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NORDEN – Chapitre 31

Chapitre 31 – Paranoïa

Ambre sortit de la taverne après son travail ; la journée avait été particulièrement chargée et éprouvante. Par conséquent, elle avait dû rester beaucoup plus longtemps sur place afin de terminer sa tâche.

Le soleil déclinait de plus en plus tôt et il faisait déjà nuit passé dix-neuf heures. La brume gagnait les rues de Varden, relativement calmes le soir depuis quelque temps.

En effet, l’histoire du loup en avait terrifié plus d’un. Les journaux en avaient fait leur une pendant des semaines, ne manquant pas de titres racoleurs ou scandaleux afin de les faire vendre plus facilement.

Ainsi, on pouvait lire en une : « Jeune noréen enlevé, à quand le prochain ? », « La Bête rôde, mais que font les miliciens ? » ou encore par le Légitimiste : « Inédit, Mort du fils du Marquis, ses amis racontent ! ». Les journalistes, en particulier le très sournois monsieur Rafael Muffart, avaient pris soin d’interroger ces messieurs Antonin de Lussac et Théodore von Eyre pour connaître les détails de cette histoire tragique et incroyable.

Comme Anselme l’avait prévu, les deux jeunes marquis avaient raconté une tout autre version des faits et n’avaient nullement mentionné leur acharnement sur lui. Au contraire, ils avaient mis en avant l’énorme cruauté de la louve qui, selon leurs dires, mesurait plus de deux mètres de haut avait les yeux embrasés et dont la gueule bardée de crocs aussi tranchants que les lames d’un couteau semblait cracher des flammes ardentes. Une monstrueuse créature effroyable, impitoyable, avaient-ils insisté.

À présent, des sentinelles de la Garde d’Honneur patrouillaient aux abords des entrées des villes et des battues étaient organisées. Le marquis de Malherbes, furieux de la mort de son unique fils, avait prévu une riche récompense pour quiconque lui ramènerait la bête, morte ou vive.

Ambre marchait tranquillement dans les rues désertes, illuminées par quelques becs de gaz lorsqu’elle aperçut au loin une silhouette familière. C’était Enguerrand. Le jeune scientifique avait l’air étourdi, anxieux et s’avançait dans sa direction sans regarder devant lui, la démarche chancelante et les mains tremblantes.

La jeune femme l’aborda :

— Bonsoir cher Enguerrand, vous allez bien ? Vous me paraissez bien angoissé !

Le jeune homme, éperdu, fut étonné et la regarda avec des yeux ronds, ne s’attendant pas à la croiser sur le chemin.

— Mademoiselle Ambre ? Fit-il avec un mouvement de recul. Que diable faites-vous dehors à une heure si tardive ? Ne savez-vous donc pas que le danger rôde ! Où comptez-vous aller comme ça ? J’espère que vous ne songez pas à rentrer chez vous et traverser la campagne dans ce brouillard intense ?

— C’était pourtant mon intention, répondit-elle interloquée. J’ai fini plus tard que prévu et je n’ai pas vu l’heure passer !

— Mais ma chère ! Rétorqua le jeune homme en lui tenant le bras. Ne rentrez surtout pas chez vous ce soir ! Je vous l’interdis même, c’est dangereux !

— Pourquoi donc ? Fit-elle, agacée, en repoussant son geste. Je n’ai jamais eu de problème particulier à me rendre à mon domicile et je ne vois pas ce que je risquerais.

— Le loup ma chère ! Vous en avez certainement entendu parler, les ragots vont bon train à la taverne pourtant ! Un loup s’attaque aux personnes une fois la nuit tombée. Il y a déjà eu plusieurs disparitions d’enfants, des noréens par malchance, ainsi qu’un noréen adulte… Et deux aranéens ont été tués ! Cette horrible créature n’épargne personne.

Elle fronça les sourcils, dubitative, elle n’avait pas lu les journaux et était trop préoccupée pour écouter les clients.

Décidément, Judith semble en effrayer beaucoup. Je ne vous pas pourquoi elle serait à l’origine de tout ça ! C’était une femme gentille, pourquoi la louve serait-elle différente ? D’autant qu’elle a sauvé Anselme.

