Jashin Average – chapitre 73
Alors que Tenna et moi arrivons avec nos Armures, le combat n’a pas encore commencé et les deux camps se toisent toujours du regard.
En observant de plus près, ce sont surtout Leonora et Orleine qui fixent l’ennemi. L’expression de la statue du dieu maléfique reste indéchiffrable, et puisqu’Harvin nous tourne le dos, difficile de lire ses intentions.
« Désolée pour l’attente. Comment se présente la situation ? »
« Vous êtes enfin arrivées. Comme tu peux le constater, il ne se passe rien, donc je me suis abstenue de faire quoi que ce soit jusqu’à ce que vous nous rejoigniez. »
Leonora se tient à côté de l’Armure d’Anelie 2, mais contrairement à un robot, il faut utiliser nos propres capacités magiques pour entendre et parler, ce que je fais pour l’interroger, tandis qu’elle me répond tout en restant sur ses gardes face au colosse de bronze.
La formation se compose ainsi : le pape occupe la première ligne, armé de son bâton ; Orleine couvre l’arrière avec son arc sacré ; et Leonora, dont l’absence d’armes souligne ses capacités magiques, se tient au centre.
Je stocke temporairement dans mon inventaire la poupée maudite qui lui encombrait une main, mais elle finira par s’en échapper tôt ou tard.
Les deux Armures d’Anelie prennent place à côté de la formation. Tenna à droite et moi à gauche. Bien que nos armures soient immenses par rapport aux humains et aux démons, la statue du dieu maléfique nous domine par sa taille imposante. Nos armures ne dépassent même pas ses genoux, nous obligeant à lever les yeux pour la regarder.
« Je ne pense pas que nous puissions la vaincre, mais concentrez-vous au moins sur ses jambes pour ralentir ses mouvements. »
« D’accord. »
« Laisse-moi m’en occuper ! »
« Entendu, Anelie-sama. »
« ……… »
Tiens ?
Pas de réponse de la part de Harvin en première ligne. Ça ne lui ressemble pas. Serait-il trop concentré pour m’entendre ?
En me tournant vers lui, je le vois trembler pour une raison quelconque. Bien qu’il ne le montrait pas jusqu’à présent, sans doute redoute t-il lui aussi ce combat. S’il s’agit de ça, je me sens coupable de l’avoir entraîné là-dedans.
« Je… je suis… »
Ma culpabilité se renforce lorsque je le vois trembler et marmonner quelque chose, alors que son attitude habituellement exubérante a disparu. Il ne semble pas du tout pouvoir se battre. S’il poursuit la bataille dans cet état, il finira probablement gravement blessé ou tué. Heureusement, la statue maléfique ne montre encore aucun mouvement. Il vaudrait mieux qu’il se retire pendant qu’il le peut encore.
Alors que je m’apprête à lui parler, son bâton à la main, il s’agrippe la tête avec un air visiblement désespéré.
« Je suis… je suis incapable de le faire ! Je ne peux pas attaquer Anelie-sama ! »
« ……… »
« ……… »
« ……… »
« ……… »
« ……… »
Quelle bêtise de me préoccuper de lui. Il ne s’agit pas seulement de moi, Leonora et les autres, mais j’ai l’impression que même la statue du dieu maléfique semble abasourdie. Quoi qu’il en soit, je doute que l’on puisse compter sur lui ici. Avec mon Armure d’Anelie, je décide de le saisir par l’arrière du col pour le retirer du champ de bataille.
« Anelie-sama ? »
Il tourne la tête vers moi, le regard perplexe, mais je l’interromps d’un seul mot.
« Dehors. »
« COOMMENNnnnnーーーーt !? »
Sans regarder en arrière, je le jette par-dessus mon épaule vers les buissons où nous nous cachions plus tôt, et son cri s’atténue au fur et à mesure qu’il s’éloigne.
