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Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 60 - KissWood

Tate no Yuusha no Nariagari – Chapitre 60

La véritable force de la princesse
Traducteur : Team Yarashii

Plusieurs jours s’écoulèrent. Nous les passâmes à voyager dans la calèche, tractée par Filo sous sa forme de Filoliale, et nous fîmes de notre mieux pour éviter les villes et villages sur notre route en direction du nord-est. Nous dormîmes le plus souvent à la belle étoile, dans les champs ou les bois. Finalement, nous atteignîmes la frontière.

— Gweh !

Le cri de Filo se fit aigu et puissant.
Était-ce un ennemi ? Mel et moi jetâmes un coup d’œil à travers la paille.

— Hé hé hé… abandonnez tous vos biens ici et partez.

J’avais déjà entendu cette voix par le passé. Mais oui, c’était le même groupe de bandits qui nous avait attaqués lorsque nous voyagions en compagnie du marchand d’accessoires.

— Vous êtes sourds ? J’ai dit : ABANDONNEZ VOS BIENS ! Une minute, c’est qui, celle-là ? Elle est plutôt…

Ils fixèrent Raphtalia dans ses nouveaux habits dépenaillés. Toutefois, une fois plus proches, leur visage pâlit considérablement.

— Vous n’apprendrez donc jamais, hein ?

Inutile de se cacher davantage. Je sautai hors de l’attelage.
Filo, sentant qu’il n’y avait plus lieu de masquer sa véritable apparence, reprit sa forme de Reine Filoliale.

— Allez-vous vous battre ?

La jeune princesse semblait très inquiète.

— Ça va aller.
— Quoi ? Qu’est-ce qui vous arrive, les gars ?

Environ deux tiers des bandits présents ici ne l’étaient pas lors de notre dernière rencontre. Ils contemplaient leurs camarades ébranlés en se demandant ce qu’il se passait.

— Uh… uh… uh… ce type a une prime… sur sa tête. Si on le tue… on deviendra… des héros…

L’homme à la tête du groupe tremblait et marmonnait d’une voix de fausset.
Il paraissait profondément secoué et très indécis.

— Déjà remis sur pied ? Vu que vous aviez perdu tout votre équipement, je trouve que vous vous êtes rétablis plutôt rapidement.

En entendant mes paroles, les membres perturbés du groupe vérifièrent leur position et se préparèrent au combat.

— Toi… ferme-la ! Tout ça, c’est ta faute ! On bosse pour quelqu’un d’autre, maintenant, et on se retrouve en bas de l’échelle !
— Comme c’est dommage. Ta petite clique a fini absorbée par une bande plus imposante et plus méchante ?
— Notre patron s’est retiré à la campagne !
— Tant mieux pour lui. Il a réussi à revenir sur le droit chemin.
— Ta gueule ! On va te régler ton compte !

Ils brandirent tous leur arme et coururent vers nous.

— Filo ! Raphtalia !
— Oui !
— D’accooord !

Je revins en arrière pour protéger la princesse.
Ni Filo ni Raphtalia n’étaient assez faibles pour que ce groupe de bandits représente une vraie menace.

— Prends ça !

Un des brigands plongea sa lame vers Filo.

— Filo !

La princesse sauta de la calèche, leva les mains vers l’avant et se mit à prononcer une incantation.
Quoi ? Elle savait se battre ?

— Je suis la source de tout pouvoir, entends mes paroles et obéis-leur ! Projette une boule d’eau sur eux ! Second Aqua-Tir de Barrage !

Une grosse boule faite d’eau se matérialisa devant elle, puis se divisa en d’autres plus petites qui s’envolèrent vers l’ennemi. Tous ceux frappés furent repoussés.
« Second »… Il me semblait me rappeler qu’il s’agissait d’un sort de niveau intermédiaire. Et le « Barrage » devait sans doute signifier que cela visait plusieurs personnes.

— Ugh !
— Uwa !
— Huff…

Tous les ennemis qui se préparaient à attaquer tombèrent au sol. L’attaque avait dû être très puissante.

— Je suis la source de tout pouvoir. Entends mes paroles et obéis-leur ! Attaque-les avec une lame d’eau ! Seconde Aqua-Taillade !

La princesse lança tout de suite après un autre sort. Une autre boule d’eau apparut, s’étira pour former une épée affûtée qui fila dans les airs et découpa un groupe d’hommes, tout en produisant un bruit très satisfaisant. Ils restèrent debout, mais un arbre derrière eux s’ouvrit en deux et s’écrasa avec fracas.