Voyant qu’elle ne réagissait pas, il insista :

— Mademoiselle, je vous en prie, venez dormir chez moi ce soir. Je vous laisse volontiers mon lit et dormirais sur le canapé du salon. Mais par pitié ne sortez pas de la ville, c’est vraiment dangereux !

Vous êtes vraiment fatigant parfois Enguerrand. Si je n’étais pas aussi proche de vous et vous connaissais quelque peu je dirais que vous me cachez des choses.

Voyant son insistance, elle accepta de l’accompagner, à contrecœur. Il eut un soupir de soulagement et lui tendit son bras afin de l’amener chez lui. Sur le chemin, Ambre l’observa. Il avait une blessure au niveau du front où un léger filet de sang s’échappait. Elle nota également qu’il avait les bottes boueuses et le bas du pantalon trempé.

— Que vous est-il arrivé ? Demanda-t-elle, inquiète.

— Oh, ça, ce n’est rien…

Sa voix trahissait une hésitation.

— Nous avons été surpris au travail lorsqu’un des animaux qu’Anatole et Philippe étudiaient s’est échappé, un cerf plus précisément, nous avons tous dû sortir pour le récupérer.

— Et votre crâne ? Comment vous êtes-vous fait ça ?

Il passa sa main sur son front, son visage devint blême lorsqu’il remarqua qu’il saignait.

— Oh ! fit-il, j’ai très certainement dû me blesser lorsque je suis tombé. Je ne suis pas très adroit en forêt !

— Vous revenez de la forêt à l’instant ? Demanda-t-elle, à la fois surprise et sceptique. Que faisiez-vous là-bas ?

Le jeune homme fit la moue. Son visage se déforma et il était extrêmement pâle.

— C’est que… commença-t-il, hésitant. Voyez-vous… Il y a ce loup en forêt et j’avais très envie de le voir de plus près. Ma curiosité a été plus forte que tout et je n’ai pas pu résister à l’envie de m’y rendre ; qu’importe le danger. Mais alors que je tentais de me rendre aux abords des bois, un garde m’a interpellé et m’a sermonné de partir. J’ai eu si peur sur l’instant de me faire arrêter, que j’ai couru et me suis cogné… je suis encore un peu hébété, je l’avoue. C’est pour cela que je ne tiens pas à vous voir partir seule dans la campagne. La louve a été aperçue non loin de Varden. Je m’en voudrais si jamais j’apprenais que vous l’aviez croisé en chemin et qu’elle vous avait attaqué. On dit que c’est un loup d’une taille impressionnante, plus grosse qu’un poney. Vous ne feriez clairement pas le poids face à elle.

Ambre, méfiante, ne répondit rien et se contenta de hocher la tête, peu convaincue par cette réponse.

Qu’ai-je à craindre de Judith, franchement.

Ils passèrent sur la grande place d’Iriden. La brume se dissipait vers les hauteurs de la ville et les lampadaires, dont les flammes ardentes ondoyaient vivement, éclairaient davantage la chaussée pavée, provoquant d’immenses taches d’ombre sur les façades recouvertes d’affiches de loup, qui semblaient s’agiter et prendre vie.

La ville était plongée dans un calme absolu où seul le bruit du vent demeurait. Celui-ci s’engouffrait tel un serpent à travers les bâtisses, poussant des cris stridents à la manière de hurlements de gens que l’on égorge.

Quelques chiens et chats errants envahissaient les rues, se bagarrant entre eux afin de protéger leur territoire, ou un maigre morceau de viande gisant au sol, ou cherchant simplement à imposer leur dominance.

Ils arrivèrent devant chez lui et le scientifique leur ouvrit.

Il l’installa à l’étage et s’assura qu’elle ne manqua de rien.

— Vous ne voulez pas que je vous aide à vous soigner ? Je ne suis pas si fatiguée, vous savez !

— Ne vous inquiétez pas pour moi, répondit-il à la hâte. Je peux me débrouiller tout seul. Tâchez donc de dormir, les draps sont propres et je les ai changés il y a peu. Et si vous avez soif ou une envie pressante, sachez que la salle d’eau est juste à votre droite, enfin, vous connaissez bien maintenant.

