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La Tour Des Mondes – Chapitre 2

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Réminiscence

Sans trop savoir quoi penser, je suis allé me coucher avec elle. Au final, je serai peut-être de retour dans cinq minutes, ou jamais. À ce sujet, nous avons pris le temps de chacun écrire une lettre faisant nos adieux à nos proches. Ma lettre ne dit pas grand-chose si ce n’est que je suis désolé. Je ne le suis pas. La seule personne qui compte vraiment est à côté de moi.

Alors que nous nous allongeons, ma copine me fait promettre quelque chose.

— On se retrouve dans la tour d’accord ? Ne me laisse pas toute seule là-bas, tu me le promets ?
— Je te le promets, on reste ensemble quoi qu’il arrive.

Je peux sentir que mon cœur commence à s’emballer. Après tout, je fais un saut dans l’inconnu avec elle, mais vers quoi exactement ? Est-ce que je vais réellement mourir en entrant dans la tour ? Cette idée de suicide me hante à nouveau comme une peur d’enfant. C’est ridicule.
Je souffle alors qu’elle me prend dans ses bras pour m’aider à me détendre.
De son côté, elle a l’air d’être sûre de sa décision, mais je peux voir qu’elle fait de son mieux pour cacher le léger tremblement de ses lèvres.

Au final, nous nous rassurons l’un l’autre en avalant des somnifères. Ce n’est pas pour « partir » plus vite, mais pour être certain que, comme nous sommes en couple, l’un ne panique au moment où le corps de l’autre disparaît, ce qui pourrait l’empêcher de s’endormir.

Je l’embrasse une dernière fois avant de m’allonger en lui tenant la main tandis que l’autre tient la clé. Ma respiration se calme petit à petit alors que je regarde le plafond en réfléchissant inutilement à des questions que j’ai déjà posées des centaines de fois auparavant. Finalement, c’est elle qui finit par rompre le silence.

— Tu penses qu’il y aura quoi dans la tour ?
— Quoi que ce soit, nous serons ensemble.
— Va savoir, on sera peut-être transformés en rats de laboratoire ?
— Même pas drôle… mais tu feras un superbe rat de laboratoire si c’est ce que tu te demandes.
— Hey !
— J’espère vraiment que ce n’est pas ça. Ce serait quand même assez décevant. À moins qu’on me demande de faire des expériences sur toi.
– Grr. Fais juste en sorte de pouvoir entrer, quoi qu’il se passe.

J’échange encore quelques paroles avec elle, ce qui me permet de graduellement me détendre alors que les somnifères finissent par faire effet. Je ne veux pas la perdre. Je la regarde une dernière fois alors que je ferme les yeux. Je… Je ne… veux pas… la per…

*

J’ouvre soudainement les yeux en me rendant compte que je ne suis plus dans mon lit. Je me relève du sol de pierre en regardant autour de moi. Le ciel est couvert d’épais nuages alors que l’océan frappe l’espèce de jetée sur laquelle je suis. Une brise et les embruns marins m’agressent les sens en me frappant le visage alors que je commence à sentir la fraîcheur du lieu. Il n’y a rien de chaleureux ici, mais je n’avais jamais vu l’océan jusqu’à présent et c’est très excitant pour moi.

De l’autre côté de la jetée et en suivant le chemin en pierre se dresse la tour. Montant jusqu’au ciel avant de se perdre dans les nuages, elle est bien trop massive pour ne pas me donner l’impression de lui être complètement inférieur.
Il n’y a que moi ici et aucun signe de ma copine. En prenant mon inspiration, je commence à avancer en direction de la tour qui se trouve à une cinquantaine de mètres de moi. Elle est probablement en face de la tour comme moi, mais je ne peux juste pas la voir. Pas la peine de s’inquiéter.

Je suis toujours habillé des vêtements que j’ai gardés en dormant et la clé se trouve toujours dans ma main. Je la place dans la poche de mon jean en continuant à avancer. Vu les sensations, je ne pense pas être en train de rêver, mais je ne compte pas perdre du temps ici. De toute façon, je ne pense pas que j’ai le droit de me baigner ou même de rester à regarder l’océan. Ce n’est probablement pas ici que le « test d’entrée » doit se dérouler puisqu’il suffit de marcher en direction de la tour.

Alors que je marche sur la jetée, je peux voir que la tour est entourée par une sorte de mur circulaire. En face de la jetée se trouve une arche gigantesque qui monte à plus d’une vingtaine de mètres du sol. J’ai l’impression qu’elle a été taillée dans un seul bloc et je ne vois pas de gravure ou de décoration. Il n’y a pas non plus de lumière ou même de végétation. Il n’y a que de la pierre et de l’eau salée.

J’approche de l’arche sans trop savoir à quoi m’attendre, mais à mesure que j’avance, je peux voir une sorte de voile qui la recouvre comme une sorte de barrière mystique. Le voile n’a rien de normal en tout cas. C’est une sorte de pellicule qui bouge légèrement au gré du vent, mais il semble plus proche de l’eau que d’un tissu ou de quelque chose que je connais.

J’y passe la main, mais rien ne change si ce n’est que je trouble la surface qui me laisse voir vaguement mon reflet. Je peux voir la tour de l’autre côté et ce qui semble être une porte en bois à plusieurs mètres de moi.

Je ne vois pas d’indication pouvant me donner un indice, alors je décide d’avancer en prenant une grande inspiration. Par instinct, je ferme les yeux en avançant et, quand je les ouvre, je ne suis plus au bord de l’océan, mais dans une sorte de tunnel sombre.