— Je m’assurerai de vous toucher la prochaine fois.

Sa respiration était saccadée. Il devait être difficile d’enchaîner les sorts de cette manière.

— Ils… ils ont une sorcière avec eux ! Et elle est forte !
— Filo !
— D’accooord !

Les brigands étaient momentanément déstabilisés par la petite démonstration de Mel, et Filo en profita pour foncer vers eux et les frapper.

— C’est fini de mon côté.
— Pas encore !

Je fis volte-face pour voir un bandit au visage pâle qui avait réussi à se glisser derrière nous en exploitant la confusion ambiante. Il avait grimpé sur le toit de l’attelage et était sur le point de sauter sur la princesse.

— Bouclier d’Air !
— Ugh !

Il sauta, mais le bouclier apparut devant lui dans les airs et il s’écrasa dessus.

— Encore un !

Le dernier bandit toujours debout, probablement le plus faible de tous, courait en direction de la princesse.

— Second Bouclier ! Bouclier de Bascule !

Je fis se matérialiser un autre bouclier, me servant des deux ainsi créés pour enrayer la progression du brigand dans sa course, puis utilisai Bouclier de Bascule pour les transformer en Boucliers du Dard d’Abeille. Ils possédaient un effet de poison, qui ne tuerait pas l’assaillant, mais le paralyserait.

— Ugh… uh…

Il s’écroula, le corps secoué de spasmes.

— Il y en a encore d’autres.

Des bandits s’avançaient discrètement en direction de la princesse pour une attaque-surprise.

— T’inquiète, c’est bon.
— Ah…

La grande ombre de Filo s’abattit sur eux. Ils avaient dû la remarquer, car ils se mirent à crier et pleurer.
Ils devaient probablement imaginer leur dernière heure arrivée et formuler une ultime pensée, ou alors rendre les armes mentalement.

— Je viens te sauver, Mel !

Filo tomba lourdement sur les brigands.

— Le soleil commence à décliner. Vous êtes vraiment arrivés à point nommé, les gars. Dites-nous où se trouve votre planque.

Nous les attachâmes pour les interroger.

— Si on cause, on va finir…
— Filo.
— C’est par là !
— Hé ! Qu’est-ce que tu fous ? Lui dis rien !

Apparemment, certains membres de la bande n’avaient pas encore bien compris dans quelle situation ils étaient.
L’un des bandits, que nous avions déjà croisé la fois précédente, tenta de leur expliquer, tout en ayant l’air très agité.

— Si on leur dit pas ce qu’ils veulent savoir, on finira bouffés par ce piaf !
— T’es… t’es pas sérieux !
— Tu crois vraiment qu’il a l’air de plaisanter ?

L’un d’entre eux me désigna d’un signe de la tête et demanda :

— C’est qui, celui-là ? C’était quoi, cette magie ?
— Tu sais pas ? C’est le Porte-Bouclier !
— Quoi ?

Une fois qu’ils apprirent mon identité, toute couleur déserta définitivement leur visage.

— Celui avec l’oiseau-démon mangeur d’humains ?
— Ouais ! Ce truc te bouffe… en commençant par la tête. Dès qu’il t’a dans le collimateur, t’es foutu !
— Pensez plutôt à sauver vos miches ! Filez-lui ce qu’il demande !

Les rumeurs à notre sujet semblaient se mélanger, à présent.
Interloquée, Raphtalia porta ses mains à son front et soupira.

— Si vous me mentez…
— Je sais ! Pitié, épargnez-nous !

Ils nous conduisirent à leur repaire. Bien évidemment, nous le pillâmes en bonne et due forme.
Nous y passâmes également la nuit et profitâmes de notre butin fraîchement acquis.
Il s’agissait principalement de nourriture. Depuis que nous avions repris la route et dormions à la belle étoile, nos repas étaient principalement constitués de viande de monstre… et cela commençait à me lasser.

Une fois que nous pénétrâmes dans le repaire, la princesse parut assez effrayée. Mais elle se reprit plutôt rapidement. Nous découvrîmes de l’or et des objets de valeur, mais il y avait surtout de l’argent. Nous nous en emparâmes, puis nous rassemblâmes le reste, qui ne nous intéressait pas, et le brûlâmes.
Si nous n’avions pas agi de la sorte, ils auraient pu le récupérer et nous pourchasser. Et cette simple pensée m’irritait fortement.
Et puis, pour être franc, j’appréciais bien la déception que je pouvais lire sur leur visage.