La jeune femme acquiesça. Elle trouvait le comportement d’Enguerrand étrange, mais mis ça sur le coup de l’émotion. Elle alla dans la salle d’eau où elle se passa un rapide coup au visage et but quelques gorgées. Puis elle retourna dans la chambre, se déshabilla et s’engouffra entre les couvertures.

Le lit était moelleux, chaud et confortable. La literie était de bonne facture et sentait bon la lessive. La sensation de cette douceur contre sa peau la rendait cotonneuse et l’apaisa.

N’empêche, si ce n’est pas la louve qui enlève ces enfants, de qui pourrait-il s’agir ? Est-ce qu’Enguerrand serait sur leur piste en tentant de suivre ces pas ? Il serait dangereux pour lui de faire ça. Il n’est pas noréen, elle pourrait le tuer si jamais elle le voyait. Je me demande si je devrais lui dire qu’elle n’est pas dangereuse et lui dévoiler son identité, mais j’ai peur qu’Anselme ait des problèmes suite à ça. Après tout, il y a plein de choses que j’ignore sur cette femme et sa relation avec le Baron. À moins qu’il n’existe un autre loup ?

Elle jeta un rapide coup d’œil sur la table de chevet où un petit réveil indiquait vingt-trois heures trente. La pluie commençait à tomber, s’échouant contre les carreaux de la fenêtre et les tuiles, créant de doux clapotis.

***

Le lendemain, elle fut réveillée assez tôt par le bruit des charrettes et des chevaux qui passaient bruyamment devant la porte, claquant avec force leurs sabots contre le sol pavé, trempé. Les rues du centre-ville d’Iriden étaient déjà bien agitées. Pourtant, la nuit était encore présente et un épais brouillard enveloppait la ville.

La jeune femme s’étira, s’habilla et aéra la pièce quelques instants. Dehors, l’air était glacial, vivifiant. De la fumée s’échappait des cheminées des habitations annexes, se confondant avec les vapeurs brumeuses et créant de jolis halos rougeâtres à proximité des becs de gaz. Au milieu de la chaussée, de grandes silhouettes de tombereaux chargés de victuailles traversaient la route.

Dès qu’elle fut suffisamment bien réveillée, elle referma la fenêtre. Comme elle avait un peu d’avance, elle profita de ce moment pour étudier la pièce dans laquelle elle se retrouvait seule pour la première fois. Plongée dans la pénombre, elle arrivait malgré tout à deviner et déchiffrer les objets qui se trouvaient autour d’elle.

Elle regardait avec intérêt les livres contenus dans la bibliothèque quand l’un d’eux attira son attention. Elle le prit et l’examina avec soin. C’était un ouvrage d’une centaine de pages au plus datant d’il y a près de deux siècles et demi, en très mauvais état.

Le livre s’intitulait : Le peuple de Norden et était écrit par Monsieur le comte Alfred de Serignac, homme connu en tant qu’écrivain philosophe et un des premiers aranéens à avoir étudié et écrit le peuple noréen. Ambre connaissait relativement bien l’auteur puisque, comme l’avait assuré Stephan, certains passages de ses textes étaient lus à l’école.

Le philosophe était un des pionniers à avoir été en contact direct avec ce peuple aussi étrange qu’inconnu. Cela faisait tout juste cinquante ans que les aranéens étaient arrivés sur l’île et étaient pour la plupart trop occupés par la construction et l’aménagement de leur ville plutôt que de faire la connaissance de leurs nouveaux voisins.

Ils avaient donc missionné certains d’entre eux afin d’étudier ces populations autochtones et Monsieur de Serignac était de ceux-là. D’autant que pour bon nombre d’aranéens de l’époque, les noréens étaient vénérés ; ils voyaient en eux des êtres salvateurs et bons dotés d’un incroyable pouvoir de transformation.

Ces récits étaient à présent une mine d’informations pour les noréens nés sous territoire aranoréen et n’ayant que peu connaissance de leurs origines, bien que les informations relatées soient simplistes, partielles et révélaient souvent plus du mythe que de la réalité.

