KissWood

NORDEN – Chapitre 8

  • Chapitre 8 – Iriden

La ville de Varden était animée en ce dimanche matin, jour de marché. Bon nombre de charrettes chargées de victuailles encombraient les trottoirs où les gens amassés telles des sardines bavardaient. Les commerces et les pubs étaient bondés. Ainsi, la ville était plongée dans un brouhaha incessant qu’Ambre avait du mal à supporter.

Les vendeurs hélaient les passants en pleine rue, positionnés derrière leurs étals bien garnis. Des dizaines de cagettes de bois, foisonnantes de fruits et de légumes tout juste récoltés du matin, étaient soigneusement empilées au pied des charrettes. Les primeurs les avaient rangés, triés et bien mis en évidence afin d’aguicher d’éventuels clients et, telle une nature morte, ceux-ci arboraient de jolies formes voluptueuses et dégradés de couleurs ; allant du vert des choux et des poireaux aux rouges des betteraves, en passant par l’orangé des carottes et le violet des navets. Les prix affichés étaient exubérants et Ambre se demanda s’il en avait toujours été ainsi ou si une inflation avait eu lieu. Elle ne venait que très rarement en ville la fin de semaine et n’avait jamais vraiment eu l’occasion de se rendre au marché ; cette dernière achetait directement ses légumes aux producteurs de la ferme voisine, qui lui faisaient bénéficier de tarifs préférentiels.

Les odeurs s’entremêlaient, boucheries et charcuteries faisaient griller leur viande sur les rôtissoires. Il flottait dans les airs un enivrant fumet de poulet rôti à la broche, additionné à la succulente odeur de pain frais tout juste sorti du four des boulangeries annexes. Un peu plus loin, plusieurs étals de poissons et crustacés, fraîchement pêchés, se succédaient dans de larges allées perpendiculaires, en direction du port où des files de tombereaux avançaient lentement à la chaîne. La tête basse et les yeux dans le vide, les bêtes étaient épuisées par leurs interminables allées et venues. Elles claquaient leurs sabots sur les flaques d’eau, éclaboussant la foule à leur passage.

Des vendeurs de journaux, de très jeunes garçons en guenilles hissés sur des petits promontoires de fortune, hurlaient à pleins poumons les nouvelles du jour dont les unes étaient particulièrement alarmantes. Ambre jeta un rapide coup d’œil à l’une d’elles, celle du Pacifiste, dont le titre principal en ce dimanche 28 mars était « Trois moutons dépecés, un loup affamé rôde ». Intriguée, elle en acheta un qu’elle paya une pièce de cuivre et le rangea dans la sacoche afin de le lire plus tard, à tête reposée.

Les deux filles passèrent par une rue adjacente, traînant péniblement Ernest qui louchait sur les pommes et les poires qui se tenaient à sa portée. La rue était calme, plus étroite et sentait l’humidité. Elles arrivèrent à l’arrière-boutique de La Mésange Galante, devant laquelle quelques cagettes de farine, d’œufs et de fruits s’amassaient. Ambre frappa à la porte. Bernadette, une dame d’une cinquantaine d’années, lui ouvrit. Lorsqu’elle reconnut Ambre, elle la gratifia d’un léger sourire. La jeune femme lui tendit le sac de pommes et la salua avant de repartir.

Elles regagnèrent l’allée principale et entreprirent la montée vers Iriden, passant aux pieds du grand bâtiment de la Garde d’honneur, avec ses rangées d’arcades et sa tourelle si caractéristique qui surplombait la ville.

— Wahou ! Regarde Ambre ! s’exclama Adèle.

Happée par le spectacle qui se déroulait en son enceinte, la petite s’arrêta et contempla avec émerveillement ces cavaliers en costume rouge et blanc galonné. Armés d’un fusil, ils se tenaient juste derrière les hautes grilles noires. Tous paraissaient agités, affichant un air grave devant leur meneur, écoutant les ordres de manière solennelle. Leurs chevaux semblaient tout autant nerveux, dodelinant des oreilles et piaffant avec acharnement.

— Allez, viens ! dit Ambre en prenant la main de sa cadette pour l’engager à poursuivre leur périple.

