KissWood

Isaac – Chapitre 19

Pour quelqu’un d’aussi paresseux qu’Isaac, une blessure n’était rien de plus qu’une excellente excuse pour éviter ses responsabilités. Il décida de mettre son temps libre à profit en restant sur son lit aussi longtemps que possible. Le temps que son corps finisse de guérir, tout était déjà réglé. Kaizen fut outré en apprenant que le Campus ne le soutenait pas et lui demandai de se retirer. Encore une fois le monde ne tournait pas rond. Même son frère n’était plus de son côté. Kainen avait convaincu le Campus d’expulser Kaizen si ce dernier refusait de se retirer.

Malgré la nature isolée du Campus, la nouvelle de l’incident ne tarderait pas à se répandre sur tout le continent. Une fois que les étudiants seront en vacances et rentreront chez eux, ce ne sera qu’une question de temps avant que le continent entier ne soit au courant des récents événements au sein du Campus. La réputation ainsi que l’intégrité de la famille Rondart seront remises en question par le public, ce qui compromettra l’avenir de Kainen.

Se battre pour l’héritage était courant au sein de nombreuses familles nobles, mais une tentative d’assassinat, fratricide qui plus est, impacterait l’image de la famille dans son ensemble. Le public pourrait facilement l’interpréter comme une tentative de destituer l’héritier du titre de baron, ce qui était plus que suffisant pour susciter l’indignation du public. Avant que la situation ne dégénère, Kaizen fut aussi forcé de présenter des excuses publiques.

« Hé bien, si ce n’était pas le cas avant, là elle doit vraiment vouloir ma mort. »

Quand Isaac fut mis au courant de la situation dans son entièreté, il pensa immédiatement à la baronne de la famille Rondart, la vraie maîtresse de la maison. Devenir son ennemi mortel n’inquiéta pas Isaac le moins du monde.

Il jeta sa ligne de pêche dans la mer calme après s’être assis confortablement dans sa chaise, puis sortit une cigarette. Inhaler la fumée puis la sentir faire son chemin jusqu’à ses poumons procurait à Isaac un sentiment de rafraîchissement et de clarté d’esprit sans égale.

« Ah, c’est le paradis. »

Malgré le fait que ses poumons avaient complètement guéri, il continuait de fumer chaque fois qu’il avait du temps libre. En fait, ils étaient probablement en meilleur état qu’avant l’incident.

Il n’avait plus besoin de ses effets curatifs, mais Isaac ne pouvait désormais plus s’empêcher de se garder un paquet dans ses poches.

Il jeta un rapide coup d’œil à ses alentours avant de lancer la cigarette brûlée dans la mer. Il se concentra puis claqua des doigts. Une petite flamme apparut au bout de son doigt.

« Est-ce parce que mon corps est spécial ou parce que je viens d’un monde différent ? »

Isaac ne pouvait plus se passer de l’effet rafraîchissante qu’il sentait en lui chaque fois qu’il fumait les feuilles de Choyu. Au début, il croyait que c’était l’effet médicinal de l’herbe, mais cette supposition ne pouvait pas être plus fausse. Ironiquement, il ressentait quelque chose pour lequel il avait abandonné tout espoir depuis longtemps : l’essence du mana.

Chaque fois qu’il fumait, il pouvait sentir le mana affluer en lui avant de se dissiper après quelques instants. Il ne ressentait pour autant aucun effet secondaire indésirable. Sentir le mana dans ses veines semblait nettoyer les impuretés dans son corps, comme si quelqu’un essuyait la rouille de son corps. Après quelques cigarettes, il était devenu addicte à cette sensation. Fumer une feuille de choyu lui procurait un indescriptible sentiment de clarté d’esprit, augmentait ses prouesses physiques et élargissait son champ de vision. En résumé, ses muscles étaient plus vigoureux et son esprit plus aiguisé.

« Je serais milliardaire si je pouvais vendre cela dans mon ancien monde. »

Il ne faisait aucun doute que tous les étudiants de son monde se rassembleraient en masse et seraient prêt à payer une fortune juste pour améliorer leurs résultats en cours.

« Cela dit, ça ne sert à rien d’y penser puisqu’ici je n’ai aucun client à me faire … »

Penser à son ancien lui rappela ce qui était arrivé à sa maison, qui n’était plus qu’un tas de gravats. Isaac secoua la tête, il voulait mettre le passé de côté. C’était un endroit qu’il ne verrait plus jamais et les souvenirs qui lui restaient ne feraient que le torturer sur le long terme. Afin d’être heureux dans ce monde, oublier était la meilleure chose à faire.

« Eh bien, n’est-ce pas agréable ? Je peux au moins utiliser la magie maintenant, même si je risque d’avoir du mal à l’utiliser pour me défendre. Eh bien, ce sera au moins pratique pour les activités quotidiennes. »

La quantité de mana qu’il pouvait utiliser après avoir fumé était extrêmement limitée et ne pouvait être stockée. Au mieux, il n’était capable que de lancer une fois le plus simple des sorts. La seule utilisation qu’il en avait tiré était d’allumer sa prochaine cigarette. L’utilisation de la magie dans ce nouveau monde piqua beaucoup son intérêt. C’est pour cela qu’il n’avait pas complètement abandonné l’espoir de maîtriser ce pouvoir et décida donc de s’approvisionner continuellement en feuille de Choyu. Après beaucoup d’essais et d’échecs, il avait découvert que la magie pouvait être contrôlée par la seule force de la volonté.

« Créer et manipuler à volonté les forces de la nature comme si de rien n’était. Les scientifiques tueraient pour avoir une chance d’étudier ce phénomène. »

C’était un pouvoir qui contredisait complètement les lois de la physique.

