Jashin Average – chapitre 10
Ça fait maintenant quatre jours que je vis avec Tenna, la jeune esclave. Au début, elle s’étonnait de tout à longueur de temps, mais on dirait qu’elle commence à s’habituer à sa nouvelle vie. Ou peut-être a-t-elle juste renoncé à essayer de comprendre toutes les choses irrationnelles et anormales qui l’entourent.
Selon ses dires, elle aidait sa mère au village et semble donc capable de s’occuper de toutes les tâches ménagères. Du coup, je lui laisse tout faire : la cuisine, le ménage… Ce que je ne peux pas faire.
Non, au cas où vous vous poseriez la question, ça ne vient pas du fait que je ne sache pas cuisiner ou faire le ménage.Lorsque je tiens un couteau de cuisine, il se fait frapper par la Dague Maléfique, et si j’essaie de mettre un tablier, il se retrouve repoussé par ma Robe Noire. Même quand je souhaite simplement nettoyer autour de moi, pas moyen de ramasser un balai. Ils ont l’air d’être traités comme des armes et donc renvoyés au loin quand je les prends en main.
Heureusement, bien que la bénédiction sur mes vêtements ne s’active que la première fois, il semble que tant que je les porte, ils retrouvent leur état initial après un certain temps. Donc, ni la saleté, ni l’usure ne restent. Du coup, concernant la lessive, puisque je ne peux pas me changer, Tenna ne lave que ses propres affaires.
Après l’avoir soignée et sauvée, elle me voue une loyauté sans faille et se démène sans même recevoir de consignes particulières. De ce fait, bien qu’elle soit une esclave, le seul ordre que je lui ai donné en tant que maître jusqu’à présent consiste à ‘ne pas agir à mes dépens’.
En la regardant travailler si activement, je murmure « Statut ».
——
Nom : Anelie.
Race : Humaine.
Sexe : Féminin.
Âge : 17 ans.
Classe : Magicienne.
Niveau : 1.
Titres :
– Enfant de la Malfaisance.
– Maîtresse du donjon.
Puissance magique : 3 031 504.
Compétences :
– Aura Maligne (Lv.5).
– Regard Maléfique (Lv.5).
– Octroie de Bénédiction (Lv.7).
– Résistance aux Altérations d’État (Lv.6).
– Magie des Ténèbres (Lv.6).
– Inventaire (Lv.4).
– Création de Donjon (Lv. 2).
Équipement :
– Dague Maléfique.
– Robe Noire Maudite.
– Nuisette de la dépravation.
– Culotte de la succube.
– Escarpins des Ténèbres.
Servant :
– Tenna.
——
Un nouvel onglet ‘Servant’ indique maintenant le nom de Tenna. J’ai vérifié auprès de Tenna l’autre jour, mais il semble que je sois la seule à pouvoir voir cet écran d’information. Elle a ensuite essayé à son tour de prononcer le mot ‘Statut’, mais elle ne voyait rien apparaître.
Quand je me concentre sur son nom, les stats de Tenna s’affichent :
——
Nom : Tenna.
Race : Humaine.
Sexe : Féminin.
Âge : 14 ans.
Classe : Magicienne.
Niveau : 3.
Titres :
– Esclave.
– Disciple d’une divinité maléfique.
Puissance magique : 60 532.
Compétences :
– Résistance aux Altérations d’État (Lv.4).
– Magie des Ténèbres (Lv.4).
Équipement :
– Tenue de Miko du Dieu du Mal.
Subordination : Anelie.
——
Le titre ‘Esclave’ reste inévitable, mais ‘Disciple d’une divinité maléfique’ doit provenir de l’Octroie de Bénédiction. Avec 60 000 points de pouvoir magique, si l’on considère que la valeur d’un maître de donjon moyen se situe entre 10 000 et 20 000 points, il s’agit probablement d’un chiffre qui dépasse le domaine humain. Impossible de savoir de combien elle disposait avant de changer, mais vu qu’elle n’avait pas conscience de pouvoir utiliser la magie, je suppose que cette force lui vient sûrement de la Bénédiction. Il se peut également qu’elle possède un talent naturel pour la magie dont elle n’avait pas conscience… mais ma compétence a quand même dû jouer un grand rôle pour expliquer ce résultat.
