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NORDEN – Chapitre 115

Chapitre 115 -Complicité

Alexander était en train d’écrire lorsque Désirée entra, un plateau en argent dans les mains sur lequel une tasse de thé fumante était disposée. Elle le posa sur son bureau et, dans son amabilité habituelle, passa délicatement sa main sur l’épaule de son maître. Elle rapprocha sa tête de la sienne, allant jusqu’à sentir son souffle et regarda ce qu’il écrivait avec un vif intérêt. L’écriture du maître était belle et lisible, une plume souple, légère, identique à celle des gens instruits.

La pièce était plongée dans la semi-pénombre où seul le halo pâle de la flammèche rougeoyante d’un chandelier éclairait le bureau. Aucun bruit n’était perceptible hormis le léger tintement de l’horloge et les grattements de la pointe de la plume contre le papier.

— Tu n’as rien de mieux à faire, fouineuse ? fit-il, mesquin, en la dévisageant du coin de l’œil.

Elle pouffa puis lui chuchota à l’oreille.

— Je viens de finir mon service, mon cher monsieur. Je voulais savoir si tu allais mieux. Tu n’as pas dit grand-chose de la soirée alors j’avais peur que ton père t’ait encore molesté.

— Je vais bien, ne t’en fais pas, la rassura-t-il en posant son porte-plume.

Il se leva, se dressa devant elle et l’embrassa langoureusement. La jeune femme épousa son mouvement et vint se lover contre lui, avide de caresses.

— Toi en revanche tu m’as manqué, ajouta-t-il tout en la pressant contre lui, plaquant fermement son bassin contre le sien.

Il fit pianoter ses doigts le long de sa taille, descendant progressivement jusqu’au bas de ses cuisses, et les engouffra sous sa robe noire afin de les glisser contre sa chair, la palpant tendrement. À ce geste, devenu coutumier depuis près de sept mois, il sentit le désir poindre en lui.

Il la contempla, plongeant ses yeux sombres particulièrement brillants dans les siens, un sourire esquissé en coin.

Désirée émit un pouffement et fit pianoter nonchalamment ses doigts sur sa chemise, déboutonnant avec grâce et mesure chacun de ses boutons.

— Tu crois que c’est raisonnable ? demanda-t-elle, les yeux rieurs. Je t’ai croisé tout à l’heure à Iriden alors que je faisais les courses avec maman et j’ai vu que tu étais une nouvelle fois en très belle compagnie.

— Ma petite servante aranoréenne serait-elle jalouse de la noble et merveilleuse marquise Laurianne von Dorff ? lança-t-il après un petit rire.

— Pas du tout ! objecta-t-elle en faisant mine d’être offusquée. Je sais très bien à quoi je dois m’en tenir avec toi.

Une fois sa veste ôtée, le jeune homme commença à la déshabiller, grisé par son parfum floral aux notes de rose et par sa silhouette charnue qui n’appelait qu’à être étreinte. Les attaches de sa robe ôtées et le laçage du tablier délié, il laissa choir l’étoffe qui retomba en cascade sur le sol, dévoilant son corps tant convoité.

— C’est plutôt pour elle que je m’inquiète, gloussa-t-elle en se frottant à lui avec une indécente désinvolture. De savoir ô combien monsieur le Baron se joue d’elle en s’acoquinant le soir venu avec une simple domestique.

Elle l’entoura de ses deux bras, se suspendit à son cou et bascula son bassin vers l’avant, effleurant d’un mouvement subtil la masse de son bas ventre. La tête lovée contre sa nuque et soupirant d’aise, elle fit onduler ses hanches afin de l’émoustiller davantage.

— Hélas, je n’ai pas trouvé de partenaire qui puisse s’adonner avec autant de passion à ce jeu-là que toi, ma chère.

Enivré de désir, il lui agrippa la nuque et plaqua ses lèvres contre les siennes avant de glisser ses doigts sur chaque parcelle de son dos, la retenant au plus près, à son contact. Puis il enfonça sa main contre la chair tendre de sa fesse et laissa échapper un petit rire.

— Les aranéennes sont tellement insipides, susurra-t-il de sa voix suave, elles passent leur temps à faire des manières… alors qu’avec toi tout est si simple.

