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Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 63.5.3 - KissWood

Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 63.5.3

Chapitre bonus : Avant que je rencontre ma meilleure amie
Traducteur : Team Yarashii

Mon nom était Melty Melromarc. J’étais la deuxième princesse du royaume, mais première dans la succession au trône.

Dans le but de découvrir le monde, j’avais souvent voyagé avec ma mère.
Son travail était de se rendre dans d’autres pays pour aller à la rencontre de personnes influentes, tout cela afin d’éviter que Melromarc n’entre en guerre.
J’étais supposée apprendre ce métier, ce qui expliquait pourquoi je l’accompagnais.

Un jour, j’étais tout excitée parce que ma mère allait m’enseigner quelque chose de nouveau concernant ses activités.
Une lettre était arrivée de la part de mon père et, lorsqu’elle l’ouvrit, j’eus une assez bonne idée de ce qui m’attendait.
Pour être honnête, je ne détestais pas du tout mon père… mais je pensais qu’il est un peu pathétique par moments. J’avais entendu tout un tas de légendes sur le guerrier redoutable qu’il avait été dans sa jeunesse, mais j’avais grandi en le regardant couver ma grande sœur. Il lui avait donné tout ce qu’elle voulait, et il était devenu dur de le respecter après cela.

Il était difficile de croire à quel point il avait changé.
Néanmoins, il demeurait un brillant officier militaire. C’était particulièrement visible lorsqu’il affrontait mère à des jeux de stratégie. Alors qu’elle jouait la plupart du temps très concentrée, tout en se grattant la tête, il se contentait de bâiller… et de gagner. Ma mère n’était pas du tout mauvaise dans ce domaine. Je ne l’avais jamais vue perdre contre quiconque, excepté mon père. Peu importe à quel point je m’investissais dans mes études, je ne pourrais jamais me comparer à elle. Et pourtant, mon père la battait facilement.
J’aimais beaucoup mon père. Il tenait à sa famille, mais je ne comprenais tout simplement pas pourquoi il cédait toujours aux caprices de ma sœur.

En parlant de jeux de stratégie, elle était bien la moins douée d’entre nous. Mon père se retenait toujours pour la laisser gagner, ce qui ne posait aucun problème. En revanche, quand elle affrontait d’autres personnes, elle se permettait de tricher, de mentir et de voler… n’importe quoi tant que cela lui offrait la victoire.
Ces jeux ont différents noms en fonction du pays. Celui auquel nous avons l’habitude a été amené en Melromarc par un Héros d’un autre monde il y a longtemps. Ma mère dit que cela s’appelle « les échecs ».
Je n’étais pas très douée pour mettre la pression sur l’adversaire, et encore moins pour tricher. Alors que fit ma sœur lors de l’une de nos parties ?

— Quand cette pièce se retrouve en mauvaise posture, il existe une règle m’autorisant à m’emparer de la position d’autres pièces sur le plateau.

Ensuite, elle tendit le bras et bougea toutes les pièces afin d’inverser le cours de la partie en sa faveur. Même après cela, je gagnai. De rage, elle renversa le plateau.

— C’est un coup spécial ! Nos pièces sont échangées ! Et c’est également à mon tour !

J’allai jusqu’à lui permettre d’agir ainsi. Cependant, lorsque ce fut à moi de jouer et que j’approchai ma main d’une pièce…

— Celle-ci peut sauter au-dessus de toutes les autres et atteindre le roi ! dit-elle en abattant l’une de ses pièces à l’endroit où il se tenait.
— D’accord, dans ce cas, à mon tour d’utiliser ce coup spécial.

Croyait-elle que je n’allais pas lui emboîter le pas ?

— Eh bien…
— C’est bien à moi, n’est-ce pas ? À présent…

J’attrapai la pièce ayant soi-disant ce fameux privilège, déclarai que je me servais de son pouvoir et la fis sortir du plateau.