En ce qui concerne ses compétences, il semble qu’elles soient dans le même domaine que les miennes.
Pour ses affaires, la ‘Tenue de Miko’ vient du sac en toile fourni par le marchand qui fut transformé par le pouvoir de la Bénédiction. Mais le fait que rien d’autre n’apparaisse en ‘équipement’ ne veut pas dire qu’elle ne porte pas de sous-vêtements ou de chaussures. Apparemment, les tenues ordinaires sans protection divine ne semblent simplement pas dignes d’un intérêt notable. Ce n’est pas comme si je la forçais à ne rien porter en dessous.
Lorsque nous sommes allées acheter des chaussures et des sous-vêtements, Tenna se montrait très gênée et réticente, au point que je dus la forcer à les porter pour justement assurer ma stabilité mentale.
Apparemment, aucun maître n’offrirait de telles choses à une esclave, mais je me sentirais vraiment mal à l’aise si je devais me tenir près d’elle la sachant complètement nue sous sa tenue de miko.
La chose la plus importante à retenir reste que la tenue du Dieu du Mal ne souffre pas particulièrement de la malédiction puisque Tenna peut se changer sans problèmes… c’est de la discrimination !
« Tenna. »
« Oui, Anelie-sama. »
À mon appel, Tenna, qui prépare ma tasse de thé, me répond immédiatement. Au début, elle m’appelait "Goshujinsama" [1], mais ça me mettait mal à l’aise. Alors après de longues négociations pour trouver une formule plus amicale et familière, j’ai fini par la laisser utiliser ‘-sama’ après mon prénom, puisqu’apparemment, il s’agissait là d’une limite sur laquelle elle refusait de céder.
Tenna essaie de revenir derrière mon dos pour attendre mes ordres, mais je lui verse une tasse de thé en lui faisant signe de s’installer en face de moi. Confuse à l’idée de s’asseoir à mes côtés, Tenna hésite, mais je la convainc en lui faisant savoir que nous devons parler. C’est étrange qu’elle ait un tel sens du respect de la hiérarchie alors qu’elle est censée avoir grandi dans un village.
« Ta famille te manque ? »
Je pose brusquement la question et elle se fige, visiblement surprise. Je sais que Tenna, une esclave à dette, fut livrée à un esclavagiste en guise de remboursement depuis un village situé non loin de Rimmel. Je me demandais ce qu’elle en pensait, car de son point de vue, ayant été séparée de force de sa famille, elle voudrait probablement les revoir.
Quant à moi, je ne tiens pas à ce qu’elle parte, puisque son absence me causerait beaucoup d’ennuis, mais je ne verrais pas non plus de problème à ce qu’elle retourne dans son village natal pour une courte période s’il s’agit de son souhait. Comme nous risquons de vivre ensemble un long moment, je préfère m’assurer qu’elle ne garde pas de rancœur envers moi.
« Je mentirais si je disais que je ne veux pas les voir. »
« Alors… »
« Mais pour être honnête, je ne sais pas comment leur faire face. C’est peut-être la même chose pour ma famille. »
Ouais, ça se comprend.
Une famille qui vend une fille pour de l’argent et une fille vendue par sa famille pour de l’argent, même s’il s’agissait d’une situation inévitable, ça complique forcément les choses.
« Je comprends. Quand tu auras fait le tri dans tes sentiments, si tu veux les voir quelques jours, dis-le-moi, ça ne me dérange pas. »
« Oh, merci ! »
Elle a les yeux humides, mais le sourire de Tenna est vraiment charmant.
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Eh bien, renforcer les défenses du donjon est une priorité absolue, autant pour moi que pour le bien de Tenna, avec qui je vis.
Au cours des quatre derniers jours, le donjon a subi de nouvelles rénovations, s’agrandissant d’un niveau chaque jour, pour atteindre maintenant neuf étages. Je ne compte pas en rajouter indéfiniment, mais mon objectif reste de rendre le donjon le plus imprenable et sûr possible, donc le porter à une trentaine de niveaux devrait suffire.
Je ne tiens pas à me battre moi-même, mais par précaution, je conserve une réserve de 1 million de points de magie pour les situations d’urgence, tout en dépensant 2 millions de points par jour pour l’amélioration du donjon. Un million pour ajouter des étages, et j’utilise le million de points restant pour le remodeler et le renforcer.
