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NORDEN – Chapitre 85

Chapitre 85 – L’offrande charnelle

Le Baron l’attendait, assis à son bureau et vêtu d’une chemise blanche et d’un veston gris par-dessus un pantalon noir ; un costume sobre, mais élégant, accordé à sa chevelure maintenue en catogan par un nœud de soie sombre.

Il se leva et l’invita à le rejoindre.

Ambre, hésitante, avança et se positionna face à lui, rapprochant son buste du sien. Puis, à son invitation, elle posa timidement sa main sur son épaule et vint engouffrer l’autre dans la sienne qu’il pressa avec douceur ; ce toucher si subtil et particulier lui raviva le souvenir de leur première danse et elle ne put s’empêcher de décrocher un petit rire nerveux en se remémorant ce moment où, totalement captivée, elle n’avait su résister au jeu de séduction de son cavalier.

Cet homme charmant et charmeur était un habile manipulateur, redoutablement fascinant. Elle s’était pourtant persuadée maintes et maintes fois de rester sur ses gardes lorsqu’elle se tenait auprès de lui afin de ne pas sombrer et de se laisser dévorer comme toutes celles qui, avant elle, avaient fini par succomber, désespérément éperdues devant ce prédateur alpha.

Il avança lentement sa main afin de la tenir à la taille et la ramena délicatement à lui. À son contact, la jeune femme tressaillit et sentit son cœur s’accélérer. À peine l’avait-il effleuré, qu’elle se sentait déjà piégée, enivrée également par son pénétrant parfum d’iris.

Ils esquissèrent quelques mouvements de valse, dans un silence rythmé par le tintement de l’horloge et du bruit de leurs pas sur le parquet. La pièce était éclairée par quelques chandelles, rendant l’atmosphère sereine et intime.

Alexander, courtois et patient, lui laissa le temps d’apprivoiser sa gestuelle, ne voulant pas la brusquer davantage, d’autant que celle-ci bougeait maladroitement. Il devait la mettre en confiance, la rassurer devant cette situation si délicate, ne voulant pas briser ses longs mois d’efforts pour une remarque déplacée ou un geste mal intentionné.

Il la dévisageait de haut, un léger sourire amusé en coin devant l’attitude de sa cavalière qui, visiblement mal à l’aise, n’osait soutenir son regard et détournait constamment les yeux, intimidée et incapable de lui faire face.

Elle affichait une mine renfrognée, les sourcils froncés et le nez retroussé ; sa petite proie paraissait soucieuse. Il savait bien qu’elle serait sur ses gardes et sa rigidité témoignait de ses craintes d’être capturée.

— Détendez-vous Ambre, dit-il posément, je vous sens crispée.

Elle déglutit et prit une grande inspiration. Puis elle redressa la tête et tenta d’accrocher son regard.

Il est vraiment incroyablement séduisant vu d’aussi près !

Elle soupira puis, subjuguée, son cœur s’emballa.

Non, mais je rêve, c’est le charme de sa danse qui opère ou bien cet homme est réellement en train de me faire de l’effet ?

Gênée et confuse de cet élan sentimental à son égard, elle se mordilla les lèvres, rougissante.

— Laissez-vous aller, murmura-t-il, je ne vous ferai rien.

C’est bizarre, il est beaucoup plus patient que d’ordinaire… et ce regard ! On dirait la bête du conte d’Adèle… ce loup du Haut Valodor… espère-t-il me mettre en confiance ? Et pourquoi je pense à ça moi d’ailleurs ?

En repensant au conte et à cette comparaison ridicule, elle se dérida quelque peu et suivit son mouvement avec un peu plus d’aisance.

Il relâcha son étreinte et la fit tournoyer une première fois. Puis il la prit à nouveau, la serrant davantage contre lui et fit glisser ses doigts le long de son bras, palpant cette peau si fine et douce, afin de capturer sa main.

À cette caresse, il la sentit embarrassée, affichant une mine semblable à la veille et remarqua, avec un immense plaisir, sa poitrine se soulever au gré de ses respirations étrangement rapides sous son élégante étoffe noire.

