Tour des Mondes – Chapitre 126

Boire un verre.

« Tu es vraiment qu’un idiot, mais j’imagine que tu ne t’en rends même pas compte. »

Avant même que j’aie le temps de réagir, elle décide de se pencher vers moi en direction de mon oreille et murmure quelques mots.

« Ta tête est mise à prix au pied de la tour, ne t’avise même pas de montrer que tu as des animaux en public. Et si tu te défends, crois-moi j’ai tout les droits de te faire vivre un véritable enfer. »

Bon la raison pour laquelle je ne suis pas en train de me battre et que je retiens Juliette, c’est parce que devant moi ce n’est pas un inconnu qui m’attaque, c’est Maliel et sa délicatesse naturelle. Elle n’a pas beaucoup changé physiquement, même s’il s’est passé plus de deux mois depuis notre dernière rencontre.

En attendant, elle est installée sur moi et ce n’est pas très agréable.
Je réfléchis alors aux quelques mots qu’elle a prononcés et pense aussitôt à Yuu à qui j’ai demandé de sortir de la sacoche. À travers le lien, je cherche à savoir où il est et je le vois aussitôt installé sur le bar, mais il est invisible. Je lui dis simplement de ne pas se montrer physiquement et il me confirme qu’il ne le fera pas.

— Gamine, j’espère que tu as une bonne raison pour sauter sur mes clients où je vais devoir te demander de partir.
— Oh, pas de problème. Je connais l’idiot sur lequel je suis installée.
— Dans ce cas, prenez une chambre si vous avez des choses à résoudre, mais ne restez pas au milieu du passage.

Maliel se redresse sans se presser et je fais de même. Elle se dirige vers le comptoir et demande à Madeleine de quoi boire pour deux et après une légère pause me demande si je veux quelque chose.

Comment fait-elle pour être aussi énergétique ? Yuu est déjà retourné dans ma sacoche. Je me contente de commander la même chose que Maliel avant d’aller m’installer à une table avec elle à l’écart des autres clients. Maliel avale un premier verre, puis un second et commence ensuite à boire les miens. Je pourrais dire quelque chose, mais je pense que je vais m’abstenir.

— DONC. Je ne pensais pas que je te reverrais aussi rapidement. Enfin, tu es vivant c’est déjà ça j’imagine.
— Je ne pensais pas que je te reverrais non plus.
— J’imagine que c’est le karma. Après le bordel que tu as causé au pied de la tour, il fallait bien que je te retrouve pour me venger.
— Te venger ?
— Je réfléchis encore à comment.
— Et comment ça le… bordel ?
— Tu as déjà oublié ton départ mouvementé ?
— Ah…
— « Ah » ?! Tu n’imagines même pas ce qui s’est produit c’est ça ? Après avoir perdu plus d’une vingtaine d’hommes qui ont fini emprisonnés… « Charade », si je ne dis pas de bêtise a mis ta tête à prix. 150 pièces d’or pour la personne qui ramènera vivant le dernier Dresseur devant lui. Vu que ta copine est une Paladin, il a décidé de ne pas trop se concentrer sur elle. Toi par contre tu as le forfait complet au point que je me demande si je ne devrais pas te livrer moi-même…

Je regarde Maliel en me demandant si elle est sérieuse. Si c’est le cas, je devrai me battre contre elle. Je pensais que même après mon départ de la tour je pourrais lui faire confiance…

Je ne la laisserai pas me livrer à Charade. Je n’ai pas complètement retrouvé mes forces et j’imagine qu’en deux mois elle a eu le temps de s’améliorer, mais j’ai mes chances… je crois ?

Bon, je ne l’ai pas affrontée depuis que je l’ai rencontrée quand elle m’a volé ma pièce au pied de la tour… Ce qui a plutôt mal fini pour moi.

Par la suite, même si j’ai tendance à l’énerver je ne l’ai jamais réellement affrontée.

