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Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 32 - KissWood

Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 32

Récompenses
Traducteur : Team Yarashii

J’enveloppai Filo avec ma cape, et nous nous rendîmes auprès de l’armurier.

— Ah oui, c’est notre petit Héros !

Le propriétaire nous salua de la main à mon arrivée, comme s’il nous attendait.

— Vous avez trouvé quelque chose ?
— Oui. Attends une minute.

Il trotta vers la porte et déploya la pancarte « Fermée » avant de nous faire signe de sortir. Il nous conduisit plus loin dans la rue, à l’échoppe de magie que nous avions visitée il y a quelques jours.

— Tiens, mais qui voilà.

Quand l’armurier fit son apparition dans la boutique, la dame tenant les lieux ne put réprimer un sourire, et elle accourut à sa rencontre.

— Voulez-vous bien aller dans l’arrière-boutique pendant quelque temps ?
— Filo, ne te transforme pas en oiseau sans ma permission, d’accord ?
— D’accord…

Nous allâmes là où elle nous le demandait, une pièce où tout indiquait qu’une personne vivait ici. Un grand espace de travail était visible.
Apparemment, c’était là qu’elle concevait ses sorts.
Le plafond devait atteindre les trois mètres de haut. Un carré magique était disposé au sol, et plusieurs cristaux étaient délicatement placés au centre de la pièce.

— Désolée pour le désordre, j’étais plongée en plein travail.
— Aucun problème. Mais, est-ce que vous vendez aussi des vêtements pour cette fille ?
— J’ai posé la question ce matin, et j’ai entendu dire que cette personne saurait quoi faire.
— Oh oui, en effet.

La propriétaire des lieux prit des cristaux posés sur la table, et à leur place, apparut ce qui ressemblait à peu près à une très vieille et imposante machine à coudre.
Était-ce un fuseau, du même genre que celui avec lequel la Belle au Bois Dormant s’était piqué le doigt ?

— Cette enfant est-elle réellement un monstre ?
— Oui. Donc, quand elle revient à sa forme originelle, ses habits se déchirent. Filo, fais-le.

J’estimais que c’était sans risque, ici.

— D’accord.

Elle hocha la tête, retira la cape, et se transforma en Filolial.

— Ah oui, je comprends, à présent. C’est la petite Filoliale que vous aviez lors de votre précédente visite, n’est-ce pas ?

La dame de l’échoppe de magie l’examina sous cette forme de Reine des Filoliaux, et m’interrogea d’une voix choquée.

— Est-ce que ça marche ?

La voix de Filo était toujours la même, quelle que soit son apparence, ce qui sonnait très étrange venant d’un si gros corps. Je supposais qu’il devait s’agir d’une sorte de classique de fantasy où l’on pouvait tenir des conversations avec des animaux de ce genre.
Mon regard se porta sur Raphtalia.

— Qu’y a-t-il ?
— Rien.

Cela me rappela que Raphtalia était demi-humaine. À l’époque où j’étais encore plein d’entrain et optimiste sur ce monde, j’aurais été très enthousiasmé de partir à l’aventure à ses côtés. De ce point de vue, je pouvais comprendre la façon dont Motoyasu l’avait considérée lors de notre duel.
Bien évidemment, tout ceci appartenait au passé.

— Alors, je dois concevoir des vêtements pour elle ?
— Vous pouvez faire ça ? Des habits qui ne se déchireront pas quand elle se transformera ?
— Oui, c’est possible… Bien que, pour être honnête, je ne sais pas vraiment si l’on peut les qualifier « d’habits ».
— Qu’entendez-vous par là ?
— De quoi ai-je l’air pour vous, M. le Héros ?
— D’une dame tenant… Je ne sais pas… D’une sorcière ?
— C’est exact. Je m’y connais donc en transformation.

Ce n’était pas comme si je commençais à mieux comprendre ce monde, et je n’étais pas certain non plus de bien agir. Cependant, dans les mangas et les jeux qui m’avaient intéressé, je pensais me souvenir que j’avais déjà croisé des sorcières pouvant adopter l’apparence d’un animal.

— Cela dit, se transformer en animal est bien plus problématique qu’autre chose, si l’on considère le niveau de magie requis et les risques encourus. Toutefois, il m’arrive de le faire de temps en temps. Essayer de dénicher de nouveaux vêtements à chaque fois est une vraie source de tracas, vous savez ?

D’accord, il semblait donc que les sorciers et sorcières étaient capables de se transformer s’ils le désiraient.
La dame de l’échoppe fouillait parmi tout un assortiment d’outils de couture quand elle répondit :

— Cela ne pose pas de problème si vous êtes chez vous, par exemple. Néanmoins, si la métamorphose se produit dans un lieu non sécurisé, vous pouvez courir au désastre.
— J’imagine bien.

Le souci principal paraissait être les vêtements. On ne peut pas se contenter de déambuler tout nu.

— Il existe donc des habits très pratiques que les gens portent en de telles circonstances. Capables de résister à la transformation et qui restent en place, qu’importe la forme que l’on adopte.
— Je vois.
— Il y a des exemples célèbres chez les sorciers et les sorcières, même parmi les demi-humains. Je pourrais citer la cape que les vampires portent, que vous connaissez peut-être.

Oui… en y réfléchissant, j’avais déjà vu cela dans un vieux film. Ils pouvaient prendre l’apparence d’une chauve-souris, d’un loup, ou quelque chose du genre. Il fallait croire qu’ils existaient également dans ce monde.