— Dis, princesse. J’ignorais que tu savais utiliser la magie.
— Oui, je le peux. Je l’ai apprise pour me protéger.
— Et tu gères ou pas ?

Si Mel était capable de se défendre toute seule durant un combat, ce serait sans doute une bonne idée de l’ajouter à notre groupe.

— Et tu as quel niveau ?
— Je suis niveau… 18. Quant à la magie, je peux employer à peu près tous les sorts de type eau de catégorie intermédiaire.

Bon, c’était plus bas que ce que j’espérais. Elle était une princesse, après tout. Je m’attendais à mieux.
Toutefois, elle avait accès aux magies intermédiaires.

— Et tu es forte avec la magie de l’eau ?
— Oui.

C’était probablement en raison de sa chevelure bleue, il y avait sûrement un rapport.

— Et je peux également utiliser un peu de magie de terre.
— Vraiment ?

Son répertoire était assez large.

— Tiens, j’y pense, ta sœur peut se servir de celle d’air, pas vrai ?

Je ne voulais pas m’en souvenir. Cependant, je ne pouvais pas oublier la façon dont elle m’avait attaqué par-derrière lors de mon duel contre Motoyasu.
Ugh, le simple fait d’y penser me mettait à cran. Il valait mieux que je me change les idées.

— Ma sœur ? Elle maîtrise la magie de feu, mais elle s’y connaît aussi un peu en magie d’air.

C’était plutôt logique. Ses cheveux étaient rouges, après tout.

— Mère est forte tant en magie de feu que d’eau.
— Hmm… intéressant. Je vais te faire intégrer notre groupe, accepte l’invitation.
— D’accord.

Je ne comptais pas m’appuyer sur elle en combat. Toutefois, elle pourrait toujours servir au cas où. Si elle était capable de se battre, je n’avais aucune raison de NE PAS la vouloir comme coéquipière. Tout de même, je ne souhaitais pas l’utiliser dans le feu de l’action tant que je ne l’estimerais pas nécessaire.

— Hmm ? Je me demandais ce que vous aviez fait à père pour le mettre dans une telle colère…
— C’est vrai qu’on n’en a jamais parlé. Tout a débuté quand ta sœur m’a piégé et accusé d’un crime que je n’ai pas commis…

Durant la soirée, j’entrepris de lui relater tout ce que le Sac à merde et la Salope m’avaient fait subir.
Pour une raison connue d’elle seule, Filo s’assit près de moi et suivit avec attention mon récit, comme si j’étais sur scène. Je ne fis pas mention des différentes erreurs que nous avions commises.
Mais je ne mentis sur rien non plus. Je me contentai de lui raconter précisément ce qu’il s’était produit.
Je supposais qu’une petite portion de la haine et de l’irritation que je ressentais s’était faufilée dans mon récit, mais cela ne me dérangeait pas. Je considérais cela comme faisant partie intégrante de son éducation.

— Mon père et ma sœur sont affreux ! Comment ont-ils pu se plaindre de votre comportement après vous avoir traité de cette façon ?
— T’as vu ça ? On est bien d’accord.
— Mère m’a toujours dit de me montrer la plus gentille possible avec vous.
— Hein ?

De quoi parlait-elle ? Le Héros Porte-Bouclier n’était-il pas considéré comme un démon par l’Église ? La reine n’adhérait-elle pas à cette religion ?

— Y a-t-il un problème, M. le Héros Porte-Bouclier ?
— Rien. Je me demandais simplement quelle opinion ta mère avait de moi.
— Hmm… je n’en sais trop rien. Mais elle a bel et bien envoyé une lettre à mon père, lui demandant de ne pas vous considérer différemment des autres Héros.

Je ne savais sincèrement pas comment interpréter ce qu’elle me disait, mais je prenais peu de risque en avançant que la reine avait l’air de veiller sur moi d’une certaine manière. Mais, en fin de compte, elle ne m’avait pas protégé du tout, alors, à mes yeux, elle ne valait pas mieux que le Sac à merde.

— Maître… un tas de trucs sont arrivés depuis ma naissance, pas vrai ?
— Ouais.
— Hein ?

La princesse parut soudain aux aguets.

— Euh… Filo ? Quel âge as-tu ?
— Un mois et trois semaines !
— Pardon ?

