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NORDEN – Chapitre 34

Chapitre 34 – Alliance, les préparatifs

Un cabriolet portant les armoiries du Baron von Tassle, venait de s’arrêter devant la Taverne de l’Ours. Pieter, le cocher, descendit et passa la porte de l’établissement.

À son arrivée, les clients se turent, intrigués de voir un des hommes du Baron venir céans. L’homme salua l’assemblée et vint s’enquérir auprès du patron. Celui-ci avait été prévenu par Ambre de la venue d’un cocher en son échoppe. La jeune femme sortit de l’arrière-cuisine, son paquet sous le bras. Elle salua son patron et s’en alla à la suite du cocher.

Le véhicule avançait à bonne allure, cahotant sur les pavés de la chaussée. Ambre, assise à côté de Pieter, observait le paysage défiler devant ses yeux.

Le cabriolet monta l’avenue et poursuivit son chemin au trot jusqu’à la demeure von Tassle. Il passa le portique et alla se garer juste devant les escaliers. Pieter descendit en hâte et donna sa main à Ambre afin de l’aider à descendre. Puis il toqua et laissa Ambre en compagnie de François, le majordome.

Celui-ci la conduisit à l’étage et la laissa en compagnie d’Émilie, la femme de chambre qu’elle avait croisée la dernière fois.

Émilie était une femme à l’apparence juvénile et aux formes généreuses. Elle avait les cheveux châtains clairs attachés en chignon et portait un habit de domestique standardisé : une robe noire cintrée, couverte au niveau des épaules et s’arrêtant aux genoux, sur laquelle était mis un tablier blanc à dentelle.

Ambre remarqua qu’elle avait un médaillon représentant un lapin, épinglé sur son vêtement.

— Monsieur le Baron et Anselme sont-ils présents ?

— Non mademoiselle, répondit-elle d’une voix douce. Ils sont encore au travail. Ils ne rentreront pas avant deux heures.

Ambre fit la moue, déçue. Elle avait la sensation d’être comme une étrangère en ces lieux et le fait d’être présente ici sans ses hôtes la gênait.

— Mais ne vous inquiétez pas, mademoiselle, vous êtes la bienvenue dans cette demeure, soyez-en assurée. C’est moi qui vais m’occuper de vous en l’absence de ces messieurs.

Elles traversèrent le hall du deuxième étage où de grandes baies vitrées s’ouvraient sur le jardin qui s’étendait sur plusieurs hectares boisés. Il était possible d’apercevoir l’océan se dessiner au loin. Puis elles prirent à gauche en direction d’une des chambres d’amis.

La domestique ouvrit la porte et toutes deux pénétrèrent dans une petite chambre. Celle-ci était sobre, mais propre et bien rangée. Les murs étaient tapissés de papier peint blanc et avaient de belles veinures de bois sur la partie basse. Il n’y avait pour tout mobilier particulier, une coiffeuse sur laquelle trônait un grand miroir orientable.

— Mademoiselle, commença Émilie, voudriez-vous que je vous aide à faire votre toilette ? La salle de bain est juste ici.

Elle partit en direction de la porte arrière et l’ouvrit. La chambre débouchait sur une salle de petite taille, comprenant une grande baignoire en cuivre. C’était la première fois qu’elle en voyait une puisque l’objet était rare et luxueux. Elle la contempla, ébahie, et fit parcourir ses doigts le long du rebord froid et lisse. Puis elle étudia silencieusement la pièce, remarquant une pile de bocaux garnis de sels de bain et de parfums, soigneusement rangés sur l’étagère.

Voyant sa stupéfaction, Émilie gloussa :

— Mademoiselle, désirez-vous que je m’occupe de vous ? Je remarque, sans vouloir être malpolie, que vos cheveux sont plutôt sales et ternes. Ils mériteraient d’être lavés. Je peux également vous faire couler un bain si vous le souhaitez !

Ambre ne sut que répondre et acquiesça avec joie.

Sur ce, Émilie mit le bain à couler, posa une serviette sur le radiateur et plia soigneusement son linge, qu’elle rangea sur le lit tandis que son hôte se déshabillait.