— Quel si beau compliment, monsieur ! minauda-t-elle en glissant sa main sous son pantalon afin d’empoigner son sexe et de le masser avec douceur. J’ose espérer que je puisse en détrôner quelques-unes sur ce terrain-là.

— Il est pourtant fichtrement sincère ! lança-t-il après un soupir de désir. Tu es la reine en la matière !

Il approcha sa tête et lui chuchota quelques mots à l’oreille qu’il parvenait difficilement à articuler sous le coup du plaisir que lui procuraient ses gestes habiles.

— Puis-je te demander de faire quelque chose pour moi ?

— Que veux-tu ? souffla-t-elle en enfouissant davantage sa tête dans son cou.

Dans son élan, il lui mordilla l’oreille :

— Je voudrais tester une nouvelle position avec toi.

— Essaie toujours, murmura-t-elle en le couvrant de baisers, ressentant ses tremblements s’intensifier au fur et à mesure qu’elle pratiquait ses massages sensuels le long de son membre alerte qu’elle connaissait si bien.

— Pourrais-tu te mettre à quatre pattes devant moi et aboyer lorsque je serai derrière toi pour te prendre par un chemin que je n’ai jusqu’ici jamais eu l’honneur d’explorer ? demanda-t-il posément. J’aimerais t’entendre gémir de la sorte.

Désirée, surprise, arrêta son geste et se détacha de lui. Puis elle détourna le regard et se mordit la lèvre, gênée.

— Qu’y a-t-il ? s’enquit-il, intrigué par sa confusion.

— C’est que… commença-t-elle timidement, c’est un peu dégradant ce que tu me demandes là, non ?

Voulant la rassurer, il fit un pas vers elle et lui prit la main afin de la presser dans la sienne. Puis il posa l’autre sur sa joue et la caressa avec douceur.

— Ma chère Désirée, murmura-t-il, crois-tu vraiment, au vu de toute l’admiration que je te porte, que je fasse ça uniquement pour t’humilier ?

Silencieuse, elle haussa les épaules, la mine renfrognée.

Il glissa sa main sous son menton et lui redressa la tête afin qu’elle le contemple. Puis il la gratifia d’un sourire chaleureux qu’il ne pouvait offrir qu’à elle seule. Lentement, il porta la main de sa partenaire à sa bouche et y déposa un baiser.

— Tu es bien la seule à qui je peux demander pareille chose sans risquer d’être pris pour un détraqué. Car je sais que tu ne me jugeras jamais là-dessus.

— Peut-être… fit-elle, songeuse.

— Et puis, ricana-t-il, il n’y a rien de dégradant à voir une jolie petite chienne aboyer lorsqu’elle reçoit les tendresses de son adorable maître, non ?

— M’appelle pas comme ça ! rétorqua-t-elle, vivement après un pouffement. J’ai horreur quand tu uses de mon animal-totem pour me désigner.

— Tu préférais quand je t’appelais ma levrette ?

À ce souvenir, elle pouffa à nouveau tandis qu’il lui embrassait la main, remontant progressivement le long de son bras.

— Et si jamais tu exiges une contrepartie pour cela, poursuivit-il, alors je veux bien te promettre en retour d’exercer quelque chose que tu souhaites. Je t’en donne ma parole.

Elle laissa échapper un petit rire et le regarda avec un certain amusement.

— Tout ce que je souhaite ? demanda-t-elle, mesquine.

Il lui adressa un sourire charmeur. Le jeune homme était devenu fort attirant depuis ces derniers mois ; ayant quitté définitivement les traits brouillons et ingrats de la jeunesse pour acquérir un visage plus masculin et une silhouette plus virile. Sa carrure s’était étoffée, ses épaules solides affinaient sa taille élancée et son visage, jadis éternellement triste, avait repris une étincelle de vie et de gaîté, que personne, il y a deux ans à peine, n’aurait pu penser lui voir.

Il était devenu, selon les dires des demoiselles, incroyablement séduisant, dégageant une prestance à l’instar de son cher ami Léandre. Son visage anciennement crispé avait à présent les traits détendus et ses yeux marron sombre étaient quotidiennement éclatants. Ses longs cheveux noir ébène, d’ordinaire ternes, étaient redevenus lisses et soyeux. Il soignait son apparence, pesait chacun de ses mots et mesurait le moindre de ses gestes lorsqu’il était en société.