— Cette machine est conçue pour produire le fil contenu dans ce type de vêtements.
— Ah bon, vraiment… mais, comment ça marche ? Comment des habits peuvent survivre à ce processus ?
— Le pouvoir qui lui confère l’apparence d’un vêtement est très précis.

Sa réponse me plongea dans la confusion.

— Cette machine convertit la puissance magique en fil. L’utilisateur peut décider quand il le désire de le faire redevenir magie, et vice-versa.
— Alors, vous êtes en train de dire que, lorsqu’elle devient humaine, elle peut modeler sa puissance magique sous la forme d’un vêtement ?
— Oui, c’est ainsi que cela fonctionne.

Elle avait raison… Ce n’était pas exactement des habits dans le sens classique du terme. Quand Filo aurait l’apparence d’une Filoliale, ils se transformeraient en énergie magique qui demeurerait au sein de son corps. Puis, en passant en forme humaine, ils se matérialiseraient en vêtements.

— Très bien. Maintenant, Filo, pourrais-tu tenir cette manivelle pour moi ?

Filo la prit dans sa main et commença à la faire tourner. Ce faisant, un fil fin se mit à sortir d’une extrémité de la machine. La vieille dame le prit, l’enfila dans une cheville à bois et fit tourner cette dernière pour collecter le fil.

— Il se passe quoi ? Je sens que je perds mon énergie !
— Nous convertissons une partie de tes pouvons magiques en fil, ma chérie. Tu te sentiras un peu fatiguée. Mais continue de faire marcher cette manivelle. Nous n’avons pas encore de quoi te faire le moindre habit.
— Ugh… Mais c’est pas marrant !

Je supposais que ce n’était vraiment qu’une enfant. Elle était née il y a à peine une semaine, en y repensant.
Filo continua son mouvement avec lenteur, le regard perdu dans le vide.
Et, tout à coup, le bijou encastré au sommet de la machine se brisa.

— Oh non. Mon joyau s’est cassé ! Sans cela, impossible de faire ces vêtements.
— Quoi ?

Voilà qui était très fâcheux.
Sans cela, il était pratiquement impossible de lui faire matérialiser des vêtements lors de sa transformation et le coût de renouvellement de ses habits atteindrait des sommes astronomiques.

— Est-ce qu’on peut faire quelque chose ?
— Eh bien, les matériaux pour le joyau peuvent être trouvés au marché… mais ils ne sont pas donnés.
— Ugh…

C’était précisément la dernière chose que je voulais entendre.

— Il n’y aurait pas d’autre moyen ?
— Hmm… laissez-moi réfléchir.

Elle trouva une carte au fond d’une étagère et la déroula sur la table.

— Je crois qu’il n’existe qu’un seul endroit à Melromarc où l’on puisse en trouver. Ici, dans cette grotte.

Elle désigna une zone montagneuse dans le sud-ouest du royaume, et aussi bien l’armurier que moi-même hochâmes la tête.

— Il paraît qu’un important filon se trouve sous des ruines, là-bas. Si vous pouvez le trouver, nous serons capables de recréer le joyau à moindre coût.
— Pas mal comme plan.

Cela serait dangereux, mais nous n’avions pas les fonds nécessaires pour penser à autre chose.

— Très bien, je vous accompagne.
— Vous êtes sûre ?
— Et comment ferez-vous pour savoir si vous avez la qualité requise ?

Je possédais bien une compétence qui améliorait mon étude des ressources, mais c’était sûrement mieux d’avoir à mes côtés une sorcière pour choisir.
Si nous mettions la main sur une grande quantité de minerai, nous pourrions vendre le surplus. Bien sûr, c’était le meilleur scénario envisageable.

— D’accord, c’est parfait. Vous êtes prête à y aller ?
— Oui, aucun problème.
— Très bien, allons-y. Et vite.

Nous montâmes dans notre attelage avec nos bagages et laissâmes Filo le tracter. Puis, nous partîmes en direction de cette grotte dans le sud-ouest de Melromarc.

— Est-ce là ?

J’étais en train de désigner ce qui ressemblait à l’entrée intimidante d’un temple en ruine, au beau milieu des rochers escarpés de cette région montagneuse que nous traversions.
Il y avait donc un temple bâti ici, près de ces falaises de pierre rouge… et je sentais qu’il devait contenir un objet puissant… du moins, si nous étions dans un RPG. Je me surpris à penser de la sorte à nouveau. J’avais passé trop de temps dans les jeux vidéo !

— Non, nous ne sommes pas encore arrivés. D’après une légende locale, un alchimiste malfaisant a fait un jour de cet endroit son repaire.
— Vous êtes en train de dire…
— Des rumeurs disent qu’il se dévouait à d’intenses recherches sur une plante dangereuse. Il semblerait que celle-ci soit scellée à l’intérieur. Nous ne nous aventurerons pas là. Il doit y avoir un tunnel sur le flanc de la montagne qui plonge sous le temple. C’est notre objectif.

Nous nous mîmes tous en quête de ce passage qu’elle nous avait décrit.

— C’est ici ?

Nous nous éloignâmes un peu pour dénicher une énorme fissure visiblement récente dans la falaise. Elle était assez large pour y pénétrer.

— Possible.
— M. Naofumi, devrions-nous entrer en premier pour vérifier les lieux ?

J’approuvai de la tête, et nous examinâmes l’intérieur.
L’endroit paraissait avoir été modelé par l’homme. Les parois étaient en pierre, mais leur découpe était trop précise pour être naturelle.
C’était quoi, ça ? Un coffre orné était posé au fond de la pièce. Je l’ouvris, mais il était vide.
Je me disais que si les donjons existaient bel et bien, ils ressembleraient à cela. Évidemment que quelqu’un était déjà venu ici avant.