Elle était craquante sous ses airs de petite oie blanche, dans cette attitude inaccoutumée d’être docile et fragile ; le charme de sa danse opérait et il était on ne peut plus flatté de la voir vêtir cette magnifique robe qu’il lui avait offerte.

À moins que cet habit, certainement pas choisi au hasard, soit une invitation déguisée ? Serait-elle prête à s’offrir à lui ? Et ce dès ce soir ? Cette pensée le troubla, d’autant que le comportement de sa petite proie, maintenue entre ses griffes, était ambigu, indiscernable.

— Rassurez-vous, mademoiselle, vous savez bien que je ne mords pas ! Annonça-t-il suavement.

Ambre eut un petit rire ; cette phrase eut le don de la détendre. Elle prit peu à peu de l’assurance, tentant de se libérer de ses craintes.

Après tout, qu’ai-je à perdre là-dedans ? J’ai l’impression de m’entêter à vouloir croire qu’Anselme m’aime et me reviendra… mais c’est faux, jamais je ne pourrais avec lui, faire ce que je fais actuellement dans les bras de cet homme. Jamais je ne pourrais partager quoique ce soit… pas même mes sentiments…

À cette révélation, qu’elle ruminait depuis plusieurs semaines déjà, les larmes lui vinrent aux yeux ; son Anselme, son fiancé, n’était plus. Tout ses sentiments depuis sa transformation, n’étaient qu’illusion, un vain espoir de le revoir, d’être à nouveau près de lui, à lui.

Elle soupira devant cette vérité implacable et fut prise d’un sanglot.

Adèle a raison, ça fait trop longtemps que je suis seule. Trop longtemps que je souffre de cette absence, de la perte de mon Anselme qui, c’est un fait, ne me reviendra plus.

Alexander, inquiet, arrêta la danse et la libéra.

— Tout va bien, Ambre ? Demanda-t-il posément, palpant délicatement sa main en guise de soutien.

Ambre, confuse, essuya ses yeux d’un revers de la main et acquiesça en silence. Elle le regarda et resta immobile un certain temps, les yeux larmoyants. L’homme, calme, continuait son geste, soutenant son regard.

J’ai besoin de quelqu’un… un ami tout du moins… Et… c’est vrai qu’il est pas si méchant finalement. Enfin… je crois.

Fébrile, elle se rapprocha de lui et reprit sa position, engouffrant d’elle-même sa main dans la sienne. Elle décida de se laisser aller, de se libérer de ses doutes et de se laisser porter par l’instant.

Il la déplaça avec un peu plus de grâce, la faisant tourner une deuxième fois. Elle se laissa alors transporter par les mouvements aériens et maîtrisés de son cavalier.

Ils effectuèrent quelques pas ; laissant leurs mains s’effleurer, puis se lâcher avant de revenir se toucher en une caresse délicate puis se relâcher à nouveau pour revenir s’étreindre plus longuement.

Ambre, en émoi, sentit la chaleur lui monter à chaque contact rapproché de son buste contre le sien, le cœur battant fortement contre sa poitrine et les sens en alerte. Elle fit une autre pirouette, le fouettant par mégarde du bout des cheveux ce qui la fit pouffer.

Elle était submergée par une vague de désir naissant lorsqu’elle se trouvait la tête proche de son cou, duquel émanait son parfum pénétrant qu’elle avait longuement humé lors de son sauvetage quatre mois plus tôt et qui lui provoquait à présent un intense sentiment de réconfort.

Son cavalier, malgré son allure digne et ses gestes retenus, jouissait pleinement de cette valse silencieuse, en dehors du temps, et rythmée à présent par leur souffle mutuel. Il ressentait une infinie satisfaction à l’avoir dans ses bras, partageant auprès d’elle un moment si tendre. Le toucher de sa taille lui brûlait la paume, sentant le corps de sa petite proie vibrer sous ses doigts ; elle était vivante, regorgeant d’énergie, une créature charnelle si désirable.

