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NORDEN – Chapitre 71

Chapitre 71 – La Louve, Les enfants et la D.H.P.A.

Ambre travaillait depuis un mois aux côtés de Stephan à l’observatoire. Elle était devenue de plus en plus autonome et aimait son travail ainsi que son équipe.

Elle appréciait l’ambiance de ce lieu particulier où bon nombre de curiosités ornaient chaque recoin ; des piles d’ouvrages et de paperasses s’étendaient de manière chaotique sur les tables faites de planches de bois calées sur des tréteaux. Des animaux empaillés semblaient observer, de leurs yeux de verre vitreux, le moindre de leurs faits et gestes, accompagnés par leurs organes, chaudement préservés dans des petits bocaux de formol. L’odeur des liquides se mélangeait avec celles des vieux livres, de l’alcool et de la cire d’abeille ainsi qu’aux doux effluves des plantes, procurant un parfum agréable.

Tableaux d’aquarelle et croquis d’anatomie, à l’encre et au fusain, représentant de manière réaliste oiseaux et mammifères, décoraient les murs.

Entre ces œuvres exécutées avec patience et minutie, de grandes affiches, au goût suspect, ornaient les murs. Celles-ci représentaient généralement des croquis d’anatomie illustrant les types et faciès des différents peuples noréens. Ainsi, les Svingars, les Ulfarks, les Korpr et les Hrafn y étaient dessinés ou photographiés, de manière souvent peu flatteuse.

Ambre s’attardait régulièrement sur la dernière, celle de son peuple, et de loin la plus grossière. En effet, l’image paraissait tout droit sortie d’un ouvrage de propagande avec cette femme au visage grave et au regard vide. Elle était représentée de face et de plain-pied. Sa silhouette en forme de huit, comme la majorité des femmes de ce peuple, était de petite taille et maculée de taches claires et foncées sur l’ensemble du corps. Mais le plus impressionnant était le titre et la description qui la caractérisaient : Portrait de la race Hrafn, sujet femelle Anna S. (serpent).

L’affiche datait d’il y a près d’un siècle, lorsque ségrégation raciale, faisait loi. Cette période avait commencé vers l’an 120, soit une vingtaine d’années après la cession du territoire aranoréen par Alfadir ainsi que vingt-trois ans après l’instauration du commerce maritime entre Norden et Providence.

À cette époque, les aranéens, sous couvert de leur fortune et de leur bon droit, avaient entre les mains toutes les institutions et les postes hauts gradés d’Iriden. Dans un souci de suprématie et de sadisme, ils en étaient venus à rabaisser leurs compatriotes noréens, réduits au statut d’être « semi-animal ». Ces derniers étaient par conséquent désignés comme leur étant inférieurs intellectuellement et pourvus d’une morale plus proche de l’instinct que de l’humanisme.

André lui avait racontée que cette affiche avait été sciemment accrochée en guise de repère, afin que jamais les faits honteux et abominables du passé ne soient oubliés.

Pendant la semaine, Ambre dormait dans une petite pièce qu’elle partageait avec Marie. Comme elle l’avait espéré, les deux femmes s’entendaient bien, d’autant qu’elles avaient presque le même âge.

La dessinatrice était un joli brin de fille de quatre ans son aînée, au physique typiquement aranéen. Elle avait le visage fin mis en valeur par ses yeux marron bordés de longs cils bruns. Son teint pâle, ses pommettes rosées ainsi que son nez retroussé et sa bouche en forme de cœur la faisaient paraître comme une petite poupée de porcelaine. Tout chez elle était douceur et finesse, autant dans sa voix que dans sa gestuelle. Pourtant, à l’instar de sa nouvelle collègue, elle possédait une certaine fougue et effronterie contenue, qu’elle laissait libre cours le soir venu lorsqu’elles étaient ensemble, en privé.

Elles avaient rapidement su faire preuve de complicité. D’autant que la jeune femme connaissait la liaison que Marie entretenait secrètement avec son collègue et mentor Philippe ; l’homme avait le double de son âge, était de bonne réputation et marié à un très bon parti, puisqu’Ambre apprit qu’il était le mari de madame la marquise Félicité de Lussac, la sœur aînée d’Antonin ayant hérité du titre de noblesse suite à l’union de celui-ci avec la duchesse von Hauzen. Mais elle savait faire preuve de discrétion les concernant, se moquant éperdument de leur situation ; après tout, ils étaient des adultes responsables et ils se révélaient être bienveillants envers elle.