Ambre se mit à feuilleter l’ouvrage et commença à lire la préface puis la table des matières :

I — L’île de Norden

— Géographie

— La Faune et la Flore

II — Le peuple de Norden

— Les quatre tribus

— Les Animaux-totems

— Les Noréens Particuliers

III — Histoire du peuple noréen

— Les Rites et Coutumes

— Les Titans Berserk

Ambre était intriguée par ce dernier chapitre qu’elle ne connaissait pas et décida de le lire. « Au commencement était Alfadir… » Elle remarqua que l’ouvrage n’était pas complet, certaines pages étaient déchirées ou manquantes. Néanmoins, elle poursuivit la lecture en tentant de déchiffrer au mieux les pages très mal conservées :

« Sur ce, Alfadir, furieux contre son frère Jörmungand, s’engagea dans un combat sans pitié ni merci. Le serpent enragé para les assauts et blessa le cerf d’un puissant coup de queue (…) Alfadir vaincu n’eut d’autre choix que de se tourner vers nous, peuple aranéen, afin de nous proposer cette noble mission, notre Cause (…) »

Une fois la lecture achevée, son regard se posa sur une coupure de journal, le Légitimiste, datant du 10 octobre 307, soit trois jours plus tôt :

«  La rumeur circule, le loup puissant et colossal, immense, extrêmement dangereux, au pelage noir corbeau et aux yeux rouges enflammés rôde désormais non loin de chez nous. Attention messieurs dames, la bête est là, tout près de vous, sentant et flairant vos chairs tendres de par son impressionnant odorat. Des chiens abattus, des enfants enlevés et deux meurtres sont à déplorer ; le défunt fils du Marquis Laurent de Malherbes, monsieur Isaac de Malherbes et la défunte femme de monsieur le Baron Alexander von Tassle, la nommée Judith von Tassle. Pour les enfants, personne ne sait encore combien d’entre eux sont absents, aucun n’a été retrouvé mort jusqu’à maintenant et… »

Ambre laissa échapper un petit rire nerveux en lisant cela.

Ah ! les journaux, à les lire on croirait que le monde va au plus mal. Même si, j’avoue, ces disparitions m’inquiètent. Il faut vraiment que je surveille Adèle.

Puis elle porta son intérêt sur une fiche manuscrite présente sur le bureau. Elle fut happée par le titre lorsqu’elle reconnut son nom et la lut :

Ambre Chat viverrin,

Noréenne, spécimen « H »

16 octobre 290 : 16 ans

1m65, 55 kg approximatif

Carences multiples ; fer, vitamine B et B9, sommeil

Stérilité indéterminée, mais forte probabilité

Œil vif signe Féros accru, forme Dominale « B » ?

Transformation probable pour l’an prochain ?

— Normale, Volontaire ou Ardente.

Comportement stable malgré troubles psychiques :

— dépression, spé F.

— anxiété, spé F.

— agressivité accrue, spé F.

— paranoïa accrue

Causes probables paranoïa :

— Hérédité

— névroses post-traumatiques

— choc affectif ou agression

Notes, spécificités :

— peur phobique de l’eau

— très bonne vision nocturne

— excellent odorat

Absence d’observations détaillées :

— pulsions

— excitation sexuelle

Totem chat viverrin ; Animal adapté pour chasse en milieu aquatique. Corps ramassé, environ 80 cm pour 7 kg, petite queue annelée épaisse pour gouvernail. Crâne allongé, petites oreilles arrondies. Pattes courtes et palmées, griffes semi-rétractiles. Prédateur solitaire territorial. Fourrure protégée par sous-poil court et dense imperméable. Pelage gris, rayures et taches noires en lignes droites sur échine. Grosses taches noires sur corps dont ventre blanc.

La jeune femme fut troublée par cette lecture, certaines informations étaient indéchiffrables, mais d’autres étaient nettement évidentes et alarmantes.

À lire ça j’ai vraiment l’impression d’être folle à lier ! La perte de papa m’a-t-elle perturbée à ce point ? J’espère que tout ceci n’est que passager et que le fait de trouver une vie stable dans quelques mois m’aidera à mieux gérer mes émotions. Faudrait que je demande des précisions à Enguerrand la prochaine fois.