— …

Elle fixa sur moi un regard chargé d’une haine intense. Pensait-elle réellement que j’allais ignorer les règles qu’elle inventait ?

— Je suis la seule à pouvoir faire ça ! Je remets cette pièce.
— Alors, cette partie n’est pas équilibrée. Si tu désires jouer de cette manière, va le faire avec père.

Je me levai et partis, tandis qu’elle ramassait le plateau pour l’envoyer valdinguer à travers la pièce. Que lui était-il passé par la tête ? L’idée de lui confier les rênes de ce pays suffit à rendre nerveux n’importe qui.

Bien, revenons à mon histoire.

Deux mois auparavant, notre monde avait connu un étrange phénomène appelé les Vagues de la Destruction. La première fois que cela eut lieu, j’accompagnais ma mère durant l’un de ses voyages. Avant de rentrer, nous étions censées participer à une conférence internationale au sujet des vagues. Nous étions en route pour une nation nommée Faubrey, où devait se dérouler l’événement. Il était prévu de prendre part à une réunion sur la défense du pays.

Notre capacité à invoquer les Héros nous conférait de l’autorité, et cela s’avérait fort utile dans l’univers de la diplomatie. Nous discutâmes donc à ce moment de cette cérémonie particulière.
Dans le but de comprendre comment ce rite était effectué à travers le monde, des représentants de chaque pays étaient rassemblés là-bas pour observer.
La première invocation était censée se dérouler à Faubrey. Toutefois, la tentative se solda par un échec. Personne ne vint d’un autre monde.

— Mère, pourquoi ne tiennent-ils pas la conférence après l’arrivée des Héros ?
— Certaines choses sont trop difficiles pour être décidées rapidement et avec pragmatisme, qu’il s’agisse d’individus ou de nations.

Tous les pays allaient tenter leur chance, et nous allions participer, ne serait-ce qu’un peu.
En fin de compte, il devint clair que notre propre royaume, Melromarc, avait accompli la cérémonie sans en informer personne.
Le monde était déjà suffisamment complexe et hostile avant cela. Lorsque notre nation invoqua les Héros, ce fut le début d’une grave dispute internationale.

Les choses se corsèrent par la suite. Des assassins furent engagés pour tuer ma mère, et la conférence sombra dans le chaos.
Je me disais qu’il était évident que la faute incombait à mon père et à plusieurs responsables de l’Église, mais ma sœur y était aussi mêlée.

— Viles fouines de Melromarc ! Vous aspirez à pouvoir contrôler seuls les Héros, n’est-ce pas ?

Quelqu’un brandissait un doigt accusateur en direction de ma mère. Elle ne broncha pas, mais couvrit plutôt sa bouche avec son éventail. Je fus stupéfaite lorsqu’elle répondit :

— Souhaiteriez-vous m’entendre dire que nous visons la domination totale du monde ?
— Qu’est-ce donc que cela ?
— Seriez-vous en train d’insinuer que vous voulez déclarer la guerre à mon pays, qui vient tout juste d’invoquer les quatre Saints Héros ? Réfléchissez-y bien.
— Ugh…

Je la connaissais assez pour savoir qu’elle était en réalité très perturbée.
Sous peu, elle tomba malade. Elle eut de la fièvre, et il devint difficile pour elle de déglutir, et donc d’avaler quoi que ce soit. Néanmoins, elle cacha son inconfort. Elle participa aux réunions et annonça que nous avions invoqué les Héros pour notre propre sécurité. La détermination de ma mère était sans nulle autre pareille. Je la respectais beaucoup pour cela.

— Toutefois, en fonction des conditions que vous proposerez, nous ne sommes pas opposés au partage des Héros. Tout dépendra de ces fameuses conditions, bien entendu.
— Nous ne pouvons avoir confiance en vous !
— Oh, vraiment ? Le monde traverse une profonde crise, et vous accuseriez mon pays de ne vouloir protéger que lui-même ? N’y a-t-il donc aucune autre nation ici présente souhaitant prendre les devants dans une telle situation ?