Alors qu’il s’apprêtait à la faire tourner à nouveau, Ambre, dans un état second, les yeux à moitié clos et les jambes flageolantes, perdit pied et trébucha.

D’un geste vif, il se pencha vers elle et la réceptionna avant qu’elle ne tombe, l’agrippant fermement à la taille. Il la releva et vint la plaquer contre lui, le dos appuyé contre son buste et l’entourant de ses deux bras.

Ils restèrent ainsi, en silence, pendant de longues minutes, bercés par leurs respirations mutuelles, à demi essoufflés. Alexander sentait le ventre de la jeune femme se gonfler et se dégonfler au gré de ses respirations. Les palpitations de son cœur étaient rapides, à la manière d’un moineau.

Ambre, dont les pensées se bousculaient dans sa tête, était pétrifiée, incapable d’effectuer le moindre mouvement, ne sachant ce qu’elle devait faire. Pourtant, elle se sentait étrangement bien, nichée entre les bras de cet homme dont elle pouvait sentir les battements lourds et vigoureux de son cœur frapper contre le haut de son dos.

Elle déglutit, la gorge serrée, puis expira avec lenteur, tenant de se calmer et réfléchissant à l’issue de cet acte.

Soit… qu’ai-je à perdre après tout ?

Après avoir trouvé son verdict, elle poussa un soupir.

Comme pour une invitation, elle redressa sa nuque et vint poser l’arrière de son crâne sur son torse, s’abandonnant à lui, décidée.

L’homme avait à présent son cou juste à côté de sa tête, il pouvait apercevoir son pouls pulser à travers ses veines et sentir son parfum floral à fortes notes de jasmin, terriblement enivrantes.

Conscient de cette convocation adressée subtilement, il effleura du bout des doigts la peau duveteuse de ses bras et, d’un mouvement lent et précis, les remonta progressivement jusqu’à câliner son épaule dénudée. Les poils de sa cavalière se hérissèrent à son contact, mais elle ne bougea pas et resta calme.

Il lui caressa la nuque et, lentement, descendit jusqu’à l’orée de son décolleté. Avec la plus grande prudence, de peur qu’un geste trop brusque ou déplacé n’éveille en elle le douloureux souvenir de leur étreinte passée, il glissa méticuleusement ses doigts sous l’étoffe et vint palper son sein, ressentant au creux de sa paume les battements ardents de son cœur.

En émoi, gagné par l’excitation, il approcha la tête de son cou, prit une profonde inspiration afin de s’imprégner d’elle et y déposa un baiser du bout des lèvres. Il goûta avec extase cette peau si fine et si douce, irrésistible, d’une saveur exquise.

— Tu ne me résistes donc pas, cette fois ? Murmura-t-il en la plaquant un peu plus au niveau du ventre afin de la tenir davantage contre lui, de peur qu’elle ne s’en aille et ne lui file entre les doigts.

Ambre frissonna au ressenti de son souffle lui caressant la nuque et en sentant le désir de l’homme poindre avec vigueur contre son bassin. Elle soupira, éperdue.

— Je devrais ? Finit-elle par répondre en rapprochant son visage du sien, allant jusqu’à effleurer sa joue.

Les lèvres pincées et le souffle court, il pressa son sein, la main confortablement nichée au creux de sa paume, tâtant cette chair tendre de son pouce.

— Te laisserais-tu cueillir ? Chuchota-t-il à son oreille, les yeux clos, appréhendant son verdict.

— Cela se pourrait… annonça-t-elle en enfouissant son visage dans son cou, câlinant sa peau du bout du nez.

Elle se mit à bouger très légèrement des reins, se frottant avec subtilité contre la masse de son bas-ventre, l’invitant à la prendre.

— À moins que cela ne vous effraie ? Ajouta-t-elle, à la fois mesquine et terrifiée par son emportement, se demandant comment elle osait se comporter ainsi envers lui !

Il embrassa son cou et eut un petit rire amusé :

— Certainement pas !

Assuré, il ôta sa main, prit sa cavalière par la hanche et la fit pivoter afin qu’elle se retrouve face à lui.

