Jashin Average – chapitre 36

Depuis que j’ai surmonté la malédiction en devenant une déesse, je peux enfin prendre des bains prolongés sans stress. Jusqu’à présent, je devais constamment faire attention au temps et sortir du bain au bout de 30 minutes, sans quoi mes vêtements sautaient dans l’eau pour revenir sur moi. Mais cette fois, je peux enfin en profiter à fond.

Certes je ne transpire plus, mais mon corps ne reste pas pour autant à l’abri de la saleté, je prends donc quand même un bain tous les jours. Et puis, se plonger dans de l’eau bien chaude, ça fait un bien fou.

« Phew… »

Je laisse un soupir m’échapper sous l’effet de la chaleur.
Je puise de l’eau avec mes mains et la laisse retomber à la surface. Des vagues se forment dans la baignoire, créant des vibrations agréables qui me bercent. Je joue comme ça pendant un moment, mais ça fait déjà une heure que je suis dans le bain, et même si ça ne m’enchante pas, je me lève en pensant qu’il est temps de sortir.

Alors que je me prépare à partir, un homme vêtu d’une robe sans manches d’un rouge éclatant surgit de nulle part, apparaissant soudainement à côté de la baignoire. Il s’agit d’un grand type aux longs cheveux vert pâle, avec le visage fin mais le regard vaguement menaçant.

« Hein ? »

Je reste figée, oubliant même de me couvrir, tandis que ce type portant un regard autour de lui, finit par remarquer ma présence.

«………»

«………»

Un moment de silence s’installe alors que nos regards se croisent. Puis, il baisse légèrement les yeux et esquisse un sourire narquois tout en détournant le regard.


Dans ce silence qui persiste, et sans dire un mot, je lance une sphère d’ombre plutôt brutale dans sa direction.

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Je prépare en urgence une salle de réunion avec une table ronde au cinquième étage du temple et je m’installe à l’un des trois sièges que j’ai préparés. Les deux autres sont occupés respectivement par l’homme qui m’a espionnée en apparaissant soudainement dans ma salle de bain, et une femme aux cheveux blonds portant une armure complète en argent.
D’ailleurs, le voyeur n’a même pas eu une seule égratignure malgré le fait qu’il ait été touché par un projectile d’ombre plutôt puissant.

Tenna, en faisant le tour de la table, dépose des tasses de thé devant chacun de nous trois.

« Merci, tu peux descendre maintenant. Et personne ne doit s’approcher de cette pièce. »

« Oui, bien sûr ! J’ai compris. »

Ma nervosité intérieure se manifeste probablement dans ma voix, car en effet, lorsque Tenna entend mes instructions, elle quitte précipitamment la pièce tel un ressort.
Je me sens un peu coupable, mais compte tenu de la situation, il paraît inévitable que je sois tendue.


Je ne pensais pas une seconde que le ‘Dieu des Ténèbres’ et la ‘Déesse de la Lumière’ viendraient tous les deux me voir en personne.

L’homme aux cheveux longs, vêtu d’une robe rouge sans manches et assis à ma gauche, se présente sous le nom d’Anbaal, le Dieu des Ténèbres. Avec ses longs cheveux d’un vert pâle et son décolleté plongeant sous sa robe, il donne l’image d’un musicien de visual-kei rock [1], mais son attitude déplorable, assis les pieds croisés sur la table, le fait plus passer pour un voyou qu’autre chose.
Pour ma part, je me sentais mal à l’aise qu’il m’ait vue nue, avant qu’il ne se moque en plus de ma poitrine, ce qui me donne déjà une très mauvaise impression. Quand je pense que les démons vénèrent ce type, je ressens de la peine pour eux. Je dirai à Leonora plus tard de ne pas trop s’emballer.
Cependant, je peux sentir la pression intimidante qui émane de lui, il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une divinité. En y repensant, puisque ce dieu règne sur les ‘ténèbres’, mon attaque d’ombre ne risquait pas de le blesser, question d’affinités élémentaires.

De l’autre côté, à ma droite, se tient la femme en armure intégrale venue réprimander le Dieu des Ténèbres lors de l’incident de la salle de bains. Elle se présente sous le nom de Sophia, Déesse de la Lumière.
Elle montre une apparence belle et calme, avec de longs cheveux blonds tressés et un corps élancé d’une vingtaine d’années. Elle dégage une atmosphère sérieuse et raffinée… mais j’dois dire une chose : il s’agit de publicité mensongère !
Sa tenue n’a rien à voir avec celle de la statue de la Déesse dans la chapelle. Si ça c’est autorisé, alors je devrais aussi pouvoir changer de vêtement.

En regardant de loin, je me souviens que la statue de la déesse dans la chapelle de Rimmel portait une tenue ressemblant à une robe de religieuse. Par contre, la femme devant moi possède une armure complète en argent, sans la moindre ouverture, ce qui lui donne l’allure d’une combattante. Un peu comme Jeanne d’Arc. Mais son attitude calme et posée ne fait que la rendre plus effrayante.

Honnêtement, elle me fait plus peur que le dieu des Ténèbres avec ses allures de voyou. Elle ne donne pas l’impression d’aimer l’humour. Comparé à ça, le dieu des Ténèbres affiche plus une façade qu’une véritable menace.
Lorsque je dirige mon attention vers lui, il semble le remarquer et se tourne vers moi.

