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Isaac – Chapitre 24

« Voilà Isaac ! »

Simplement en entendant ce nom, toutes les filles qui attendaient leur tour à la cafétéria se retournèrent. Comme un essaim de sauterelles, elles s’agglutinèrent en voyant Isaac arriver. Ne voulant pas se retrouver au milieu, Reisha et Kunette s’éclipsèrent discrètement.

« Que se passe-t-il ? »

« C’en est trop ! »

« Je n’ai pas pu me maquiller depuis une semaine ! »

« Ah ! Crois-tu vraiment que le maquillage faisait la moindre différence ? »

« Quoi ! »

« Ai-je dit quelque chose de mal ? »

« Salope ! »

« Comment oses-tu me traiter de salope ! »

L’enfer se déchaîna devant Isaac alors que les injures et les moqueries fustigeaient.  Il n’y avait pas de réelle violence physique, mais Les filles se bousculaient dans l’espoir de passer commande avant les autres.

« Voilà pourquoi je ne voulais pas venir. »

Les étudiants voyaient en Isaac un marchand et, à ce titre, se permettaient parfois de faire des demandes scandaleuses. C’est pour cette raison qu’il préférait envoyer Reisha et Kunette.

Une fois que suffisamment d’élèves s’étaient rassemblés, Isaac toussa et commença à parler.

« Ecoutez-moi ! Je vais dès maintenant commencer la vente aux enchères. »

« Une enchère ? »

L’annonce d’Isaac provoqua la confusion chez les étudiants.

« Les règles sont simples : le nombre de participants maximum est de quatre personnes. Comme il est ennuyeux de vendre les billets individuellement, je vais tous les donner aux plus offrants et cette personne est libre de les partager ou non. Vous pouvez participer seul ou former une équipe. Mais ! Ceux qui auront déjà participé une fois ne peuvent pas participer à nouveau pour les deux prochains mois. C’est pour permettre aux autres d’avoir une chance en raison de la forte demande, alors veuillez comprendre. »

« Attendez. Faire une vente aux enchères tout d’un coup est une chose, mais quel est le produit que vous mettez aux enchères ? Est-ce vraiment quelque chose qui vaut notre temps ? »

Isaac hocha la tête avec confiance à la question de la fille.

« Sans nul doute ! J’ai l’intention de commencer dans dix jours, mais la vente aux enchères aura lieu une fois par semaine parce qu’il serait trop difficile de le faire tous les jours. »

« Qu’est-ce que vous vendez ? »

« C’est un billet pour une partie de thé. »

« Haa ? »

Isaac pouvait pratiquement lire l’incompréhension de la plupart des filles simplement dans leur regard. Après tout, qui achèterait un billet pour une partie de thé alors qu’il est difficile d’avoir le moindre temps libre ? Seuls deux raisons pouvaient intéresser ces élèves et les pousser à participer à une partie de thé, la première était de créer un réseau de connexion et la seconde était de faire une pause dans leurs études, s’encourager les uns les autres et se plaindre ensemble des professeurs qu’ils redoutaient.

Malgré ça, quelques étudiantes comprirent ce que sous-entendait Isaac et firent leur offre.

« 30 Gigas ! »

« 70 Gigas ! »

« 100 Gigas ! »

Les 3 élèvent avaient crié presque au même moment, Isaac pointa donc du doigt la fille qui fit la plus haute offre et la félicita.

« Vendu pour 100 Gigas ! Compte tenu du délai de dix jours jusqu’à la première partie de thé, la prochaine vente aux enchères aura lieu dans une quinzaine de jours. Ceux qui souhaitent participer la prochaine fois devraient venir préparés ! »

Les perdants de la vente aux enchères claquèrent leur langue dans la déception alors que la gagnante sautillait dans la joie. Ceux qui n’avaient pas compris l’opportunité qui s’était présentée à eux saisirent enfin l’importance de la situation en entendant la gagnante cria de joie.

