Jashin Average – chapitre 66
Ces évènements se déroulent à l’époque de la construction du Manoir de la Rose Noire.
◆ ◆ ◆
Aujourd’hui, le pape m’a demandé de le rejoindre à côté du temple, et près de ce bâtiment se trouve… une immense statue en construction. Aussi haute que le temple de cinq étages, il s’agit d’une sculpture à mon image.
… Quelle idée stupide.
« Eh bien, Anelie-sama. S’il vous plaît, veuillez admirer la statue que j’ai faite construire pour vous. »
Le pape, vêtu de luxueux vêtements sacerdotaux, m’invite à regarder tout en saisissant le bord d’un énorme drap couvrant la statue. La raison pour laquelle il m’a appelée aujourd’hui, tient au fait qu’il voulait que je sois la première à voir le monument achevé.
En réalité, il s’agit d’une tâche qui devrait revenir à ma moitié divine, mais puisque convoquer un dieu ne semble pas chose facile, je fais office de remplaçante.
En fait, je voudrais vraiment filer en douce, mais comme je lui suis redevable de m’avoir construit une maison, je ne peux pas refuser et me résigne à rester.
« Maintenant, levons le voile ! C’est le moment où le monde s’inclinera devant l’image de notre Déesse ! »
’Je ne m’inclinerai pas.’
Je m’abstiens de le dire à voix haute, tandis que le pape, toujours avec son air suffisant, tire brusquement le tissu avec vigueur. Le voile blanc s’envole dans les airs, exposant l’immense statue à la lumière du jour.
Sur un socle d’environ un mètre de haut, se dresse un impressionnant colosse de bronze. La statue reproduit fidèlement la divinité vénérée dans cette théarchie — en d’autres termes, moi — avec un niveau de détail presque obsessionnel. Elle me représente revêtue de la Robe des roses funestes que je porte actuellement, avec un réalisme tel que j’en viens à croire chaque pli fidèlement reproduit.
… Ça devient terriblement embarrassant. Heureusement que je porte un masque. [1]
« Qu’en pensez-vous, Anelie-sama !? »
Les yeux pétillants, le Pape me demande mes impressions. On m’a rapporté qu’il aurait lui-même conçu les plans de ce projet, je comprends donc son impatience. Toutefois, je me sens mal à l’aise devant tant d’enthousiasme. Bien que je sente mon visage se crisper, je dois admettre que la statue ne présente aucun défaut. Honnêtement, je préférerais qu’il ne gaspille pas son talent là-dessus et qu’il se concentre sur autre chose. Mais comme il gère bien les affaires de l’État, je ne peux pas lui en faire le reproche.
Eh bien, je pensais qu’il avait bien travaillé, et je m’apprêtais à lui répondre ça… lorsque je remarque soudain quelque chose.
« Anelie-sama ? Il y a-t-il un problème ? »
« Juste un détail qui me tracasse quelque peu. »
« …? »
Le pape, intrigué, me questionne, mais je l’ignore et m’approche de la statue.
Je ne m’intéresse pas à la statue de bronze en particulier — Je pense que je vais l’appeler ‘statue de la Déesse’ — mais à la robe qu’elle porte. Néanmoins, la forme ne présente pas de défaut de conception particulièrement étrange, au contraire. La tenue de la statue de la Déesse paraît si fidèlement reproduite que ça en devient troublant.
Ma Robe des Roses Funestes est une longue robe d’un noir de jais, sans manches, avec un motif de rose sur la poitrine. À l’origine, il s’agissait d’un vêtement ordinaire, mais devenu noir sous l’effet de l’Octroie de Bénédiction. Évidemment, en plus de ça, elle présente des performances exceptionnelles en termes de défense et de résistance, mais un autre changement est survenu.
La conception est devenue dangereuse.
La jupe de la robe présente une fente assez profonde, exposant mes jambes. Si je ne fais pas attention, mes sous-vêtements risquent de se voir. Ces sous-vêtements font également l’objet d’une conception scandaleuse après l’Octroi de la Bénédiction. En clair, ils ne couvrent pas les parties qu’ils devraient normalement cacher. Je ne peux définitivement laisser personne voir ça.
Donc, en ce qui concerne la statue de la Déesse Maléfique.
La robe reste une reproduction fidèle de la réalité et conserve cette fente profonde, montrant bien les cuisses du personnage. Bien que l’on puisse se demander s’il est pertinent de parler de jambes, puisqu’il s’agit d’une statue en bronze, celles-ci restent néanmoins clairement visibles.
Jusque-là, ça va. Enfin, pas vraiment, mais laissons ça de côté pour le moment.
Le problème ne se limite pas à ça. Je doute que la statue reproduise les sous-vêtements que je porte en ce moment — sinon ça soulèverait plusieurs questions, notamment sur : ‘comment il aurait pu les voir’ — mais avec un tel souci du détail, il a probablement inclus des sous-vêtements ordinaires.
Partagée entre inquiétude et curiosité, je m’approche des pieds de la sculpture de la Déesse Maléfique avant de lever les yeux. En la regardant ainsi, elle semble encore plus gigantesque. La fente de la robe est également grande par rapport à la taille de la statue elle-même, permettant de se glisser à l’intérieur.
