KissWood

Isaac – Chapitre 10

« Sans espoir. »

« Pardon ? »

« J’ai dit que c’est sans espoir, gamin ! Tu veux apprendre la magie ? C’est plus facile à dire qu’à faire ! Pensais-tu que n’importe quel simplet peux apprendre la magie juste en le voulant ? »

« Vous pourriez quand même me donner une chance… »

« Tous les étudiants présents ici peuvent ressentir et utiliser le mana qui est en eux ! As-tu déjà ressenti ton mana ? »

« Si vous m’appreniez comment faire, je pourrais essay- »

« Nos emplois du temps sont surchargés du début jusqu’à la fin. Nous n’avons pas le temps de donner des cours juste pour un élève. »

C’était la réponse la plus insultante imaginable. Le visage d’Isaac devint rouge d’embarras alors que tous les élèves de la classe ricanaient. Mais cela n’arrêta pas Isaac. Il ignora les rires moqueurs des étudiants et essaya de demander la permission d’écouter la conférence. Cependant, avant même qu’il ne puisse, le professeur avait déjà répondu à sa question de son regard. Un regard d’irritation et de dédain. Tout ce qu’Isaac pouvait faire était de partir sans un dire mot. Le rire enthousiaste de Mazelan commençait à mettre son humeur à l’épreuve.


« Enfoiré. Penses-tu que je suis si désespéré d’apprendre la magie ? Je vais simplement devenir un maître de l’épée à la place. »

***

« Tu veux apprendre le maniement de l’épée ?»


Le lendemain, Isaac visita l’école militaire pour obtenir leur permission. Le professeur semblait au mieux réticent.


« Cela me dérange que vous soyez venu chez nous après avoir été rejeté par l’École de magie, mais nous ne vous refuserons pas pour ça. Voyez-vous, Nous ne sommes pas aussi avares que ces rats de bibliothèque. »


« Je vous remercie ! »

« Laisse-moi me présenter. Je suis Casey. Je suis maître d’arme de la 3ème école militaire du Campus. Tu as surement que les sorciers et les épéistes doivent être en mesure d’utiliser le mana, non ? Je vais doucement avec vous, car j’ai entendu dire que vous aviez été rejeté avant d’avoir eu la chance de passer ce test. Si vous ne pouvez pas ressentir et utiliser le mana, nous ne pourrons pas vous aider. Ceci étant dit, voyons si vous pouvez au moins le ressentir. Je vous suggère d’abandonner si vous échouez. »

« Cela n’arrivera jamais ! »

Le cri d’Isaac était plein de confiance, mais ça ne semblait pas impressionner Casey. Il secoua simplement la tête.

« Épée et magie. Leurs propriétés peuvent sembler diamétralement opposées, mais leur fondement est le même. L’important est de savoir jusqu’à quel niveau tu as entraîné et renforcé ton noyau de mana. Par conséquent, la seule façon de se renforcer est par un entrainement constant associé à du talent. Le mana se rassemble toujours juste en dessous de la poitrine de l’utilisateur, et nous appelons cela le « noyau ». Au début, il n’est pas plus gros qu’un grain de sable, mais avec de l’entraînement, il deviendra plus gros. »

« J’ai une question. »

« Qu’elle est-elle ? »


« Les épéistes et les sorciers ne stockent-ils pas leur mana à différents endroits ? »


« Hmm. Je ne sais pas où tu as entendu ce non-sens. Pourquoi la position du noyau serait-elle différente alors qu’ils utilisent tous les deux le même mana ? »


« Je suppose que vous avez raison. Cela signifie-t-il que quiconque entraîne son mana peut utiliser à la fois la magie et le ki à l’épée ?


« C’est vrai. Laisse-moi deviner. Tu pensais que tu deviendrais invincible si tu utilisais à la fois l’épée ki et la magie en même temps, n’est-ce pas ? »


« … Oui. »


« Eh bien, tu n’es pas la seule personne à penser cela. Mais ceux qui s’y sont essayés ont tous échoué. »


« Pourquoi ? »


« Penses-tu que tu auras le temps de lancer ta magie paresseusement quand une épée scintillera devant tes yeux ? Il est beaucoup plus efficace de transpercer le bâtard que d’essayer de lancer un sort en plein combat. »


« M, mais peut-être que vous pourriez les induire en erreur ou briser leur position, ou… »


« Pour des sorts basiques, il serait beaucoup plus simple d’utiliser une arme enchantée par une telle magie. Et cela ne veut pas dire non plus que cette méthode est efficace. Notre noyau peut naturellement résister à des sorts aussi simples, et même si ce n’est pas le cas, nous portons généralement une armure enchantée par magie pour nous défendre contre ce niveau de sort. Comme on dit, si vous courez après deux lièvres, vous n’attraperez ni l’un ni l’autre. »


«…»

***


Inspirez… expirez… Remplissez vos poumons, puis relâchez lentement. Inspirez… expirez… Oubliez tout et atteignez l’ascension.