« Kyaa! Je vais boire le thé avec Mademoiselle Rivelia ! »

Les filles se rappelèrent finalement pourquoi elles ne pouvaient pas donner leurs commandes. C’était à cause de Rivelia, qui se faisait accompagner de Reisha et Kunette lors de parties de thé. Quelques élèves venant de familles nobles de l’empire avaient bien tenté de s’interposer, mais tous se ravisèrent après avoir fait face au regard de Rivelia.

Compte tenu de sa réputation et de sa future influence, lui tenir tête était de la folie. Ceci dit, chacune d’entre elles serait prête à tout pour nouer des liens avec elle, et ce même si elle devait y mettre le prix. Compte tenu du retour potentiel à pouvoir espérer profiter de l’influence de Rivelia, c’était une opportunité qui ne se présenterait qu’une fois dans leur vie.

« Ah ! J’ai aussi entendu dire qu’il y a une fille de la province de Lublé. Êtes-vous ici par hasard ? »

Une jeune fille leva timidement la main. La province de Lublé était célèbre pour ses poteries, et ses artisans étaient largement reconnus comme étant les meilleurs de tout l’Empire.

« Je suis Chainy von Lublé. Pourquoi me demandez-vous ? »

« Mademoiselle Chainy, Lady Rivelia, s’est plainte des tasses du campus et aimerait utiliser le Lublanc Sky pour son thé. »

« V, vraiment ?! »

Les yeux de Chainy brillaient. Être les meilleurs ne suffisaient pas à faire taire la concurrence et nombreux étaient envieux de ce titre. Pour le garder, les artisans de la province de Lublé mettaient un point d’honneur à toujours se surpasser. Si Rivelia venait à utiliser leur produit, cela musèlerais leurs rivaux pour un bon moment.

« Si vous êtes prête à lui faire don d’un ensemble Lublanc Sky, je ferai une exception et vous permettrai de participer à une partie de thé quand vous le voudrez gratuitement. »

« Comptez sur moi ! Je vais contacter ma famille tout de suite ! »

Malgré le faible rendement de production, la famille Chainy gardait toujours une réserve pour de telles occasions.

« Ah, de plus, Mademoiselle Rivelia se plaignait que les feuilles de thé disponibles sur le campus n’étaient pas faciles à apprécier. Je suis sûr qu’elle sera très heureuse si vous pouvez lui procurer des feuilles du thé de meilleure qualité. Je déduirai le coût et les frais de transport des feuilles de thé du prix du montant final de la vente aux enchères. Bien sûr, si la valeur des feuilles de thé était plus haute que la vente aux enchères, ce serait gratuit. Qu’en pensez-vous ? »

« …»

Il n’y avait pas de doutes à avoir et Isaac le savait.

« Revenez demain ! Non, ce soir ! Je vais contacter ma famille et commander les feuilles de thé tout de suite ! »

« Ma famille est originaire de la province d’Effrin, l’une des trois principales provinces pour ce qui est de la production de thé noir ! Je peux me procurer les feuilles de thé de la plus haute qualité en un instant ! »

« A-t-elle parlé d’autres ensembles de thé ? Ma famille possède aussi de nombreux produits qui n’ont rien à envier au Lublanc Sky ! »

« Vous ne pouvez pas oublier les collations pour accompagner le thé ! Mon oncle est un chef cuisinier et réalise les pâtisseries consommées par la famille royale ! »

Les élèves commencèrent à former des groupes et à discuter des collations qui conviendraient le mieux au thé. Isaac regarda tout cela calmement.

« Je me demande si elle est ignorante ou simplement innocente … »

Rivelia savait qu’Isaac n’avait ni les moyens ni même l’influence nécessaire pour obtenir ces produits, mais c’était le campus. Isaac n’a jamais envisagé d’acheter ces marchandises avec son argent. Il devait forcément y avoir au moins une ou deux personnes venant de fameuses provinces.