Les deux acolytes se regardèrent intensément. Les yeux brillants par le halo des chandelles ; ils se dévisageaient l’un et l’autre comme s’ils se voyaient réellement pour la première fois, le souffle court et les pupilles dilatées sous l’excitation.

Il cala une main derrière sa tête et vint toucher ses lèvres. Voyant qu’elle n’était pas farouche, il entrouvrit les siennes afin de l’embrasser. La jeune femme ferma les yeux, ouvrit sa bouche et épousa son mouvement, goûtant avec extase ce baiser langoureux.

Emporté par son élan, il la reprit par la taille et la serra contre lui. Enfin, il posa une main sur sa cuisse, l’engouffra sous sa robe et la glissa d’un geste tendre pour la remonter jusqu’à sa hanche et resserra son étreinte. Il sentit sa peau vibrer à travers ses doigts, la demoiselle, féline, semblait ronronner.

La faiblesse câline, elle se laissa sagement palper, avide d’être étreinte à nouveau, d’être caressée et chérie ; désireuse de retrouver cette agréable sensation dont elle n’avait pu connaître qu’un avant-goût trois ans auparavant.

Il plaça son autre main derrière elle et, avec une maîtrise experte, commença à dégrafer le haut de sa robe. Au fur et à mesure que les attaches cédaient, l’étoffe soyeuse pendait et tombait délicatement, à la manière d’une mue de serpent, dévoilant progressivement les formes de son corps, jusqu’à venir choir à ses pieds. Il se recula brièvement et la contempla de toute sa hauteur.

À présent, elle était nue ; la silhouette en courbe, la poitrine masquée par ses bras frêles, positionnés en croix devant elle, dans une pudeur contenue. Elle avait les jambes galbées, un corps ferme d’une teinte laiteuse et parsemé de taches rousses à la manière d’un léopard. Seule restait une mince flanelle qui lui recouvrait le bas-ventre.

À cette vision, Alexander, envahi par une excitation viscérale, pulsionnelle, sentit son cœur s’emballer. Fiévreux, il l’embrassa à nouveau et guetta sa réaction ; malgré sa candeur apparente, la demoiselle avait l’œil vif et rieur. Elle soutenait son regard sans l’ombre d’animosité, un sourire esquissé au coin des lèvres, le corps et le visage plongé sous une éblouissante clarté orangée émanant des lanternes.

Enhardi, il plaqua son corps contre le sien et la fit basculer avec lui au sol, se retrouvant à demi-allongés sur l’imposant tapis rouge à la bordure foisonnante de motifs de flammes ardentes.

Devant la fougue de son imposant cavalier, Ambre émit un petit rire, séduite d’être ainsi convoitée et prise au dépourvu de se livrer aussi facilement à sa personne, totalement découverte, sa peau prise en tenaille entre l’épais tissu dru du tapis et les habits de cet homme qui la chatouillaient de part et d’autre.

Elle l’étudia, plongeant ses yeux ambrés grands ouverts et luisants dans les siens, espérant avoir fait le bon choix.

Puis, elle fut soudainement gagnée par une terreur montante ; sa paranoïa latente s’emparait d’elle dans un instinct de préservation, craignant les intentions et les mouvements de son cavalier à l’expression indiscernable et troublante.

Et s’il m’avait manipulé depuis le début ? Se débarrasserait-il de moi, sans honte ni gêne, une fois son besoin assouvi ? Était-ce judicieux de m’offrir si rapidement à lui ? De succomber à lui maintenant ? Et si tout était calculé ?

La sentant anxieuse, et bien qu’avide de la posséder au plus vite, il se fit violence et freina son élan, usant d’un effort surhumain pour se dominer. Il posa sa main sur sa joue, allant jusqu’à tâter ses lèvres charnues, tentant de la rassurer sans la brusquer.

Il approcha sa tête de la sienne puis lui murmura quelques mots à l’oreille de sa voix grave afin de l’apaiser.