Ah, est-ce que j’en ai enfin un aperçu ? C’est si doux.


Claque ! Un coup soudain à la tête d’Isaac le réveilla brusquement. Ses yeux s’écarquillèrent et un cri résonna dans l’air.


« Aïe ! Oww ! Ma jambe ! »


Casey regarda Isaac se tordre de douleur sur le sol. Il était resté assis pendant un certain temps et un tressaillement soudain de sa jambe à cause de la douleur avait provoqué une crampe musculaire.

« C’est un échec, cela ne fait aucun doute. »

Il fallut du temps avant que la douleur de sa crampe ne se calme enfin, mais c’était le dernier de ses problèmes maintenant. Alors qu’il se tournait lentement pour rencontrer les yeux de Casey, ce dernier exprima sévèrement son opinion.


« Rejeté. Il n’y a aucun espoir pour toi : Abandonne. Comment quelqu’un qui dort chaque fois qu’il médite aurait-il le moindre espoir de pouvoir entraîner son mana ? »


Le rire irritant de Mazelan résonna dans l’esprit d’Isaac.


Inspire… Expire… Rassemble le mana en respirant et stocke-le en toi. Inspire… Expire….


« Ah, chaud !»


Une bosse dépassait au milieu du front d’Isaac.


« N’étais-tu pas certain de ne pas t’endormir cette fois ? »


« E, eh bien… »


« J’ai accepté de te donner une opportunité de t’entrainer parce que tu ne cessais de me harceler, et maintenant regarde-toi. Ne pense-tu pas que le moment est idéal pour laisser tomber ? »


« Mais je le regretterais si j’abandonnais si tôt … »


« Comment quelqu’un qui ne peut même pas absorber le mana présent tout autour de lui peut-il apprendre la magie ou même l’épée ? »


«…»


« haaa ……haaa. »


À ce stade, Mazelan était littéralement en train de mourir de rire. Isaac sentit sa colère monter tandis que Mazelan, allongé sur le sol, luttait pour respirer pendant son fou rire.


Maître de l’épée ! Point incontournable de la fantaisie Isekai ! Quelles émotions palpitantes ce mot apporte !
Des sorciers ! Des boules de feu dans une main, des artefacts magiques inestimables dans une autre. Même s’il n’a jamais eu l’intention de devenir si puissant que rien ne pourrait s’opposer à lui, cela lui aurait bien plu s’il avait été assez fort pour prendre soin de lui-même.


Malheureusement, il dut tout abandonner. Après tout, il n’avait aucune connaissance des techniques de respiration, même les plus élémentaires, et encore moins d’une technique de respiration secrète qui avait été transmise depuis des générations. Tout ce qu’il avait, c’était de vagues et hypothétiques connaissances qu’il avait tirées des nombreux romans qu’il avait lus.


Peu importe combien il essayait de ressentir son mana à travers la méditation, tout ce qu’il ressentait à la place était de la somnolence et une crampe à la jambe. Il était dans tous les aspects, normal.


Le rêve et le talent d’Isaac s’étaient heurtés avant même qu’il ne commence. Mais il se réconforta. Il ne servait à rien d’entraîner le mana, car travailler dans un bureau avec un stylo à la main est beaucoup moins éprouvant pour le corps. Isaac se convaincu de cette justification, mais il ne pouvait s’empêcher de se souvenir de l’histoire du renard et des raisins dans le coin de son esprit. (*)


Plus il en apprenait sur la magie, moins il comprenait les gens qui s’y entraînaient. Il n’y avait pas besoin de révélation ou d’épiphanie pour lancer la magie. Bien sûr, pour lancer des sorts dévastateurs, vous aviez besoin de connaissances sur des théories magiques complexes et des invocations pour y parvenir, mais rien n’empêchait un sorcier amateur d’utiliser seul un sort réputé destructeur. Cependant, il y avait un hic ; si la magie qu’ils jetaient dépassait leurs capacités, la mort était certaine.


Les sorts difficiles nécessitaient une quantité de mana considérable pour les lancer et les maintenir, et si le lanceur ne pouvait pas pourvoir le mana nécessaire, la magie commencerai à drainer les énergies du lanceur lui-même. Comme un usurier recouvrant une dette.