Il était clairement évident qu’ils seraient prêts à apporter des caisses des spécialités de leur famille juste pour attirer l’attention de Rivelia. Et même si leur famille n’avait aucun rôle dans la production de ces marchandises, il ne faisait aucun doute que ces étudiants seraient prêts à utiliser leur propre argent pour se procurer tous les produits qui pourraient les aider à attirer l’attention de Rivelia. Tout ce qu’Isaac avait à faire était de les récupérer auprès de Gonzales quand il débarquerait au port.

« Je vois déjà l’argent couler à flot dans mes poches. Décidément, cette fille est une vraie poule aux œufs d’or. »

**

Rivelia se tenait seule dans l’arène de duel du Campus. Elle exécutait ses techniques comme elle l’avait déjà fait des dizaines de milliers de fois et son corps bougeait instinctivement, ses techniques gravées dans ses muscles.

Le sabre est honnête – contrairement aux lâches et aux cupides, qui loueraient sa beauté et sa famille et prétendraient qu’ils sacrifieraient tout pour elle. Rien de tout ça ne comptait pour le moment. Elle aimait l’épée car elle ne répond qu’à ses efforts et s’entraîner lui permettait de se vider son esprit.

Mais cette fois, plutôt que de la joie, elle exécutait ses techniques violement, bouillante d’une colère indescriptible.

Isaac, ce bâtard !

Le simple fait de penser à lui l’enragea encore plus.

Du jour au lendemain, il avait amené un groupe d’étudiants qui lui « tiendrai compagnie », rendant officiel sa partie de thé, et elle n’avait aucun moyen de les refuser. C’était hors de son contrôle. Si elle venait à le nier maintenant, ce serait à elle de faire face à la déception des étudiants.

Sa poigne se resserrai quand elle imaginait Isaac ricaner alors qu’il comptait tout l’argent qu’il gagnait. Elle se rappelait ensuite ce que les filles lui avaient dit en buvant le thé avec elle.

« C’est un honneur pour moi de me joindre à vous. »

« Ha ! Vous êtes comme les autres. Vous ne vous intéressez à moi que pour le pouvoir que ma famille détient. »

« Saviez-vous que l’on dit que vous avez beaucoup changé depuis que vous avez rencontré Isaac ? »

« Changé ? Moi ? »

« Quand nous vous avons vue pour la première fois, vous aviez ce regard froid qui vous donnait une aura inapprochable. À l’époque, nous devions faire preuve de courage pour vous regarder dans les yeux. »

« C’est exact. Parce que c’est ce que je voulais. »

« Lady Rivelia, vous étiez… très difficile à approcher. Nous vous respections, mais nous ne voulions pas vous connaître en tant que personne. Vous sembliez vivre dans un monde différent que nous. »

« Je suis la seule héritière du titre de duchesse Pendleton. Je dois agir d’une manière qui correspond à mon statut. Si c’est pour l’honneur de ma famille, je peux volontiers me passe d’amies. »

« Mais maintenant vous êtes… comment dire, encore difficile à approcher, mais vous n’êtes pas aussi effrayante qu’avant. »

« Ne me faites pas rire. Utiliser le pouvoir de ma famille pour votre propre profit est la seule chose qui vous pousse à me parler. »

« En vérité, j’avais l’intention de quitter le campus, mais le fait de vous voir évoluer m’a permis d’acquérir le courage nécessaire pour m’améliorer. »

« Ne mentez pas ! J’en ai assez de ces éloges creux ! »

– Etes-vous incapable d’accepter ces louanges avec le sourire ? Qu’est-ce qui vous gêne ? –

« Non ! »

Rivelia nia fortement ce que l’image d’Isaac lui avait dit.

– Isaac ! Je donnerai tout pour frapper son visage ! –

Swish !

Rivelia libéra son mana dans un puissant coup d’épée comme pour libérer sa rage. Le mana spectral dansait dans toutes les directions et infligeait des rainures sur le carrelage de l’arène.