Sa surprise était parfaitement normale. Les monstres grandissaient si vite…

— Tu as grandi tellement rapidement !
— Oh, hé hé… inutile de me flatter.
— Je ne crois pas que c’était ça.
— Bon, il faut croire que je suis donc la grande sœur, entre nous.
— On peut dire ça, oui. Raphtalia et toi avez le même âge.
— Raphtalia est…

Filo porta son regard sur elle, l’air légèrement déçu. Raphtalia semblait juste perplexe. Cet oiseau pouvait se montrer si facile à comprendre. La réaction de Raphtalia était logique.

— Qu’y… qu’y a-t-il ?
— C’est une demi-humaine. Même si nous partageons le même âge, elle paraît plus grande.

Melty parla tout en regardant Raphtalia. Ce qu’elle venait de dire suscita chez moi de la sympathie pour ma partenaire.

— Je ne sais pas… mais j’ai l’impression d’avoir perdu quelque chose… J’ignore pourquoi.
— Bon, maintenant qu’on connaît l’âge de chacune d’entre vous, je vais passer pour un pervers auprès des gens.

Ils diraient que je faisais une fixette sur les petites filles. Filo et la princesse étaient de jeunes enfants, et Raphtalia n’était pas beaucoup plus âgée. Mon entourage se constituait donc exclusivement de petites filles, effectivement.

— Bah, c’est comme ça, et puis c’est tout. Tu es très bien comme tu es, Raphtalia.
— M. Naofumi…

Avec trois demoiselles aussi jeunes à mes côtés, les gens finiraient par penser que je bâtissais un harem de déviant. Je pouvais déjà imaginer les commentaires des autres héros.

— Bon, allez, c’est l’heure de se coucher. On passe la frontière bientôt.
— D’accord.
— Ouais !
— Ouah…

J’observai le point de contrôle gardant la frontière et laissai échapper un murmure ébahi.
Ce qui suscitait une telle réaction de ma part se trouvait non loin : une rangée de chevaliers si longue qu’il était impossible de les compter tous.

Il y en avait tellement, j’avais l’impression de voir déployée une vraie armée. Le royaume pouvait-il se permettre une telle démonstration de force ? Que se passerait-il en cas d’attaque d’une autre nation ?
Non, ce ne pouvait pas être l’intégralité des troupes de Melromarc, mais c’était toutefois l’impression que ces hommes donnaient.

— Le Démon Porte-Bouclier tente, sans l’ombre d’un doute, de traverser la frontière menant à Silt Welt ! Ne le laissez pas passer !
— Bien, monsieur !

Ils semblaient… prêts à en découdre.
La zone était si étroitement surveillée que même une fourmi ne pourrait pas passer sans se faire remarquer. Seul, j’aurais pu me contenter de me faufiler parmi eux, mais, avec Raphtalia et la princesse à mes côtés, cela s’annonçait difficile.
J’aurais pu m’élancer en premier et elles m’auraient suivi plus tard, mais, si les autres héros étaient dans les parages, elles seraient repérées.
Sans compter qu’avec tant de chevaliers dans les alentours, je n’étais pas certain de pouvoir les semer tous.

Et puis d’abord, comment savaient-ils que je comptais me rendre en Silt Welt ?
Certes, ils essayaient peut-être tout simplement de me barrer la route, car ce pays n’était pas en très bons termes avec Melromarc. Ils demeuraient tout de même plus préparés à m’empêcher de passer que je ne l’avais anticipé.

— T’en penses quoi ? On pourrait éviter le point de contrôle et traverser ailleurs ? Quelque part à l’écart des routes ?
— J’en doute.

La princesse répondit à voix basse.

— Pourquoi ?
— Il semblerait qu’ils aient mis en place des mesures d’urgence. Si vous tentez de franchir la limite du royaume, une alarme retentira et ils se lanceront à vos trousses.
— Bon sang…

J’imaginai une sorte de rayon infrarouge. Ils devaient avoir déployé quelque chose du genre à la frontière. Avec autant de gardes, ils finiraient nécessairement par rattraper quiconque traverserait illégalement. Ce ne serait qu’une question de temps.

— Tu ne crois pas que Filo pourrait les distancer ?
— Ils couperont votre progression. L’alarme les avertira avant que vous ne soyez parvenus de l’autre côté.
— Hmm… tu en connais un rayon là-dessus, dis-moi.
— Mère m’a dit de bien assimiler toutes ces choses en cas d’urgence. Le système est coûteux à entretenir, mais tout le monde s’accorde à le maintenir en place pour les situations extrêmes.
— Ça, c’est bien vu.