— Est-ce la tanière de l’alchimiste ?
— Il semble bien.

Peut-être avait-il choisi cet endroit précisément en raison des minerais que l’on pouvait trouver.
Il y avait un pilier de pierre, qui ressemblait à une pierre tombale, juste à côté du coffre, recouvert de plusieurs symboles. Je n’en savais pas assez sur le langage de ce monde pour être à même de les déchiffrer.

— Dites, sorcière, vous pouvez lire ça ?
— Ces lettres sont très anciennes. « À celui qui briserait le sceau de la graine. Je souhaite que cette graine ne quitte jamais cet endroit. Elle se jouera du désir des gens d’être libérés de la famine, leur accordant leur vœu de la façon la plus atroce. Le sceau ne peut être brisé si aisément. »

Une graine, hein ? Voilà ce qu’il y avait dans le coffre. Quoi qu’il en soit, cela ne me concernait pas.
Un aventurier de passage avait dû s’en emparer, et puis, qui donc avait le temps de s’intéresser aux projets foireux de cet alchimiste ?

— Je suppose que ce n’est pas là.
— Oui, c’est fort possible.

Nous quittâmes cette petite pièce et fouillâmes à nouveau les environs, avant d’enfin dénicher le tunnel que nous cherchions. Nous y pénétrâmes.
Cependant…

— Ces empreintes de monstre sont encore fraîches.

La sorcière se parla à elle-même dans un murmure juste après notre entrée. Ses yeux étaient rivés sur le sol. Je suivis son regard.
Il y avait des empreintes d’une espèce de gros carnivore. En y réfléchissant, j’en avais déjà vu de similaires auparavant quelque part.
Elles me rappelaient… celles de la Chimère géante qui était apparue durant la dernière vague.

— Tout va bien ?
— Elles me rendent nerveuses, je ne sais pas s’il est sage de continuer ou non.
— Il le faut. On n’a pas le choix.
— Si le Héros Porte-Bouclier le dit, alors qu’il en soit ainsi. Allons-y.
— …

Filo renifla les empreintes.
Quand soudain…
Beurk ! Elle se mit à baver !

— Allez, Filo, viens !
— D’accord !

Filo acquiesça face à la demande de Raphtalia, et nous avançâmes.
Je pris la tête, suivi par Raphtalia, la sorcière, et enfin Filo.
Cela avait tout l’air d’une vraie aventure. Je sentis mon cœur bondir, juste une fois, devant l’excitation du moment.

— M. Naofumi, je me suis simplement servie de vous. Donnez-moi de l’argent.

J’entendis la voix de Raphtalia résonner sur les parois.

— J’ai fait semblant de redevenir votre esclave pour gagner votre confiance, mais tout cela n’était que comédie. Je pourrais vous poignarder par-derrière, là tout de suite. Je désire depuis longtemps vous tuer de mes propres mains.

Je me retournai pour la voir tressaillir.
Filo s’écria :

— Non, mon Maître ! Ne m’abandonne pas !

Mais que se passait-il ?

— Les monstres d’ici énoncent des choses pour nous provoquer et nous prendre par surprise. Ne les laissez pas vous berner.
— C’est quoi, ce genre de bestiole ?

Je pensais me rappeler avoir déjà vu ce type de créature une fois, dans un jeu. Il y avait une grotte contenant un objet censé restaurer la confiance dans un groupe dont le chef ne croyait plus en ses camarades. Toutefois, tout ceci n’était qu’un piège, une ruse vicieuse pour les pousser à s’affronter.
Donc, cette voix à l’instant n’était pas celle de Raphtalia.
Bien. Si cela avait été elle, j’aurais été anéanti.

— Mon Maître ! Tu as besoin de moi, pas vrai ? Tu as besoin de Filo ?
— On peut dire ça.
— Ouais ! Je te crois.
— M. Naofumi, ces mots que vous avez entendus ne venaient pas de moi. Continuons.

Nous finîmes par croiser la route d’un monstre qui avait vaguement l’air d’une chauve-souris, appelé Spectre Vocal, et qui était responsable de ces voix. Nous l’affrontâmes, et la sorcière se plaça en soutien avec sa magie, donc la victoire fut aisée.
Filo courut le long d’un mur et s’élança, délivrant un coup puissant avec sa patte qui mit à terre la chauve-souris. Elle savait vraiment se battre. Je laissai le bouclier absorber le Spectre Vocal.

Bouclier Spectre Vocal (forme de chauve-souris) : conditions remplies
Bouclier Spectre Vocal (forme de chauve-souris) : talent bloqué
Bonus d’équipement – résistance aux ondes sonores (faible)
Effet Spécial : Mégaphone

L’effet spécial Mégaphone ? Je pouvais facilement devenir ce que c’était.
Le bouclier en lui-même n’était pas terrible, ce qui pouvait se comprendre au vu de la force du monstre.
Et pourtant… pourquoi cette mention « forme de chauve-souris » ?
Cela me rendit méfiant, alors je tendis l’oreille dans le silence environnant. Je pus capter des voix au loin.
Nous n’avions pas d’autre choix que celui d’avancer.
Le tunnel était devenu très sombre, donc une de mes mains tenait une torche. Puis, tout à coup, je ne vis plus rien.

— M. Naofumi ! Préparez-vous !

Au même instant, je ressentis une douleur subite.

— Raphtalia ?
— M. Naofumi ? Est-ce que vous allez bien ?
— Allez, meurs !
— Non ! Non !
— Du calme, c’est l’ennemi qui est à l’œuvre ! Il s’est servi de la magie pour plonger ce passage dans l’obscurité !

