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NORDEN – Chapitre 35

Chapitre 35 – L’Alliance – la fête

Le soleil était bas dans le ciel et plongeait les lieux sous une lumière chaude. Le carrosse arriva à destination, s’engouffrant avec panache dans la cour pavée du Duc von Hauzen où bon nombre d’attelages et de personnalités étaient présentes. Ils descendirent et gagnèrent l’entrée.

Le manoir du maire était bien plus impressionnant que celui du Baron. Bien que l’architecture soit similaire, sa taille devait être presque trois fois supérieure au domaine de von Tassle. La demeure possédait deux grandes ailes supplémentaires s’avançant de chaque côté et la décoration se révélait beaucoup plus foisonnante et mieux ouvragée.

Le Duc était l’homme le plus riche et le plus respecté de toute l’île, de par son statut de maire, venaient ensuite les cinq marquis : Dieter von Dorff, Laurent de Malherbes, Lucius Desrosiers, Léopold de Lussac et Wolfgang von Eyre.

Ambre balaya l’assemblée qui se trouvait dans la cour, angoissée :

Comment vais-je pouvoir survivre en ce milieu ? Va falloir que je sois maligne et ne surtout pas me laisser intimider par tous ces inconnus et éviter de me faire remarquer. Par chance, Anselme et Meredith seront là, ils me mettront à l’aise. Et puis il y aura pas mal de noréens normalement, j’espère qu’ils seront plus faciles à aborder !

Le Baron entra, suivi des deux amis. Anselme lui proposa son bras, se maintenant contre sa canne de l’autre. À leur entrée, les regards se tournèrent vers eux. Elle prit une profonde inspiration afin de diminuer l’anxiété qui montait en elle, ne voulant montrer le moindre signe de peur ou de faiblesse. Pourtant, les regards étaient insistants voire dédaigneux.

— Ne t’inquiète pas ! Lui murmura-t-il, sentant la main de sa cavalière se crisper violemment contre son bras. Je t’ai déjà dit qu’ils n’avaient pas l’habitude de me voir accompagné en soirée. Tu es même ma première véritable cavalière. Tu es donc à présent un objet de curiosité et de convoitise. Alors essaie de ne pas en tenir rigueur, des langues de vipère ce n’est pas ce qui manque ici. Dis-toi juste que tu es comme une brebis au milieu des loups.

— Je te remercie vraiment Anselme, si tu savais comme tes paroles me rassurent ! pesta-t-elle, les dents serrées et l’échine hérissée. Crois-moi que si l’un d’eux me fait la moindre réflexion, je lui cogne chaleureusement mon poing contre son visage ! Qu’importe son titre ou sa fortune !

Anselme ne put réprimer un rire. Il était amusé par l’ardeur de sa cavalière et aimait l’idée qu’elle soit assez forte pour tenir tête à n’importe quelle personne de cette assemblée.

— Après tout je l’ai déjà fait et je ne vois pas ce qui m’empêcherait de recommencer ! Ajouta-t-elle avec un air de défi.

— J’ai bien vu cela oui, rétorqua-t-il, j’en ai d’ailleurs fait les frais après. Et grâce à toi je suis encore plus beau et séduisant que je ne l’étais déjà.

— Ne rigole pas avec ça ! Pesta-t-elle.

Elle sentit la colère ressurgir soudainement à cette annonce : Si je croise ces deux-là, je les étripe sur place !

— Ambre, je t’en prie… prends une grande inspiration et calme-toi ! Dit-il plus sérieusement. Tu vas me lacérer le bras jusqu’au sang si tu continues à le serrer aussi fort ! Ils ne vont pas te dévorer, tu n’as rien à craindre là-dessus. Les gens vont juste te tester et tenter de t’intimider, c’est tout ! Alors, calme-toi ou tu risques vraiment de t’attirer des ennuis si tu continues de scruter tout le monde avec ce regard-là !

Elle écouta ses conseils et se ravisa. Elle ne se rendait absolument pas compte qu’elle dévoilait chaque fois ses émotions au grand jour. Elle prit une profonde inspiration et tenta de lâcher prise, profitant de ce moment pour observer les lieux.