– Vous vous compliquez la vie inutilement. –

« Vous n’avez pas de leçon à me donner sur ma façon de mener ma vie ! »

Tandis que l’image d’Isaac la regardait avec des yeux compatissants, Rivelia criait dans son esprit.

– Qu’en savez-vous ! Comment osez-vous regarder de haut tout ce que j’ai traversé ? J’ai rejeté la sécurité et le luxe que ma famille offrait et j’ai prouvé ma valeur avec mon épée ! »

– Est-ce amusant de vivre ainsi ? –

« Ne me faites pas rire ! Je me fiche du regard des autres ! Je suis Rivelia Pendleton ! Cela peut sembler stupide pour un homme paresseux comme vous, mais je suivrai mon propre chemin ! »

Rivelia mit toute sa force en se penchant vers l’image d’Isaac avec son épée.

Slash !

Rivelia trancha l’image d’Isaac de son épée, mais Rivelia utilisa le momentum pour refaire une autre frappe.

Clang !

L’épée de Rivelia s’arrêta en heurtant quelque chose, et l’image d’Isaac se brisa comme du verre. À sa place était quelqu’un qu’elle ne s’attendait pas à voir.

« M, maître ? »

« Calmez-vous et regardez autour de vous. »

Rivelia écouta les paroles de son maître et regarda autour d’elle et se rendit compte de l’état de l’arène. Celle-ci semblait voir traversé une bataille intense et les étudiants du Campus s’étaient réunis sur les gradins, regardant avec étonnement et incrédulité la puissance de Rivelia.

« Atteindre le rang de Maître à ton âge. Huhu, tu es vraiment la Reine de l’Épée. »

« … Maître ? Moi ? »

Rivelia murmura doucement et regarda ses mains, l’une tenant fermement son épée. Elle se sentirait normalement épuisée après avoir pratiqué aussi intensément mais étrangement, elle sentait la force déborder en elle. Le mana semblait remplir tout son corps et le monde lui semblait différent, comme si tous ses sens s’étaient soudainement aiguisés. Elle fut également frappée d’une envie irrésistible de dormir.

« Repose-toi mon enfant. Quand on atteint le rang de Maître, le corps exige un profond sommeil pour s’ajuster à cette nouvelle force. »

Les paroles de son maître firent immédiatement disparaître tout doute dans l’esprit de Rivelia et lui permirent de se laisser porter par le sommeil. Étrangement, ce n’était pas l’accomplissement d’atteindre le rang de maître, ou les louange de son maître habituellement si strict qui la fit sourire. C’était l’anticipation de voir le visage suffisant d’Isaac s’effondrer.

**

La renommée des parties de thé de Rivelia était inégalée, ainsi, Isaac put s’asseoir sur un tas d’argent. Mais Isaac ne s’était pas contenté de faire le plus d’argent possible. Il avait donné une « chance équitable » à tout le monde de participer à la vente aux enchères, en distribuant gratuitement des billets aux élèves roturiers. Peu importe de quelle famille ils venaient, ils étaient presque assurés de devenir ses supérieurs une fois diplômés, et Isaac estimait que ce serait une bonne idée de les avoir comme amis si possible. De plus, le rassemblement des filles motiva les étudiants masculins à vouloir eux aussi obtenir une place dans l’espoir de faire quelques progrès dans leur vie romantique. La vente aux enchères avait tellement pris d’ampleur que ce qui était à l’origine une opportunité de se lier d’amitié avec Rivelia était devenu un véritable rassemblement pour les étudiants.

À cause de ça … Rivelia, la fleur intouchable, n’était désormais qu’une « décoration » de la partie de thé, ce qui lui permis de quitter les parties de thé sans que cela ne paraisse rude. Cela causa un effet papillon et, alors qu’il ne restait à Isaac qu’un an au campus, les parties de thé devinrent hors de contrôle pour Isaac.