L’orateur qui s’opposait à elle ravala sa réponse.
Ma mère fit apparaître un rapport confidentiel issu de son réseau d’espions.

— Roi Faubrey ? Qu’en pensez-vous ?

Ma mère l’inclut à ce moment dans le débat.
Pour être franche, le roi Faubrey était un homme très troublant.
Il ressemblait à une boule de chair qui gigotait. On aurait dit l’un de ces monstres porcins que l’on ne voudrait croiser pour rien au monde.

— Ha ha ha… reine Melromarc, vous ne savez que trop bien ce que je désire.
— Exact. Il me suffit donc d’accepter vos conditions ?

Les délégués furent tous estomaqués par ce qu’il proposa.
Je savais que ma mère devait prendre une décision très compliquée pour satisfaire ses demandes. Elle avait emprunté une voie très périlleuse pour parvenir à ces négociations.

— Fort bien. Des émissaires, issus de chacune de vos grandes nations, se rendront en Melromarc. Ceux-ci iront à la rencontre des Héros, respecteront leurs souhaits, et ces derniers les raccompagneront chez eux.

Les délégués acquiescèrent de concert avec ma mère.
Tout cela se produisit quelques jours après l’invocation des Héros dans notre royaume.
Une semaine plus tard, ce qu’il advint nous prit tous par surprise, moi y comprise. Les quatre Héros avaient tous décliné la rencontre des émissaires.

— Ce n’est pas ce qui était convenu !

Différentes nations s’étaient lancées dans des préparatifs en vue de la visite des Héros. À présent, elles étaient en colère et accusaient ma mère.
Apparemment, le principal souci était que le traitement réservé au Héros Porte-Bouclier était trop cruel.
En l’absence de ma mère, il semblait que Melromarc l’avait opprimé et châtié, et que tout était fait pour lui nuire. Chacun faisait de son mieux pour l’isoler davantage.

— D’après mes sources, les Héros auraient découvert une maladie au sein de notre royaume, et seraient en pleine opération pour l’éradiquer. Ils ont besoin d’un peu plus de temps.
— Vous mentez !

Un représentant de Silt Welt bondit de son siège d’un air courroucé. Les demi-humains de ce pays vénéraient le Héros Porte-Bouclier.

— Vraiment ? Avez-vous entendu que le Héros Porte-Bouclier a souhaité être mis à l’écart ?
— Hmm…
— Ha ha… qu’il en soit ainsi. Laissons-les agir à leur guise. Visiblement, ils consacrent encore toute leur énergie afin de devenir plus forts.

Le roi Faubrey s’esclaffa et s’exprima en faveur de ma mère.

— Représentant de Silt Welt, croyez-vous donc qu’il n’existe aucune preuve attestant de la durée passée par le précédent Héros Porte-Bouclier au sein de votre pays ?

Le délégué de Silt Welt serra le poing.
Les Héros devaient être traités avec respect, il en avait toujours été ainsi.
Cependant, la dernière fois qu’ils avaient été invoqués, le Héros Porte-Bouclier était resté plusieurs mois en Silt Welt, avant de mourir dans des circonstances mystérieuses.
Qu’il s’agisse d’un accident, d’une conspiration, ou de la simple faiblesse du Héros lui-même, personne ne connaissait la vérité, mais c’était un incident que le pays trouva difficile à ignorer.

— Nous ne pouvons qu’attendre le moment approprié. Si vous désirez vous préparer, alors je ne peux vous dire qu’une chose : cela se produira lorsque cette vilaine maladie aura été éradiquée de notre royaume.
— Ugh…

Les délégués paraissaient énervés et nous fixèrent du regard tandis que nous nous levions de nos sièges.
Ce fut ainsi que Melromarc s’attira la suspicion de ses voisins, une guerre semblant pouvoir éclater à n’importe quel instant.
Ma mère débattit passionnément et à raison pour éviter à tout prix ce conflit imminent. Deux mois s’écoulèrent.