La route menant à la haute-ville était dans un bien meilleur état que celle de la basse-ville. Les maisons étaient mieux entretenues et plus imposantes. Toutes étaient bordées par des murets de briques surplombés de grilles en fer forgé noir, où lierres et roses trémières grimpaient en toute majesté, et possédaient un jardin arborant de somptueux parterres floraux.

Au fur et à mesure de leur ascension, les maisons devenaient de plus en plus majestueuses. Des groupes d’enfants s’amusaient bruyamment tandis que les adultes jouaient aux cartes ou lisaient simplement leur journal, profitant des premières vraies journées de beau temps, paisiblement assis sur un fauteuil devant leur table de jardin, une tasse ou un cigare à la main.

Elles arrivèrent sur la place principale, très spacieuse et monumentale. Tout comme à Varden, elle comprenait une large fontaine riche en ornements en son centre, sur laquelle trônait la statue du créateur de la ville : le Duc Vladimir von Hauzen, l’ancêtre du maire actuel. L’homme, au port digne, portait un costume militaire et tenait en sa main un drapeau aux armoiries de la licorne.

L’imposant hôtel de ville s’étendait sur tout un pan de la place, éblouissant la vue de tous les passants de par son architecture d’une droiture implacable. L’édifice était conçu en pierre blanche et comprenait deux étages. Il possédait de larges fenêtres rythmées par des colonnes symétriquement réparties de chaque côté de l’immense porte d’entrée où deux grandes statues de lions se dressaient. Les deux félins semblaient regarder de haut toute personne désirant entrer céans. Sur le toit parcouru d’une rambarde, le gigantesque drapeau à l’effigie du territoire aranoréen flottait à la brise. Il symbolisait l’union imparfaite de deux peuples opposés souhaitant vivre en harmonie et en paix.

À côté de la mairie se trouvait la bibliothèque nationale, un bâtiment à l’architecture similaire, possédant en son enceinte un jardin boisé garni de pommiers.

À la vue de l’édifice, Ambre soupira. Des flashs de son enfance lui revinrent en mémoire et elle fut soudainement traversée par des souvenirs doux-amers. Jadis, elle s’y rendait régulièrement avec sa mère afin d’y emprunter des livres et de profiter de la tranquillité des lieux ; la lecture faisait partie des rares moments de complicité qu’elles entretenaient toutes les deux.

Main dans la main, les deux sœurs avançaient prudemment, prenant garde à ne pas gêner les travailleurs, aranéens comme noréens. Les noréens de la haute-ville étaient principalement des employés municipaux ou des domestiques travaillant au service de riches familles aranéennes, plus communément appelée l’Élite. Ils portaient leurs vêtements de service où les armoiries de leurs maîtres étaient brodées au niveau de la poitrine.

Les membres de l’Élite aranéenne, quant à eux, étaient nettement percevables parmi la foule. La plupart des femmes étaient vêtues de riches parures, arborant avec une décence malsaine de belles robes à motifs richement brodés de fils d’or ou de soie, scintillant à la lumière.

Ces femmes aux allures de biches mais aussi impitoyables que des harpies féroces, marchaient d’un pas lent et mesuré, avec des souliers à talons hauts, les faisant dominer d’une tête de hauteur leurs humbles serviteurs. Toutes étaient coiffées de tresses ou de chignons impeccables, faisant ressortir la froideur de leur visage au teint pâle et aux yeux sombres. Certaines portaient même des parures qu’elles mettaient en évidence afin d’intimider leurs rivales et d’exhiber la richesse de leurs très chers maris aimants.

Les hommes de la haute étaient tout autant démonstratifs, mais d’une manière plus subtile. Beaucoup portaient de simples vestes de couleur sourde et unie, sur des pantalons tout aussi sobres. Quelques-uns arboraient une coiffe en haut de forme, un monocle ou même une canne pour se distinguer. Mais les attributs de leur pouvoir demeuraient davantage dans leur regard digne ainsi que par leur port incroyablement droit. Une rigidité si extrême qu’elle impressionnait n’importe quelle personne non issue de leur milieu. Ils se déplaçaient tels des aigles, de leur allure noble et majestueuse, presque impériale.