Puis elle balaya le bureau et son regard se porta sur l’une des photos encadrées, où l’on voyait Enguerrand, beaucoup plus jeune, enlacer un autre garçon. Elle se demanda alors si cet homme était également sur l’île ou si le scientifique avait rejoint Norden seul.

Elle observa ensuite les multiples carnets d’études sur la table, mais n’osa pas y toucher, trouvant cela trop privé et indiscret. Cependant, elle ne put résister à regarder la photo qui dépassait de l’un d’eux. Il s’agissait d’un jeune garçon d’environ sept ans, blond aux yeux marron et portant un pull bleu sur lequel était épinglé son médaillon en forme de bouc.

Qu’est-ce qu’il fiche avec la photo d’un noréen ? Serait-il un des enfants enlevés ? Enguerrand serait alors sur sa trace ? À moins qu’il ne soit comme moi, un de ses cobayes, après tout, il m’a avoué que je n’étais pas la seule personne qu’il étudiait.Ça pourrait expliquer pourquoi il y a écrit spécimen « H » à côté de mon nom, ça voudrait dire qu’il y a, au moins, sept autres noréens étudiés ?

Elle scruta attentivement la photo, celle-ci avait l’air récente. Elle étudia son visage et se promit d’en toucher deux mots à Adèle afin de voir si elle le connaissait.

Elle mit son manteau et descendit sur la pointe des pieds afin d’éviter de réveiller le jeune scientifique. Elle passa devant la porte du salon et aperçut ses cheveux dépasser du bout du canapé. Elle prit ses chaussures, ouvrit la porte avec la plus grande discrétion et sortit.

L’air extérieur était glacial, contrastant significativement avec l’intérieur chauffé de la maison d’Enguerrand. Ambre avançait tranquillement en direction de la basse-ville. À cette heure-ci, quelques oiseaux gazouillaient et entamaient leur mélodie matinale.

L’odeur d’humus et d’eau iodée imprégnaient l’air. Il n’y avait pas encore grand monde dans les ruelles hormis quelques domestiques et marchands. En revanche, les grandes avenues étaient très animées : un nombre incalculable de fiacres et de charrettes parcouraient la ville de long en large.

Ambre descendit la grande allée pour rejoindre le centre de Varden. Elle allait arriver avec une heure d’avance, mais elle pourrait ainsi déguster un thé avant l’arrivée de ce bon vieux Beyrus et des premiers clients.

La pluie commençait à tomber et la jeune femme pressa le pas. Elle sortit ces clés et s’engouffra dans la Taverne de l’Ours. Sans prendre le temps d’enlever son manteau, elle mit du petit bois dans le foyer de la cheminée, craqua une allumette et alluma le feu.

Une fois qu’il fut suffisamment puissant, elle ôta son manteau rouge et le posa sur le dossier d’une chaise, juste devant celui-ci. Elle prit ensuite une petite marmite dans laquelle elle versa un peu d’eau qu’elle mit à bouillir.

Elle resta un moment, assise auprès de l’âtre, tenant une cigarette du bout des doigts et se laissant bercer par le crépitement et l’ondulation des flammes. Elle repensait à la louve, à l’étrange comportement d’Enguerrand et à ce mystérieux garçon sur la photo.

En songeant à Judith, l’image du Baron et de son escapade nocturne lui vint à l’esprit.

Où se rendait-il avant qu’il ne me renverse ? Serait-il complice de quelque chose ? Allait-il voir sa femme transformée ou bien se rendait-il commettre quelque chose de plus sombre ? Après tout, il s’est bien disputé avec elle avant qu’elle ne se métamorphose et il ne paraît pas triste et ne porte même plus son alliance… c’est vraiment étrange… d’autant que pourquoi ne souhaite-t-il pas qu’Anselme et moi nous voyons la nuit ? À cause de la louve ? S’il sait pertinemment qui elle est, il ne devrait pas être effrayé à cette idée ou bien s’agit-il d’autre chose ?

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