J’ignorais pourquoi le Héros Porte-Bouclier avait refusé de rencontrer les émissaires, alors que les circonstances étaient pourtant si propices.
Surtout quand l’on prenait en considération les fâcheuses conditions dans lesquelles il vivait en Melromarc…
Quand ma mère apprit son refus, elle sembla très inquiète.

— Melty, j’ai une tâche à te confier.
— D’accord ! De quoi s’agit-il ?
— J’aimerais que tu rentres en Melromarc dans le plus grand secret, et que tu convainques Aultcray de cesser l’injuste traitement réservé au Héros Porte-Bouclier.

J’avais eu vent de quelques rumeurs au sujet de ce qu’il se produisait là-bas.
J’avais entendu que mon père et ma soeur complotaient contre lui. Qu’ils fomentaient moult plans pour lui mettre des bâtons dans les roues.
La liste des choses qu’ils l’avaient empêché de faire était presque trop longue pour être énumérée.
Ma mère avait déjà expédié plusieurs soldats pour discuter avec mon père, mais ils avaient tous été ignorés. Mon père m’écoutait et respectait mon opinion, elle désirait donc m’envoyer à sa rencontre pour le raisonner.

La nuit suivante, ma mère découvrit quelques portraits de mon père et usa de la magie pour les incinérer.
À ce rythme, au vu du comportement insensé de mon père, leur relation n’y survivrait pas. La patience de ma mère s’érodait grandement.
Je ne pouvais laisser cela arriver.

— Je m’en charge !

Je m’avançai et annonçai que j’irais le voir.

— Merci, Melty.
— De rien, mère !

Ainsi, je grimpai à bord d’un attelage en direction de Melromarc.
Nous fîmes de nombreuses haltes pour nous reposer.
Il fallait que les Filoliaux puissent souffler, et cela me donnait l’occasion d’envoyer des rapports à ma mère.

— Je m’en vais à présent porter votre missive. Cela ne me prendra que peu de temps, mais je vous adjure de rester là pendant mon absence, princesse Melty.
— Compris.

Une ombre avait été assignée à ma protection.
Elle appartenait aux services secrets, et on leur confiait ce genre de mission classifiée.
Normalement, elles étaient plusieurs à se relayer pour me défendre, mais tant de choses se déroulaient en ce moment que seule l’une d’elles avait été disponible.
J’étais donc livrée à moi-même lorsque l’ombre transportait mes messages.

*Soupir*

Voyager en calèche ne me dérangeait pas, mais cela devenait un peu ennuyeux.
Je n’avais rien à faire durant son absence. Je me surpris à bâiller.
L’ennui me saisissant, je tournai la tête vers la fenêtre et aperçus alors une intéressante créature.

— Ah !
— Que… qu’y a-t-il ?

Le cocher sursauta en entendant mon cri.
Je descendis de l’attelage et pénétrai dans un champ situé non loin, aplatissant l’herbe sur mon chemin.

— Gah, gah !

Plusieurs Filoliaux sauvages gambadaient ici, tirant des attelages vides.
Ces bêtes étaient des monstres à silhouette aviaire qui tractaient toutes sortes de convois. Ils étaient célèbres pour s’occuper de ceux des Héros, et étaient même vénérés comme des créatures saintes dans certains lieux.
J’avais entendu toutes les légendes concernant les Héros de la bouche de ma mère, mais j’avais toujours eu une attirance toute particulière pour les Filoliaux y étant évoqués. Je les adorais !