Ambre se sentit mal et apercevait les regards hautains et condescendants se porter sur elle et sa sœur. Elle les entendait parler entre eux par messes basses, les raillant sans vergogne lorsqu’ils passaient à leur portée. Heureusement, Adèle ne semblait nullement inquiétée par la situation, ne comprenant pas pourquoi des femmes la gratifiaient d’un large sourire.

L’aînée serra les poings et grogna.

Je commence déjà à regretter d’être revenue ici ! Je déteste ces gens et j’en ai marre d’être vue comme une moins que rien !

Alors qu’elle tentait de se calmer, Adèle observait avec intérêt les boutiques alentours avant de s’arrêter devant la boulangerie tant convoitée.

La Bonne Graineétait reconnuecomme la meilleure boulangerie du territoire mais aussi la plus chère. Elle était la seule à posséder un pain de froment d’exception, que seuls les plus richespouvaient se permettre d’acheter régulièrement, les autres ne devant se contenter que de pain noir.

Pour marquer son prestige, la devanture était entièrement blanche, illustrée par une écriture fine et élancée à l’encre noire, ourlée de moulures dorées. De multiples viennoiseries et pâtisseries, savamment disposées sur des plateaux d’argent, ornaient le derrière de l’imposant vitrage transparent. Ambre n’en connaissait même pas le quart.

À la vue de tout ce foisonnement de nourriture, Adèle trépignait. La bave aux lèvres et les yeux pétillants, elle lorgnait avec envie tous ces desserts fastueux et inabordables, posant ses petites mains sur la vitre tout juste lavée. L’aînée lui donna trois pièces de cuivre afin qu’elle s’y rende seule.

Toute heureuse, la petite entra dans la boutique noire de monde tandis que l’aînée partit un peu plus loin avec le poney, rejoignant une ruelle plus tranquille et isolée. Elle attacha la bride du shetland à un anneau puis s’appuya avec nonchalance sur le long d’un mur et s’alluma une cigarette, voulant défouler énergiquement ses nerfs afin de faire passer le sentiment de colère qui la gagnait.

Pendant qu’elle patientait, un groupe de trois aranéens, à peine plus âgés qu’elle, vint à sa rencontre. Ils l’avaient aperçu au loin, sur la place, et se faisaient un malin plaisir à l’idée de venir lui rendre visite. Les garçons étaient bien plus grands qu’elle, la dépassant d’une tête. Tous portaient un uniforme identique : une tunique bleu outremer sur laquelle était brodée une licorne dorée, le symbole de la prestigieuse université d’Iriden.

— Eh bien, ma jolie miséreuse ! lança d’un air cynique le premier d’entre eux, un blondinet au visage d’ange. Que fait une jolie plante comme toi ici, si seule et vulnérable ?

Il s’avança un peu plus près et s’abaissa légèrement afin de se mettre à sa hauteur :

— Ne vois-tu pas que c’est dangereux, quelqu’un pourrait venir te voir et t’agresser, déclara-t-il d’une voix mielleuse.

— Vu comment elle est habillée, je suppose que cette pauvre enfant est perdue, renchérit le deuxième, un garçon au visage ingrat couvert de boutons.

— Varden est plus bas ma chère ! railla un troisième, un brun à lunettes tout aussi intimidant.

Ambre se redressa en hâte et les dévisagea.

Ça y est, les emmerdes commencent !

Elle scruta rapidement les lieux à la recherche d’une sortie et comprit avec effroi qu’elle s’était engouffrée dans une impasse, ses trois potentiels agresseurs lui barrant la route.

— Comment t’appelles-tu ma mignonne ? s’enquit le premier d’une voix suave.

Les sens en alerte, Ambre inspira profondément mais ne broncha pas, se contentant de défier ses trois interlocuteurs avec mépris. Elle déglutit péniblement, se sentant envahir progressivement par la peur. Elle ne savait que faire dans cette situation ; les trois gaillards pouvant à tout moment devenir agressifs voire dangereux et personne d’autre ne se trouvait dans la ruelle pour intervenir. Elle le savait, elle était prise au piège.

Pitié, faites qu’ils partent ! songea-t-elle en son for intérieur, ne se souvenant que trop bien de l’agression qu’elle avait essuyé jadis où Beyrus l’avait sauvée de justesse.

Les membres tétanisés, elle était incapable d’esquisser le moindre mouvement ou de décrocher le moindre son.

