Jashin Average – chapitre 55


Note de l’auteur : Le défi à la troisième personne continue.


Les créatures magiques – communément appelées les monstres – sont réputées pour posséder un certain niveau de puissance magique.
Cependant, cette définition n’est pas tout à fait exacte. Premièrement, les humains et les démons ne sont pas considérés comme des monstres même s’ils possèdent de la magie. Deuxièmement, les entités non vivantes telles que les golems et les morts-vivants sont également généralement classées comme des monstres. En résumé, la définition la plus honnête serait d’appeler ‘monstre’, tout ce qui peut nuire à la race humaine ou démoniaque.

Si certaines créatures qui apparaissent à proximité des villes et des villages constituent une menace familière, la majorité des autres monstres ne sont pas connus du grand public. En effet, les golems ou les morts-vivants, par exemple, ne se trouvent que dans des endroits spécifiques tels que des donjons ou des ruines, et d’autres menaces puissantes ont leur domaine dans des zones reculées et ne s’aventurent que rarement en dehors de leur territoire.
Bien entendu, cela ne signifie pas que ces monstres ont évité les agglomérations humaines, mais plutôt que ces dernières ont été construites pour éviter leurs territoires.

À l’exception de quelques aventuriers, lorsqu’on pense aux créatures monstrueuses, on imagine généralement des gobelins, des kobolds, ou au mieux des orcs. Quant aux personnes ordinaires qui passent toute leur vie dans le village ou la ville où elles sont nées, ces mêmes monstres ne sont que des histoires dont elles entendent parler, car il est rare qu’elles les voient réellement. Et pour eux, les créatures plus puissantes n’existent que dans les légendes et les contes transmis oralement.
Bien sûr, ils comprennent probablement que de telles menaces existent quelque part dans le monde, cependant, comme ces monstres n’apparaîtront jamais dans “leur monde”, cela revient à dire qu’ils n’existent pas.


Par conséquent…


« C… C’est… C’est… UN DRAGON !? »

« Courez, fuyez !! »

« NOOooonnnーーーー !! »


Il est tout à fait normal que la panique éclate lorsqu’un dragon survole une ville.

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

L’histoire remonte à ce matin-là.

À ce moment, après le petit déjeuner, une scène étrange se déroulait devant la Déesse de la Lumière Sophia, qui continue de résider dans le Temple du Dieu Maléfique. Anelie, la Déesse Maléfique, préparait à manger… rien de surprenant en soi. Depuis le départ de Tenna du temple avec l’humaine Anelie, il n’est pas rare de la voir préparer le repas.
Bien qu’elle n’ait pas cuisiné à ses débuts dans ce monde, cela n’avait rien à voir avec ses capacités. Elle ne pouvait simplement pas manipuler de couteau à cause de la malédiction de sa dague. Ayant maintenant surmonté cet enchantement, rien ne l’empêche de cuisiner.
Néanmoins, il est nécessaire de noter qu’être ‘capable’ et être ‘douée’ sont deux choses totalement différentes, mais nous n’en dirons pas plus pour préserver son honneur.

La chose vraiment étrange était de voir Anelie préparer de la nourriture ── probablement des sandwichs ── et les mettre dans un panier. En fait, le petit-déjeuner venait de se terminer, donc on ne s’attendrait pas à ce qu’elle commence à préparer le déjeuner. Malgré cela, juste après avoir fini de manger, elle commence à disposer des provisions dans un panier.

Et à ce moment…

« Euh… Anelie ? Avez-vous l’intention d’aller quelque part avec cette chose ? »

Sophia interrogea Anelie, tout en ayant du mal à croire ce qu’elle voyait. Rien d’étonnant à cela. Après tout, Anelie, la nouvelle déesse taciturne aux cheveux noirs qui lui fait face, vivait complètement recluse et n’était pas sortie une seule fois depuis que Sophia la connaissait, voilà de cela un an.
Ainsi, la voir agir d’une manière qui pourrait suggérer la préparation d’une sortie était pour le moins une situation inhabituelle.