Ils se trouvaient dans une salle spacieuse, ajourée sur deux pans de murs par de longues baies vitrées encerclées de rideaux de velours. Les murs étaient blancs, ornés de tableaux et de tapisseries et bardés de plusieurs rangées de chandeliers ainsi que des miroirs. Devant étaient appuyées des consoles à plateau de marbre et plaquées or sur lesquelles étaient disposés d’immenses bouquets foisonnants, comprenant des fleurs de toutes les couleurs et plusieurs dizaines de statues. Le parquet était en bois clair et lustré, produisant un son agréable lors de la marche. D’imposants lustres de cristal scintillants descendaient du plafond, réfléchissant les reflets de lumière.

Elle aperçut au loin la jeune duchesse, accompagnée d’un groupe d’hommes. Elle portait une robe de soie mauve de style noréen ainsi qu’une longue plume au-dessus de sa chevelure.

Ambre fut heureuse de la voir. Sa présence était rassurante et elle était amusée d’observer celle-ci opérer avec autant de charmes et de minauderies. Elle bougeait ses mains avec grâce et papillonnait des cils de ses grands yeux de biche.

Anselme amena Ambre en direction d’un des coins de la pièce où se trouvaient de nombreuses banquettes et fauteuils faits de velours rouges à motifs floraux sur un encadrement plaqué or.

Le jeune homme ne pouvait rester debout très longtemps, surtout en position statique et cherchait également un coin plus tranquille et agréable pour passer la soirée en compagnie de sa cavalière afin d’observer la foule. Ils s’installèrent tous deux, côte à côte, sur une banquette faisant face à la salle ; à l’opposé du grand orchestre et des musiciens qui étaient en train de jouer.

Un grand buffet, où des mets fastueux étaient exposés, se tenait sur tout un pan de la salle et de nombreux serveurs servaient les hôtes avec rapidité et dextérité.

Anselme lui prit délicatement sa main et la glissa entre les siennes. Il lui présenta certaines personnes qu’il connaissait au loin, dont un de ses amis, Simon, un botaniste aranéen avec qui il avait étudié et qui travaillait pour Judith à son herboristerie.

La jeune femme l’écoutait attentivement, contemplant à la fois la beauté des lieux et les manières des aranéens. Elle remarqua qu’une dizaine de jeunes noréens et noréennes étaient présents. Tous arboraient fièrement leur médaillon et se mélangeaient à la foule.

Anselme lui expliqua que de plus en plus de noréens occupaient des postes importants sur l’île et que bon nombre d’entre eux faisaient des études supérieures et intégraient les grandes écoles. La société aranoréenne était en train d’évoluer et il y avait à présent une plus grande équité entre les deux peuples.

— Tu as l’air de connaître pas mal de monde ! Fit-elle.

— Oh ! Pas tant que cela, non. Je ne côtoie que très peu l’Élite. Je connais les fils issus des familles marquis et comtes, les branches annexes, celles sans titre, car seul le fils premier peut hériter du titre de noblesse. Je les ai fréquentés lors des études, mais pas leurs parents. Ils sont beaucoup trop puissants pour daigner s’intéresser à nous.

— C’est si hiérarchisé que cela ? Demanda-t-elle, choquée.

— Eh oui ! Même père avec son statut de Baron ne peut se permettre de dialoguer pleinement avec eux, autre que pour des raisons professionnelles j’entends. Il faut que tu saches qu’ils sont nettement plus dangereux et impitoyables que père. Il n’y a que cette chère Meredith et ses manières particulières qui fassent office d’exception. Après il connaît relativement bien le Duc qui a été son mentor à la magistrature pendant plusieurs années.

Il porta son regard sur la piste de danse et pointa son beau-père du doigt. L’homme dansait accompagné d’une dame élégamment vêtue.

— Et surtout bon nombre de leurs femmes ! Au grand dam de ces messieurs. Gloussa-t-il.

— Ton beau-père m’exaspère ! Souffla-t-elle, médusée.

Anselme ricana puis lui présenta un homme qui se tenait non loin de son père et paraissait tout aussi fougueux dans ses mouvements. L’homme, la soixantaine, et cochant tous les critères de beauté aranéens, affichait une apparence soignée et une attitude plus que désinvolte. Il portait une grosse paire de lunettes rondes ainsi qu’un costume d’un violet vif et dansait avec sa cavalière, une canne à la main.

Le jeune homme lui expliqua qu’il s’agissait du veuf marquis Wolfgang von Eyre, le père de Théodore, réputé pour être un coureur de jupons et pour porter des costumes aux couleurs vives et improbables dont un vert intense qui lui valu le doux surnom de la Mantis en référence à la mante religieuse, dont il était extrêmement fier.