Ambre avait su prendre ses marques et trouver sa place au sein de l’équipe. Elle appréciait également Stephan et André, qu’elle connaissait déjà bien, mais avait énormément de mal avec Lars, Jean et Elizabeth.

Elle trouvait les deux hommes arrogants et abjects vis-à-vis des femmes qu’ils considéraient comme leur étant inférieurs, pire encore que les noréens.

Quant à la dernière, elle la jugeait trop froide et antipathique, voire méprisante. Elle avait pourtant tenté différentes approches à son égard, par solidarité féminine dans ce milieu presque exclusivement réservé aux hommes. Mais celle-ci ne semblait guère encline à se laisser approcher et à engager le dialogue avec elle. Ambre, piquée au vif dans son égo, céda, allant jusqu’à l’ignorer totalement.

Elle passait la majeure partie de ses journées à ranger, trier et classer les documents de ses confrères ainsi qu’à s’occuper des chevaux, du box et de tout ce qui concernait les corvées ménagères : tels que la cuisine, le nettoyage du linge et des lieux.

De temps en temps, elle épaulait Stephan dans ses recherches à propos de Judith von Tassle, lui relatant en détail les quelques fois qu’elle l’avait aperçue de son vivant ; en tant qu’humaine tout d’abord, puis en tant que louve.

Lorsqu’elle était humaine, elle ne l’avait vue que très rarement, du moins, le pensait-elle. Car il était bien compliqué pour elle de se souvenir très nettement d’éléments et de faits datant d’avant la transformation de sa mère. Son passé était malheureusement presque intégralement oublié ; comme si son cerveau, après ce traumatisme et dans un instinct de préservation, désirait enfouir au plus profond d’elle-même toute trace de son enfance.

En revanche, elle la connaissait bien de par ce qu’Anselme lui avait raconté à son sujet. Elle s’était alors imaginée un portrait d’elle, plutôt flatteur, et aurait bien aimé la côtoyer davantage.

Judith était de nature calme, un peu trop calme même, douce et aimante. Elle ne manquait pas de tendresse envers son fils unique qu’elle chérissait plus que tout. C’était une femme passive, lente et faisant fi de tout. Elle passait l’entièreté de son temps libre à lire, à se reposer ou à se balader. Elle se rendait régulièrement à la campagne, n’allant que très peu en ville, qu’elle n’aimait guère, autre que pour le travail. Elle était herboriste et avait repris la boutique de son père, Balthazar, après sa transformation ; l’homme était un ancien médecin possédant une petite échoppe située entre Iriden et Varden.

D’après Anselme, sa mère n’avait pas ou peu d’amis, peu encline à se mélanger à la foule qui la rendait nerveuse. Seules les soirées mondaines en petit comité étaient les bienvenues. Là-bas, elle appréciait y manger des mets raffinés et danser en compagnie de son jeune époux, profitant de l’orchestre et se laissant emporter par la musique, qu’Alexander, apparemment, ne supportait pas chez lui autrement que pour la danse.

Cependant, Ambre n’avait que peu d’informations concernant la relation que Judith entretenait avec son mari Ambroise, et Anselme évitait de s’étendre sur le sujet chaque fois qu’elle l’évoquait. Bien souvent, il éludait la question ou renchérissait avec une autre, le visage trahissant une gêne mal dissimulée. La jeune femme avait fini par abandonner, de peur que la mémoire de ces souvenirs douloureux ne l’attriste davantage. Elle se demandait même son éternel fiancé ne conservait pas une certaine amnésie de sa jeunesse, lui aussi, depuis son lynchage.

Tout ce qu’elle put savoir c’était qu’Ambroise et Judith gagnaient bien leur vie et s’aimaient, malgré le fait qu’ils ne se voyaient pas souvent. Car l’homme enchaînait les heures au manoir et, elle, était généralement de garde la nuit pour prendre soin d’éventuels malades.

Ambre aidait aussi régulièrement les deux botanistes, Pascal et Isidore, à entretenir leurs plantes et nettoyer la serre. C’était une construction de taille moyenne faite de grandes verrières et de bois. Le sol, fait de gravats, était recouvert par endroits de briques rouges qui composaient le chemin à travers les différentes allées de végétaux, classés par familles. Des centaines de plantes de toutes les tailles et de toutes les formes étaient soigneusement rangées sur leur étagère, accompagnées d’un petit écriteau pour les nommer ainsi que d’une fiche explicative référençant leurs propriétés et leur mode de conservation.

Une porte donnait accès à un laboratoire, permettant de distiller et de transformer les végétaux afin d’en faire des essences ou des huiles, qu’ils vendaient ensuite en ville aux artisans parfumeurs ou aux herboristeries. Un grand bureau trônait au centre, sur lequel un alambic et une multitude de bocaux et d’appareils étaient disposés. De grandes allées d’étagères parcouraient les murs sur lesquels flacons, bouteilles et livres étaient entreposés. Des feuilles étaient mises à sécher, disposées sur de gros plateaux, placés juste sous la verrière.

Les parfums des plantes s’entremêlaient, accentués par l’odeur de terre mouillée, fraîchement arrosée. La jeune femme fut néanmoins troublée et happée par une odeur forte et persistante qui planait dans l’air, qui la faisait dominer de toutes les autres senteurs. En se concentrant, elle vit que cela émanait de deux plantes.

La première présentait une tige velue et visqueuse, à feuilles molles, longues et ovales. La fleur, à corolle, était d’un jaune pâle à nervures violacées.

La seconde, surnommée l’herbe aux fous, était une plante vénéneuse trouvable un peu partout. Elle avait la forme de petites fleurs violettes à corolle, située sur une base de plante épineuse à grandes feuilles ovales dentelées.

Elles étaient mises dans des pots, côte à côte, avec pour petit écriteau : jusquiame noire et datura stramonium. Elles étaient placées dans la rangée des plantes dangereuses, à vertus psychotropes. La senteur dégagée par ces deux plantes était particulièrement désagréable, nauséabonde même. Pourtant, elles lui rappelaient étrangement celle de la D.H.P.A, quoique légèrement différente, moins forte et bien moins agréable à sentir ; il leur manquait une note ferreuse, attractive.

Pascal, la voyant intriguée, lui expliqua que les deux plantes étaient utilisées pour la pharmacopée et avaient des effets psychotropes avérés. Toutes les deux étaient de la famille des solanacées et pouvaient provoquer de nombreux effets néfastes en cas d’ingestion pure tels que : des spasmes, de la tachycardie, un arrêt respiratoire, des hallucinations, de l’amnésie ou encore une perte de conscience. Le consommateur subissait, dans la majeure partie des cas, une dilatation des pupilles, une impression d’ivresse, un trouble dissociatif de la personnalité ainsi qu’une forte confusion entre le délire et la réalité.

Il lui annonça qu’elles étaient généralement utilisées en tant que drogue et qu’elles comptaient parmi les composants principaux de la D.H.P.A., la drogue à haut potentiel agressif. Celle-ci avait causé pendant près de quinze ans de sérieux dommages, tant physiques que moraux, sur les consommateurs comme sur leurs victimes. Elle circulait aisément dans les milieux aisés et était facilement accessible, avant d’être définitivement interdite il y a vingt ans de cela.

Cette drogue avait la mauvaise spécificité d’avoir un très haut niveau de dépendance. Une fois croquée, l’individu se sentait immédiatement envahi par un sentiment de toute-puissance, le rendant agressif, bagarreur et fortement attiré par l’odeur du sang. Ce symptôme était appelé un « état de fureur » et poussait le consommateur à attaquer tous ceux qui se trouvaient autour de lui. Le terme « Berserk », en référence aux écrits de Serignac, avait d’ailleurs été utilisé pour le mentionner.

Isidore, lui raconta quelques anecdotes obscures là-dessus, des rumeurs circulant en ville à propos de soirées organisées ayant pour but de faire s’affronter des hommes entre eux ou contre des bêtes sauvages. Souvent, des aranéens de basse classe ou des noréens, des consommateurs réguliers pour la plupart, s’y adonnaient afin de gagner un peu d’argent ou juste pour apprécier ce sentiment de toute-puissance que leur procurait la drogue. Des compétitions furent même organisées et les cadavres des victimes, jetés discrètement dans les rues ou à la mer le soir venu.

Comme ces évènements étaient dirigés par de riches familles influentes, souvent des magistrats, celles-ci n’étaient nullement inquiétées au sujet d’une arrestation éventuelle. Des armes spécifiques avaient également vu le jour, la plus réputée d’entre toutes était La Main Prédatrice, une sorte de gantelet, épousant la main du porteur, métallique à bout pointu s’apparentant à des griffes, extrêmement tranchantes, lacérant la peau aisément d’une simple entaille.

Anselme venait souvent rendre visite à son éternelle fiancée et restait lové auprès d’elle, se pressant contre sa poitrine et roucoulant de plaisir chaque fois qu’elle lisait ou s’allongeait. Ambre aimait le contact de ses doigts contre le corps chaud et duveteux de son bien aimé corbeau, lui donnant maints baisers et caresses. L’animal, heureux, passait même certaines nuits entières à l’observatoire, avec elle et Marie.

La jeune dessinatrice l’appréciait et ne manquait pas une occasion pour le croquer. Elle était férue d’oiseaux, en particulier d’oiseaux marins. Ambre apprit avec stupéfaction qu’elle était d’origine aranoréenne : d’un père noréen, marin de profession, et d’une mère aranéenne, orfèvre. Elle avait pour animal-totem un héron et portait une pince à cheveux, très discrète en bronze finement ciselé, à l’effigie de l’animal, sculpté par sa mère.

***

Le procès de l’ancien maire ainsi que de son complice, monsieur Charles d’Antins, eut lieu. Suite à cet évènement, les scientifiques de l’observatoire récupérèrent les documents perquisitionnés au domicile du Duc, généreusement donnés par les magistrats à la fin du débat et nécessaires à leurs recherches.

Parmi ceux-là se trouvaient les fiches détaillées sur les enfants enlevés ainsi que quelques lettres évasives relatant les correspondances entre le Duc von Hauzen et les deux charitéins.

L’identité de douze des quatorze noréens fut alors dévoilée publiquement : onze enfants et un adulte. Les deux manquant à l’appel demeuraient inconnus et aucun parent ou proche du territoire aranoréen ne s’était manifesté jusqu’à présent.

Stephan, désigné chef de groupe sur cette affaire, décida de les lister afin d’observer s’il y avait une logique dans le mode opératoire des ravisseurs. Le seul à connaître tous les paramètres était Enguerrand, mais celui-ci était mort et sa maison, où se trouvaient tous ses travaux de recherche, avait été incendiée par Charles le matin même de son arrestation. De ce fait, il ne restait presque aucune trace sur l’élaboration de leur plan ainsi que sur les obscures motivations de ces hommes.

Stephan avait choisi de répertorier les noréens par animal-totem et nota que tous avaient plus de sept ans lors des évènements. De ce fait, ils avaient tous été bénis par l’ancienne Shaman du territoire aranoréen, Medreva, et leur animal-totem était vérifié.

Ainsi, il y avait :

– Jonas, 8 ans, aigle royal

– Eliott, 7 ans, bouc

– Imperà Hani, 9 ans, coq

– Sarah, 10 ans, coyote

– Apolline, 7 ans, faucon

– Hans, 11 ans, loup

– Hector, 20 ans, loup

– Adrien, 9 ans, lynx

– Émilien, 8 ans, ours

– Laura, 7 ans, panthère nébuleuse

– Constance, 10 ans, puma

– Warren, 7 ans, taureau

Les scientifiques et Ambre trouvèrent étrange que presque tous avaient un grand prédateur comme totem ; ce n’étaient pas des animaux très répandus et cela ne pouvait être une simple coïncidence.

En observant attentivement les images, la jeune femme se souvint du visage d’Eliott, qu’elle avait vu en photo sur le bureau d’Enguerrand lorsqu’elle avait passé la nuit chez lui. Et Adèle était formelle, le garçon qu’elle avait rencontré peu avant d’être agressée était le prénommé Warren.

Ambre réussit, en fouillant de fond en comble les documents mis à disposition, souvent des notes indéchiffrables ou des messages en écriture codés, à mettre la main sur les écrits qu’Enguerrand avait faits à son sujet lorsqu’elle venait chez lui en tant que cobaye. Il s’agissait de résultats et de commentaires que celui-ci avait envoyés au Duc à propos de ses observations sur sa santé mentale et physique.