Le temps que le sort ait absorbé les énergies du lanceur de sorts, il n’en resterait même pas un cadavre. La magie était une compétence qui vous tuait au moment où vous vous surestimiez.


Ce fait aida Isaac à abandonner le dernier de ses regrets sur la magie. Il comprit également qu’il était impossible pour lui de devenir compétent avec une épée. Le lendemain de son rejet par l’école militaire, Isaac se dirigea vers l’école d’administration.

« Vous voulez apprendre l’administration ? »


« Oui. Mon rêve est de devenir administrateur dans une petite ville rurale. »

« … C’est un rêve assez spécial. »


« Je pense que cela me convient, compte tenu de la position dans laquelle je me trouve. »


« Hm. Eh bien, je suppose qu’il n’est pas nécessaire de vous rejeter si vous voulez apprendre. »


« Je vous remercie. Je ferai de mon mieux. »


« Pas besoin de vos remerciements. Je n’ai rien à vous apprendre de toute façon. »

« Quoi ? »


« Vous savez que vous serez diplômé du Campus si vous survivez pendant 5 ans, n’est-ce pas ? »


« C’est vrai… »

« Une fois que vous aurez obtenu votre diplôme sur le campus, vous obtenez le rang de Chevalier de rang 2. Les tâches administratives de base de l’Empire commencent à partir du Chevalier de rang 2, vous pouvez donc choisir n’importe quel travail administratif rural que vous voulez. “


« Donc, vous êtes en train de me dire que je peux obtenir n’importe quel emploi administratif tant que je suis diplômé ? »


« C’est le cas. »


« M, mais j’ai tout de même besoin de m’y connaître, non … ? »


« Ce sont des connaissances de base sur l’administration. Il est obligatoire que vous connaissiez les bases avant d’entrer sur le campus, il n’y a donc pas de conférenciers qui enseigneraient une telle chose ici. Nous ne ferions pas non plus une conférence spéciale rien que pour vous.


«…»


« Je voudrais également ajouter. Même si vous êtes l’administrateur d’un village rural, si le Bureau d’Inspection de l’Empire vous juge insuffisant, vous recevrez 3 avertissements avant d’être renvoyé. Une fois que vous êtes licencié, vous ne pouvez pas présenter une nouvelle demande d’emploi pendant 3 ans. Et si nous trouvons un soupçon de corruption à tout moment, vous serez immédiatement chassé, puni par l’Empire, et il sera impossible de postuler à des emplois liés à l’Empire lui-même. Vous comprenez ? »


« …Oui. »


« Si vous avez toujours le désir d’apprendre, allez à la bibliothèque. Il devrait y avoir des livres sur l’administration de base. »


« Merci pour votre conseil. »

***

Les 7 jours de calamité.


Au début de l’été, une catastrophe d’une ampleur qui n’avait jamais été ou ne sera jamais enregistrée balaya le continent. Les saints, hommes comme femmes, devinrent fous tandis que la santé des vieux sages séniles se dégradait pendant que le mana du monde était entrainé dans une tempête turbulente. Tout sens de l’ordre avait disparu et à sa place se trouvaient l’avidité et le chaos. Bien que cette catastrophe n’ait duré que 7 jours, ses séquelles laissèrent des traces pour de nombreuses années.


Le monde changea. Les divinités du ciel, de l’enfer et du royaume des esprits avaient disparu et les voies par lesquelles elles voyageaient étaient coupées. Les sociétés s’effondrèrent entrainant dans leur chute des nations entières.


Alors que toutes les races intelligentes sombraient au désespoir à la vue d’une catastrophe imminente sur ce monde, un héros revint tel ressuscité de ses cendres. C’était le premier empereur Erukaph. Son seul objectif était la préservation de ce monde, et il rallia des citoyens de toutes les races sous sa bannière représentée par un Phoenix. Tous les souvenirs d’idéologie, d’histoire et de rancunes passés furent balayés pour la survie de ce monde. A l’intérieur de la clôture appelée l’Empire, le monde s’unissait.


Afin de se remettre du nombre de morts énorme que la catastrophe avait engendré, toutes les races partagèrent leurs connaissances secrètes pour être enseignées dans une seule école. C’est ainsi que le Campus vit le jour


Pour faire en sorte qu’une école digne des individus les plus talentueux de l’Empire et futurs dirigeants voit le jour, ils avaient créé le Collège.