La première journée a été consacrée à l’ajout de pièces et à l’installation de meubles dans les quartiers d’habitation. Nous avions également besoin d’une chambre pour Tenna. La zone résidentielle, qui n’avait auparavant que le strict minimum comme un lit et une table, commence finalement à ressembler à un véritable lieu de vie. Au moins, le fait de disposer d’une salle de bain montre que ce donjon devient supérieur à une auberge de ville en termes de conditions de vie.
Le deuxième jour, j’ai installé des cercles de téléportation à chaque étage.
En tant que maître du donjon, je peux me déplacer librement à l’intérieur, mais ce n’est pas le cas pour Tenna. Je devais donc mettre en place un moyen pour qu’elle puisse se rendre facilement à l’entrée afin d’aller faire ses courses en ville. Heureusement, j’ai pu régler le système de manière à ce que seuls les détenteurs de pouvoirs magiques préenregistrés puissent l’utiliser, afin qu’il ne puisse pas servir à des intrus.
De plus, à l’exception de la zone résidentielle, se trouvent à présent deux types de cercles de téléportation dans chaque étage : le premier sert à renvoyer à l’entrée les intrus tombés au combat et le second permet d’envoyer les biens saisis aux intrus inconscients dans une salle de stockage de la zone résidentielle.
Le troisième jour, de nouveaux monstres ont été ajoutés à la liste de ceux qui apparaissent dans les couloirs.
Des spectres et des golems d’acier noir parcouraient à l’origine la zone, mais j’ai également introduit des seigneurs squelettes et des élémentaires de chaos. Dans l’ordre, nous avons donc des spectres insensibles aux attaques physiques et dotés de puissants sortilèges, des colosses de trois mètres en acier pur, des squelettes brandissant aisément des épées lourdes, et enfin des amas de miasmes absorbant tous les attributs à l’exception de la lumière.
Évidemment, je me suis assurée que ces nouvelles créatures évitent de porter des attaques mortelles. Étant non-vivantes, elles obéiront sans faille à cet ordre.
Le quatrième jour, j’ai placé des pièges à chaque étage.
Je m’efforce de ne tuer personne, donc naturellement, il ne s’agit pas de dangers mortels. Les principaux sont des mâchoires de fer, des fosses, des gaz paralysants, des gaz soporifiques et des cercles de téléportation individuels, qui sont ceux que je préfère. D’ailleurs, le dernier reste le plus vicieux. Ces cercles sont de petite taille, donc la destination de la téléportation se limite au même étage, mais si une personne se retrouve soudainement séparée de son groupe et envoyée ailleurs, potentiellement au milieu de monstres, elle n’aura aucune chance.
Aujourd’hui, avec l’ajout quotidien, le donjon vient d’atteindre le dixième étage. 10, étant un chiffre rond, je décide de placer un boss dans la salle faisant le pont entre l’escalier descendant du 9ème étage et la zone résidentielle afin de la protéger en dernier rempart. Au lieu de monstres réapparaissant sans cesse et en nombre, je choisis de créer (ou d’invoquer ?) un puissant monstre pour en faire le boss.
En dépensant 1 million de points, j’obtiens un monstre unique, le Roi Sans Vie. Revêtu d’une robe somptueuse et portant une couronne sur sa tête, une dense aura de mort émane de cette créature squelettique, le rendant vraiment digne du titre de Souverain des morts-vivants.
Tant qu’à faire, j’utilise les points restants pour installer dans la chambre du boss un trône digne de ce nom.
…Et si je camoufle l’entrée de la zone résidentielle avec une porte secrète, peut-être que les rares aventuriers qui arriveront jusqu’ici se méprendront et croiront qu’il est le maître de ce donjon.
Maintenant, il présente enfin l’apparence d’un vrai donjon. Bien sûr, je compte encore le renforcer, mais même à ce stade, il devrait être capable de faire face à un certain nombre d’intrus.
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( Relecture et correction: Hastin )
Note de la traduction :
[1] Goshujinsama se traduit littéralement par “Maître(sse)” ou “Seigneur”. Il s’agit d’un terme très utilisé dans les mangas et anime, mais aussi par les ‘maid cafe’ au Japon.
Je laisse le terme originale a cause de son impact culturel…



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