Ambre gratifia l’homme d’un regard noir puis finit par porter son regard sur une jeune femme blonde aux cheveux maintenus par un chignon, au port noble et à la silhouette gracile. Elle avait un visage fin encore juvénile avec une bouche aux lèvres charnues en forme de cœur. Sa peau était blanche et présentait quelques taches de rousseur pâles mettant en valeur ses yeux bicolores.

Ambre reconnut Blanche von Hauzen, la jumelle de Meredith. Bien que les deux sœurs soient élevées de la même façon, il était aisé de remarquer à quel point leur comportement divergeait ; là où Meredith jouait des charmes avec ses invités, affichant un grand sourire sur son visage appuyé par sa peau brune, Blanche, au contraire, était une beauté glaciale et affichait une grande maîtrise de ses mouvements.

Le regard de la demoiselle était hautain et ses gestes mesurés, presque impériaux. Si le Baron von Tassle était un aigle, elle était la harpie féroce. Sa prestance était davantage accentuée par sa longue robe de soie de couleur vert et noir ainsi que part une longue plume maintenue par une barrette à perles et une parure de bijoux sobre de teinte argentée.

Soudain, Ambre sentit un souffle se tenir au-dessus de sa tête, juste derrière elle, et une paire de bras émergea de chaque côté de son cou puis se referma délicatement sur elle. Elle sentit le poids d’une tête se poser contre son épaule. Un doux parfum floral et enivrant flottait dans l’air. Elle reconnut cet effluve si caractéristique.

— Je vois que tu es venue mon p’tit chat ! Ça me fait très plaisir de te voir ici, qui l’eut cru ! Déclara joyeusement la voix. Et bonsoir à toi aussi Anselme !

— Bonsoir Meredith, oui j’ai accepté la demande d’Anselme, que n’ai-je pas fait là ! Je me sens mal à l’aise ici.

— Oh ne t’en fais donc pas ! Lui susurra-t-elle à l’oreille. Ça fait toujours bizarre la première fois. On se sent si petit et intimidé, après on gagne en assurance ! Faudra que tu t’habitues à cela si ce cher Anselme décide de faire de toi sa cavalière régulière… Voire même plus !

Elle adressa à Anselme un sourire radieux puis gloussa. Les deux amis devinrent rouges, gênés devant de tels propos.

— Je vois que tu es en forme, Meredith ! Répliqua solennellement le jeune homme.

La jeune femme minauda :

— Oui ! Charles doit venir nous rejoindre ici ce soir ! Il a beaucoup de travail en ce moment donc il ne sera pas là tout de suite, mais je suis heureuse qu’il ait pu se rendre disponible.

Elle libéra Ambre de son étreinte et s’installa juste à côté d’elle. Les trois jeunes gens étaient bien serrés sur cette banquette faite pour deux personnes. Meredith suivit le regard songeur de son amie.

— Je vois que ma sœur t’intrigue, mon p’tit chat ! Regarde-moi comment elle se comporte. Elle fait tellement coincée et dédaigneuse, cela me consterne. Elle est tellement passionnée et obsédée par son statut qu’elle méprise absolument tout le monde ! La pauvre femme se cherche un mari, l’ennui est qu’elle veut quelqu’un de plus puissant qu’elle. Or il n’existe personne de plus puissant qu’elle sur cette île hormis papa, bien sûr ! Remarque, maman était pareille. Je la plains cela dit, elle ne sera jamais heureuse cette femme !

— Tu apprécies toujours autant ta sœur ! Répondit Anselme, sarcastique.

— On va dire ça, oui ! Dit Meredith faisant la moue.

Un groupe de jeunes hommes les regardait à présent. Anselme se leva, prit congé des deux amies et alla les rejoindre. Meredith profita de cet instant pour héler un serveur qui lui tendit un plateau où se tenaient des coupes de champagne. La demoiselle en prit deux et en servit une à Ambre. Les deux femmes levèrent leur verre.

— Je suppose que tu n’as jamais bu de champagne ! Gloussa la jeune duchesse.

— En effet, fit Ambre en examinant la boisson pétillante aux reflets dorés. C’est bien la première fois, c’est bon !

— Surtout n’en abuse pas ! Ça monte très vite à la tête et, sans que tu ne t’en rendes compte, te détend totalement et te fait dire des choses insensées.