Une fois que l’eau fut assez haute, elle s’engouffra dans la baignoire ; la sensation de l’eau chaude contre sa peau était exquise ! Elle se sentait cotonneuse, superbement bien et apaisée. Elle se laissa bercer, enveloppée par cette agréable ivresse. Émilie s’installa auprès d’elle et déversa dans la baignoire quelques sels colorés et odorants. Puis elle se mit derrière elle et commença à lui laver les cheveux.

Dès qu’elle fut entièrement lavée, elle sortit calmement du bain et prit la serviette propre que la domestique venait de lui tendre. Là encore, Ambre fut ravie par la douceur du tissu contre sa peau blanche, elle qui n’en avait toujours eu que de vieilles humides et rêches. Elle fut alors troublée par le contraste saisissant qu’il y avait entre son mode de vie et celui de son ami Anselme. Elle se sentit honteuse et misérable : elle était une paysanne et lui un noble.

Elle vêtit ses sous-vêtements et Émilie l’aida à enfiler sa robe qui lui allait à ravir. La jeune femme se posta devant le miroir et se contempla longuement. Elle soupira lorsqu’elle s’aperçut qu’elle avait encore maigri.

Ses jambes étaient devenues trop fines à son goût et elle n’aimait pas voir les os de sa cage thoracique commencer à émerger. Sa poitrine et ses hanches qui quelques mois plus tôt étaient encore galbées avaient perdu en volume. Elle devait avoir perdu pas loin de cinq kilos ; la faute à une malnutrition ainsi qu’à une oscillation émotionnelle permanente qui lui faisait passer l’envie de manger.

Émilie la rassura quant à son physique. Ambre ne se laissa pas démonter et tourna sur elle-même, faisant tournoyer sa robe. Celle-ci luisait à la lumière produisant de jolis reflets couleur vert de jade.

— La robe vous va fort bien, mademoiselle ! Dit la domestique. Je vais à présent m’occuper de votre coiffure. Préférez-vous des tresses ou un chignon ? Je peux aussi égayer votre coiffe avec des plumes ou un ruban.

Ambre réfléchit, elle ne savait pas quoi en penser :

— Je pense que je vais vous laisser choisir. Vous avez l’air de mieux vous y connaître que moi !

— Comme vous le souhaitez, mademoiselle ! Répondit-elle avec un sourire aux lèvres.

À cet instant, un bruit de sabots résonna dans la cour. La jeune femme sentit son cœur s’accélérer et voulut accourir vers Anselme pour le remercier de son cadeau.

— Voilà monsieur le Baron et monsieur Anselme qui arrivent, annonça Émilie, gloussant devant son impatience. Je ne pense pas qu’ils viennent vous voir avant d’être préparés à leur tour.

Ambre fit la moue. Émilie fit parcourir ses doigts dans sa chevelure et attrapait avec délicatesse ses cheveux roux qu’elle tressait en une longue natte allant du haut de son crâne jusqu’à la base de la nuque. Elle l’enroula et la piqua avec des épingles afin de la maintenir. Elle y avait ajouté un subtil ruban de soie verte, identique à la couleur de la robe, rehaussant davantage ses yeux ambrés. Elle rajouta un peu de poudre rosée sur ses joues, un soupçon de far brun sur le contour de ses yeux ainsi qu’un trait de rouge à lèvres bordeaux.

Ambre mit ses souliers et se contempla à nouveau. Elle fut en cet instant agréablement surprise par son reflet. Elle paraissait un peu plus âgée et se trouvait plutôt jolie. Elle épingla sa nouvelle broche au-dessus de son sein gauche et caressa son médaillon avec douceur.

L’horloge indiquait dix-huit heures. Ambre avait patienté sagement en compagnie d’Émilie. Les deux femmes avaient conversé près d’une heure autour d’un thé dans le salon. Elle avait fait la connaissance de quelques-uns des domestiques.

Elle apprit que le Baron en avait sept à son service qu’il logeait pour la plupart dans l’enceinte avec leur famille. Il y avait deux femmes et cinq hommes et autant de noréens que d’aranéens, tous semblaient apprécier leur maître, se sentant traiter avec respect et distinction.