Rivelia ne participant quasiment plus aux parties de thé d’Isaac, plus personne n’était intéressé à y participer. Les élèves commencèrent tout simplement à créer leurs propres parties de thé, libres de l’influence d’Isaac.

Isaac se sentait un peu à l’écart, mais cela ne le dérangeait plus trop. Cela signifiait simplement que sa vie était redevenue tranquille.

De son côté Rivelia, ayant atteint le rang de Maître de l’Épée, reçut le titre de Reine de l’Épée, rendant son nom célèbre à travers l’Empire, mais pour Isaac ce n’était pas de ses affaires.

Isaac avait recueilli autant d’informations que possible pour trouver l’endroit le plus approprié pour vivre ses jours en paix. La plupart considèrerait qu’être envoyé à l’endroit qu’il avait trouvé était un exil, mais c’était une question de perspectives. Il avait d’ailleurs appris un fait très étrange. Quelque chose qu’il ne pouvait pas négliger si simplement.

Tout d’abord, les titres de noblesse donnés aux fonctionnaires n’en avaient que le nom. Leur titre correspondait en fait à l’importance de la position au sein l’Empire. Le titre d’une personne change au fur et à mesure qu’elle gravit la hiérarchie.

L’Empire envoie un fonctionnaire de rang approprié pour chaque région. Après 30 ans sans crimes significatifs ou preuves de corruption, ils sont nommés Seigneur de la région et deviennent alors véritablement nobles.

Les seigneurs de province sont libres de gérer leur territoire comme ils l’entendent. Ils sont libres de changer les lois, le montant des impôts et lever des armées s’ils le veulent.

Ainsi, il arrive que les seigneurs des provinces se livrent bataille pour plus de territoire puisque le rang correspond à la superficie à gérer.

Mais ces guerres sont soumises à des règles. Les armées ne peuvent être composées que de volontaires ou de mercenaires. Il est interdit d’intégrer des conscrits ou de piller les villages de roturiers pour nourrir son armée. Dans le cas d’une bataille de siège, tous les civils doivent d’abord être évacués et les dommages causés par la bataille doivent être réparés et financés entièrement par les vainqueurs de la bataille. Il y avait tellement de règles qu’utiliser le terme « guerre » semblaient risibles aux yeux d’Isaac. Ces règles ont fait de la guerre un sport, et le non-respect de ces règles entraînait des punitions sévères. « Central » était le nom de la puissante organisation d’espionnage chargée de veiller entre autres au respect de ces règles.

Grâce à l’existence de Central, les seigneurs étaient libres de se livrer bataille mais ne pourraient jamais préparer une rébellion sans que l’empire n’en soit au courant. Démarrer une rébellion signifiait faire face à Central. Pour régler les tentatives de rébellion, Central n’hésitait pas à éradiquer une famille entière de noble. Cela permettait de rappeler ce qu’encouraient ceux qui trahissent l’empire.

Un autre fait qui était également intéressant était que toute l’administration de l’Empire considérait l’armée comme sa priorité absolue. Semblablement au service militaire de son ancien monde, tous les citoyens de l’Empire sont entrainés pour rejoindre l’armée en cas d’urgence et cela peu importe leur naissance. Ensuite, chacun est libre de devenir soldat professionnel s’il le souhaite.

Cela fit d’abord sourire Isaac, mais cela l’intriguait en même temps. La Corée du Sud devait se préparer à la guerre à cause de la situation dans laquelle elle se trouvait. Mais qu’en est-il de ce monde ?

Il n’y a qu’une seule nation connue dans ce monde et c’est l’Empire. Ce dernier s’assure d’éviter la moindre guerre civile grâce à l’efficacité de son administration et de Central. Cela signifiait que les guerres entre Seigneurs étaient une forme de formation militaire en conditions réelles. C’est ce qui avait fait tiquer Isaac. L’Empire avait été fondé il y a 300 ans, mais cette administration n’a jamais changé.

Quel est l’ennemi contre lequel l’Empire se prépare ?