Apparemment, ils partageaient tous le même désir de tirer des attelages. Je ne comprenais pas vraiment pourquoi, mais ils devenaient visiblement anxieux lorsqu’ils n’avaient rien de lourd à tracter.
Au fil de ce voyage me ramenant en Melromarc, je m’étais mise à apprécier de plus en plus le fait de jouer avec eux. Ce fut à cette époque que je saisis enfin à quel point je les aimais.

— À quelle race appartient celle-là ? Je n’en avais jamais vu auparavant.

Je me cachai dans les herbes et contemplai une étrange Filoliale.
Ses ailes étaient aussi bleues que le ciel.
Un seul regard suffisait à confirmer qu’il s’agissait bien d’une Filoliale, mais je n’avais jamais vu une telle couleur sur l’un d’eux.
Les ailes paraissaient également différentes, et la forme de son corps était bizarre.
Ce qui sautait aux yeux, c’était l’unique plume qui se dressait sur le sommet de son crâne, telle une couronne.

Pouvais-je devenir amie avec cette bête ? Elle devait être très rare.
Je voulais chevaucher un Filolial pareil !
Ceux qui étaient à l’état sauvage étaient assez timides envers les humains.
Cependant, ils avaient très souvent faim et l’on pouvait les appâter avec de l’herbe ou de la viande séchée.

— Viens par là, gentille Filoliale.

L’oiseau était évidemment encore sur ses gardes, mais il commença à marcher dans ma direction.
Je pouvais voir qu’il reniflait l’air à la recherche du morceau de viande séchée.
Mais…

— Gah !

Nononononon ! La Filoliale s’enfuit à travers les herbes.

— Attends !

Je voulais vraiment me lier d’amitié avec une créature aussi rare.
Je savais que certains types de Filoliaux ne nous respectaient que si l’on se lançait à leur poursuite (parce qu’ils adoraient courir).
Je me précipitai vers mon attelage et dis rapidement au cocher ce qu’il fallait faire.

— Suivez cette Filoliale !
— Mais…
— Je vous en prie !

Il hésita un instant, puis hocha la tête et s’empara des rênes.
Notre calèche aussi était tirée par une Filoliale.

— Gah !

Dans une embardée, nous partîmes sur les traces de l’étrange Filoliale bleue.

— Attends !

Nous étions toujours à sa poursuite.
La route se fit plus escarpée en s’enfonçant dans la forêt et commença à grimper vers les montagnes.

— Attends ! S’il te plaît, attends !

La Filoliale bleue courait à pleine vitesse. Elle semblait s’amuser.
Elle était si rapide. La nôtre traînait la patte, maintenant.

— Arrêtez-vous.
— Hein ? Oh, d’accord.
— Gah… gah…

Je sautai hors de l’attelage et laissai notre bête s’abreuver, puis je lançai un sort d’eau pour la rafraîchir.

— Est-ce que tu vas mieux ?
— Gah !

Je l’avais trop sollicitée. J’aurais sans doute mieux fait de laisser tomber.
Je pensais précisément à cela tout en contemplant la Filoliale bleue s’enfuir.
Néanmoins, elle s’arrêta et se retourna vers nous, comme pour nous inciter à continuer.
Je ne savais pas si c’était une sorte de jeu, mais cette créature avait l’air de bien s’amuser.
— Tu veux reprendre la course ?

— Gah !

La mienne paraissait plus gaie et ragaillardie.

— Alors, allons-y !

Je remontai à bord de la calèche, et la poursuite reprit.
La Filoliale bleue galopait et passait visiblement un excellent moment.
Il était difficile de la suivre. Il était également incroyable qu’un oiseau si rare puisse aller aussi vite.

— Oh non !

Je me souvins alors de quelque chose que j’avais oublié. Nous dévalions à présent une route sinueuse. À chaque virage, la pente se faisait de plus en plus raide.
La Filoliale bleue se dirigeait tout droit au bas de la montagne. Toutefois, elle allait atteindre un lieu que les humains devaient éviter. Il était peuplé de monstres dangereux et de dragons.
Filoliaux et dragons ne s’entendaient pas du tout. Et celle-là fonçait droit dans le territoire de l’un d’eux. Elle était si concentrée sur cette poursuite qu’elle n’avait sûrement pas remarqué cela.