— Rien ne t’oblige à te livrer à moi si tu ne le veux pas. Ne te force pas si tu crains de le regretter, parvint-il à articuler, les entrailles broyées. Dis-le-moi maintenant et je te libère. Car, je t’avertis, si je commence à te toucher, saches que je ne pourrais plus me dominer une fois lancé.

Il fut choqué de se voir aussi indulgent, de lui laisser le choix, à elle ! Et de se plier à sa volonté en cas de refus éventuel de sa part, cruellement frustré et abominablement contrarié si tel était le cas.

Mais cet homme foncièrement intègre, pourtant rarement sensible et enclin à capituler, ne pouvait dès à présent tromper la confiance si durement gagnée de la délicate créature, d’ordinaire indocile, qui se tenait sous lui entre ses cuisses, dominée de tout son être, et qui s’offrait à lui pour la première fois dans une mignonne fébrilité.

Cela gâcherait ces longs mois de travail acharné, qu’il ne pouvait balayer d’un revers de la main. Il ne pouvait se jeter sur elle, contre sa volonté, au profit de quelques minutes de jouissances aiguës et de ravage bestial, au risque de l’anéantir et de s’en vouloir définitivement.

Ambre, suffocante, poussa un soupir de soulagement, le cœur plus léger et les membres moins crispés.

Ainsi il me laisse le choix, à moi ?

Elle fit les yeux ronds et se détendit à cette annonce. Puis elle profita de sa présence pour humer une nouvelle fois son parfum qui la transporta dans une douce rêverie.

Il se redressa et tous deux se dévisagèrent, chacun guettant avec une pointe d’angoisse la réaction de l’autre.

Alexander déglutit, souhaitant rester maître de lui-même, mais son sang bouillonnait et un rictus incontrôlable se dessinait sur le coin des lèvres. Il était pris d’une violente secousse, d’une décharge électrique qui le consumait intérieurement, lui lacérant les tripes.

Comment osait-elle le faire languir de la sorte ? Quel supplice ! Comment pouvait-elle se montrer si impitoyable envers sa personne ?

Ambre, désarçonnée, réfléchissait, l’esprit brumeux.

Puis-je me refuser à lui maintenant ? Ai-je au moins le droit de me rétracter ? Comment le prendrait-il si je décidais finalement de ne pas me soumettre ? D’ailleurs, ai-je réellement envie d’abandonner, de lui résister ? De ne pas céder à la tentation ?

Elle se sentait étrangement bien, là, lovée contre lui, encerclée de part et d’autre par cet être si longtemps méprisant dont elle ne parvenait plus à garder rancune en cet instant, obnubilée par ses élans de pensées érotiques qui la titillaient. Elle éprouvait le besoin d’assouvir auprès de lui cet acte naturel, de se sentir possédée, pénétrée au plus profond de son être, qu’importe la sauvagerie dont il ferait preuve.

Elle l’observa avec attention, muette et paralysée, les yeux embués aux pupilles dilatées par l’excitation. Soumise et encline à se laisser conquérir, elle avança sa main sur le col de son veston, l’attira lentement vers elle, et l’embrassa langoureusement. Puis elle décroisa les bras, dévoilant une poitrine fièrement dressée.

Soulagé de son choix et animé par son propre désir ainsi que par le comportement de sa cavalière, qui semblait, finalement, tout aussi désireuse que lui d’accomplir cet acte charnel, il explora de manière lente et voluptueuse le galbe de ses seins, descendant progressivement jusqu’à la courbure de son ventre.

Il sentait sa chaleur émaner sous ses doigts et ses paumes, palpant avec délicatesse son corps encore ferme et juvénile, retrouvant peu à peu ces gestes qu’il avait depuis des années laissé refouler et les effectua avec un réel délice.

Cette sensation de désir s’intensifia lorsqu’elle fut parcourue d’un frisson qui la fit trembler de tous ses membres, rendant sa peau moite et lisse, si agréable à parcourir.

Il se recula quelque peu, écartant les cuisses de la petite friponne, les plaçant de part et d’autre de son corps. Il profita de ce changement de posture pour lui ôter sa mince flanelle, la glissant le long de ses jambes fuselées et la dévoilant intégralement.