« Qu’est ce que tu r’gardes ? »

« Un démon voyeur. »

Ah, mince, je l’ai dit à voix haute.

« Hé, tu crois vraiment que ça vaut l’coup de mater, hein ? »

Avec un regard méprisant, il continue d’observer silencieusement mon corps chétif et ses yeux se tournent vers ma poitrine. Je suis instinctivement tentée de la couvrir avec mes mains, mais je pense que je perdrai si je bronche à ce stade. Alors au lieu de me cacher, je lui fais face et le fixe droit dans les yeux sans montrer de signe de faiblesse.
Cependant, comme on peut s’y attendre de la part d’une divinité, le Regard Maléfique ne montre quasiment aucun effet sur lui, qui reste impassible.

« Putain, qu’est-ce qu’un dieu irait foutre dans un bain, d’toute façon ? »

Le Dieu des Ténèbres me fait cette remarque en couvrant ses yeux d’un air agacé. Bien sûr, les dieux ont un métabolisme différent, mais ça ne les met pas à l’abri de la saleté, alors je trouve naturel de vouloir se laver, non ? Est-ce que les dieux ne prennent généralement pas de bain ?
Je m’en fiche que ce voyeur ne se lave pas, qu’il fasse ce qu’il veut tant qu’il ne s’approche pas de moi.
Mais s’ils ne prennent pas de bain… est-ce que cela signifie qu’elle aussi…

« Anbaal, il semble qu’elle ne soit pas libérée des contraintes de la chair. Il est donc normal qu’elle ait besoin de se purifier. Ne la considère pas comme nous qui n’existons qu’en tant qu’âmes. »

La déesse de la lumière intervient pour reprendre le Dieu des Ténèbres. En même temps, elle me lance un regard féroce pendant un instant. Il faut croire qu’elle a deviné ce que je pensais. D’accord, onee-sama [2], vous n’êtes pas une malpropre.

« Une gamine avec encore sa coquille dans l’cul, sérieux ? Tch, c’est chiant. »

Le Dieu des Ténèbres soupire avec l’air agacé de quelqu’un à qui tout ça va poser des problèmes. Mais qu’est-ce que ça signifie ? Si je prends les paroles de la déesse de la Lumière au pied de la lettre, ça implique que ces deux-là ne sont que des âmes sans corps. Difficile à croire en les regardant boire du thé assis sur des chaises, mais je ne vois aucune raison pour elle de mentir.
Mais dans ce cas, je suis quoi, moi ?

« Si vous avez des questions, j’y répondrai. Il semble que vous ayez besoin de certaines connaissances préliminaires avant d’aborder le sujet principal. »

« Bon, on n’a pas l’choix. On n’ira nulle part à ce rythme-là. »

Voyant mes doutes, la Déesse de la lumière m’interpelle. Je suis curieuse de connaître le ‘sujet principal’ dont elle parle, mais je vais juste lui poser mes questions honnêtement. Engager une conversation avec un interlocuteur dont on ne connaît pas l’objectif peut être risqué, mais avec si peu d’informations en ma possession, je ne peux pas former de stratégies.

« Quelle est la différence entre vous et moi ? »

Je pose la question qui me préoccupe depuis tout à l’heure.

« Séparés du Dieu Créateur, Anbaal et moi avons toujours été des déités, n’existant que sous forme spirituelle. En revanche, ayant atteint le statut d’être divin à partir de la race humaine, vous avez conservé votre enveloppe physique. Toutefois, votre âme ayant évolué en celle d’une déesse, cela affecte probablement votre corps, n’étant plus tout à fait celui d’un humain. »

« Moi et cette nana sérieuse là-bas, on fonctionne en général seulement avec notre conscience, sans corps physique, même si en ce moment on se matérialise sous cette forme. Mais bon, une fois que ton corps sera détruit, tu deviendras comme nous. »

En d’autres termes, pour le moment je suis comme une demi-déesse avec un corps à moitié cuit, et quand mon corps périra, je deviendrai une divinité complète comme eux ?
J’ai l’impression qu’on vient d’aborder un sujet incroyablement lourd de manière décontractée.

« Mais même avec un corps physique, cela ne change pas le fait que vous soyez une déité, donc vous devriez être capable d’utiliser vos pouvoirs normalement. »

« Mes pouvoirs ? »

Peut-être qu’il s’agit des compétences ‘d’administratrice’ obtenues en devenant une déesse. Je ne vois rien d’autre qui corresponde, donc ça doit être ça.

« Ouais, c’est le "sujet principal" pour lequel on a pris la peine de v’nir cette fois-ci. »

Le Dieu des Ténèbres, qui jusqu’à présent gardait ses pieds sur la table, se redresse et pose à la place ses bras croisés en se penchant en avant. La tension dans la salle de réunion monte d’un cran, et l’atmosphère devient tendue.



« Si on est v’nus ici aujourd’hui, c’est pour… déterminer les ‘Autorités’. »

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( Relecture et correction: Hastin )

Note de la traduction :

[1] Le terme "visual-kei rock" est une expression spécifique qui fait référence à un genre musical et esthétique japonais unique. Traduire par ’Rock visuel’ ne semble pas suffisant pour décrire l’image énoncée par l’auteur.

[2] onee-sama est couramment utilisée pour désigner une grande sœur aînée ou une femme plus âgée. C’est un terme respectueux, souvent utilisé pour montrer du respect, de l’affection ou de la politesse envers une femme plus âgée ou une figure d’autorité féminine.

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