Les deux amies contemplèrent l’assemblée dégustant en silence leur verre. La soirée était plutôt agréable finalement. Ambre ne sut pas si c’était l’effet du champagne dans son organisme, mais elle se sentit beaucoup plus assurée.

— Tu n’as pas l’air tant embêtée que ça en soirée, nota-t-elle.

— Oh non mon p’tit chat ! Détrompe-toi, les gens veulent m’aborder, je suis même harcelée par moments. Tu ne le remarques peut-être pas, mais bon nombre de regards sont portés sur toi et moi.

Un jeune homme avançait vers elle.

Meredith se pencha vers Ambre et lui murmura à l’oreille :

— Regarde un peu qui ose me faire la cour. Il s’agit de cet Antonin de malheur. Je ne comprends pas pourquoi il vient vers moi. Il sait très bien que nous sommes amies et je ne parviens pas à digérer ce qu’il a fait subir à ce pauvre Anselme.

À la vue du garçon, Ambre sentit la colère lui monter.

— Ne t’en fais pas, ajouta Meredith, je doute fort qu’ils viennent m’aborder lorsque je me tiens en ta compagnie. Les gens savent pertinemment comment je suis et savent que je ne supporte pas être abordée alors que je converse en privé.

Voyant Antonin avancer vers elles, Ambre ne put réprimer un grondement guttural. En cet instant, elle se serait volontiers jetée sur lui pour le rosser à son tour et venger son Anselme, qu’importe la foule alentour.

Meredith remarqua son énervement et posa délicatement sa main sur celle de son amie pour la radoucir.

— Pas ici mon p’tit chat. Baisse tes ardeurs ou tu risques d’avoir de sacrés ennuis suite à cela, lui murmura-t-elle.

— Si j’attrape cet homme, je l’étripe ! Cracha la rouquine entre ses dents. Ma parole que s’il s’approche je le tue !

Sur ce, Meredith gratifia d’un regard noir l’homme qui continuait à s’avancer vers elles et lui fit un signe de la main. Celui-ci se ravisa et tourna les talons.

Elles restèrent un long moment ensemble. Meredith avait commandé deux nouvelles coupes de champagne et toutes deux bavardaient avec entrain, dégustant au passage les petits fours qui étaient mis à leur disposition. L’orchestre avait entamé une série de valses et de danses. L’assemblée dansait joyeusement et Ambre se laissa bercer par ce spectacle.

Au bout d’un moment, Meredith vit son tendre Charles entrer dans la pièce et se leva pour aller le rejoindre, invitant Ambre à venir avec elle. À peine la jeune femme se leva que le Baron vint à sa rencontre.

— Mademoiselle Ambre, dit-il de sa voix grave.

Il lui tendit la main pour l’inviter à danser.

— M’accorderiez-vous cette danse ?

Ambre le regarda avec stupéfaction.

La jeune femme hésita, mais ne voulant pas commettre un affront public, avança timidement sa main. L’homme la lui prit avec délicatesse, l’accompagnant avec lui jusqu’au milieu de la piste.

Elle avait le souffle court et peinait à respirer. Un sentiment d’angoisse la submergeait. L’homme garda sa main gauche dans la sienne et la leva. Il passa ensuite celle de droite sur sa taille et la tint fermement. Ambre, quant à elle, posa la sienne sur son épaule. À présent, ils étaient serrés l’un contre l’autre, buste contre buste.

Le Baron entama la danse, emportant avec lui sa jeune cavalière. Ses pas étaient gracieux, rapides et aériens. Il semblait très à l’aise et Ambre se laissa guider par sa gestuelle telle une marionnette, totalement captivée, n’osant toujours pas croiser son regard.

— Détendez-vous, mademoiselle ! Murmura-t-il, alors qu’il la faisait se cambrer, sachez que je ne mords pas.

Elle prit une grande inspiration et ferma les yeux, se laissant bercer par la mélodie et les mouvements forts maîtrisés de son cavalier. Il la baladait avec aisance et légèreté, la faisant tournoyer et se courber au gré de la musique.

Emportée par l’ivresse, la jeune femme prit de l’assurance et commença à épouser sa gestuelle, suivant ses mouvements avec habileté avec autant de grâce et de légèreté que possible. Elle se déplaçait sur la pointe des pieds, sa robe ondulant autour d’elle.