« Oui, je vais sortir un peu. Je serai de retour ce soir. Je laisse des sandwichs pour le déjeuner, mangez-les. »

Après cette réponse, Sophia regarda devant elle et vit des sandwiches dans une assiette, séparés du panier. Il y en avait assez pour deux personnes, probablement pour Sophia et Anbaal.
Tout comme Anelie, Sophia et Anbaal sont des dieux et tirent l’énergie nécessaire à leur existence de la foi plutôt que de la nourriture. Pour eux, manger n’est pas un acte essentiel à la survie, mais davantage un plaisir. Mais depuis qu’ils se sont installés dans ce temple, Sophia et Anbaal, ainsi qu’Anelie qui conserve ses habitudes d’être humain, ont pris pour routine de se restaurer trois fois par jour presque quotidiennement.

« Je vous en suis reconnaissante, mais où comptez-vous aller exactement ? »

« Je ne sais pas encore, juste pour une promenade. »

« Je vois. »

Sophia se montra convaincue, jugeant qu’une simple promenade, même sans but précis, restait plus saine que de rester enfermée en permanence. Certes, l’idée que la Déesse Maléfique, capable de semer la terreur dans le monde, puisse décider de se promener sur un coup de tête représentait un véritable problème, mais elle estimait qu’Anelie maîtrisait suffisamment son regard maléfique et son aura pour gérer la situation.

Ce n’est que par la suite qu’elle comprit à quel point elle s’était montrée naïve. Mais à ce moment-là, il était déjà trop tard.



« Eh bien, je vais y aller. Je vais promener Vuni. »



« Hein ? Attendez un instant, quoi ?! »

Avant que Sophia, figée face à cette annonce inattendue, ne puisse reprendre ses esprits et l’arrêter, Anelie prit le panier contenant les sandwichs, ainsi qu’un autre à côté plusieurs fois plus grand que le premier, et disparut en se téléportant.


« Une promenade… pas la sienne, mais celle de Vaddnir, le dragon noir ? »

Les murmures de Sophia résonnèrent dans la pièce vide.



« …envisager de laisser sortir ce dragon noir ? »

Mais personne ne répondit à sa voix, murmure hébété.

Sophia, censée être la protectrice de la race humaine, a manqué la dernière occasion d’arrêter un incident majeur, et c’est ainsi que l’animal de compagnie le plus puissant et le plus redoutable du monde a été relâché dans la nature.

◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆◇◆

Une silhouette gigantesque d’une vingtaine de mètres dansait comme si elle fendait en deux le ciel d’un bleu clair. Le battement de ses ailes était puissant et sa propulsion explosive créait une vitesse phénoménale. C’était une bonne chose qu’il vole à une altitude aussi élevée, car en dessous, plus près du sol, la pression du vent aurait tout balayé sur son passage.

Vaddnir, le dragon noir, le pire des dragons, réputé pour apporter le malheur dans le monde, profitait d’un ciel qu’il n’avait pas vu depuis longtemps. À la suite de sa convocation en tant que boss du donjon, il n’avait jamais pu sortir, confiné dans une pièce étroite selon ses normes.
La sensation de liberté lui était sans aucun doute incroyable.

« Guoooooーーー !!! »

Même son puissant rugissement, ressemblait à un chant joyeux exprimant sa joie de retrouver la liberté. Pourtant, il était loin d’être vraiment libre, car le maître qu’il craignait par-dessus tout se trouvait juste derrière lui sur son dos.