— Eh bien… Tu es muette ma petite ? reprit le premier en approchant sa main afin de venir lui tenir le menton.

Mais avant qu’il ne la touche, elle lui écarta la main d’un geste vif.

— Laissez-moi, s’il vous plaît !

Les trois hommes se mirent à rire. Le blondinet s’installa à côté d’elle et passa une main au bout de ses cheveux flamboyants. Il fit rouler une mèche entre ses doigts et la porta à son nez pour la renifler. Il prit un malin plaisir à effectuer ce geste d’une extrême lenteur tout en la dévisageant d’un regard de prédateur.

Ambre, choquée, ne bougea pas.

— Quel doux parfum… J’aime le parfum de la jeune femme en fleur… Cela me procure beaucoup d’excitation ! lança-t-il grivois, l’œil lubrique.

En voyant son regard profondément malsain, elle se ressaisit et lui fit face.

Sale putain de pervers !

Échaudée et sans aucune honte, elle le gifla avec force.

— Lâchez-moi ! riposta-t-elle avec vigueur.

Le blondinet, stupéfait par cette action soudaine, se tint la joue et la regarda hébété. Puis un immense sourire carnassier illumina son visage. Ses deux acolytes ricanèrent, observant passivement leur ami tenter d’approcher cette petite créature sauvage.

— Eh eh ! Mais c’est qu’elle est ravissante lorsqu’elle est en colère ! railla le troisième en croisant les bras, l’air mesquin. Elle ne devrait pas te répondre de la sorte Isaac ! Tu devrais lui montrer un peu qui commande !

Le blondinet lui adressa un sourire et revint vers sa proie :

— Tu entends ça petite rouquine, murmura celui-ci en plongeant son regard dans le sien, faut être gentille avec nous !

Il scruta avec intérêt, de pied en cape, sa silhouette :

— Très gentille même ! fit-il en se pinçant le doigt du bout des lèvres, révélant une rangée de dents blanches fièrement alignées.

— Oui, c’est bien vrai ça ! renchérit d’une voix haute le troisième, narquois. Ne sais-tu pas que tu devrais baisser les yeux et la fermer lorsque tu nous côtoies, sale noréenne ! Tu nous dois le respect !

Sans qu’elle ne s’y attende, le blondinet lui attrapa la main et lui tordit le poignet avec force. Puis il l’agrippa fermement par la taille et la serra violemment contre lui. Ambre poussa un cri de douleur.

Mais c’est qu’il me fait mal ce pervers !

— Lâchez-moi ! cria-t-elle.

— Tout doux ma jolie ! Tout doux ! lui susurra-t-il.

Alors qu’elle se débattait avec hargne, elle sentait le membre du jeune garçon se gonfler et se frotter contre son pantalon au niveau du bassin. Le brunet se joignit à lui pour l’aider à la maîtriser et se plaça juste derrière elle afin de l’immobiliser. Il lui maintint une main dans le dos et plaça l’autre au niveau de son cou.

Cette fois, c’était fini, elle était piégée… prise à la gorge.

Quels sales enfoirés ! S’ils osent me faire quoique ce soit je les retrouverais et ils me le paieront cher !

— Allez, détends-toi et viens avec nous ma chère, on va te montrer quelque chose !

— Lâchez-moi ! cracha-t-elle, tentant vainement de se défaire de son emprise.

Putain, mais c’est qu’ils ont de la force ces bâtards !

L’homme resserra son étreinte, s’approcha de son visage et lui lécha la joue.

— Arrête un peu de te débattre, murmura-t-il à son oreille, tu vas voir, on sera vraiment gentil si tu nous obéis sagement.

Soudain, les yeux de la jeune femme s’illuminèrent d’un étrange éclat cuivré qui déstabilisa, l’espace d’un bref instant, son assaillant et lui fit inconsciemment desserrer quelque peu son étreinte. Sentant qu’elle n’était plus aussi solidement maintenue, Ambre, terriblement énervée et emparée d’un intense sentiment de rage, parvint à libérer sa main et frappa avec violence le garçon en plein visage ; son poing atterrissant directement sur son nez, produisant un craquement sec.

— Lâche-moi, sale bâtard ! hurla-t-elle.

