Jashin Average – chapitre 54


Note de l’auteur : Cette fois, j’ai essayé d’utiliser la troisième personne.


« Est-ce là le livre en question ? »

Dans une pièce d’un certain pays, plusieurs personnes se rassemblent autour d’une table pour examiner un livre relié de noir.

« S-S’il vous plaît, faites attention à ne pas le toucher, Votre Majesté. »

« J’entends bien. »

L’homme appelé "Votre Majesté" est le roi du pays, et les autres individus rassemblés occupent également des positions importantes dans le gouvernement. Le fait qu’autant de personnes influentes soient ainsi réunies indique que la situation est loin d’être anodine.

« Le Livre Noir, hein. Cela semble causer une situation quelque peu gênante. »

L’objet devant leurs yeux est un ouvrage appelé "le Livre Noir". Cependant, ce terme ne se réfère pas uniquement aux pages qui se trouvent devant eux.

« Nous avons déjà attesté l’existence de plus d’une centaine d’exemplaires à travers le pays. Si l’on inclut ceux non confirmés, le chiffre pourrait atteindre plusieurs centaines… »

L’auteur du rapport est un homme talentueux, responsable des magiciens de la cour de ce pays et directeur de l’Institut de recherche sur la magie. Et pendant qu’il parle, il retourne la couverture du Livre Noir.

« Oh, hé !? Est-ce bien prudent de le toucher ? »

« Je l’ai déjà touché une fois… »

Les hauts fonctionnaires s’agitent, mais le directeur répond d’une voix résignée.
Le mage boite depuis quelque temps, comme s’il préservait sa jambe droite, et les ministres l’ayant remarqué le regardent avec compassion.

« Veuillez regarder ceci, s’il vous plaît. »

Au verso de la couverture, on peut y lire une mise en garde concernant cet ouvrage. Selon cet avertissement, le livre est maudit ; quiconque le reçoit et le touche sera frappé par le malheur. Pour contrer cette malédiction, le contenu des pages doit être intégralement recopié et transmis à quelqu’un d’autre. Le malheur persistera tant que ces tâches ne seront pas effectuées. De plus, la malédiction s’appliquera également à la nouvelle copie du cahier.

Le Livre Noir… un ouvrage contenant les pires malédictions du monde, censé avoir été écrit par le Dieu Maléfique. Ce livre s’est répandu à partir d’un certain pays et fait désormais des ravages dans de nombreux royaumes.



« Pour contrer cette malédiction, il faut le retranscrire ? Dans ces circonstances, il ne faut pas s’étonner qu’il puisse se répandre. »

« Oui. »

Naturellement, quiconque se retrouve en possession du Livre Noir, n’a d’autre échappatoire que de le recopier pour s’en défaire sur quelqu’un d’autre. Interdire cet acte reviendrait à leur ordonner d’endurer la malédiction sans fin, ce qui ne saurait être acceptable. De plus, une interdiction officielle ne ferait qu’attiser la rébellion.

« Est-il impossible de dissiper le sort ? »

« Même l’archevêque de l’Église de la Sainte Lumière n’y est pas parvenu. La malédiction qu’il contient est trop puissante. »

Pourtant, si l’on compare la gravité des maux à la complexité du sortilège enchâssé, les malheurs qui en résultent semblent étrangement légers, ce qui laisse les chercheurs perplexes quant à l’écart entre les deux.
Les malheurs provoqués sont aléatoires et varient sans cesse, mais ils ne semblent pas dépasser le stade du simple harcèlement. Par exemple, le directeur boite à cause d’une malédiction qui lui a fait se cogner le petit orteil de la jambe droite contre des meubles, sans que cela ne provoque de blessure grave. Toutefois, cela ne signifie pas pour autant que l’on puisse l’ignorer.

Au début, le directeur se refusait de faire subir le même sort à quelqu’un d’autre, mais après qu’il ait heurté trois fois de suite son petit orteil de la jambe droite contre l’étagère, il a fini par céder et s’est résolu à réaliser une copie du manuscrit, qu’il a remise au vice-directeur. Suite à cela, la loyauté du directeur adjoint envers le directeur a considérablement diminué.