— Nous devons l’arrêter !

C’était un peu de la triche, mais je sortis de l’attelage, approchai du bord de la route et sautai vers la Filoliale en contrebas.
C’était dangereux, mais je pouvais me servir de la magie pour assurer ma sécurité.

— Mademoiselle Melty !

J’entendis le cocher m’appeler, mais il était trop tard.
Je tombai droit sur la Filoliale bleue.

— Gah ?
— Je suis désolée ! Mais tu te diriges en plein dans le territoire d’un dragon !

— Gah !

La créature agita ses ailes d’un air troublé.
Cependant, nous étions allés trop loin.

— GROOOOOAR !

Un dragon fondit sur nous.
Il était nettement plus imposant que ma calèche.
Le cri de la bête se répercuta dans la forêt et la Filoliale lui répondit.
Elle était prête à se défendre.

Les dragons étaient de grandes créatures vicieuses recouvertes d’écailles résistantes. Ils pouvaient voler, et il était difficile de les blesser avec une épée. Ils possédaient également de longues griffes et des crocs massifs.
Ils étaient aussi capables d’employer la magie, d’une nature différente de celle des humains.

L’un de ces dragons ô combien puissants se tenait juste devant nous.
Que faire ? Je ne voulais pas que cette Filoliale soit blessée. Je m’avançai.

— Je… je vais t’affronter.

Je n’étais que niveau 18, mais je pouvais me servir de la magie d’eau, qui était très forte.
Si j’invoquai mon sort le plus puissant, je serais peut-être à même d’effrayer la créature.
Le cocher était toujours dans les parages, et il y avait un outil dans l’attelage qui trouvait son utilité précisément dans ces cas-là.
Si je ne déclenchais pas mon attaque au bon moment, je laisserais une ouverture béante pour la contre-attaque de la bête. Je devais me détendre, puis m’occuper du dragon.

— Ah… aaaaaaaaah !

Le cocher prit ses jambes à son cou.
Fâcheuse nouvelle. Sans lui, qui allait m’amener l’outil en question ?

— Gah !

La Filoliale qui tractait mon attelage accourut vers moi pour me protéger.
J’étais devenue assez proche d’elle durant notre voyage. J’étais contente de voir que je ne m’étais pas fait des idées.
De là à penser que cette Filoliale me défendrait…

— Gah… a…

Le dragon planta ses crocs en travers de sa nuque…
Non, ma Filoliale !

— Arrête ça !

Il me fallut toute la discipline du monde pour me contrôler, mais je maîtrisai ma respiration et lançai mon sort.

— Je suis la source de tout pouvoir. Entends mes paroles et obéis-leur ! Attaque-le avec une lame d’eau ! Seconde Aqua-Taillade !

L’onde jaillit de mes mains et frappa la créature.
Elle l’égratigna, mais ne porta pas un coup fatal.
Je n’avais fait qu’érafler l’une de ses écailles.
Étais-je donc si impuissante ?

— Gah !

La Filoliale bleue chargea le dragon. Toutefois, ayant assisté à l’assaut de la bête sur l’autre Filoliale, elle se montra prudente.
Je me tournai vers le monstre et me mis à incanter un nouveau sort.

— Je suis la source de tout pouvoir…
— GROOOAAAR !
— AH !

Le dragon abattit sa queue et me renversa.

— Ah !

J’avais été simplement effleurée, mais, avant même que je ne m’en rende compte, je fus projetée en arrière et m’affalai au sol. Un large hématome apparut là où j’avais été touchée.

— Ugh…

Je me remis debout, mais il m’était difficile de maintenir cette position.