En attendant, même si elle est plus forte que moi physiquement j’ai aussi des atouts de mon côté et…

— Je plaisante. Si j’avais voulu te capturer, je l’aurais fait en entrant ici. En attendant ta tête ne me revient vraiment pas, j’ai eu envie de te frapper dès que je t’ai vu, dingue non ?
— Mouais. Merci de t’être plus ou moins abstenue.
— En attendant, j’ai dû fuir le pied de la tour à cause de toi. Tu imagines bien qu’une fois que tu as disparu et que les gars de Charade ont fini en geôle parce qu’ils voulaient t’attraper, ils étaient prêts à tout pour te retrouver et donc eux plus les grimpeurs intéressés par la prime ont enquêté sur toi et ont fini par me tomber dessus. « Fin, j’ai dû partir puisque ça commençait à devenir invivable. Mais toi, tu es devenu une sorte de célébrité. Le dernier dresseur et sa tête est mis à prix. Sans parler de ceux qui vous ont vu fuir toi et ta copine.
— Je ne sais pas quoi dire.
— Commence par dire quelque chose comme « désolé » et soit convaincant. Tu es le premier visage familier que je croise depuis que je suis partie. Ensuite, j’ai fait désert, oasis, désert, oasis, village pourri, désert et ainsi de suite jusqu’à finir ici.
— Pourquoi est-ce que tu as pris une porte qui donne sur le désert ?
— Ne change pas de conversation, j’attends mes excuses.
— J-Je suit désolé, je ne m’attendais pas à ce que la situation tourne d’une telle façon. Je ne pensais pas que tu devrais partir à cause de moi et que ça prendrait une telle proportion.
— Pas très convaincant. Surtout pour quelqu’un qui a tué un gars de Charade… ne cherche même pas à nier, je n’ai pas envie de perdre du temps à en parler.

Je regarde Maliel sans savoir quoi dire. La situation a vraiment l’air d’avoir pris une tournure difficile et je vais probablement continuer à avoir des soucis à me faire tant que je n’aurais pas réglé cette histoire avec la guilde de Charade. Pour l’instant, je n’ai pas besoin de m’en faire, mais si quelqu’un apprend que je suis un dresseur ce ne sera pas la même chose.

Pendant que je réfléchis, Maliel commence à me dévisager comme si elle cherchait à comprendre à quoi je peux bien réfléchir. Je décide de faire un signe en direction de Madeleine pour lui demander de nous resservir et elle se contente d’acquiescer.

Je trouve un peu étrange de demander à une assassin plus puissante que moi de me servir à boire, mais ce n’est pas le moment de me lancer dans ce genre de réflexion.

— J’imagine que me donner de quoi boire est une bonne façon de te faire pardonner, mais ça ne suffira pas. J’ai dû tout plaquer pour partir et la bande d’idiots avec qui je traînais a commencé à croire que je savais où tu étais et que je pouvais les aider à obtenir la prime. Ça s’est plutôt mal fini vu que je ne suis pas fan de la délation.
-…Je ne pensais pas que ça se passerait comme ça.
— J’imagine. En attendant, tes autres amis vont peut-être te détester quand tu reviendras au pied de la tour. Peut être que ton guide a réussi à gérer la situation, mais vu ce que j’ai subi ceux qui partageaient ton logement vont vraiment avoir une dent contre toi.
— Est-ce que ça veut dire que tu me considères comme un ami si tu ne comptes pas me livrer ?
— Plutôt comme un larbin. Tu n’es toujours pas assommé et en direction du pied de la tour, mais continue de me chercher et je verrais peut être les choses différemment. Bref, qu’est ce que tu as fait de ton côté ?
— Depuis que je suis arrivé dans ce monde ? Chavirer sur un navire, protéger un village, finir à Lishnul et être dans le coma pendant deux mois pour me réveiller il y a une semaine… Pour faire court…
— Cool.

Maliel me regarde sans grand intérêt et finit par recommencer à boire dès que Madeleine passe pour nous servir…. enfin la servir. Elle commence à boire silencieusement à grandes gorgées et finit par me demander ce qui se passe de beau dans ce pays.

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5 thoughts on “Tour des Mondes – Chapitre 126

  1. Merci pour le chapitre.
    PS : Et je gagne mon parie ! Dommage que je n’ai parier qu’avec moi-même…

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