« Allez-vous faire foutre, merde. Ce n’est pas comme si j’allais me porter volontaire pour ces guerres de toute façon. »

Isaac en avait assez des guerres. Il ne comptait pas dévier de son objectif. Peu importe les stratagèmes et les intrigues politiques, il allait trouver un village tranquille et mener une vie paisible.

**

« C’est inacceptable ! »

Slam !

Rivelia venaient de graver ses empreintes sur le bureau de Corduroy une fois de plus, poussant ce dernier à faire claquer sa langue, mécontent qu’il doive changer de bureau une nouvelle fois. Rivelia ne se souciait gère de ses manières rebelles et continuait à toiser le regard de Corduroy.

Cette colère était tout à fait compréhensible, non seulement pour Rivelia, mais pour tous les étudiants de l’Université. Après avoir atteint le grade de Maître de l’épée, elle a mis toutes ses forces pour remonter ses notes qu’elle avait négligées pendant son entraînement. Elle a miraculeusement relevé ses notes assez pour qu’elle puisse tenir sa promesse de ne pas devenir Hubae d’Isaac.

Ainsi, elle avait eu son diplôme la même année qu’Isaac. Cependant, en raison de la nature du Campus, les étudiants doivent faire preuve de respect envers leurs ainés, et ce même s’ils obtiennent leur diplôme la même année.

Mais que faire si cette personne n’était pas seulement de la même année qu’elle, mais diplômée de l’Université ainsi ? Même Corduroy avait du mal à accepter ça.

« Répondez-moi ! »

Si Rivelia n’obtenait pas de réponse raisonnable à ce moment, elle serait prête à lancer une grève sur une échelle qui n’avait jamais été observée, impliquant non seulement les étudiants, mais aussi ceux qui ont déjà obtenu leur diplôme. C’était un problème sachant que les diplômés de l’université obtenaient souvent des positions de grande importance dans l’empire.

« Ahem… c’est à cause des règles. »

« Qu’entendez-vous par là ? »

« Comme vous le savez, toutes les écoles du campus ont déjà rejeté l’inscription d’Isaac. »

« Tout le monde le sait, qu’essayez-vous de me dire ? »

« À cause de son caractère obligatoire, tout le monde l’a oublié, mais il est nécessaire d’être inscrit dans une école du campus pour être diplômé. »

« Et aucune des écoles du campus ne peut l’accepter ? »

« Après l’avoir déjà rejeté, non. Il n’y a qu’un seul endroit où Isaac n’a pas envoyé de formulaire d’inscription, ce qui en fait sa seule solution. »

« L’Université est la seule solution !? L’Université n’est-elle pas supposée être indépendante du campus ?!»

« L’Université n’a aucune raison de refuser l’inscription d’un étudiant aussi distingué qu’Isaac. »

– Mais ce n’est pas un étudiant distingué ! –

Rivelia voulait hurler à plein poumons ce qu’elle pensait d’Isaac. Essayer de rattraper ses notes avait été encore plus difficile que son entraînement pour devenir Maître de l’épée. Être diplômée de l’Université en trois ans était une réalisation qui fermerait la bouche de tous ceux qui la ridiculisaient à la maison en clamant que la richesse de sa famille était la seule raison pour laquelle elle avait pu entrer sur le campus.

Mais Isaac allait obtenir le même diplôme après avoir flâné pendant cinq ans ! Il était évident que tous les étudiants s’opposeraient à une telle décision.

« Même si je voulais essayer, je ne pourrais pas convaincre tous les autres élèves. Dans le pire des cas, cela pourrait devenir un désastre. Comment allez-vous vous y prendre ? »

Tout ce qu’elle disait était vrai. Plus que Rivelia, ce sont les étudiants ordinaires qui se sentiraient le plus découragés par cette décision.

Corduroy fronça les sourcils quand Rivelia présenta son argument.