Lorsqu’il a été convoqué pour la première fois, il fut effrayé par l’aura de son maître et la peur le fit immédiatement capituler en se retournant sur le dos, son ventre à découvert. Mais avec un entraînement quotidien, il finit par s’habituer à cette présence. Maintenant, quand son maître apparaît, il ne se précipite plus vers le mur comme il le faisait auparavant.
Pour autant, cela ne veut pas dire que sa crainte a complètement disparu. Cette peur instinctive provoquée par la présence de son Seigneur ne pouvait pas être dissipée si facilement. Bien que le dragon noir ne soit pas très intelligent, il sait instinctivement à quel point il serait dangereux d’offenser le maître qui lui monte sur le dos.
Ainsi, il volait avec précaution pour offrir la meilleure expérience possible tout en profitant de sa liberté.


Malheureusement, il serait vain de croire que la prévenance du dragon noir, inspirée par la crainte envers son maître, parvienne à celle qui montait sur son échine.

« Quel froid… »

Sur le dos du dragon noir, une fille vêtue d’une robe ténébreuse frissonnait en s’accrochant désespérément pour ne pas tomber. Même s’il faisait attention à ne pas la secouer négligemment, la hauteur et la vitesse rendaient la sensation de monter sur le dos du dragon très inconfortable.
Étant donné la température déjà basse en altitude, ajoutée à la puissante pression du vent générée par la vitesse de vol du dragon noir, il n’était pas surprenant qu’elle soit exposée à des conditions si difficiles. Bien qu’elle soit une divinité dotée d’une grande résistance, elle parvenait à peine à supporter ces éléments. En étant humaine, elle aurait probablement été victime de graves gelures ou d’hypothermie. De plus, contrairement à un cheval, le dos large du dragon noir rend impossible sa chevauchée, et tout ce qu’elle pouvait faire était de se cramponner à ses écailles, en espérant que sa main ne glisse pas, au risque de tomber tête la première vers le sol.

« J-j’aurais dû m’abstenir… »

Regrettant maintenant d’avoir envisagé une promenade, il était trop tard pour faire marche arrière. Elle s’attendait à un agréable voyage dans le ciel, mais la réalité fut bien différente. Le chemin pour devenir une cavalière de dragon était difficile. Bien sûr, elle pourrait contrôler le froid, le vent et autres éléments, mais en tant que déesse, la jeune et inexpérimentée Anelie avait du mal à envisager d’utiliser ses pouvoirs dans une telle situation.

« Dépêche-toi de rejoindre un terrain dégagé quelque part… »

À l’origine, le plan prévoyait de pique-niquer quelque part dans une vaste plaine. Elle avait préparé des sandwichs pour elle-même et avait également apporté le déjeuner du dragon noir dans un panier… bien que, ne pouvant les tenir tous les deux, elle les garde actuellement stockés dans son inventaire. Cependant, pour le moment, son esprit se soucie moins de leur déjeuner que du fait de retourner à terre. En conséquence, elle ne prête pas non plus attention à l’agitation des habitants de la ville en dessous d’eux, paniqués en voyant un énorme dragon survoler le ciel.

« Ah… »

Avec le vent qui souffle, Anelie peine à garder les yeux ouverts. Mais lorsqu’elle aperçoit une vaste prairie dans son champ de vision limité, Anelie exprime sa gratitude envers la providence divine, bien qu’elle soit elle-même une divinité. Tapotant le dos du dragon auquel elle s’accroche, elle lui donne des instructions pour atterrir à l’endroit désiré.

« Là, descends là-bas. »

« Gourou ? »

Le dragon noir, avec sa faible intelligence, ne comprend naturellement pas ce qu’elle dit, mais paraissant quand même deviner les intentions d’Anelie, il commence à réduire son altitude et sa vitesse afin de se poser vers la prairie. Anelie se sent soulagée avec la diminution progressive du vent et du froid à mesure qu’ils descendent pour atterrir.



Ce n’est qu’après avoir fini son sandwich, qu’elle réalise qu’elle devra supporter le même traitement sur le chemin du retour.



De plus, elle ne se doutait pas à ce moment-là qu’un autre supplice l’attendrait à son retour : un sermon de Sophia.

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( Relecture et correction: Hastin )

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