En face de moi, à plusieurs dizaines de mètres, se trouve une porte. Là encore, je pense que la consigne est simplement d’avancer. Pas besoin de réfléchir plus longtemps.

[Ne te retourne pas et franchis la porte si tu veux aller dans la tour.]

Je me frotte la tête en frissonnant. Le message que je viens d’entendre est assez étrange. Pas d’intonation particulière, pas de signe de personnalité et je ne peux même pas dire si c’est un homme ou une femme qui vient de parler. La voix était bien humaine, mais en même temps je la trouve presque plus proche d’une machine.

Je décide ensuite de me mettre à avancer. Ça ne sert à rien de réfléchir à ce qui n’est qu’une consigne. Il y a probablement un piège s’il s’agit d’un test et je serre les poings en attendant qu’il se produise quelque chose et en espérant que ce ne soit pas le cas. Il suffit que je marche en restant les yeux fixés vers la porte.

« Alors c’est comme ça ? »

À quelques mètres derrière moi, j’entends la voix de mon père. Par réflexe, j’arrête d’avancer sans savoir quoi répondre. Je répète la consigne que j’ai entendue en boucle dans ma tête pour ne pas me déconcentrer.

« Tu comptes vraiment franchir cette porte ? »

La voix de mon père devient sévère et se rapproche du ton que j’ai l’habitude d’entendre quand il est déçu de moi. Il me suffit de marcher et de l’ignorer, pas la peine de penser à autre chose.

Je n’ai pas envie de lui répondre. La dernière fois que j’ai entendu sa voix, elle avait le même ton dévalorisant et je n’avais pas non plus répondu. Il continue à parler pour me marteler avec ses phrases clichées que j’avais l’habitude d’entendre quand je vivais sous son toit et je continue d’avancer silencieusement.
Comme si j’allais dialoguer avec une version imaginaire de mon père alors qu’il dort probablement dans son lit comme un bébé. Je n’ai pas envie de me retourner en tout cas. Je ne l’ai pas fait la dernière fois que je l’ai vu et je ne le ferai pas maintenant.

« Tu penses faire quoi exactement ? Tu penses que passer cette porte te rendra heureux ? Tu vas nous abandonner ?! Nous oublier ?! Retourne-toi quand je te parle ! Tu as pensé à ta mère ? Yaël, ne m’ignore pas ! »

Je me fige quelques instants. C’est mon irritation qui me donne envie de me retourner pour lui dire de la fermer. Je vais continuer à avancer et entrer dans la tour. Ce n’est pas lui qui m’en empêchera.

Je fais quelques pas de plus en essayant de me concentrer sur la porte. Au lieu de s’éloigner, la voix de mon père devient plus forte et je peux ensuite entendre la voix de ma mère qui me supplie de ne pas le faire. Après elle, j’entends d’autres personnes de ma famille et même des amis que je reconnais vaguement.

À mesure que j’avance, elles sont de plus en plus nombreuses à m’appeler, une par une. Elles cherchent toutes à attirer mon attention, mais je ne cède pas et continue d’avancer. Certaines m’insultent, d’autres me demandent comment je vais et si je suis sûr de moi. D’autres sont plus suggestives et ressemblent à des gémissements de plaisir ou à des gens qui sanglotent violemment.
Une par une, elle se mélange en créant une sorte de monstre qui m’effraie réellement. J’ai peur de ce que je vais voir si je me retourne. J’ai peur qu’il n’y ait rien, mais j’ai aussi peur de voir tous ses gens qui me regardent et me jugent comme si j’étais moi-même un monstre.

Je serre les dents alors que mes lèvres tremblent. Toutes ses voix me font mal alors que, malgré moi, j’essaye de me remémorer à qui elles appartiennent. Je ressens presque une terreur d’enfant alors qu’elles m’appellent une par une en hurlant ou chuchotant dans mes oreilles pour que je me retourne. La porte semble être toujours plus loin alors que je continue d’avancer en marchant rapidement, mais les voix continuent de me poursuivre.

Toutes ses personnes ne font plus partie de ma vie, même si ce fût le cas. Il n’y a qu’une seule voix que je n’entends pas, car elle me donnerait du courage. Je sais qu’elle ne s’arrêterait pas, elle, et il n’y a qu’elle qui compte maintenant.

J’arrive finalement à la porte en étant légèrement essoufflé. Je tends la main vers la poignée alors que toutes les voix derrière moi se mettent à parler à l’unisson.

« Plus jamais. Tu comprends ? Regarde-nous ! Tu vas nous perdre pour toujours ! »

Il n’y a finalement plus que le silence et je soupir de soulagement en me disant que c’est enfin fini.
Ma main se pose sur la poignée et une main se pose sur mon épaule sans pour autant me tenir. Je reconnais ce geste et il n’y a qu’une personne qui ferait ça.

Derrière moi, j’entends alors la voix de mon frère.

« Tu vas vraiment faire ça pour elle ? Et toi, tu veux quoi dans tout ça ? Tu penses vraiment que c’est la meilleure décision ? »

Je tourne violemment la poignée et avance en répondant à ce dernier fantôme de mon passé.

« Je le fais parce que c’est ce que je veux. »

Correction : Hastin
Chapitre mise à jour le 10/05/2021
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5 thoughts on “La Tour Des Mondes – Chapitre 2

  1. Merci pour le chapitre.
    PS:Toujours pas au niveau de Kumo-chan,mais sa s’améliore. Si ça continue à s’améliorer à ce rythme tu devrai pouvoir rejoindre kumo-chan dans une trentaine de chapitre.^^

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