« Pourquoi les élèves se rebelleraient-ils contre cette décision ? »

« Pourquoi ne le feraient-ils pas ? Nous parlons de l’Université ! L’école dans laquelle tous les élèves rêvent d’entrer ! Isaac ne mérite pas ce diplôme et vous le savez ! »

« Il est vrai que ce titre est un grand honneur. Mais vous dites qu’Isaac prend ce titre sans avoir fourni le moindre effort ? »

« Oui ! C’est exactement ce que j’essaie de dire ! »

« Ha, s’ils ont un cerveau, ils auraient pitié de lui plutôt que d’être révoltés par cela. »

« Pitié de lui ? »

« Le fait de terminer ses études sur le campus est déjà un honneur trop grand pour Isaac. Mais l’Université ? Selon vous, qui le verra comme diplômé de l’Université ? Pensez-vous vraiment que ceux qui ont obtenu leur diplôme de l’Université réussissent seulement parce que leur nom est inscrit dans notre registre ? »

« …»

« L’Université n’est que le début. Pourquoi ne demandez-vous pas à l’un de nos diplômés, si la vie à l’Université était plus simple que le reste de leur vie ? Les diplômés de l’Université sont peut-être sur une meilleure ligne de départ, mais cela signifie également qu’ils reçoivent tout autant de harcèlement de la part des autres. Ceux qui ont été diplômés d’autres institutions que le Campus ou l’Université sont rabaissés en raison de la renommée que nous détenons. Pour cette raison, ils en viennent souvent à voir le fait de dépasser l’un de nos élèves comme leur plus grand moment de gloire. Pensez-vous qu’ils laisseront Isaac tranquille ? »

« Il a répété à mainte reprise à tout le monde vouloir devenir simple administrateur d’un village reculé. »

« Encore mieux. Il sera oublié de tout le monde quand il pourrira. Sauf que les choses ne se passeront pas si facilement pour lui. »

« Qu’est-ce que vous voulez dire ? »

« Kainen, qui a obtenu son diplôme l’an dernier, travaille maintenant au bureau du personnel de l’Empire. »

« … »

Kainen, demi-frère d’Isaac et héritier idéal de la famille Rondart, avait été classé chevalier de 1ère classe parce qu’il ne pouvait pas recevoir le titre de baron. Les emplois offerts aux chevaliers et aux nobles sont très différents. En se débarrassant d’Isaac, il pourrait instantanément obtenir le titre de baron et voir sa carrière décoller.

« Les diplômés du Campus sont libres de choisir leur propre emploi, mais vous savez que les diplômés du l’Université doivent travailler pour l’Empire pendant 10 ans après avoir obtenu leur diplôme. »

« Même si Kainen est au Bureau du personnel, il n’a pas le pouvoir de choisir où un diplômé de l’Université sera transféré. »

« Vous oubliez que la mère de Kainen est la fille du comte Milros. »

Il y a de nombreuses factions au sein de l’Empire, et la Famille Milros appartenait à l’une des factions les plus puissantes au sein de l’Empire. Ils avaient acquis une telle position en utilisant leur influence pour contrôler la majorité du Bureau du personnel de l’Empire. La plupart des personnes les plus haut placées au Bureau du personnel étaient soit liées à la famille Milros, soit fortement redevable à cette dernière. C’est pour ça que Kainen y travaillait.

Kainen et le comte Milros feraient n’importe quoi pour envoyer Isaac dans un piège mortel plutôt que de le voir vivre paisiblement dans un village rural.

« N’est-ce pas un traitement trop sévère ? »

Elle ne se serait pas sentie si mal si Isaac avait au moins les moyens de se défendre contre cela. Même elle commençait à s’inquiéter de l’avenir d’Isaac malgré tout ce qu’elle avait traversé à cause de lui. Peut-être que même ces échecs sont devenus de bons souvenirs pour elle.