J’aurais très bien pu tuer quelqu’un. Ces types seraient prêts à tout pour m’arrêter.

— Alors, je devine que notre seule option restante est de choisir un autre pays, partageant une frontière commune avec Silt Welt, et d’y pénétrer par celle-ci.

C’était de loin la nation la plus proche, mais nous n’avions guère d’autre possibilité.
Ce fut alors que des villageois apparurent, transportant un chariot rempli, et nous croisâmes leur route accidentellement.
Nous étions déguisés, donc cela devrait bien se passer. La princesse et moi étions également enfouis sous la paille.

— Hmm…

Pour une raison que j’ignorais, un étrange silence s’installa entre les villageois et Raphtalia.

— Héros Porte-Bouclier.

Ils nous avaient trouvés ? Est-ce qu’on allait pouvoir s’en sortir ?

— Ne vous en faites pas, tout va bien. Vous nous avez donné une graine par le passé et, grâce à elle, la prospérité est de retour dans notre pays. Merci infiniment. Nous ne ferons rien pour indiquer votre position aux soldats.

Je les examinai de plus près. Effectivement, ce n’était pas des habitants d’un village voisin, mais des citoyens d’un pays frontalier. Et ils étaient apparemment marchands itinérants. Ils me tendirent quelques vieux vêtements.

— Les gens qui vous accompagnent pourraient faire l’effort de se montrer moins « propres sur eux ». Surtout cette jolie petite demi-humaine raton laveur. Vous serez démasqués bien trop facilement à cause d’elle.

Je ne pouvais nier que, parmi les gens de son espèce, Raphtalia était remarquablement belle. Elle s’était aussi fait connaître auprès de tous les villageois que nous avions croisés lors de nos pérégrinations marchandes, elle s’était donc peut-être bâti une certaine réputation.
Lorsque je l’avais achetée, l’esclavagiste avait dit que les demi-humains de type raton laveur n’étaient pas très populaires chez les humains. Cependant, Raphtalia était exceptionnellement jolie, alors elle avait dû se faire remarquer. Et si l’un des chevaliers l’avait déjà aperçue auparavant, il la reconnaîtrait sans doute immédiatement.
Pourtant, je ne pouvais évidemment pas l’abandonner, il nous fallait donc un déguisement adéquat pour elle.

— Si vous comptez passer en force, votre attelage sera bien trop facile à identifier. Transférez plutôt vos affaires dans notre chariot.
— Merci. Et vous avez raison. Ce gros machin en métal n’est pas très discret. On ferait probablement mieux de s’en débarrasser.
— Gweh ?

Filo était sous sa forme de Filoliale, mais elle secoua la tête et grogna en signe de protestation.

— Gweh ! Gweh !
— On n’a pas le choix ! Tu veux qu’on se fasse prendre ? Qu’on aille en taule ? Ils vont buter la princesse, tu le sais, ça ?
— Gweh…

Une fois que Filo comprit que Mel serait en danger, elle cessa de se plaindre à contrecœur.
Elle aimait vraiment cette carriole, mais elle semblait accorder plus d’importance à son amie.

— C’est bien, t’es une brave fille, Filo. Il fallait se décider entre un objet et une personne, et tu as choisi la seconde.

Je lui caressai la tête. Même si elle ne comprenait pas pourquoi, elle avait fait le bon choix.

— Gweh ?
— Quand on aura fini, on ira récupérer le chariot.
— Gweh !

Elle savait que c’était une promesse.

— Veuillez accepter le nôtre.
— Bien sûr, merci.
— Je vous en prie. Nous le déposerons au village le plus proche.
— On vous revaudra ça.
— Vous l’avez déjà fait.
— Oh, oui. Allez, princesse. C’est l’heure de se changer. Sinon, on est sûr de se faire choper.
— Oh… très bien…

Je donnai aux villageois quelques pièces d’argent pour les remercier de leur aide.
Il ne restait qu’un problème : nourrir Filo. À chaque fois que nous prenions la route, elle faisait sa crise quand elle avait faim.
Et ce qui pourrait nous arriver de pire actuellement, ce serait qu’elle nous ralentisse. En ce moment, nous n’avions que deux avantages : sa vitesse et notre déguisement. Après tout, nous pourrions rencontrer des choses plus dangereuses que des chasseurs de primes ou des aventuriers.