Eh merde ! C’était une attaque sacrément efficace. J’avais sincèrement eu l’impression d’avoir été poignardé par Raphtalia. Et cela faisait vraiment mal.
Était-ce un assaut suffisant pour outrepasser ma défense ?
Si elle m’avait réellement frappé… Elle était probablement suffisamment forte pour me blesser. Cependant, cela me donnait plus l’air d’être une égratignure…

— Mon Maître ! À manger !

J’entendis Filo s’exclamer. Allez, quoi, je m’inquiétais de cette potentielle blessure et maintenant, ça ? C’était très suspect. Que pourrions-nous faire ?

— Sorcière, est-ce qu’on peut agir contre ça ?
— Je prépare à l’instant un sort. Patientez une seconde.

J’ignorais d’ailleurs si je m’adressais vraiment à elle. Et si je lui faisais confiance, tout cela pour m’apercevoir que c’était en fait le monstre qui s’exprimait ? Nous étions tombés dans une sacrée grotte…
Mais bien sûr ! Je pouvais me servir du bouclier que je venais de recevoir.
Je changeai pour le Bouclier Spectre Vocal (forme de chauve-souris) et me servis de l’effet spécial Mégaphone.

— Hé !

Ma voix s’amplifia et se propagea en rebondissant sur les parois, et j’entendis alors un étrange bruissement en retour.

— Vous m’avez fait peur !
— Moi aussi, gazouilla Filo.
— Je suis la source de tout pouvoir, entends-moi et comprends mes motivations. Restaure notre vision. Anti-Aveuglement Rapide !

En un éclair, le passage obscurci se révéla suffisamment clair pour y voir.
Je contemplai mes pieds, pour découvrir un grand nombre de créatures semblables à des rats qui grouillaient autour de moi.
Ensuite, je regardai Raphtalia et les autres, constatant qu’elles étaient toutes dans un sale état.
Elles avaient dû être assaillies dans le noir. Évidemment qu’elles finiraient ainsi.
Je pris plusieurs remèdes médicinaux dans mon sac et les tendis à Raphtalia.

— Sorcière, est-ce que vous connaissez des sorts de magie curative ?
— Malheureusement, non. Je n’ai pas d’affinité pour ce type de magie.
— Oh…

Cela n’arrangeait pas nos affaires. Elles avaient encaissé de sérieux dégâts.
Oh, j’y pensais. J’avais absorbé le monstre que nous venions de vaincre et déverrouillé le Bouclier Spectre Vocal (forme de rat). Son effet spécial était le même que le précédent, mais son bonus d’équipement était « résistance à l’aveuglement (faible) ».
Juste par prudence, je changeai pour le Bouclier d’Alerte. Avec lui, nous serions alertés si un monstre approchait à moins de vingt mètres. Je m’étais demandé quelle pouvait être l’utilité d’une telle aptitude en plein champ, mais je comprenais à présent son intérêt dans des espaces plus fermés, comme un donjon.
Nous errâmes pendant un moment dans ce tunnel avant d’enfin tomber sur un filon qui luisait faiblement dans la pénombre.

— Kyukiii !

Une étrange voix emplit soudain les lieux. C’était le monstre qui avait laissé ses empreintes à l’entrée, et qui, désormais, veillait sur le minerai convoité.
Il s’appelait « Nue ». Il était très proche d’une Chimère.
Les Nues en étaient d’ailleurs l’équivalent mythologique au Japon, une sorte de créature légendaire mythique.

Il possédait une tête de singe, un corps de tanuki, des pattes de tigre et un serpent en guise de queue. En y réfléchissant, il ressemblait beaucoup au monstre que Raphtalia et moi avions croisé lors de notre chasse au métal léger, ainsi qu’à celui que nous avions vu pendant la vague. J’étais certain qu’il s’agissait d’une coïncidence, mais tout de même, c’était flippant.
Lors du passage de la vague, il avait fallu la force combinée des trois autres Héros, en plus de leur clique en soutien, pour l’abattre. En serions-nous capables ? À nous quatre ?
La sorcière scruta attentivement la bête. Elle murmura :

— Qu’est-ce qu’une bête de l’est vient faire ici ?

Il fallait croire que cette créature était loin de son habitat naturel.
Nous pourrions battre en retraite… Ce n’était pas une mauvaise idée. Je tournai lentement les yeux vers Raphtalia et les autres pour le leur indiquer… mais il était trop tard.

— J’y vais !
— D’accord !
— Bordel ! Ne foncez pas tête baissée !

Cependant, Raphtalia avait déjà engagé le combat. Cela devenait problématique.
Je voulais éviter qu’elle soit blessée, mais cette fille…

— Je vous soutiens de loin.

La sorcière brandit son bâton vers le champ de bataille et commença à incanter.
Je courus rejoindre Raphtalia et Filo.

— Prends ça !
— Hiyaaa !
— Kyukiiii !

Raphtalia agita follement son épée, atteignant le Nue au torse. Filo se mit à le frapper au visage.
Néanmoins, rien de tout ceci ne constituait une blessure fatale. La créature fut rapidement recouverte de petites égratignures, mais cela ne la perturba pas. Elle lança ses griffes de tigre vers Raphtalia et Filo.
Je ne les laisserai pas se faire toucher si facilement ! Je fus plus rapide. Et, en un instant, je me retrouvais à les couvrir avec mon bouclier.

— Réfléchissez un peu avant de foncer !