(Ndt : Tenna. )
« Eh bien… »
(Ndt : Leonora. )
« Hum, c’était téméraire. »
« Si tu ne peux pas combattre, alors tu gênes. »
En effet, rester ici sans pouvoir combattre serait dangereux. Ou plutôt, dans son cas, il semblait plus susceptible de rejoindre la faction de la statue du dieu maléfique. J’aimerais penser que ça n’arrivera pas tant que je reste là, mais je crains que ça ne soit pas si simple.
« Bon, bon, revenons-en à nos moutons. »
À ce moment, Orleine, qui surplombe le champ de bataille depuis l’arrière, lance un avertissement.
« Soyez vigilants, s’il vous plaît ! »
J’ignore s’il s’agit d’une réaction à la voix de Leonora ou à la projection du Pape à l’arrière, mais la statue de bronze noir, qui restait immobile pour nous observer, s’approche désormais avec ses mains tendues dans notre direction, et nous nous préparons immédiatement à son attaque.
L’armure d’Anelie que je pilote lève son grand bouclier sur la droite, tandis que l’armure dirigée par Tenna fait de même du côté gauche pour bloquer les mains géantes. Le choc des métaux résonne, et une pression incroyable se transmet à travers le bouclier de l’armure. Comme prévu, la taille et le poids énorme de la statue géante se traduisent par une force colossale.
« A-Anelie-sama ! »
« Tiens bon ! »
J’encourage Tenna, dont la voix ressemblait presque à un cri. Si les choses continuent ainsi, il ne s’agit que d’une question de temps avant que nous ne finissions écrasées, mais je suis sûre que les deux autres vont intervenir.
« Ha ! »
Comme pour répondre à mon attente, plusieurs flèches de lumière fusent depuis l’arrière. Un tir de couverture lancé par l’arc sacré d’Orleine. Elles atteignent toutes la tête de la statue du dieu maléfique, cependant, celle-ci ne semble pas subir le moindre dommage.
« Ça ne marche pas ? »
Apparemment, ses flèches ne peuvent percer sa défense. S’il s’agissait d’une créature vivante, on pourrait viser des points faibles comme les yeux, mais ça semble compromis contre ce géant entièrement constitué de métal.
Mais peu importe. Même sans causer de dégâts, les attaques détournent son attention, allégeant la pression sur nos boucliers et laissant Leonora s’approcher sans provoquer de réaction.
« Prends ça ! »
La véritable attaque vient de Leonora, qui frappe la jambe droite de la statue du dieu maléfique de toutes ses forces, enveloppant son poing de magie des ténèbres.
Un son semblable à celui d’une cloche retentit dans la zone, et le colosse de bronze, perdant son équilibre, recule en trébuchant.
« Aïe ! »
Leonora, qui vient de porter un coup à la statue du dieu maléfique, grimace et se tient la main avec laquelle elle vient d’attaquer. Son poing a souffert en frappant cet adversaire, ce qui paraissait prévisible, étant donné qu’il s’agit avant tout d’un bloc de métal.
Bien que l’attaque de Leonora ne laisse pas de traces visibles, le fait que la statue du dieu maléfique perde son équilibre prouve qu’elle a néanmoins subi un certain impact. Si nous répétons cette attaque, nous pourrions réussir à l’empêcher de marcher, mais à en juger par la réaction de Leonora, ça paraît compromis.
« Désolée, je ne pense pas pouvoir le refaire plusieurs fois. »
« S’il vous plaît, ne vous forcez pas trop, Leonora-san. »
Je suis d’accord avec Tenna : il ne faut pas que Leonora se force à combattre à mains nues. Cependant, ça nous laisserait sans capacité d’attaque…
Mais je viens de me souvenir de quelque chose. Oui, ça pourrait fonctionner…
Immédiatement, je visualise l’objet que je souhaite faire apparaître depuis mon inventaire. Ma réserve se trouve en réalité dans mon ombre, de ce fait, j’ignore d’où va sortir ma demande, mais soudainement, l’objet surgit de l’ombre de l’armure d’Anelie. Parfait.