— Gah…

La Filoliale bleue frappa de nouveau le dragon et, cette fois-ci, la blessure infligée le fit trébucher, relâchant ainsi son emprise sur l’autre Filoliale.

— GRAOOOOAR !

Le monstre était si focalisé sur elle qu’il avait l’air de m’avoir oubliée. Je courus vers ma Filoliale, que la créature avait mordue. Elle gisait au sol. Les plaies paraissaient profondes et graves… la pauvre bête pouvait mourir à tout moment.
Il fallait que nous retournions à la calèche…

— GRAOOOAR !

Un autre dragon apparut et essaya de la saisir entre ses griffes.
À ce rythme, cet oiseau n’allait pas réussir à survivre.
Je n’avais qu’une pensée en tête : le sauver. Je me concentrai sur l’incantation d’un sort.

— Je ne te laisserai pas faire !

Je m’élançai devant la bête pour la protéger, mais le dragon agita ses ailes, créant de telles bourrasques que je fus repoussée.

— Aaaah !

Je heurtai un arbre et me sentis perdre connaissance. Le souffle frappa l’attelage, qui décolla et se brisa. Si je demeurais immobile, je pourrais éviter de me battre. S’ils m’ignoraient, je pourrais m’enfuir plus tard. Mais j’étais incapable d’abandonner cette Filoliale.
Je voyageais avec ma mère, toujours très affairée, depuis que j’étais toute petite, et j’avais passé beaucoup de temps à me lier d’amitié avec tout un tas de Filoliaux. Je ne pouvais pas en abandonner un.

— Ugh…

Mon corps endolori et ma conscience vacillante luttaient de toutes leurs forces. Je tendis la main.

— Je suis… la source… de tout pouvoir. Entends mes paroles… et obéis-leur. Attaque-le… avec une lame d’eau. Seconde Aqua-Taillade !

Je focalisai toute ma puissance magique dans cet assaut et tombai vers l’avant, épuisée.

— Groaaar…

Quelque part, à une distance lointaine, j’entendis le dragon crier.
J’espérais… j’espérais que ma dernière attaque était parvenue à le chasser.

— Merci de m’avoir protégée.

J’entendis une voix, mais je ne savais pas à qui elle appartenait.
Je sentis quelque chose ressemblant à une puissante brise… un souffle chargé de gentillesse… puis je sombrai dans les ténèbres.

— Gah !
— Oh… ah ?

Lorsque j’ouvris les yeux, je vis que la Filoliale bleue se tenait à côté de moi.
La Filoliale blessée se reposait à l’intérieur de l’attelage. Elle était vivante.
Je parcourus les environs des yeux, et nous n’étions plus dans les montagnes, mais dans une sorte de champ.

— Est-ce que tu m’as sauvée ?
— Gah !

La Filoliale bleue hocha la tête.
J’ignorais comment elle avait réussi cela, mais elle nous avait apparemment toutes deux tirées des griffes des dragons en nous emmenant en lieu sûr.

— Merci.
— Gah !

La Filoliale bleue gazouilla gaiement, puis elle me lécha.
Je lui caressai la tête en retour.
J’inspectai mon corps à la recherche de blessures.
La bête plissait les yeux et semblait très à l’aise.

Je n’avais aucune coupure grave ou quoi que ce soit de sérieux. Mes vêtements étaient également en bon état. Je craignais d’avoir plusieurs hématomes… mais j’avais l’air d’aller bien. Je levai les yeux et vis que la Filoliale bleue était en train de recouvrir l’autre créature avec ses ailes et de la soigner.
Alors, elle pouvait aussi se servir de la magie ? Incroyable.

