les ordres à cause de leur instinct naturel, ceux qui peuplent ce donjon sont tous des non-vivants dépourvus d’ego, ils obéiront donc scrupuleusement aux ordres sans broncher.

Le fait d’utiliser autant de magie m’a vraiment épuisée, mais je résiste tant bien que mal et me dirige vers le bain. Ça fait longtemps que je n’ai pas eu la chance de prendre un bain, alors il est hors de question de m’endormir avant d’en avoir pleinement profité. Après tout ce temps à utiliser des bassines d’eau chaude, l’immersion dans ce bain est incroyablement réconfortante, et je finis par sombrer dans le sommeil, enveloppée par la chaleur de l’eau.

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( Relecture et correction: Hastin )

Note de la traduction :

[1]
Ce passage est lié au chapitre 22 "Le service d’une certaine aubergiste", un spin-off qui peut être lu dès à présent.

[2]
武士は食わねど高楊枝?
Littéralement: "Le samouraï ne mange pas, mais il lève ses cure-dents." Cela signifie que même lorsqu’un samouraï (ou une personne de statut élevé) n’a pas les moyens de manger, il fait semblant d’avoir fini un repas en utilisant un cure-dent, afin de préserver sa dignité et son apparence.

C’est un proverbe qui reflète l’importance de l’honneur et de l’apparence dans la culture samouraï, même en temps de difficulté ou de pauvreté.

[3]
"Une petite pièce de six tatamis" fait environ 12m².

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