Nous aurions pu nous retirer avant que la bête nous remarque. Néanmoins, elles avaient anéanti toutes nos chances dans ce domaine…

— Je suis navrée. Mais, maintenant, nous avons l’opportunité de l’abattre !
— J’ai faim…
— On n’est pas encore assez forts ! Si tu ne prends pas ça en compte avant d’engager le combat, on va finir par tous y passer !

Bon sang… Les griffes du Nue éraflèrent mon épaule, et je me mis à saigner.
Cela faisait vraiment mal. Là, j’étais énervé.
Quoi ? Le corps de la créature commença à luire.

— Reculez ! Vite !
— D’accord !
— Mon Maître ?
— Je ne peux pas !

Le corps du Nue était à présent recouvert de plaques crépitantes d’électricité, et il se pressait contre moi.
Ce devait être son attaque spéciale.
Pourrais-je l’encaisser ? Pour être franc, je l’ignorais. Mais la bête ne comptait pas me lâcher.

— Non !

Filo frappa le Nue en pleine face, et il recula assez pour me permettre de sauter en arrière.
Les assauts de Filo étaient incroyablement puissants.

– Kyukiiiii !

Les plaques crépitantes se rassemblèrent alors sur la poitrine du monstre.
J’étais soulagé de ne pas avoir eu à affronter une attaque pareille. La créature sembla momentanément paralysée après la fin de son attaque.

— Je suis la source de tout pouvoir. Entends mes paroles et interprète-les correctement. Brûle-le ! Deuxième Foyer Ardent !

La sorcière libéra un souffle de feu qui recouvrit le Nue.

— Kyukiiii !

Avions-nous gagné ?
J’espérais qu’il tombe, mais la bête ne fit qu’arrêter son attaque et reculer à nouveau.

— Ugh…

Cette créature paraissait également capable de courir vite, si elle le souhaitait.

— Mon Maître.
— Quoi ?
— Est-ce que, moi aussi, je peux faire beaucoup de bruit ? Comme toi, tout à l’heure ?
— Bien sûr.

Le Bouclier Spectre Vocal possédait une sorte d’appareil à l’arrière qui captait la voix de l’utilisateur et l’amplifiait.

— D’accord, mon Maître ! Empêche-le de bouger, comme on vient juste de faire, puis laisse-moi faire un gros bruit !
— Mais quel est l’intérêt ?
— Ce monstre est très sensible au son.

Savait-elle cela via une espèce d’analyse propre aux monstres ? Je pouvais croire en elle. Dans les jeux de chasse, certaines bêtes révélaient leur point faible lorsqu’elles étaient exposées à un son puissant. C’était peut-être une bonne idée, après tout, pour réussir à infliger le coup fatal…

— Sorcière, continuez avec la magie de soutien et Raphtalia, protège-la et fais attention au groupe.
— Mais, M. Naofumi !
— Je ne peux pas vous protéger toutes les deux ! Alors, s’il te plaît, écoute-moi !
— Très bien.

Le Nue fonça droit sur nous. J’écartai les bras et arrêtai sa progression.
Bordel ! Cette petite tête de singe avait tout de même des dents acérées. Elle me mordit, et cela ne faisait pas du bien !

— Kyukiii !

Avec le bras portant mon bouclier, le droit, je fis en sorte de bloquer la tête. L’autre était en train d’être lacéré par les griffes de tigre.
Cela me rendait dingue. J’avais des plaies partout. Si j’avais combattu cette bête au Japon, j’aurais été transformé en pâtée pour Nue depuis belle lurette. Dieu merci, j’avais le Bouclier Légendaire. Mes statistiques défensives allaient baisser, je n’étais donc guère enclin à le faire, mais je me lançai et changeai pour le Bouclier Spectre Vocal.

— Vas-y !

Je criai le signal, et Filo commença à emmagasiner une très grande quantité d’air.

— Waaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

Putain ! Mes tympans allaient exploser !
Cela montrait à quel point son cri était fort, alors que j’étais de ce côté-ci du mégaphone.
Je perçus le bruit d’une lourde chute un peu plus loin.

— Kyuki ?

Deux imposants jets de sang jaillirent des oreilles de la bête, et elle s’effondra.
C’était notre chance !

— Raphtalia ! Filo ! Sorcière ! C’est maintenant ! Balancez tout ce que vous avez !
— Oui !
— D’accord !

Raphtalia s’élança vers l’avant et frappa la poitrine de la créature. Et Filo… Filo se mit à rassembler ses forces, s’accroupissant lentement. Sous son corps, sa patte grattait, grattait encore et encore, produisant un son terrifiant.

— Je suis la source de tout pouvoir ! Entends mes paroles et interprète-les correctement ! Brûle-le ! Deuxième Souffle Ardent !

Des boules de feu s’envolèrent et fondirent sur le Nue au sol. Ce fut alors que cela se produisit.

— Hiyaah !

Bo… boum ! L’air explosa littéralement et répercuta la charge de Filo sur la bête. Il y avait tant de pouvoir concentré en une seule attaque que sa tête fut pulvérisée en petits morceaux, le reste du corps étant propulsé en arrière jusqu’à s’écraser avec fracas contre le mur.
Beurk… on dirait vraiment une scène de film gore.

— On a réussi !

Filo déploya ses ailes pour célébrer notre victoire, mais je ne me sentais pas franchement d’humeur.
J’étais épuisé et je souffrais. Si Raphtalia et Filo s’étaient montrées un peu plus prudentes, nous n’aurions même pas eu à l’affronter, mais bon… inutile de se plaindre maintenant.

— Bien, nous avons gagné. Cette bête a tout l’air d’être un enfant de son espèce. Je pense qu’il y a peut-être une riche famille quelque part qui la gardait comme animal de compagnie, mais elle se serait échappée pour revenir à l’état sauvage.