En signe de gratitude, je leur donnai tous mes morceaux de viande séchée.
Plus tard, la Filoliale bleue m’autorisa à la chevaucher un peu. Ce fut alors que je pris conscience…

— Oh oui… je…

L’ombre m’avait demandé de l’attendre là où elle m’avait laissée.
Que devais-je faire ? La calèche était brisée. De plus, ma Filoliale était trop sérieusement blessée pour la tirer. Je ne lui avais pas apposé de sceau de contrôle de monstre, mais son état la rendait de toute façon incapable d’exécuter ce genre de tâche.

— Gah ?
— Je suis navrée, je vais bientôt devoir y aller.

J’avais fait un petit détour, mais il me fallait rentrer pour retrouver l’ombre et reprendre mon voyage vers Melromarc.

— Gaah !

Ma Filoliale appela l’autre bête.

— Gaaaah !

Après avoir acquiescé plusieurs fois, la Filoliale bleue répondit.
Puis, tout à coup, nous fûmes entourées par tout un troupeau de Filoliaux.
Il y en avait tellement…. Je n’avais jamais rien vu de tel.
Trois d’entre eux s’avancèrent vers la Filoliale bleue.
Ils avaient l’air de l’écouter, et j’étais certaine de ne pas imaginer des choses. Elle avait l’attitude d’une mère et semblait assurément être la chef du groupe.

— Gah !
— Gah !

La Filoliale bleue leva une aile et me fit signe de rejoindre les trois autres.

— Euh…

Je descendis de mon perchoir et marchai vers eux.
À mon approche, ils s’inclinèrent tous et j’interprétai cela comme un signal m’autorisant à grimper sur l’un d’eux.

— Vous allez me ramener ?
— Gah !

Ils hochèrent la tête.
La Filoliale bleue agita ses ailes vers moi.

— Merci !

Je lui criai ma gratitude, et les trois créatures commencèrent à courir.
J’avais vécu une expérience tellement mystérieuse avec des Filoliaux, ce jour-là. Je m’en souviendrais toute ma vie.
Les trois créatures trouvèrent la route que j’empruntais à l’origine et me conduisirent à la frontière avec Melromarc.
Sur le chemin, la fatigue nous saisit et nous fîmes une pause. J’étais presque sûre que nous étions près d’un village à l’est du royaume.

— Gah ?

Quelqu’un approcha, et les trois Filoliaux criaillèrent de surprise.
Et soudain, comme s’ils avaient remarqué quelque chose, ils détalèrent.

— Ah…

C’était donc la fin de notre amitié ? Ce n’était pas un endroit très commode pour me déposer. Mais je n’étais pas très loin non plus de la capitale. Je n’avais qu’à trouver une calèche ou un moyen de locomotion similaire.

— Cet oiseau a l’air délicieux ! Chaque fois que j’en vois un, je peux pas m’empêcher de me demander à quel point ça peut être bon.
— Tu es l’un de ces oiseaux, tu sais.

J’entendis des gens discuter.

— Si on les poursuit, on peut encore les rattraper, maître !

Je m’avançai en direction des voix.
Il y avait une Filoliale, mais elle différait de tous ceux que j’avais vus auparavant.
Elle était plus massive que la moyenne, avec des plumes duveteuses roses et blanches. Elle était vraiment très grosse.
Ses yeux étaient d’un bleu clair, et son visage respirait la joie et le bonheur. Elle avait l’air d’être une Filoliale très pure et épanouie.
La Filoliale bleue était rare, cela ne faisait pas l’ombre d’un doute, mais je n’avais encore jamais contemplé une créature pareille.
J’étais si fascinée que je me dirigeai vers elle.

— Ouah… tu es une Filoliale ?
— Qui ça, moi ?
— Tu peux parler ?

Rencontrer une Filoliale capable de s’exprimer me donnait l’impression d’être en plein rêve !
Voilà donc toutes les mystérieuses choses s’étant déroulées avant que mon chemin ne croise celui de Filo.
Après cela, il fallut attendre un peu pour que nous devenions amies. Durant ce laps de temps, bien des événements se produisirent… mais cette histoire allait attendre un autre jour.

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