Alors que beaucoup dans le Campus remettaient en question sa création, l’Empire jugea nécessaire de créer une institution capable de prouver que certains individus étaient en effet aptes à devenir de futurs dirigeants. Et ainsi, le Collège devint une école prestigieuse dans laquelle tous souhaitent entrer, mais beaucoup se voient refuser leur…


« Et ils appellent ça un livre d’histoire ? »


Isaac marmonna en fermant tranquillement le livre. Isaac avait suivi les conseils grossiers et inutiles de la dernière école pour laquelle il avait demandé la permission, l’École d’administration.


Il n’était pas nécessaire qu’il soit obsédé par le pouvoir comme un maître d’épée ou un grand mage. C’est juste que c’est beaucoup plus pratique que d’être faible. Ceux qui ont de la force peuvent être détendus face au danger, mais les faibles ne peuvent que se cacher des dangers ou en subir les conséquences. Il voulait juste jouer une scène clichée où le personnage principal enverrait un homme arrogant voler après que l’homme se vantait de sa force.


Ainsi, après un mois de refus constants de toutes les écoles, Isaac perdit tout intérêt et commença à visiter fréquemment la bibliothèque. Il croyait que connaître l’histoire de ce monde l’aiderait à prendre des décisions futures, mais cela ne faisait qu’ajouter à sa confusion.


Tous les livres d’histoire dataient au plus tard d’il y a 300 ans, lorsque les 7 jours de Calamité ont commencé. Il ne restait pas un seul morceau d’histoire avant cette époque. Eh bien, disons que c’est possible puisqu’ils croyaient que le monde prendrait fin à l’époque. Mais atteindre ce genre de civilisation en seulement 300 ans ? Impossible. De plus, il n’y avait pas un seul livre d’histoire qui mentionnait quoi que ce soit avant il y a 300 ans.


Tous les historiens rêvent de trouver un artefact d’une civilisation perdue. S’ils ne pouvaient vraiment pas en trouver, cela signifierait que le monde était vraiment proche de la fin ou que l’Empire dans son ensemble le cachait au public.
Isaac était convaincu que c’était la dernière solution, mais il ne pouvait rien y faire et ne ressentait aucune raison de le faire. Sa survie était son objectif principal après tout.


« Qu’est-ce que je fais maintenant ? »


Isaac marmonna à nouveau. Il ne trouva aucun livre intéressant à lire dans la bibliothèque. Tout comme le Campus était un endroit rempli de savants acharnés, tous les livres de la bibliothèque étaient des manuels ou des thèses. Tous les livres de fiction étaient de la littérature artistique, et pour Isaac, ce n’était que page après page de poèmes incompréhensibles, semblables aux poèmes de l’époque médiévale dans le vieux monde.


Quand Isaac tenta de lire un livre sur la théorie de la magie, le livre était rempli d’équations plus complexes que ce dont il se souvenait dans un manuel de mathématique. Isaac était convaincu que les étudiants qui traitaient cela comme des éléments de base ne devaient pas être méprisés.


La tentative d’Isaac d’apprendre l’administration était vaine. C’était une évidence puisqu’il n’avait jamais été une personne studieuse dans l’ancien monde. Son manque de passion couplé au fait qu’il savait qu’il obtiendrait ce qu’il veut le moment venu l’avait conduit à une vie d’indolence. Il n’avait aucune raison de faire quoi que ce soit.


La vie quotidienne d’Isaac consistait en une routine de trois plats et de bavarder avec Mazelan chaque fois qu’il venait lui rendre visite.


Tout comme Mazelan l’avait promis, il n’y avait pas beaucoup de tentatives ou de stratagèmes pour expulser Isaac du Campus. La première année d’Isaac au Campus avait été paisible.

*Note : Le Renard et les Raisins est l’une des fables d’Ésope dans laquelle un renard tente d’atteindre une délicieuse grappe de raisin suspendue à une vigne en vain. À la fin, le renard abandonne et rejette les efforts, disant que les raisins n’en valaient jamais la peine.
Isaac a été surpris d’entendre qu’il n’y avait pas de notes sur la magie comme « cercle » ou « classe » quand il a fait ses recherches sur la magie de ce monde. Une seule chose était nécessaire, c’était la quantité de mana que le lanceur avait dans son corps. Cela signifiait que même un enfant pouvait lancer des sorts catastrophiques comme Hellfire ou Meteor s’il avait le mana.

Chapitre Précédent | Sommaire | Chapitre Suivant

1 thought on “Isaac – Chapitre 10

Laisser un commentaire

%d blogueurs aiment cette page :