Mais non, je n’y entrerai pas.
Mais même sans y entrer, il reste toujours possible de jeter un coup d’œil sous la jupe en marchant juste à côté d’elle.
… Ouah.
Je lève les yeux sous la fente et découvre que l’intérieur est également soigneusement détaillé. Et bien que ce ne soit pas aussi osé que mes sous-vêtements actuels, ils présentent tout de même un design audacieux. Je voudrais bien interroger le pape pendant une heure pour savoir à quoi il pensait en décidant de faire porter ce genre de sous-vêtements à une statue à mon effigie.
Non, en fait, même s’il répondait, je ne saurais pas comment réagir, donc peut-être vaut-il mieux ne pas demander.
Heureusement, il n’y a personne d’autre ici en ce moment, mais est-ce que beaucoup de gens pourront voir ça plus tard ?
Ce serait un peu… non, c’est franchement embarrassant. Il ne s’agit que d’une statue de bronze, ce n’est pas comme s’ils pouvaient voir sous ma jupe que je porte. J’en suis consciente, mais ça reste tellement détaillé que je ressens l’impression d’exposer l’intimité de ma tenue à tout le monde.
« Y aurait-il un élément qui vous préoccupe ? »
« …… »
Je ne peux m’empêcher de lancer un regard accusateur au Pape tandis qu’il me pose à nouveau la question. Cependant, comme toujours, il ne semble pas intimidé par l’effet de ma compétence, ni même comprendre l’intention de mon regard plein de ressentiment. Au lieu de ça, il incline la tête avec curiosité.
Ce dépravé.
Cela dit, je ne pense pas qu’il me voie comme une femme. Sans me vanter, d’après ses actions et ses paroles jusqu’à présent, il semble clair que pour lui, je me situe au-delà de ce genre. En un sens, il est probablement l’homme avec lequel je me sens le plus en sécurité. Cependant, dans ce cas, pourquoi a-t-il choisi un tel design ?
Je crains d’entendre la réponse, mais je suppose que je devrais quand même poser la question.
« Pourquoi avoir dessiné de tels sous-vêtements ? »
« Hein ? Des sous-vêtements…? »
Lorsque j’arrête de tourner autour du pot pour lui poser la question directement, le Pape me répond d’un air perplexe.
« Nous ne pouvions pas demander à Anelie-sama de poser comme modèle pour nous, alors… »
Je ne tiens pas à servir de modèle, et même si je le faisais, je ne laisserais personne jeter un coup d’œil sous ma jupe.
« Je n’avais donc pas d’autre choix que de consulter votre amie Leonora-sama, au sujet du type de vêtements que nous devrions adopter. »
Leonoraーーーー !?
Quelle idiotie as-tu encore faite ?
Bon, je reconnais que mes sous-vêtements ont un style osé, et elle le sait bien. Pour autant, on pourrait dire qu’elle a su faire preuve de pudeur comparé à ce qu’elle aurait pu révéler. Mais elle doit savoir que je ne porte pas ça par plaisir. Peut-être s’agit-il d’une revanche pour avoir oublié de lever la malédiction sur la poupée Tenna…?
Bon, je me sens quand même mal à l’aise à ce sujet.
« Y aurait-il un problème avec la conception des sous-vêtements ? »
« … Ça deviendrait embarrassant si quelqu’un les voyait. »
« Hmm… »
Je pensais qu’il protesterait, mais le pape m’a répondu d’un ton distrait, sans donner l’impression de vraiment comprendre.
« Je ne vois rien qui mérite d’être source de gêne… alors qu’est-ce qui pourrait poser problème ? »
À en juger par son expression des plus sérieuse, il semble vraiment ne pas saisir. Évidemment, il ne me considère pas comme une femme après tout.
Cependant, je dois rester ferme, sinon je vais subir l’humiliation de montrer mes sous-vêtements à un grand nombre de personnes, même s’ils sont factices. Toutefois, la statue étant déjà fabriquée, il sera probablement impossible de changer les sous-vêtements pour un motif moins révélateur ou de couvrir la fente de la robe pour qu’elle ne soit pas visible. Au moins, je peux demander à ce que des mesures soient prises pour empêcher les gens de regarder de trop près.
« Je ne veux pas que quiconque s’approche trop de la statue. »
« … !? En effet, il est vrai qu’Anelie-sama est un être digne de vénération. Il ne convient pas de permettre aux gens de s’approcher de manière excessive. »
Je ne voulais pas vraiment dire ça, mais peu importe à ce stade.
« Installez une clôture autour de la statue, pour que l’on ne puisse pas s’approcher de ses pieds. »
« Entendu, je vais m’en occuper immédiatement. »
« Merci. »
Harvin hoche la tête avec révérence avant de partir en toute hâte. Avec une barrière autour de la statue, personne ne pourra regarder directement en dessous. Ce sera déjà un peu mieux. Peut-être devrais-je rester pour superviser les travaux, puisqu’il s’agit de ma demande.
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( Relecture et correction: Hastin )
Note de la traduction :
[1] A ce moment de l’hstoire, elle ne possède pas encore le Masque Noir de Kaifeng. Sans quoi, elle ne pourrait pas cacher ce qu’elle pense… ou alors l’auteur a oublié ce détail…



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