Émilie avertit Ambre qu’il était l’heure de partir. Les deux femmes quittèrent la pièce et arrivèrent dans le hall d’entrée.

Elle vit alors Anselme se tenir droit en plein milieu de la pièce, au pied du grand escalier. Il portait un somptueux costume gris clair à motifs et boutons dorés. Ses cheveux étaient attachés en catogan et il tenait entre ses mains une canne ivoire à pommeau argenté en forme de tête de corbeau.

Son sang ne fit qu’un tour en le voyant, elle le trouvait particulièrement attrayant. Elle fut aussitôt happée par son regard sombre étrangement doux. Son visage avait presque entièrement guéri, seuls restait une fine cicatrice au niveau de la tempe et l’atèle de son poignet foulé avait été ôté, elle fut rassurée de le voir se remettre progressivement de son altercation.

Il la salua, un large sourire se dessinant sur son visage. Il semblait heureux de la revoir.

— Bonsoir Ambre, tu es vraiment ravissante ! Annonça-t-il.

— Merci, tu n’es pas mal non plus pour une fois ! Rit-elle.

— J’ai essayé de faire un petit effort, je ne voudrais pas que tu succombes à tous ces charmants mâles en rut qui ramperont à tes pieds tant ton incroyable beauté éblouissante les émerveillera. Il fallait que je sois assez beau pour t’impressionner et faire fuir tous ces horribles prédateurs.

— Oh ! Tu sais très bien que je n’ai d’yeux que pour toi ! Personne ne peut concurrencer ton sublime regard, voyons ! Tes yeux de chien battu me subjuguent et me transportent.

— Je n’en doute absolument pas ! Dit-il, la main sur le cœur, se redressant tel un coq.

Tous deux se mirent à rirent.

À cet instant, le Baron descendit les marches avec élégance et dignité. Il avait une main repliée derrière son dos tandis que l’autre parcourait avec habileté la rampe de l’escalier, la caressant de sa paume. Il y avait quelque chose d’impérial dans sa gestuelle à la fois rigide et maîtrisée.

Il portait une veste cintrée couleur bleu Prusse et ornée de broderies argentées à motifs de feuilles d’acanthe. À l’instar d’Anselme, il portait lui aussi un pantalon écru par-dessus des souliers noirs lustrés. Ses cheveux étaient attachés en un catogan impeccable et noués par un grand nœud de soie de la même couleur que sa veste.

À sa vue, le cœur d’Ambre se serra, complètement ébranlée. L’homme la regardait de haut, son regard ne trahissant aucune émotion.

Il arriva à sa hauteur, lui prit la main et l’embrassa. La jeune femme inclina la tête en guise de respect. Elle ne savait pas pourquoi, mais c’était la première fois qu’elle avait du mal à soutenir son regard. Elle se remémora l’altercation qu’elle avait eue avec lui une semaine plus tôt et se demanda comment elle avait pu réussir à lui tenir tête.

Non, mais ne te laisse pas intimider ! Ce n’est qu’un homme, un homme beau, riche, important et troublant certes ! Mais il ne reste qu’un homme.

— Bien le bonsoir mademoiselle Ambre, déclara-t-il de sa voix grave et suave.

Il prit les devants et sortit de sa demeure, les deux jeunes amis à sa suite. Un carrosse tracté par deux chevaux à la robe grise les attendait en bas des escaliers. Pieter leur ouvrit et tous trois s’installèrent confortablement sur les sièges.

Le trajet entre la demeure du Baron et celle du Duc durait moins d’un quart d’heure. Dix minutes incroyablement longues où Ambre, assise à la diagonale du Baron, n’osa ni parler ni faire le moindre mouvement. Elle tentait tant bien que mal de se concentrer sur le paysage qui se déployait devant elle. Elle enrageait intérieurement, ne sachant quoi penser de l’attitude de cet homme.

Calme-toi ma grande ! Il savait que je serais là… En plus il ne s’est même pas excusé pour l’autre jour ! Non, mais regardez-le,s’il pense m’impressionner ainsi il se trompe !

En se disant ça, elle se rendit compte qu’elle était en train de le dévisager avec mépris, les sourcils froncés. Elle se ravisa aussitôt et regarda de nouveau par la fenêtre.

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