« Nous ne pourrons pas maîtriser la propagation, n’est-ce pas ? »

« Il serait difficile de l’arrêter, cependant, nous pouvons en limiter les conséquences. »

« C’est inévitable, nous n’avons pas d’autre choix que de suivre cette direction, et tenter de réduire les dégâts au niveau national. »

Il serait en effet compliqué d’empêcher les gens de faire des copies du Livre Noir afin de les remettre à d’autres. Cependant, il n’est pas impossible de spécifier la cible à qui les transmettre. Ainsi, en déversant la malédiction au-delà des frontières, même si la source du problème demeure, ce pays serait temporairement préservé.

« Nous devons nous attendre à ce que les relations avec nos voisins se détériorent… »

« Naturellement, nous ne mentionnerons rien de tel publiquement. Nous devrons les faire passer par des colporteurs itinérants et les faire sortir du pays par eux-mêmes. »

« Je vois. Nous devrons également être prudents pour éviter que de nouveaux volumes ne soient introduits clandestinement dans notre pays. »

« Bien, prenez les dispositions nécessaires dès que possible. »

« Votre volonté est entendue. »

Suivant les ordres du roi, les ministres se mettent en mouvement. Les dommages causés par le Livre Noir dans ce pays devraient diminuer. Bien sûr, une fois que le livre passera dans un autre royaume, celui-ci le transmettra à son voisin, de sorte que les effets continueront de s’étendre d’une nation à l’autre. En conséquence, le pays qui se retrouvera malheureusement en bout de chaîne, sans personne vers qui transmettre le livre maudit, sera contraint de partager le fardeau à l’intérieur de ses propres frontières.

« Si l’on considère la situation actuelle de chaque royaume, il est simple de deviner lequel sera le dernier à devoir affronter cette épreuve. »

« Votre Majesté ? Avez-vous dit quelque chose ? »

« Non, je pensais simplement qu’il était temps de reconsidérer nos relations avec le Saint-Siège. »

En suivant les routes commerciales, les effets se propagent plus rapidement près du pays d’origine et s’atténuent à mesure que l’on s’en éloigne. Il est donc facile d’imaginer que le pays ayant les relations les plus hostiles avec la source du problème soit également le dernier à être pris pour cible, et personne n’ignorait de quel endroit il s’agissait.

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Alors que tous les royaumes craignent le Livre Noir et prennent des mesures pour le contrer, il apparaît qu’un pays, au contraire des autres, se rapproche de lui d’une manière surprenante. Il s’agit de la Sainte Théarchie d’Anelie, une nation nouvellement créée où se rassemblent les adorateurs du Dieu Maléfique Anelie. À l’heure actuelle, ce n’est encore qu’un petit pays à l’échelle d’une ville, mais sa puissance augmente de jour en jour.

Pour les citoyens de cette théarchie, le Livre Noir, supposément écrit par la Déesse Maléfique Anelie, est considéré comme un ‘livre saint’. Chaque habitant en possède un exemplaire, et ils sont encouragés à en réaliser des copies afin de le faire connaître à l’étranger. Et malgré le fait que chacun d’eux soit maudit lors de la première lecture, ils le perçoivent comme un test divin.
Bien entendu, les citoyens ordinaires ne pouvant pas eux-mêmes exporter des articles par les routes commerciales, le gouvernement se charge de collecter les ouvrages et les envoie en un seul lot vers l’étranger.

Dans cette nation religieuse, deux nouveaux bâtiments ont été construits en annexe du temple.

Le premier est un orphelinat, un refuge qui accueille et élève des jeunes sans famille.
Bien que chaque pays prenne des mesures pour s’occuper des orphelins, leur sort reste souvent précaire et l’on retrouve partout des enfants n’ayant nulle part où aller. La mission de cet établissement est de les recueillir et de leur fournir une nourriture adéquate, un lit chaud et une éducation approfondie. En plus des matières de base telles que la lecture et les mathématiques, les orphelins apprennent dès leur plus jeune âge l’adoration de la Déesse Maléfique Anelie ── qui n’est pas reconnue comme un dieu ‘maléfique’ ── vénérée dans ce pays. Ces enfants, bien éduqués et fervents dans leur foi en Anelie, représentent les futurs élites de la nation religieuse.