Si des gens étaient prêts à s’occuper de ça, alors ce monde était dans un état plus critique que je ne l’imaginais.
Elle venait de l’appeler « un enfant » ? On pouvait voir ça comme un monstre un peu petit, oui…

— À manger !

Filo se tint au-dessus de la bête et commença à la dévorer. Est-ce qu’elle comptait vraiment manger un cadavre ?

— Arrête ça !
— Mais…

Je pouvais débloquer de nouveaux boucliers avec ce truc. Je n’allais pas la laisser tout faire disparaître dans son estomac.
Je dépeçai la créature et absorbai plusieurs parties, me donnant accès à d’excellents boucliers au passage.
Cependant, pour les améliorations de statut… la Chimère était supérieure.

— Bien, on se repose une minute et on va récupérer ce minerai.

Il y avait un filon juste à côté, et il devrait être assez simple d’en extraire ce dont nous avions besoin avec une pioche.

— Bonne idée. Emportons tout ce que nous pouvons.

Nous fîmes donc une pause, puis entamâmes la collecte. Une fois la tâche accomplie, nous partîmes.
Oh, j’avais bien sûr laissé mon bouclier absorber un peu de ce minerai.
Néanmoins, je n’avais pas assez progressé dans cette partie de l’arbre pour déverrouiller quoi que ce soit. Et je ne savais pas ce qu’il me manquait.

Nous retournâmes à la capitale, et, sur les conseils de la sorcière, nous nous arrêtâmes chez l’apothicaire pour recevoir des traitements.
Fort heureusement, l’homme en question connaissait un endroit pour nous soigner, qui plus est peu onéreux en ce qui concernait les sorts de magie curative.
Apparemment, j’en étais aussi capable, alors je voulais me dépêcher d’en apprendre quelques-uns. Cela fut tout pour le reste de la journée.
Le lendemain, nous travaillâmes le minerai collecté pour en faire un beau joyau, que la sorcière plaça ensuite au sommet du fuseau magique. Comme la veille, Filo tourna lentement la manivelle à contrecœur.

— Je m’ennuie…
— Contente-toi de continuer. Si tu termines, je te promets de remplir ma part du marché.

Honnêtement, nous avions traversé une journée épuisante, et j’étais déterminé à me reposer aujourd’hui.

— Tu parles de nourriture ? Ce sera trop bon ?
— Oui.

Je tiendrais parole. J’avais promis de lui donner quelque chose de délicieux à manger, et cela se produirait.

— Très bien, je vais faire de mon mieux !

Elle s’attela à sa tâche avec plus de ferveur.

— Oh, parfait ! Elle fait de l’excellent travail !
— Armurier, je vous ai aussi fait une promesse. Est-ce que vous seriez disponible après ça ?
— J’ai placé ma pancarte indiquant que je serai fermé jusqu’à cet après-midi, donc, oui, j’ai du temps. Tu vas me payer un repas ?
— On peut dire ça. Vous pensez pouvoir me procurer une grande plaque en fer ?
— Hein ? Pour quoi faire ?
— Cuisiner quelque chose.
— Notre petit Héros va jouer les cuistots ? Je ne sais pas si je dois m’en réjouir ou non.
— Oh, ça va, hein.

Il parut déçu, ce qui m’irrita.
Allez, un peu de gratitude, s’il vous plaît.

— Bien, Raphtalia, va au marché et trouve-moi du charbon, des légumes, et de la viande. Assez pour cinq personnes, mais prends en compte l’appétit de Filo.
— Compris.

Je lui donnai un peu d’argent, et elle partit.

— Je vais manger des trucs trop bons, des trucs troooooop bons !

Filo était tout excitée, à présent, et se mit à tourner la manivelle encore plus vite.
Cela continua pendant un moment, et la sorcière finit par lui demander d’arrêter.

— Voilà qui devrait suffire. Tu peux lâcher.
— Si je tourne encore, est-ce que j’aurai encore plus de trucs trop bons ?
— Non. Arrête tout de suite.
— D’aaaaaccord.

Filo me rejoignit, sous sa forme d’oiseau géant.

— Mon Maître… à manger de la nourriture trop bonne.
— Pas tout de suite, il te faut d’abord tes vêtements.
— Mais…

Filo parut très déçue. Toutefois, Raphtalia n’était toujours pas revenue, je ne pouvais donc rien lui donner, même si je le voulais. Je manquais d’ingrédients. Elle était si pure et innocente… exactement comme une enfant.

— Quand on quittera cette échoppe, n’oublie pas de repasser sous forme humaine.
— D’accord.

Comprenait-elle réellement ? Je n’en étais pas si sûr. Était-ce cela que ressentait un parent ? Mais non, voyons…

— Il me faut simplement créer un tissu avec ceci, puis concevoir les vêtements.

La sorcière me présenta le fil pour que je l’observe.

— Je connais quelqu’un qui pourra transformer ça en vêtements pour nous.
— Il vient d’avoir une idée, alors suivons-le.
— Très bien, que dois-je dire à la jeune demoiselle quand elle reviendra après ses achats ?
— Dites-lui juste de nous attendre à la grande porte à la sortie de la ville.
— D’accord.

L’armurier prit la tête du groupe, et nous le suivîmes.

— J’accepterai le paiement plus tard, de la part de ce marchand !
— Et combien est-ce que ça coûtera ?

J’étais très curieux de le savoir, je posai donc la question.

— Pour le fil magique ? Eh bien, les cristaux ont beaucoup de valeur, mais vous m’avez aidée, en plus de me fournir les matériaux, alors disons que nous sommes quittes pour cette fois.
— Merci.

