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NORDEN – Chapitre 3

  • Chapitre 3 – Le loup et les totems

L’école n’était pas bien grande et était exclusivement réservée aux enfants noréens allant de trois à treize ans. Les murs de la salle, tapissés d’un papier peint de couleur grise, étaient recouverts d’affiches d’apprentissage. Un grand tableau à craie sur lequel était écrit la date du jour, vendredi 26 mars 307, trônait juste derrière le bureau de la maîtresse et de grandes fenêtres s’ouvraient sur un jardin boisé qui leur servait de cour de récréation.

— Oh, mais c’est la p’tite Mouette qu’arrive encore à la dernière minute ! fit une voix sarcastique juste derrière.

Adèle se retourna et regarda son interlocuteur avec un immense sourire. C’était Ferdinand, un garçon de deux ans son aîné, à la tignasse rousse et au visage couvert de taches de rousseur.

— Alors Mouette, on est encore allée donner à manger à ces gros phoques puants ? railla le rouquin en la dévisageant de ses yeux verts en amande. Tu pues la vase à plein nez !

D’humeur taquine, il se boucha les narines et fit mine de se sentir mal.

— Oui ! en plus Maman était là ce matin ! expliqua Adèle avec entrain. J’étais obligée de rester un peu avec elle !

Il croisa les bras et haussa un sourcil.

— Tu m’en diras tant ! finit-il par répondre.

L’élève à ses côtés gloussa. C’était Louis, un petit garçon rondelet aux cheveux poivre et sel coiffés en bataille, portant des lunettes un peu trop grandes pour lui, ce qui lui donnait un air naïf.

La maîtresse entra et s’installa devant le tableau. Elle portait des lunettes rondes et était toujours vêtue de la même robe à tartan grise. Ses cheveux étaient tirés en arrière en un chignon, accentuant son visage fin à l’expression éternellement sévère. Debout, elle contempla la classe d’un air grave, attendant que les élèves retournent à leur place et se taisent. Sitôt fait, le cours put commencer.

— Bonjour les enfants ! commença-t-elle en se frottant les mains. Avant de commencer, je souhaiterais vous faire part d’une nouvelle qui nous vient d’Iriden… Selon certains fermiers, un loup rôderait en ces lieux et s’attaquerait au bétail. Je vous demande donc de faire très attention à vous, même s’il est rare que les animaux sauvages s’attaquent à nous, les noréens.

Elle laissa un moment de silence, regardant ses élèves un à un, puis déclara :

— Donc, je vous en prie, faites attention et restez auprès d’un adulte lorsque vous vous rendez à la campagne. Je ne voudrais pas qu’il vous arrive malheur…

Les enfants l’écoutaient attentivement et un murmure parcourut la classe une fois que le discours fut terminé. Tous se contemplèrent les uns les autres. Louis, apeuré, plaqua sa main contre sa poitrine et serra avec force son petit médaillon totem représentant un lapin de garenne, afin de se rassurer. Ici, élèves comme professeurs arboraient fièrement leur médaillon : que celui-ci soit mis autour du cou ou simplement épinglé au niveau de leur poitrine. Il représentait l’animal-totem de chacun.

Les noréens étaient des êtres spéciaux et possédaient un incroyable don : celui de la métamorphose en animal une fois arrivé l’âge adulte. Ils étaient les descendants du vénérable Alfadir, l’entité protectrice de Norden. Ce grand Cerf des Tourbières était le premier être à avoir reçu ce don unique il y a de cela des siècles et l’avait transmis à sa descendance.

Ainsi, chaque noréen une fois devenu adulte, à l’âge de dix-huit ans, pouvait se transformer en son animal-totem. Cet animal était choisi par l’île elle-même et révélé par l’un des Shamans peu avant la naissance de l’enfant. Les parents de celui-ci offraient un petit objet à leur nouveau-né pour le caractériser. Pour la plupart il s’agissait d’un médaillon ou d’une broche gravée dans du cuivre, sur de la pierre ou dans de l’os. Mais il en existait des plus insolites en forme de petite statue ou encore brodé sur un mouchoir.

La maîtresse demanda à ses élèves de se lever et d’entonner leur hymne. Tous se mirent debout, la main sur le cœur et récitèrent leur ode à la Nature : La complainte d’Alfadir.

« Sur ma belle Norden

Le cerf a pleuré

Ses bois se brisent et se rompent

Le corbeau, le loup et le sanglier

Trois de ses fils ont trépassé

Attendre le lever du jour

Attendre que le serpent chante

Et attendre que l’aîné revienne

Que le corbeau, le serpent et le cerf

Si longtemps séparés

Si longtemps déchirés

S’unissent à nouveau

Et rapportent le printemps

Réveille-toi serpent ensommeillé,

Exulte ton chagrin au loin

Il est l’heure d’émerger des ténèbres »

Une fois que leur hymne fut achevé, les élèves se turent. La maîtresse les fit s’asseoir à nouveau, s’éclaircit la voix et commença le cours.

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