Puis il parcourut à nouveau son corps, de manière plus libre, sans aucune retenue, posant ses lèvres sur ces zones sensibles, allant même jusqu’à y faufiler ses doigts sans aucune résistance. Il l’entendait tantôt miauler tantôt gémir, le visage grimaçant, et la sentait gigoter, le corps tressaillant.

Enivré par la vue et le toucher de ce corps féminin si sensuel et si longtemps refusé, s’offrant si généreusement à lui telle une offrande divine, Alexander ne put se retenir davantage ; voulant mettre fin à ce supplice qui le tiraillait depuis tant d’années. Il ôta sa ceinture, déboutonna son pantalon et vint prestement en elle.

Une fois confortablement ancré, il remonta rapidement ses mains, allant jusqu’à ses poignets puis vint les plaquer contre ses paumes. Elle écarquilla les doigts pour qu’il y engouffre les siens puis elle les resserra afin de les capturer et de le retenir à elle.

L’homme la dominait de tout son être et menait son assaut avec une fougue et une excitation bestiale. Il assouvissait au fond de lui le plaisir coupable d’être ainsi parvenu, au bout de trois longues années, à apprivoiser, à charmer et à faire plier cette fieffe sauvageonne à sa volonté.

Dominé par la fièvre de cet instant si longuement espéré, il claquait avec force sa chair contre la sienne, désireux de s’engouffrer toujours plus profondément en elle afin de jouir et de savourer au mieux ce corps tant convoité.

Ambre, le souffle court, haletait, submergée par la sensation de plaisir que lui procuraient ses mouvements pleins d’ardeurs. La tête dressée et la nuque relevée, elle s’abandonnait à lui toute entière. Pour la première fois de sa vie, elle se laissa dominer par ce prédateur impitoyable, s’offrant à lui sans gêne ni pudeur ; les yeux mi-clos et l’esprit vagabond.

L’homme émit un râle libérateur et, une fois leur union achevée, resta quelques instants au-dessus d’elle, savourant cette délivrance si parfaite et inespérée.

Hors d’haleine, triomphant, et enfin déchargé d’un lourd fardeau, il la contempla longuement de son regard inhabituellement doux. Puis il reposa délicatement sa main sur sa joue entaillée et la caressa, se délectant de ce petit écart de conduite, ayant contrarié quelque peu ses plans initiaux, mais qu’importe ! L’occasion était trop belle pour la laisser s’échapper.

Ambre, tremblante, soutint son regard puis ferma les yeux, profitant un maximum de ce geste affectueux. Elle se sentait cotonneuse, les membres fébriles et engourdis ; une étrange et délicieuse sensation lui picotant le bas-ventre.

— Voilà qui est pour le moins inattendu ! Finit-il par dire, le sourire en coin, heureux de cet emballement précipité qu’il n’espérait pas voir venir de si tôt.

Tous deux échangèrent un petit rire complice.

Il essuya son front duquel quelques gouttes de sueur perlaient. Puis il se leva, lui tendit la main et l’aida à se relever à son tour. Il se reboutonna et replaça ses cheveux noir-ébène, aux mèches légèrement humides, en hâte. Puis il vint derrière elle afin de l’aider à enfiler et à fermer sa robe, prenant soin de l’examiner une dernière fois. Il lui accorda une infime caresse, si subtile, le long de sa nuque, de peur que celle-ci ne se refuse à lui définitivement et qu’il ne puisse à nouveau jouir d’elle à l’avenir.

Avant qu’elle ne regagne sa chambre, tiraillé par le plaisir de la voir à nouveau s’offrir à lui et désireux d’en savoir plus sur ses motivations, il se posta juste devant elle, tenant fermement la poignée de la porte.

— Je pense que, prochainement, nous pourrons envisager de procéder autrement, dit-il d’une voix parfaitement calme, mademoiselle est dorénavant la bienvenue dans mes appartements.

Ambre émit un pouffement et regarda devant elle, la tête basse et les yeux rieurs, le sourire aux lèvres. Elle ne répondit pas et hocha la tête.

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