Il fit glisser ses doigts le long de son bras. Elle sentit la caresse de ce geste subtil et doux contre sa peau, fut alors prise d’un frisson et son cœur s’accéléra.

Je me sens bizarre, comme envoûtée !

Elle osa un regard dans sa direction, levant la tête avec lenteur. Celui-ci la regardait sans aucune expression. Cependant, un léger sourire semblait s’esquisser sur le bout de ses lèvres.

— Vous êtes ravissante ce soir, mademoiselle ! Déclara-t-il en la faisant tourner à nouveau. Cette robe vous va à ravir.

Ambre, rougissante, acquiesça d’un léger signe de la tête.

Non, mais pourquoi est-ce que je me sens aussi vulnérable ! Il se comporte de la même façon que lors de notre rencontre.Ça me dégoûte rien que d’y penser ! Mais alors pourquoi est-ce que je ressens une certaine satisfaction à danser auprès de lui ? C’est donc ça le charme du Baron ? Son fameux numéro de séduction… Je comprends mieux pourquoi les femmes y succombent.

La cadence s’accéléra et leurs mouvements se synchronisèrent. L’espace d’un instant, la jeune femme ne prêta plus du tout l’assemblée. Elle semblait perdue dans cette frénésie où seuls les mouvements du Baron comptaient à présent, la notion du temps lui était devenue futile. Ambre, telle une anguille se faufilait entre les doigts de cet homme si habille et venait se frotter avec une grâce nonchalante contre son imposante carrure, allant jusqu’à sentir son doux parfum d’iris émaner de son cou.

Il la fit valser et se cambrer une dernière fois la tenant fermement par la taille. Elle s’étira de tout son long, courbant l’échine comme jamais avec désinvolture.

La valse se termina et l’homme la fit se redresser.

Une fois qu’elle fut sur pied, il relâcha son étreinte, la salua puis lui proposa son bras afin de la raccompagner en dehors de la piste.

Ambre était confuse. Elle ne réalisa pas bien ce qu’il venait de se produire. Elle se sentait cotonneuse et grisée. Certains regards interrogateurs étaient plongés sur eux. Elle devina que la stature et l’attitude du Baron était tout autant décortiquée que celle de Meredith, d’Anselme ou même de n’importe quelle personne ici présente.

Le Baron s’arrêta et lâcha sa main.

— Merci pour cette danse, mademoiselle, fit-il en s’inclinant légèrement, un soupçon de satisfaction dans le regard.

Puis il tourna les talons et alla rejoindre les autres nobles. Ambre porta la main à sa bouche et pouffa. Elle n’avait pas vraiment compris ce qu’il venait de se passer. Elle se demanda même si elle n’avait pas rêvé. La vision d’Anselme chancelant, allant à sa rencontre la fit sortir de sa rêverie.

— Je vois que tu as toi aussi succombé aux charmes de la danse de père, railla-t-il en lui prenant le bras. Et je vois également qu’il ne t’a pas laissée indifférente sur ce coup-là !

— Je t’avoue que je n’ai pas vraiment bien compris ce qui vient de m’arriver ! Fit-elle, tressaillante, encore grisée par l’alcool et la danse. Ça ne te dérange pas de m’avoir vu danser ainsi auprès de lui ?

Anselme rit :

— Ma chère Ambre, s’il y a bien une chose que tu dois savoir c’est que je ne suis pas du tout jaloux. Ou du moins, je ne pense pas l’être.

Il planta ses iris noirs dans les siennes et un sourire moqueur prit place sur son visage.

— À moins que tu ne sois vraiment attirée par lui, auquel cas je pense que j’aurais un peu de mal à l’accepter ! Mais au moins j’aurais le plaisir de te voir tous les jours au manoir ! Railla-t-il.

Ambre regarda son ami, les sourcils froncés, décontenancée et consternée par ses propos. Ce qui le fit rire. Visiblement, Anselme avait l’air d’avoir bien bu lui aussi.

— Pfff ! Tu parles, je n’ai jamais vu personne aussi arrogante que lui. Il ne s’est même pas excusé pour son comportement de la dernière fois. Je ne sais pas comment tu arrives à supporter un homme tel que lui au quotidien.