Elle était probablement au courant de mes difficultés financières, notamment si elle avait voulu réclamer 50 pièces d’argent, par exemple.
Le propriétaire de l’armurerie et moi rendîmes visite à l’un de ses amis qui se disait capable de transformer le fil en tissu.

— Il s’agit en effet d’un matériau très rare. Oui, cela va sûrement demander réflexion. Cependant, je peux probablement l’achever d’ici ce soir. Profitez donc du reste de la journée et passez voir un tailleur pour prendre les mesures. Je vous apporterai l’étoffe quand j’aurai fini.

Nous allâmes donc voir le tailleur.
J’avais du mal à croire à quel point nous nous investissions pour de simples vêtements.

— Ooooh ! Mais quelle adorable petite fille !

Cette boutique était dirigée par une jeune femme drapée d’une écharpe et qui remontait constamment ses lunettes. Elle se tenait appuyée à son comptoir.
Elle semblait banale. Je ne savais pas comment la décrire. Nous serions dans mon monde, je dirais qu’elle était encline à écrire des dôjinshi par exemple, du genre geek et posée.

— Elle a aussi de petites ailes, comme un ange. J’ai déjà entendu parler de demi-humains ailés, mais ils n’ont pas ce degré de perfection.
— Vous en pensez quoi ?

Je demandai son avis à l’armurier, et il se contenta de hausser les épaules.

— Oui, les demi-humains ailés possèdent aussi des parties propres aux oiseaux, comme leurs bras ou leurs jambes. Cependant, cette fille a un corps classique, à l’exception de ceci.
— Hein ?

Filo fixait du regard la tailleuse, l’air curieuse.

— Oh oui, en fait, c’est un monstre. Elle vient juste de prendre forme humaine. Quand elle reprend son apparence d’origine, ses vêtements se déchirent, vous comprenez ?
— Aaaah… vous venez donc obtenir des habits magiques, c’est bien ça ?

Ses lunettes étincelèrent. J’en étais sûr, désormais. Dans mon monde, cette fille aurait été une complète otaku.
Je connaissais quelqu’un comme cela au Japon, qui vendait ses propres dôjinshi dans des conventions.
Elle m’avait déjà cédé son billet plusieurs fois, et c’était de cette manière que j’avais pu visiter ce genre d’endroits et voir à quoi cela ressemblait. C’était une fille sympa.

— Elle est très mignonne, alors je pense qu’un vêtement une-pièce rendra bien. Avec une petite touche distinctive ici et là qui puisse survivre à la transformation, cela devrait suffire !

Elle déroula un mètre et prit les mesures de Filo, qui se tint là, dans ma cape.

— J’adorerais la voir sous son autre forme !
— Hein ?

Filo me jeta un regard interrogateur. Je ne savais pas comment me sortir de cette situation.

— Je ne suis pas certain que la pièce soit assez grande.

Le plafond ne paraissait atteindre que les deux mètres de hauteur, ce qui obligerait Filo à se cogner la tête sous sa forme de Filolial.

— Je peux le faire assise ?
— C’est possible, oui.

Elle joignit le geste à la parole et, les yeux en direction du plafond, se transforma. La tailleuse fut impressionnée.

— Elle est si différente ! C’est encore mieux.

Si cette fille n’était pas choquée face à ce spectacle, alors il fallait se dire qu’elle savait ce qu’elle faisait. Je pouvais avoir confiance.
Elle prit quelques mesures autour de son cou et commença à prendre des notes sur la coupe du futur vêtement.

— Parfait, on est bon ! Je n’ai plus qu’à attendre le tissu !
— Elle m’a l’air compétente.
— Il semble bien.

Elle était du genre à ne plus s’arrêter une fois lancée. Elle allait devoir rester concentrée sur ce projet jusqu’à son terme.

— Je pense pouvoir terminer d’ici demain.
— C’est rapide. Mais combien est-ce que ça va coûter ? Donnez-moi le montant maintenant, s’il vous plaît.
— Eh bien, si vous fournissez l’étoffe, alors je dirais… sans doute 40 pièces d’argent.
— Filo, tu entends ça ? Je vais donc dépenser au total 340 pièces d’argent pour toi. Je vais m’assurer que tu fasses tout ce que tu peux pour m’aider à récupérer cette somme.
— D’accord ?

Saisissait-elle vraiment ?
Filo reprit forme humaine, et nous quittâmes l’atelier.
Nous avions terminé toutes nos tâches importantes, nous nous rendîmes donc à la grande porte pour rejoindre Raphtalia.

— M. Naofumi, j’ai acheté tout ce que vous désiriez.
— Filo m’a coûté 340 pièces d’argent jusqu’à maintenant. Raphtalia était bien moins chère que ça.
— J’aimerais que vous évitiez de m’accoler cet adjectif.

*Soupir*

Bon, il n’y avait pas grand-chose à faire, à part se mettre au travail.

— Mon vieux, allez me trouver cette plaque de métal. Filo, accompagne-le et aide-le à porter les matériaux jusqu’ici.
— D’accord.
— Ça marche.

Filo partit avec le vieil homme, et ils revinrent rapidement, les bras bien chargés.
Pourquoi conservait-elle sa forme humaine pour porter tout cela ?
Comme je l’espérais, je pus apercevoir la grande plaque métallique.

— Très bien ! Sortons de la ville et allons près de la rivière.

Nous traversâmes les champs jusqu’à atteindre la rive du cours d’eau.
Je m’attelai à rassembler des pierres pour maintenir en place la plaque. Puis, j’allumai en feu en dessous.