Le garçon, abasourdi et hurlant de douleur, défit instantanément son emprise et se tint le visage. Son acolyte la relâcha immédiatement pour s’enquérir de l’état de son ami tandis que le dernier, resté légèrement en retrait, se moqua d’eux en riant aux éclats.

Pris de fureur, le blondinet s’apprêtait à se jeter sur elle lorsqu’une voix grave retentit derrière lui, l’interrompant subitement.

— Veuillez arrêter cela, messieurs !

Le groupe se retourna afin d’observer l’impertinent qui avait osé perturber leur partie de chasse. Un jeune homme, se tenant sur un noble destrier, les dévisageait sévèrement. Il était assis droit et fier sur son imposant cheval à la robe baie. D’un air froid et digne, accentué par ses habits noirs et saillants ainsi que par ses cheveux noir de jais attachés en arrière en catogan, il les observait de ses yeux noirs.

— Veuillez, laisser cette jeune femme tranquille ! trancha-t-il.

Anselme ? fit Ambre, les yeux écarquillés, choquée de le revoir et de le voir faire preuve d’autant d’autorité.

Les trois acolytes l’observèrent attentivement, l’œil mauvais et les poings serrés.

— Ce n’est pas tes oignons le paria ! Poursuis donc ta route et laisse-nous à notre affaire ! répliqua l’un d’eux.

Anselme les toisait sans mot dire. Les sourcils froncés, il tenait fermement la bride de son cheval Balthazar qui, comme pour appuyer son geste, claquait avec force ses immenses sabots ferrés sur le sol et dodelinait des oreilles avec agacement.

Stupéfaite, Ambre regardait la scène sans mot dire.

— Va-t’en, on vient de te dire ! lança le blondinet, le poing levé en guise de menace, tout en tenant son nez qui saignait abondamment et dont les gouttes d’un rouge écarlate venaient choir sur le sol gris pavé.

— Je ne vous le dirais pas deux fois, messieurs ! renchérit fermement le cavalier, totalement impassible.

— Qu’est-ce que t’en as à faire de cette sale rouquine d’abord ! pesta le troisième en croisant les bras.

Il détourna son regard du cavalier et scruta avec un profond dédain cette fieffe noréenne de basse classe.

— Ce n’est qu’une noréenne, elle nous doit obéissance et on tient à lui montrer ce qu’est le respect ! ajouta-t-il avec mépris.

Anselme commençait à perdre patience :

— Soit ! Dans ce cas, je m’en vais avertir la milice. Il y a un agent non loin de là et je suis sûr qu’il serait ravi de voir comment vous osez vous comporter envers une jeune femme : noréenne ou non. Ma main à couper que vous serez arrêtés et rossés… Le trouble à l’ordre public est relativement bien puni et je ne suis pas sûr que vos parents seraient enchantés à l’idée d’apprendre que vous nuisez à leur réputation !

Il martela ces derniers mots de manière cinglante.

Les jeunes hommes le regardèrent. Puis, avec une rage non dissimulée, le blondinet déclara :

— Sale petit enfoiré ! Profite donc de ton statut de pupille du Baron ! Ma parole que si je t’attrape un jour, je te fais la peau !

Il prononça ces mots avec haine et violence, le poing toujours menaçant. Gagnés par le malaise, ses amis commencèrent à le retenir et lui ordonnèrent d’arrêter ; leur réputation ainsi que celle de leur père était mise en jeu et rien n’importait plus pour eux que leur image ainsi que celle de leur patriarche.

Quelques instants plus tard, le groupe battit en retraite. Ambre et Anselme se retrouvèrent seuls, face à face, se dévisageant l’un l’autre dans un long silence gênant sans qu’aucun d’eux ne parlât. Le jeune homme finit par incliner légèrement la tête. Puis il reprit ses rênes et donna un coup de cravache sur la croupe de son cheval. Enfin, il fit demi-tour et s’en alla au trot.

La jeune femme, troublée et tremblante, le regarda s’en aller puis regagna la place principale avec Ernest qui semblait tout aussi nerveux. Quelques instants après, Adèle sortit de la boutique, tout heureuse, avec sa belle miche de pain blanc entre les mains.

Chapitre Précédent |

Sommaire | Chapitre Suivant

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :