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NORDEN – Chapitre 46

Chapitre 46 – La fausse piste

Ambre s’arma du couteau qu’elle avait gardé avec elle et chargea en direction de la maison. Arrivée devant la fenêtre, elle jeta un bref coup d’œil et vit Adèle accroupie au coin d’un feu.

À sa grande stupéfaction, Ambre vit qu’il s’agissait de la maison d’Ortenga. Elle entra et en voyant sa grande sœur, la petite eut les yeux brillants !

— Ambre ! S’écria Adèle, tout heureuse de la revoir. Tu es venue me chercher ?

Elle s’engouffra dans les bras de son aînée et la serra de toutes ses forces. Ambre, heureuse de revoir sa petite Mouette, ne put retenir ses larmes. Elle posa sa tête contre la sienne puis elle examina son doux visage.

— Ô ma petite Mouette, si tu savais comme j’ai eu si peur ! Commença-t-elle, la voix tremblante. J’ai bien cru que ce loup t’avait embarqué et dévoré. Je pensais ne jamais te revoir !

Elle pleurait, ses larmes coulaient le long des cheveux de sa petite sœur. Celle-ci se défit de son étreinte et la regarda avec étonnement.

— Pourquoi le loup me mangerait ? Fit-elle, surprise. La louve est très gentille. C’est elle qui m’a emmenée ici et qui m’a sauvée de ces horribles messieurs !

La jeune femme eut un mouvement de recul, choquée par les dires de sa sœur :

— De quoi parles-tu Adèle ? Tu veux dire que ce n’est pas la louve qui t’a enlevée ?

La petite fit un non de la tête.

— Non, enfin… Oui, c’est elle qui m’a emmenée ici, mais pas pour m’enlever ou pour me manger ! Oh ça non ! Elle voulait juste me protéger de ces vilains messieurs en habits rouges !

L’aînée, stupéfaite, lui caressa les cheveux et l’examina afin de voir si elle n’était pas blessée.

— Que s’est-il passé Adèle ! Demanda-t-elle d’une voix aussi douce que possible. S’il te plaît, raconte-moi tout ! Comme tu sais si bien le faire.

Adèle s’assit au coin du feu pour se réchauffer et invita sa sœur à faire de même.

— Eh bien… commença-t-elle, je jouais tranquillement à cache-cache avec les amis dans les bois. Et alors que j’avais trouvé une super cachette au pied d’un arbre, j’ai remarqué deux hommes tout en rouge. Tu sais, comme ceux qu’on a vus à l’observatoire. Les grands messieurs avec les chiens méchants. Et bien là, ils étaient deux et il y avait un petit garçon avec eux et le petit garçon pleurait. Il pleurait même beaucoup. Je suis sortie de ma cachette et je suis allée le voir. Je ne le connaissais pas, mais je voulais l’aider à retrouver sa famille. Je pensais qu’il était perdu. Mais les deux hommes avaient l’air surpris de me voir. Et le garçon me cria dessus. Il m’a dit « cours ! Cours ! Ou ils vont t’attraper et t’emmener loin d’ici toi aussi ! » j’ai eu très peur quand l’un d’eux a couru vers moi pour m’attraper. J’ai donc couru très vite et je me suis cachée sous un buisson. Et comme j’étais pas loin de la maison, j’ai voulu me cacher à l’intérieur. J’ai recouru très vite et me suis cachée sous le lit, Pantoufle était avec moi et il avait peur lui aussi, il grognait.

Ambre regarda sa sœur, horrifiée. Pourquoi donc les militaires de l’observatoire enlèveraient-ils des enfants innocents ? Adèle débitait une multitude de mots à la minute. Elle était prise par son récit :

— Je sais pas comment il a fait, mais le monsieur savait où j’habitais et il est rentré dans la maison et il a commencé à fouiller partout et il m’a trouvée. Il m’a alors tirée par les cheveux et m’a sortie de sous le lit. Alors j’ai hurlé, hurlé de toutes mes forces pour que quelqu’un vienne m’aider. Pantoufle s’est jeté sur lui, mais le monsieur il l’a pris par la tête et l’a cogné contre le mur ! Il y a eu un gros craquement et il ne bougeait plus ! Il m’a ensuite traînée par terre et m’a arraché mon médaillon. Et alors qu’il allait m’attacher, la louve est arrivée. Elle s’est jetée sur lui et l’a mordu à sang.

Adèle ouvrit grand ses yeux et déploya ses bras :

— La louve est immense ! Aussi grosse qu’un poney. Elle est toute noire avec de grands yeux jaunes. Elle est venue vers moi, m’a reniflée et m’a fait une léchouille. Puis elle s’est baissée. J’ai compris qu’elle voulait que je monte sur son dos. Alors je l’ai fait. Mais plutôt que de me ramener auprès de toi en ville. Elle s’est enfoncée dans la forêt et m’a emmenée ici et m’a laissée auprès de la vieille dame. Puis elle est partie et la dame m’a dit de patienter. Alors j’ai pas bougé. Puis la dame a entendu du bruit et est allée voir ce qu’il se passait et…

Elle ne termina pas son discours qu’Anselme arriva dans la pièce, suivi par Japs et de la vieille Ortenga.

Il s’abaissa à leur hauteur et prit Adèle dans ses bras.

— Ortenga m’a raconté ce qui vient de se passer. Je suis soulagé que tu ailles bien, petite Mouette.

Il l’embrassa sur le front puis regarda l’aînée.

— Je suis soulagé, mère est innocente, quand les gens vont apprendre la nouvelle je crains que…

Un bruit de sabots résonna non loin et approchait.

— Vous devriez partir au plus vite ! Lança la vieille dame, s’il s’agit de vos ravisseurs et que ce sont des militaires, vous devrez être prudents. Ils doivent être lourdement armés.

Le groupe s’apprêta à partir. La fuite s’annonçait compliquée : entre la petite Adèle fatiguée et le pauvre Anselme infirme, il allait falloir s’armer de courage et avancer prudemment. Ambre remercia Ortenga pour son service et lui promit de lui rendre la pareille.

La vieille dame s’inclina :

— Je vais tenter de faire diversion. Je ne suis plus toute jeune, mais j’ai des amis encore ici qui pourraient intervenir, allez chercher votre Ernest, il pourra vous aider.

Le trio accompagné de Japs avançait le plus discrètement que possible. La brume gagnait en intensité et il devenait de plus en plus difficile de voir à plus de deux mètres ; ce qui pouvait être autant un atout qu’une faiblesse. Le groupe se donna la main et avançait en file indienne, longeant les bâtisses d’un pas furtif et l’oreille attentive.

Soudain, un imposant molosse émergea de la brume et fondit sur Japs, le faisant tomber à la renverse. L’animal couina et les deux molosses commencèrent à se livrer bataille et à se mordre. Affolée par l’attaque, Adèle hurla. Elle lâcha la main de sa sœur et s’en alla en courant.

— Adèle ! Hurla Ambre, que la peur gagnait.

La jeune femme fit signe à Anselme de la suivre afin de la récupérer au plus vite. Mais celui-ci était tétanisé et regardait avec désespoir le pauvre Japs en train de se faire déchiqueter par son assaillant, beaucoup plus grand et massif que lui. Le chien de berger était dominé en tout point par son imposant ennemi.

L’animal hurlait à la mort tant la douleur provoquée par les crocs du doberman s’enfonçant dans sa chair était vive. Ambre le laissa là et partit retrouver sa sœur.

Anselme tremblait, Japs se débattait encore. Du sang sortait de sa gueule et s’échappait de toutes ses entailles. Dans un dernier geste, le molosse serra sa mâchoire sur le cou du pauvre canidé et lui brisa la nuque d’un coup sec.

Le jeune homme se sentit défaillir, son chien, son ami, venait de mourir sous ses yeux sans qu’il ne puisse rien faire. Le jeune homme tremblait, incapable d’effectuer le moindre mouvement. Le molosse se tourna vers lui et s’apprêta à charger. Anselme le regarda droit dans les yeux ; il n’y avait que rage et haine dans son regard.