—Mon vieux, vous et Raphtalia, surveillez le feu pour moi, d’accord ?
— Hmm… compte sur moi.
— D’accord.

Qu’importe ses propos, il fabriquait des armes. Il devait savoir entretenir un feu.

— Et moi ? demanda Filo.
— Tu restes vigilante et observes les environs pour empêcher toute attaque de la part des ballons.

Si je la laissais prendre part à la cuisine ou à la surveillance du foyer, sa curiosité l’emporterait et elle deviendrait ingérable. Il était largement préférable de lui confier autre chose à faire.
Je commençai à éplucher les légumes et découper la viande que Raphtalia avait achetés. Ensuite, je les embrochai sur des piques en métal.

— Mon gaillard Porte-Bouclier, ce feu a une bonne tête.
— Super.

Comme il le disait, la plaque paraissait prête, brûlante à souhait, alors je balançai une grosse pièce de viande dessus pour parfaire le tout et graisser le métal. Je plaçai après la viande et les légumes dessus. Enfin, je répartis les brochettes autour pour être en contact direct avec les flammes.

— Un vrai cordon bleu !

Je me servis du couteau et d’un bâton que j’avais trouvé pour retourner les aliments et les empêcher de brûler.

— Ça devrait être bon.

Eh oui, c’était un barbecue au bord d’une rivière. Cela me semblait une bonne récompense pour Filo, si vous vouliez mon avis.

— C’est prêt, Filo.
— Ouais !

Elle en salivait déjà rien qu’à l’odeur, mais elle eut la courtoisie d’attendre que je lui tende une fourchette avant de s’emparer d’un morceau de viande.

— Trop bon ! C’est trop trop bon !

Elle continua sa razzia, engloutissant toujours plus de nourriture.

— Hé, dis donc, c’est pour tout le monde. Ne garde pas tout pour toi !
— D’accord…

Ses joues étaient toutes rebondies, à cause de tout ce qu’elle avait dans la bouche. Comprenait-elle réellement ce qu’on lui demandait ?

— Allez, Raphtalia, mon vieux, servez-vous !
— Très bien.
— Merci.

Ils présentèrent leur assiette et j’y déposai les aliments.

— Ouah, c’est tellement bon ! Qui aurait cru qu’une viande bien cuisinée puisse avoir une telle saveur ?
— Oui, les plats de M. Naofumi sont souvent étranges, mais délicieux.
— Je vais prendre ça comme un compliment.

Le vieil homme inclina la tête, pensif.

— Je me demande si c’est grâce à ma compétence de cuisine ?
— Tu parles de ton Bouclier ?
— Oui, je pensais à ça.
— Quel objet aussi mystérieux que puissant. Je suis jaloux.
— Je ne peux pas le retirer. Ce n’est pas très commode.

Et j’étais totalement incapable d’attaquer…

— Tu dois être bien plus fort, maintenant.
— Allez savoir.

Nous étions supposés voyager à travers ce monde, laisser nos Armes Légendaires absorber différents monstres et matériaux, et nous endurcir.
Pour être franc, j’ignorais encore totalement l’étendue de ce qu’il y avait à découvrir.
Je ne savais pas jusqu’à quel point mon bouclier devait se développer pour être complet.
Toutefois, même si je refusais de suivre cette mission et me tournais les pouces, cela n’empêcherait en rien la prochaine vague d’arriver. Je ne savais pas non plus combien de fois elle allait revenir.

Cela faisait déjà deux fois. Est-ce que cela s’achèverait après la cinquième, la dixième… la centième ?
Quelle que soit la réponse, je devais faire ce que je pouvais.
Cela me rappela que je me posais des questions sur le Bouclier de la Branche Maudite.
Quand ils avaient été sur le point de me prendre Raphtalia, le bouclier avait été absorbé par quelque chose et le Bouclier de la Branche Maudite avait été déverrouillé. Je le cherchai dans mon arbre de compétence, mais fus incapable de le trouver.

J’ouvris l’écran d’aide.

Branche Maudite : ne doit pas être touchée

Voilà ce qui était écrit de prime abord. Néanmoins, après avoir fureté plus en avant, les mots vibrèrent comme s’ils avaient reçu un choc et changèrent.

Branche Maudite : confère un pouvoir et une peine extraordinaire à son porteur, ne doit pas être touchée

J’étais toujours dans l’impossibilité de le trouver, je pris donc la décision de laisser tomber pour le moment.
Ce devait être le type d’arme qui n’apparaissait en option que lorsque l’on avait besoin de lui. C’était une sorte de bouclier sous conditions.

— Mon Maître ! On manque de viande.
— Quoi ?

Effectivement, il n’y en avait plus. Les brochettes avaient été soigneusement nettoyées de leur contenu.
Il ne restait plus que quelques légumes.

— C’est tout ? Mais j’ai encore faim, se plaignit Filo.

*Soupir*

— Alors, va dans les bois et attrape cinq Lapinervants. Je les cuisinerai pour toi.
— D’accord !

Filo détala à toute vitesse dans la forêt.

— C’était franchement délicieux. Sacrément bon, ce repas.
— Si vous le pensez vraiment, retirez le coût de l’étoffe de la facture.
— Si je fais ça, je serai sur la paille, mon petit Héros.

Nous passâmes donc le reste de la journée ici, à faire cuire des légumes et de la viande au bord de la rivière. Le crépuscule finit par pointer le bout de son nez.
Et Filo fut capable d’attraper dix Lapinervants.
En fait, je ne parvins pas à manger grand-chose. Je passai mon temps à dépecer les bêtes et à les cuisiner pour les autres.

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