Je le saisis avec deux doigts de l’Armure et le lance vers Leonora.
« Leonora, attrape ça ! »
« C’est…!? L’épée de mon père !? »
Ayant habilement attrapé l’objet à deux mains, Leonora stupéfaite, regarde ce qu’elle tient.
Oui, il s’agit bien de l’épée magique de son père, l’arme qu’utilisait le Seigneur-Démon Odji-sama lors de la conquête du donjon.
Tout comme pour l’équipement d’Aaku et de ses compagnons, il s’agit d’un butin récupéré en guise de pénalité après leur échec. Je conserve les armes sacrées des héros pour les échanger contre une compensation, mais je prévoyais de rendre l’épée démoniaque, saisie en détention temporaire, lors d’une visite dans le territoire des démons. Mais je l’ai complètement oubliée.
J’ignore dans quelle mesure une combattante à mains nues pourra l’utiliser, mais il s’agit d’une épée magique transmise dans la lignée du Roi Démon. En tant que prochaine Seigneur Démone, cette arme devrait lui convenir.
Avec son épée à deux mains, Leonora ressemble à une guerrière digne des contes de chevalerie.
« Tu penses pouvoir y arriver ? »
« … Compte sur moi. »
Je souris à ses mots rassurants avant de diriger à nouveau l’Armure d’Anelie vers la statue du dieu maléfique.
◆ ◆ ◆
En brandissant l’épée démoniaque, l’attaque de Leonora devient bien plus puissante que ses coups à mains nues, infligeant des dommages significatifs à la statue géante. Voyant une ouverture, Tenna et moi profitons également de l’occasion pour passer de la défense à l’offensive, concentrant tous les quatre nos efforts sur les jambes du colosse.
La stratégie fonctionne et notre formation semble parfaite, mais malgré tout, la défaite s’avance lentement sous nos pieds.
« Huh huh… » (Ndt : essoufflée.)
« Pas… pas encore… elle ne tombe toujours pas ? »
Notre erreur réside dans la mauvaise évaluation de la robustesse de la gigantesque statue du dieu maléfique. Bien sûr, nous savions dès le début d’après sa taille et ses matériaux que la vaincre serait difficile à cause de sa solidité évidente, mais nous pensions au moins pouvoir la rendre incapable de marcher. Cependant, l’ennemi s’avère beaucoup plus tenace que ce à quoi je m’attendais.
En plus de sa durabilité élevée, elle ne montre aucun signe de fatigue, agissant presque de la même manière qu’au début du combat.
En revanche, nous ne pouvons pas en dire autant de notre côté.
Comme nous utilisons de la puissance magique à bord de nos Cuirasses, Tenna et moi sommes encore en forme. Le problème vient de Leonora et d’Orleine.
Leonora, qui manie une grande épée en première ligne, semble visiblement à bout, respirant lourdement. Cette situation où elle ne peut baisser sa garde ne serait-ce qu’un instant et avec une arme à laquelle elle n’est pas habituée épuise rapidement son endurance, et elle ne tient désormais debout, que grâce à la force de sa volonté.
Orleine, elle aussi, montre des signes d’intense fatigue.
Dans son cas, la cause vient de l’arme qu’elle utilise. Son arc sacré emblématique lui permet de tirer des flèches dotées du pouvoir magique de la lumière, et bien qu’elle soit archère, elle peut se battre sans se soucier du nombre de flèches qu’il lui reste.
Cependant, chaque projectile lui consomme naturellement de la magie, et avec un ennemi aussi puissant, elle doit tirer sans relâche, épuisant rapidement ses réserves. En tant qu’héroïne expérimentée, elle devrait pouvoir maintenir le rythme en gérant son énergie, mais la statue se révèle plus puissante que prévu, nécessitant sa pleine concentration pour la garder sous contrôle, ce qui l’empêche de faire preuve de retenue.