Alors que l’animal s’apprêtait à lui sauter dessus, la louve apparut et se plaça juste devant lui. Sous cette forme, Judith était vraiment impressionnante, démesurément grande pour un loup et son échine dressée la faisait s’allonger encore. Elle semblait encore plus imposante que lorsqu’il l’avait vu la dernière fois.

Judith montra les crocs et planta son regard jaune dans celui du molosse qui faisait à peine la moitié de son poids. Le chien ne se laissa pas abattre et chargea son assaillant. Un combat sanglant s’engagea alors entre les deux bêtes, un combat à mort.

Pendant ce temps, Ambre cherchait sa petite sœur dans la brume. La jeune femme suffoquait et parvenait difficilement à garder son calme. Une silhouette se dessina au loin. Ambre se cacha derrière un muret puis reconnut l’homme qui passait devant elle. Son visage s’illumina à sa vue et une lueur d’espoir l’envahit.

— Enguerrand ! Chuchota-t-elle, c’est bien vous ?

— Mademoiselle Ambre ! Fit-il, choqué, que faites-vous ici et à cette heure-ci ? Ne voyez-vous pas que c’est dangereux ! Il y a le loup qui rôde dans le coin ! Elle pourrait vous attaquer d’un instant à l’autre !

— La louve n’est pas dangereuse ! Dit-elle en lui prenant son bras pour se rassurer. C’est elle qui vient de secourir Adèle alors qu’elle était poursuivie par des gardes armés accompagnés de leurs chiens.

Elle fut soudainement emparée par le doute.

— Dites-moi, que faites-vous ici ? Vous semblez connaître cet endroit et…

Une sensation extrêmement désagréable l’envahit et elle fut parcourue d’un intense frisson.

Non, c’est impossible…Pas lui !

Les pensées se bousculaient en elle et une révélation troublante, implacable et impensable la submergea. La vision du jeune garçon noréen sur la photo du livre de sa chambre, ses questions, sa volonté d’enquêter sur les enlèvements. Ajouté à cela la fameuse soirée où elle l’avait trouvé blessé au centre de Varden et où il avait longuement insisté pour qu’elle ne rentre pas chez elle. De plus il était l’un des seuls à savoir où elles habitaient. Sans compter qu’il était étrange qu’autant d’hommes armés surveillent un observatoire isolé au beau milieu de nulle part.

La jeune femme lâcha son bras et fit quelques pas en arrière. Enguerrand comprit ses doutes et la regarda, peiné, avec un sourire nerveux.

— Oh ! ma chère, ne soyez donc pas effrayée. Je vous promets que si vous me suivez gentiment, je ne vous ferai aucun mal ni à vous ni à votre petite sœur.

— Que lui avez-vous fait ? Hurla-t-elle, furieuse.

Elle se sentait souillée, trahie par cet homme qui avait abusé d’elle et de sa confiance.

— Elle va bien, la rassura-t-il. Elle est avec mes hommes en compagnie de votre poney et en route pour Eden. Je vous prierais alors de me suivre sans faire d’histoires.

— Comment avez-vous osé ! S’indigna-t-elle.

Elle prit son couteau et s’apprêta à lui foncer dessus, quand il sortit son arme. Un imposant revolver qu’il tendait droit devant lui, au niveau de sa tête.

— Mademoiselle Ambre, insista-t-il. Suivez-moi et je vous promets de ne pas vous faire le moindre mal.

Il affichait un sourire carnassier. Le gentil Enguerrand qu’elle avait toujours connu se révélait être un monstre aussi impitoyable et froid que le Baron.

Ambre tremblait, de rage plus que de peur. Elle avait envie de l’étriper, de le mordre à la gorge de la même manière que le molosse avait broyé le pauvre Japs. Mais elle repensait à sa sœur ; la petite était vulnérable et ne pouvait se défendre. À contrecœur, elle baissa la tête.

Un autre garde accompagné d’un chien passa derrière elle et lui donna un violent coup de crosse à l’arrière du crâne, la jeune femme s’effondra instantanément au sol, inconsciente.

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