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NORDEN – Chapitre 57

Chapitre 57 – Prologue (début tome 2)

Aux premières lueurs de l’aube dans la campagne profonde, le soleil, encore bas dans un ciel sans nuages, plongeait l’île sous une délicate clarté ocrée, éblouissant les champs de blé et les vastes plaines. Le vent frais et vivifiant de ce début de printemps faisait onduler les brins d’herbe et valser les branches d’arbres qui arboraient leurs premiers bourgeons.

Quelques oiseaux, en parade amoureuse, tournoyaient dans les airs, entamant une danse frivole et légère, emplie de séduction. De leur plumage varié, aux pigments vifs et éclatants, ils offraient une farandole de couleurs et leurs gazouillis mélodieux résonnaient en écho à travers les bosquets et les pâturages, tels des chants divins.

Les parfums enivrants des plantes luxuriantes se diffusaient au travers de cette agitation fougueuse qu’apportent les douces gaîtés de cette belle saison.

Dans cette nature renaissante, débordante d’amour et de joie, un cerf, seul, marchait au pas, effleurant le sol de sa démarche chancelante. L’animal, d’une carrure élancée, à l’allure majestueuse et au port noble, venait de quitter la forêt, gagnant progressivement la côte.

Ce grand cerf des tourbières, unique, vénéré et respecté de tous, affichait une triste mine. Ses deux grands yeux, l’un bleu azur et l’autre doré, d’un éclat inégalé, étaient embués de larmes. Son pelage dru d’un brun sombre, jadis soyeux et luisant, était à présent sale et terne, couvert d’entailles et de plaies. Et ses immenses bois, rompus par endroits, qui ornaient le haut de son crâne à la manière des ramures d’un chêne, étaient dépourvus de feuillage, pourtant foisonnant en ce beau mois de mai.

Alfadir arrêta le pas, claquant avec force ses sabots fêlés contre la paroi rocheuse, perché en haut de falaise, où se dessinaient plus bas les ruines d’un ancien village noréen érigé à la gloire du serpent marin, Jörmungand. D’en haut, il contemplait, muet et pensif, l’océan qui se déployait devant lui jusqu’à l’horizon.

Il prit une grande inspiration, leva la tête et poussa un hurlement plaintif.

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