« Ah… »
Peut-être à cause de la fatigue, Leonora trébuche alors qu’elle s’apprête à attaquer, perdant son équilibre. Elle enfonce rapidement son épée magique dans le sol pour éviter de tomber, mais cette action crée une ouverture fatale.
« Non, minc── ! »
« Leonora ! »
« Leonora-san ! »
« Sauvez-vous ! »
Que l’épuisement de Leonora soit prévu ou non, la statue du dieu maléfique profite de cette opportunité pour tendre sa main droite et l’attraper fermement. En raison de la taille massive de la statue métallique, Leonora se retrouve entièrement engloutie dans sa main, ne laissant que son cou et sa tête visibles. Si ses doigts serrent plus fort, son corps sera réduit à une masse de chair en un instant.
Tenna, Orleine et moi, ainsi que Leonora elle-même, nous nous raidissons face à l’horreur inévitable qui va se dérouler sous nos yeux.
………
………
………
……… mais, rien ne se passe.
Alors que je continue d’observer attentivement la statue géante avec curiosité, je la vois qui serre et relâche plusieurs fois sa prise sur le corps de Leonora. Cependant, elle ne cherche visiblement pas à l’écraser et Leonora semble en sécurité. Son geste donne l’impression qu’elle la presse légèrement pour en évaluer la sensation.
Nous restons tous incapables de bouger, retenant notre souffle face à ce comportement inattendu. Alors que nous nous tenons à l’arrière, la statue lève sa main gauche, tend son index et pousse la poitrine voluptueuse de Leonora, toujours tenue dans la main droite.
« Ah, attends, qu’est-ce que tu fais !? »
Même de loin, je vois la poitrine de Leonora, enveloppée dans le tissu rouge de son armure, qui se balance visiblement. Je me demande si les doigts de la statue du dieu maléfique ressentent quoi que ce soit… Probablement pas, mais si elle le pouvait, elle apprécierait sûrement cette sensation de douceur et d’élasticité.
« Eh, arrête ! Il suffit ! Tu ne veux pas arrêter ?! »
Leonora pousse des cris, son visage devenant rouge devant ce comportement tout à fait inimaginable. Mais bien entendu, ses protestations restent ignorées.
Quoi qu’il en soit, pourquoi cette créature maléfique harcèle-t-elle sexuellement Leonora de la sorte ? Je ne pense vraiment pas que cette statue puisse avoir des désirs sexuels, et même dans ce cas, j’aimerais qu’elle cesse de se comporter aussi bizarrement avec cette apparence.
Après avoir tripoté les rondeurs avantageuses de Leonora pendant un moment, la statue pose sa main sur sa propre poitrine. Naturellement, comme il s’agit d’une copie de son modèle, ça ne se balance pas.
Non, attends. Étant en métal, il n’y a aucune chance que quelque chose puisse bouger, peu importe qui en serait le modèle. Si ça ne bouge pas, ça ne vient pas de moi. D’ailleurs, en termes de taille pure, la poitrine de cette créature géante mesurant plusieurs mètres dépasse déjà largement celle de Leonora. Cependant, il semble qu’une telle consolation ne soit pas parvenue à la statue du dieu maléfique, qui s’effondre à genoux, les mains sur le sol après avoir relâché Leonora de son emprise.
Je peux comprendre qu’elle se sente déprimée, mais il s’agit pour nous d’une bonne opportunité. De toute évidence, poursuivre ce combat ne mènerait qu’à notre défaite, alors autant s’échapper pendant qu’on le peut encore.
J’attrape Leonora en plein vol, et donne des instructions à Tenna pendant que je récupère l’épée démoniaque au sol.
« On se retire ! Tenna, prends Orleine et courez ! »
« Oui, entendu ! »
Et ainsi, notre première rencontre avec la statue du dieu maléfique se termine par notre fuite.
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( Relecture et correction: Hastin )