La seconde installation est la Salle des Manuscrits, destinée à la reproduction du Livre Noir.
À l’intérieur du bâtiment, les bureaux et les chaises nécessaires à la réalisation des manuscrits sont alignés avec du papier et des plumes, et à l’arrière, une personne attend pour relier les pages copiées en un livre. C’est également un centre de collecte où sont rassemblés les manuscrits du Livre Noir, non seulement ceux transcrits à l’intérieur du temple, mais également les copies provenant de tout le pays.
Le nombre de livres stockés dans la salle des manuscrits est compté et affiché chaque mois. Le pape lui-même est censé décerner un prix au meilleur contributeur, mais jusqu’à présent, cette récompense n’a jamais été attribuée. La raison en est simple : une certaine personne monopolise depuis toujours la première place en termes de nombre de copies manuscrites.

« Hum, je me sens particulièrement en forme aujourd’hui. »

Celui qui possède le plus grand nombre de manuscrits n’est autre que le Pape lui-même. Tant qu’il occupera la première place, aucune cérémonie de remise des prix n’aura lieu.
En fait, même maintenant, il est assis sur un siège dans la salle des manuscrits, travaillant sur deux livres simultanément avec ses mains gauche et droite. Normalement, lors de la transcription, le livre original à reproduire et le papier servant de support à la copie sont placés côte à côte, le livre original étant lu et copié en silence. Mais pour cet homme ayant déjà mémorisé le contenu du Livre Noir mot pour mot, il se contente de le recopier de mémoire. Bien qu’il y ait un exemplaire du Livre pour montrer l’exemple, il ne le regarde pas vraiment.
Même sans prendre en compte sa capacité de mémoire, écrire simultanément avec les deux mains reste impressionnant, et grâce à cette compétence, sa vitesse de rédaction est plus de deux fois supérieure à celle d’une personne ordinaire. Tant qu’il demeure le seul à pouvoir produire cette performance, sa première place au classement ne sera pas contestée.
On peut se demander s’il gère bien les affaires du pays alors qu’il se contente de copier des manuscrits, mais il semble correctement s’occuper de ces deux aspects avec diligence, ce qui est plutôt inquiétant.

« Pape-sama, j’ai terminé une copie. »

« Moi aussi ! »

« Tout pareil ! »

« Oh, c’est merveilleux. Je suis sûr qu’Anelie-sama sera heureuse aussi. »

Pendant ce temps, loin de lui, des enfants travaillant sur leurs copies rapportent fièrement leur réalisation au Pape. Voyant leur charmante apparence, le Pape leur adresse un sourire bienveillant et félicite les enfants.

« Yay ! »

« Je vais en faire une autre ! »

« Peut-être qu’on pourra avoir la première place ! »

« Hehe, continuez comme ça ! »

En plus du classement pour adultes, il en existe également un pour enfants, qui fonctionne à merveille. La raison en est que les enfants, principalement ceux de l’orphelinat, ont la possibilité de se former à la copie des Saintes Écritures dans le cadre de leur éducation.
Il s’agit d’un système révolutionnaire qui permet aux enfants de mémoriser les enseignements des Écritures tout en apprenant à lire et à écrire. En termes de contenu, c’est un livre principalement axé sur la morale et la bonne conduite pour que les gens vivent correctement, ce qui n’est pas préjudiciable à leur éducation.
Des friandises sont distribuées en fonction du classement, de sorte que tous les enfants participent volontairement et activement à la compétition pour le plus grand nombre de manuscrits.

« Hehehe, construire la salle des manuscrits était après tout une bonne décision. Grâce à cela, le travail de prosélytisme progressera davantage. »

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( Relecture et correction: Hastin )

Note de l’AUTEUR :

En fait, si les pays avaient coopéré efficacement, cette affaire aurait pu être résolue assez rapidement en sacrifiant simplement un condamné à mort.

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