Elle se souvenait des dernières paroles de celui qu’elle considérait à l’époque comme son ami et celles-ci la perturbaient. D’autant qu’en retombant sur sa fiche, elle se rendit compte que son état psychologique ne s’était guère amélioré. Son agressivité et sa paranoïa étaient encore très présentes, voire empiraient. Et pire encore, certaines annotations se révélaient à présent effrayantes ; que pouvaient donc énoncer les termes « transformation Normale, Volontaire ou Ardente » ainsi que « Œil vif signe Féros accru, forme Dominale « B » ?

De plus, elle venait de se rendre compte, avec dégoût et effroi, au fil des lectures de documents, qu’elles n’étaient que deux à avoir compté parmi leurs cobayes ; les autres n’étant que pure invention afin de l’amadouer. La seconde personne était une femme légèrement plus âgée, anonyme. Elle était désignée comme un « spécimen H », possédait comme animal-totem une harpie féroce et était stérile.

Ambre remarqua par la suite que des données étaient entourées en rouge sur ses analyses sanguines. Tous les résultats des autres enfants étaient également présents, hormis ceux de la jeune Imperà Hani. En les comparant avec les siens, elle s’aperçut qu’elle était la seule d’entre tous à avoir la mention « active » après l’annotation du composant « F », alors que même son homologue anonyme la possédait inactive.

Elle fut alors troublée, car rien n’indiquait ce que le « F », désignant très probablement le mot Féros, pouvait mentionner et elle n’aimait pas le fait d’être la seule à posséder cette caractéristique. D’autant que cela appuyait davantage la première théorie du Baron ; à savoir son origine potentiellement providencienne.

Les analyses avaient été effectuées avec du petit matériel de pointe provenant de la Grande-terre qu’Enguerrand avait réussi à faire venir sur Norden via l’Alouette et à cacher dans l’une des pièces de l’observatoire. Marie parvint, par hasard, à retrouver la mallette contenant ledit matériel, en rangeant le fond de la remise. Il s’agissait de différents réactifs accompagnés d’une notice d’utilisation ainsi que de nouvelles notes écrites. Ils permettaient de mettre en évidence certains éléments de composition sanguine d’un individu. Par chance, il en restait encore un peu et Stephan prit la décision de les utiliser afin d’étudier la composition du sang coagulé de Judith.

Une fois les résultats tombés Stephan les analysa et appela Ambre afin de lui faire à elle aussi un autre prélèvement sanguin plus récent. La jeune femme accepta volontiers et lui fournit quelques gouttes. Deux jours après, tous deux remarquèrent avec stupeur que la louve et elle possédaient la même mention « active » à côté du « F ».

Voyant son air grave après la découverte, Ambre lui demanda si cela posait problème. Malheureusement, Stephan était incapable d’y répondre, ne sachant nullement ce que le Féros pouvait signifier.

Si Judith possède également cette mention, serait-elle, elle aussi possiblement providencienne ? Ou alors la mention F n’a strictement rien à voir avec cela et fait référence aux noréens spéciaux ? Après tout, mon homologue H ne le possède pas.

Autre fait intrigant, parmi les notes d’Enguerrand, contenues dans la mallette, trois autres noms étaient mentionnés à part, griffonnés sur une fiche, et portaient le fameux « F » inconnu. Il s’agissait de la jeune Imperà ainsi que de deux autres noréens baptisés Heilùn et Eivor, dont l’animal-totem représentait un serpent marin. Ces derniers étaient âgés de douze ans lors de leur enlèvement et leurs analyses étaient en tout point similaires. Au vu des noms écrits, de l’âge identique et des résultats si semblables, Stephan émit l’hypothèse de jumeaux issus du territoire noréen ; ce qui expliquait de surcroît l’absence de personnes mentionnant leur disparition.

Ambre soupira, soulagée par cette information.

Bon… si effectivement il s’agit de noréens des tribus et qu’ils portent également cette mention, je pense que je peux écarter le fait que le F fait référence à une quelconque origine providencienne.

L’anthropologue en informa de ce pas le Baron afin qu’il avertisse au plus vite les noréens des tribus de cette fâcheuse découverte, de peur qu’ils ne s’en rendent compte par eux-mêmes d’avoir été dupés par les aranéens. Cela pourrait se révéler catastrophique puisqu’au vu de la gravité de l’acte et le motif était plus que suffisant pour déclencher une guerre entre les deux territoires. Or, l’heure était à la réunification et à la pacification.

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