— Oh ! ne t’énerve pas ainsi ma chère ! Ajouta-t-il calmement. Et puis, tu n’es pas la première à t’être fait envoûter. Il maîtrise l’art de la danse comme personne, c’est un séducteur né et la danse est son terrain de chasse. Même quand il était avec ma mère, il ne pouvait s’empêcher d’aller à la rencontre de nouvelles partenaires de danse. Bien que, j’ai pu remarquer qu’avec le temps, tous deux avaient su parfaitement s’accorder. Quand ils dansaient ensemble, les gens ne tarissaient d’éloges. Ils se connaissaient si bien que leurs postures s’accordaient, c’était très beau à voir ! J’ai même cru, d’ailleurs en te voyant ainsi avec lui, retrouver la même harmonie qu’entre Alexander et mère. Cela m’a même arraché un certain pincement au cœur !

— Je suis désolée, s’excusa Ambre, sentant sa colère lui monter vis-à-vis d’elle-même. Je me suis laissée emporter par l’action, je n’aurais pas dû être aussi faible.

— Ne t’excuse pas voyons ! Répondit-il calmement. Il n’y a aucun mal à cela ! J’étais tout autant hypnotisé par toi si tu veux savoir. Cette robe te va à merveille, je te trouve très jolie mon Ambre !

Elle sourit, sentit son cœur s’accélérer à l’utilisation de ce pronom et caressa affectueusement le bras de son ami. Ils reprirent place sur une banquette et contemplèrent la salle.

Un serveur vint leur proposer des petits fours et des coupes de champagne. Ils en prirent une et trinquèrent. Ambre porta le liquide doré et pétillant à sa bouche, laissant couler ce goût exquis contre son palet sous le regard admiratif de son ami.

— Je me demande donc où tu as pu t’acheter une si belle robe d’ailleurs. Elle ne doit vraiment pas être donnée ! Serait-ce Meredith qui te l’a offerte ?

Le sang d’Ambre ne fit qu’un tour, elle crut l’espace d’un instant que son cœur venait de s’arrêter et faillit s’étouffer.

— Co… comment ça… balbutia-t-elle d’une voix étranglée. Ce n’est pas toi qui me l’as achetée ?

— Hélas non ma chère, je comptais justement t’offrir ton cadeau ce soir.

— Mais… si ce n’est pas toi ! Beyrus m’a dit que…

Elle tremblait et respirait péniblement.

Se pourrait-il que… non, c’est impossible !

Elle se retourna lentement et jeta un œil en direction du Baron. Celui-ci était en conversation avec le Duc, le regard grave. Voyant son désemparement, Anselme comprit et se mit à rire.

Puis il se pencha lentement et murmura à son oreille :

— Je crois bien que, finalement, mon père se soit excusé… à sa manière du moins !

La jeune femme l’écoutait, à la fois médusée et confuse.

Meredith vint vers eux, accompagnée de deux hommes qu’Ambre connaissait bien puisqu’il s’agissait de Charles et d’Enguerrand. Ils les saluèrent et prirent place sur les banquettes annexes.

Meredith était lovée amoureusement contre Charles, se moquant totalement de l’attitude désinvolte et outrageuse qu’elle montrait en société.

— Bien le bonjour ma chère Ambre ! Commença Enguerrand. Vous êtes bien apprêtée ce soir ! Je n’ai pas l’habitude de vous voir ainsi vêtue. Vous semblez aller beaucoup mieux !

— Merci beaucoup ! Oui, je vais nettement mieux. Et vous donc ? Vous n’êtes plus blessé ? Excusez-moi d’être partie aussi rapidement de chez vous l’autre matin, mais je ne voulais pas vous réveiller.

— N’ayez crainte, mademoiselle. Le principal est que vous vous soyez reposée et que vous ayez été épargnée d’une longue heure de marche. Je vous proposerai ma couche autant de fois que nécessaire !

Ambre acquiesça. Anselme, qui n’était pas du tout au courant de cette histoire, avala de travers son champagne. Il fronça les sourcils et les écoutait avec attention.

— C’est très gentil à vous, mais je sais me débrouiller seule.

Ils bavardèrent ainsi pendant plusieurs minutes.

— Je vous attends toujours chez moi jeudi soir pour notre session privée. Finit-il par dire avec un sourire.

Anselme qui était visiblement agacé par cette étrange histoire se pencha vers elle et lui murmura de le suivre à l’extérieur. Il fallait qu’ils aient une petite conversation privée.

Il se leva, prit sa cavalière sous le bras et tous deux se dirigèrent vers les jardins du parc.

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