Auprès de Désirée, il avait regagné confiance en lui, s’appuyant sur elle afin qu’elle l’aide à remonter la pente et qu’il reprenne le contrôle de sa vie meurtrie. Leurs jeux intimes, pratiqués en toute innocence, avaient su lui redonner le goût des plaisirs simples ; la découverte de cette vraie sensualité si longuement refoulée pour l’un comme pour l’autre à l’égard de leurs conditions respectives.

Il était son maître et elle sa domestique. Pourtant, lors de ces instants, à aucun moment il ne semblait user de son statut pour lui soutirer des faveurs ; ils étaient égaux, deux jeunes avides d’attention et d’étreintes. Ces moments si tendres, sans l’ombre d’animosité ou de malaise étaient ce qu’ils chérissaient le plus. Et ils attendaient sagement le soir venu pour s’y adonner en toute discrétion.

Les seules personnes au courant de ces jeux interdits étaient Ambroise, devenu le confident d’Alexander depuis que sa sœur s’acoquinait avec leur jeune maître, et bien sûr, Pieter et Séverine qui suivaient leur manège avec amertume. Ils veillaient au grain, les avertissant lorsque le grand-maître traînait dans les parages ; une pointe de tristesse et d’angoisse dans le regard de peur qu’ils soient un jour démasqués.

Tous étaient cependant heureux que le jeune Baron daigne reprendre sa vie en main et défier de plus en plus son père. Un espoir qu’ils n’auraient jamais espéré tant la folie et la colère d’Ulrich s’aggravait au fil des années.

Son cerveau avait encore décroché de la réalité et il ne vivait à présent que pour sa dose de D.H.P.A. qu’il avait abandonné plus d’un an avant de la consommer de nouveau presque quotidiennement depuis quelques mois. Cruellement en manque, le baron désirait s’échapper de cette réalité impitoyable, qu’il ne supportait plus. L’image d’Ophelia ne cessait de le hanter, de le tourmenter jour et nuit ; une pensée obsédante, pulsionnelle.

— Alors ? Qu’est-ce qui te ferait plaisir ma friponne ? fit le jeune homme après l’avoir embrassé.

Désirée fit la moue et réfléchit. Elle balaya la pièce puis son regard se posa sur la tasse de thé qu’elle venait d’apporter.

— Tout ce que je veux ?

— Tout ce que tu veux, assura-t-il, je peux aller t’offrir un vêtement ou même un bijou si ça te fait plaisir.

— Hum… non, rien de cela, fit-elle joyeusement.

— Dis-moi !

Elle scruta une nouvelle fois la tasse puis, sûre de son choix, annonça d’un ton décidé :

— Je voudrais qu’un jour, peu importe quand, ce soit toi qui m’apportes mon petit déjeuner au lit !

Alexander resta quelques instants immobile, surpris par sa demande, puis rit à son tour.

— Tu es vraiment sérieuse ?

— Oui mon cher maître, dit-elle en se frottant à lui, mais attention, je tiens à ce qu’il y ait un vrai chocolat chaud préparé par tes soins et au moins une viennoiserie !

— Oh, mais que mademoiselle est exigeante ! se moqua-t-il d’une voix grave et suave. Aurait-elle du sang de duchesse dans les veines par hasard ?

— C’est à prendre ou à laisser, minauda-t-elle en plantant ses grands yeux noisette dans ceux de son maître.

— Dans ce cas, c’est d’accord, ma chère !

Il la reprit dans ses bras et la serra contre lui. Puis il plongea sa tête dans ses boucles châtain et prit une grande inspiration, s’imprégnant de son parfum. Il la dépassait d’une tête dorénavant, la dominant aisément en tout point.

— Maintenant, si tu le veux bien, annonça-t-il en lui palpant les seins. Commençons à nous amuser un peu, l’heure défile et les précieuses minutes perdues, le seront à jamais.

Pour toute réponse, elle lui adressa un sourire malicieux et se plia de bonne grâce aux exigences de monsieur.

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