« Même si Kainen ne s’en mêle pas, Isaac n’obtiendra jamais l’emploi qu’il voulait dans le village rural de ses rêves. »

« Et pourquoi ? Ne vaudrait-il pas mieux que tout le monde l’oublie comme vous l’avez dit ? »

« Vous découvrirez surement la raison plus tard, même si vous ne le vouliez pas. Vous devriez simplement faire de votre mieux pour convaincre les élèves et atténuer leur colère du mieux que vous le pouvez. »

« Pourquoi le devrais-je ? »

« Considérez qu’il s’agit de votre dernier travail en tant que présidente du Conseil étudiant. Si vous incluez mon explication dans votre discours, ils se plaindront peut-être, mais cela n’ira pas plus loin. Ils seront heureux de savoir qu’Isaac reprendra un travail dont personne ne voudrait.

Si tout le monde évitait un certain poste, cela voudrait dire qu’il manque toujours de personnel pour ce dernier. Ainsi, le fait d’être assigné à ce type de poste est considéré comme une rétrogradation. Le pire, c’est qu’il n’y avait aucun moyen pour un diplômé du l’Université de refuser son premier poste.

« Je vais voir ce que je peux faire. »

« La remise du diplôme à Isaac est un secret qui doit ne pas s’ébruiter. »

« Vous voulez minimiser le chaos autant que possible. »

« Je n’aimerais pas que les choses deviennent bruyantes. »

« C’est entendu. »

« Attendez. Convaincre les étudiants risque d’être difficile, cela mérite donc une récompense. Vous pouvez considérer cela comme votre cadeau de fin d’études. »

« Qu’est-ce que c’est ? »

Corduroy sortit un document de son bureau et le remit à Rivelia. Après avoir feuilleté le document, les yeux de Rivelia s’écarquillèrent d’étonnement.

Après que Rivelia ait quitté son bureau, une des étagères sur les murs glissa sur le côté et un homme d’âge moyen entra dans la pièce. Corduroy remarqua le papier qu’il tenait et parla.

« Est-ce le dernier rapport ? »

« Oui. Il s’agit du rapport final sur la cible de surveillance 728 au campus. »

Rapport final sur la cible de surveillance 728

Niveau de surveillance 4

Après avoir surveillé la cible à l’intérieur du campus, il est probable qu’il ne soit pas un envahisseur de type 3, mais un envahisseur de type 4. S’il est de type 4, son savoir pourrait se révéler utile à l’empire. Afin de confirmer cette conclusion, il a été décidé qu’il devait être davantage surveillé dans des circonstances plus extrêmes pour observer ses réactions en situations réelles. Ainsi, son niveau de surveillance est relevé au niveau 2.

« Type 4… Je suppose que la publicité et l’utilisation de mascottes n’étaient pas des techniques de commerce censées se développer si inconsidérément tôt. Je comprends maintenant pourquoi ils veulent voir de quoi il est capable. »

« Approuvez-vous le rapport ? »

« Oui. Procédez à l’augmentation du niveau de surveillance d’Isaac, mais seulement d’un. Même si nous avons réussi à résoudre notre problème de main-d’œuvre, il s’agit toujours d’un groupe de recrues sans la moindre expérience. »

« Mais nous devons utiliser un observateur proche pour suivre une cible de niveau 3, monsieur. »

« Ne vous inquiétez pas de ça. »

« Oui, monsieur. »

L’homme d’âge moyen disparut par le même passage qu’il avait utilisé pour entrer, laissant Corduroy regardant la fenêtre. Il pouvait voir Rivelia donner son discours alors que les étudiants se rassemblaient autour d’elle. Il vit les étudiants hocher de la tête en accord avec elle tandis que les plus rebelles furent rapidement intimidés par le charisme de Rivelia.

« On ne peut profiter de l’honneur et du prestige qui accompagnent les diplômés l’Université qu’en surmontant un obstacle après l’autre… »

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2 thoughts on “Isaac – Chapitre 24

  1. Merci pour la traduction
    Y a une suite ou le ln est abandonner ? Y a pas eu d’autre chapitre depuis pluzieurs mois.

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