La princesse ne paraissait guère heureuse de devoir enfiler des vêtements vieux et sales, mais elle accepta tout de même, comprenant la situation.
Ce qu’ils lui donnèrent était très usé. Une fois changée, elle ressemblait à une petite fille mal fagotée. Elle demeurait peut-être de la plus haute extraction, mais j’avais le sentiment qu’elle pourrait se faire passer pour une habitante lambda.
Toutefois, elle avait vraiment bonne mine. Elle semblait en pleine santé, et son éducation était évidente lorsqu’on l’entendait s’exprimer. Et je ne parlais même pas de ses cheveux d’un bleu vif, qui suggérait une appartenance à la famille royale. Personne ne la reconnaîtrait de loin, mais en l’inspectant de plus près… Enfin bon, qu’importe, la laisser derrière était hors de question.

Nous allions avoir besoin de chance.

— Prends un sac et mets tes affaires dedans.

Nous rassemblâmes ce que nous estimâmes raisonnable à emporter, et recouvrîmes l’ensemble d’un tissu. Tout ce que nous ne pouvions pas transporter finit entre les mains des villageois. Même à bonne allure, il nous faudrait encore plus de deux semaines pour atteindre notre destination.

— Hmm, êtes-vous un marchand ? J’ai quelques courses à faire.

Et merde ! Un soldat s’avançait vers les étrangers pour commercer.

— Héros Porte-Bouclier ?

Bordel ! Il nous avait repérés ! Je me tournai vers Filo pour m’enfuir.

— C’est moi. Vous vous souvenez ? Nous avons combattu la vague ensemble.

Je l’examinai plus attentivement. Oui, c’était bien l’un des soldats volontaires qui nous avaient aidés.
Nous nous étions séparés par la suite, et je n’avais pas eu l’occasion de prendre de leurs nouvelles depuis que j’avais quitté le château avec fracas.
J’étais soulagé, mais je pris soudain conscience qu’il avait sans doute été envoyé ici précisément parce qu’il nous avait prêté main-forte.

À l’époque, je ne savais rien au sujet du fameux « Démon Porte-Bouclier ». En y repensant avec les informations à ma disposition aujourd’hui, il leur avait fallu une énorme dose de volonté et de courage pour aller à l’encontre de leurs croyances et m’aider. Ils en avaient sûrement payé le prix. La société avait dû leur tourner le dos.

— Tu as été rétrogradé ?
— Non, il n’y a eu aucune punition.
— Oh, très bien. Donc tu n’as pas atterri ici en signe de représailles ?
— Visiblement, non. La moitié de nos chevaliers est là.

Tous ces gens, juste pour moi ?
Hé oh. Ils n’en faisaient pas un peu trop ? À quel point le Sac à merde désirait-il m’empêcher de rallier Silt Welt ?
Je ne comprenais plus rien. Que voulait-il réellement ?
Était-il possible que quelque chose se trame là-bas, et que je n’en sache encore rien ?
Je devais y aller. Si notre ennemi était si déterminé à ce sujet, m’y rendre serait forcément positif.
J’ignorais ce qui les énervait autant, mais il fallait que j’aille le découvrir.

— Quoi qu’il en soit, c’est trop dangereux pour vous, ici. Partez.
— Merci du conseil.
— Cela ne concerne pas simplement les chevaliers, les autres Héros sont là aussi. Je craignais que vous ne croisiez leur route.

Il avait raison. Je devais reconnaître qu’ils étaient nettement plus forts que moi.
Lorsque nous avions affronté Glass, ils étaient tombés, et moi non, mais elle était sortie de nulle part et les avait frappés avec un coup destiné à les achever d’entrée de jeu, avant même qu’ils ne puissent réagir. Ils n’avaient donc pas pu montrer la véritable étendue de leurs pouvoirs.

De plus, ils avaient tous passé la cérémonie de promotion de classe, contrairement à nous.
Il fallait être inconscient pour croire que j’avais la moindre chance de l’emporter dans un combat. Si nous les affrontions sans y être bien préparés, je pourrais très bien y rester.

— Partons.
— Je prie pour que vous soyez innocentés de toutes les charges et les suspicions qui pèsent sur vous.

Nous quittâmes les marchands étrangers et le soldat volontaire, prenant la direction du sud pour un long détour.

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