Même lui, qui avait pris pour habitude de dormir pendant les cours de physique durant sa jeunesse, trouvait l’existence de la magie extraordinaire. Jusqu’où le corps scientifique irait pour mettre la main sur ce genre de pouvoir.

« Aaah, si seulement je pouvais profiter de cette tranquillité un peu plus longtemps… » murmura Isaac en regardant le ciel alors que la voix de Reisha résonna au loin.

« Sunbaenim ! »

Isaac garda pour lui le fait qu’il pouvait se servir du mana en fumant. Appeler cela un secret était au mieux discutable, puisque la quantité de mana gagnée était minuscule. Cependant, il avait appris à la dure qu’avoir au moins une carte maîtresse dans sa manche pouvait faire la différence entre la vie et la mort.

Afin de découvrir comment l’exploiter au mieux, il essaya de passer le plus de temps possible seul. Il utilisa sa blessure comme excuse pour déléguer ses affaires à Reisha et Kunette et ainsi les tenir occupées. En retour, elles recevraient respectivement des bulgogis et du miel. Il n’y avait rien de risqué à leur confier ce travail, puisque tout ce qu’elles avaient à faire était de dresser une liste de commandes et ensuite de donner les bonnes marchandises aux bonnes personnes.

« Vous avez livré la marchandise intacte, n’est-ce pas ? »

« Ouais ! Et j’ai même reçu quelques commandes sur le chemin du retour ! Je commence à penser à me lancer dans les affaires à l’avenir. »

Tandis que Reisha continuait à discuter avec excitation ce qu’elle ferait de ses bénéfices, Kunette l’ignora peu après puis s’assit au côté d’Isaac. Cependant, alors qu’ils profitaient du temps passé ensemble, quelqu’un interrompu le trio.

« Qui êtes-vous ? »

Isaac ne l’avait jamais vu avant. Il portait l’uniforme bleu foncé de l’Université orné d’un emblème représentant une pile de pièces d’or au niveau de sa poitrine.

« Vous devez être le célèbre Isaac Sunbaenim ! Ravi de vous rencontrer. »

L’homme serra fermement la main d’Isaac qui le regardai avec confusion. Non seulement il était étrange qu’un étudiant de l’Université vienne lui rendre visite, mais il ne connaissait pas non plus une seule personne au sein du Campus qui était amical envers lui. La meilleure relation qu’il pouvait avoir avec un étudiant du campus était celle de client-vendeur.

« Et tu es ? »

« Ah ! Désolé pour l’introduction tardive. Je m’appelle Krent Rivolden. »

« Rivolden ? Comme dans la Guilde des Marchands Rivolden, l’une des sept Guildes de marchand de l’Empire ? »

« Wow ! Je suis honoré que vous ayez reconnu mon nom aussi rapidement. »

« L’inverse ferait de moi un ignorant. »

La Guilde des Marchands de Rivolden était une confédération fondée par la famille Rivolden réunissant de nombreux autres marchands. Les autres guildes marchandes opérant sur les axes principaux de l’Empire, Rivolden avait le monopole sur les petits villages. Cela avait permis à Rivolden de prouver sa valeur en aidant les plus petits villages à se développer. En même temps, ce vaste réseau commercial leur donna un avantage crucial dans la collecte d’informations. Leur principale source de profit était d’ailleurs devenue la vente d’information.

« Votre nom restera à jamais gravé dans l’histoire. Après tout, vous êtes le premier à avoir réussi à installer un commerce florissant au sein du Campus. »

« Ce n’était pas si compliqué… »

« Pas compliqué ? Avez-vous une idée du nombre de marchands qui m’ont demandé de vous transmettre leurs salutations ? Créer une entreprise avec une marge bénéficiaire de 200 % est le rêve de tous les commerçants ! »

« Heeh, je ne savais pas que tu avais une telle réputation, Sunbaenim. »

« Je n’étais pas au courant non plus… »

Reisha semblait voir Isaac sous un nouveau jour.

« Hm… »

Le comportement respectueux de Krent mis la puce à l’oreille d’Isaac. Il pouvait instinctivement sentir que quelque chose de pénible était en train de lui tomber dessus. Krent, sentant Isaac suspicieux, décida de le flatter en passant par Reisha. Leur conversation sembla durer éternellement jusqu’à ce qu’Isaac trouve enfin une ouverture pour poser sa question.

« Alors… pour quelle raison venir dans le port maintenant ? »

« Ah ! En vérité, je n’étais pas au courant. »

« Au courant de quoi ? »

« Que les étudiants du Campus étaient libres d’entrer dans le port. Si j’avais su avant, je me serais présenté à vous beaucoup plus tôt ! »

« Et donc pourquoi vouloir me rencontrer ? As-tu quelque chose à me demander ? »

« Non. En fait, je suis venu car on me l’a ordonné. »

« Puis-je savoir qui ? »

« Rivelia Sunbaenim. Elle m’a demandé de vous remettre ce document. »

« Wow ! Est-ce une lettre d’amour ?  Je n’arrive pas à croire que tu en reçoives une. »

Agacé, Isaac prit la lettre des mains de Reisha.

« Je te vois venir Reisha, mais c’est impossible que ce soit une lettre d’amour. Tout d’abord, nous ne nous sommes jamais adressés la parole. Je te préviens, si j’entends une seule rumeur à ce sujet, je saurais que ça vient de toi. »

Isaac avertit Reisha avant qu’elle ne fasse des siennes encore une fois. Sans surprise, Reisha regarda par-dessus les épaules d’Isaac tandis que Kunette monta sur les genoux d’Isaac afin de lire plus confortablement.

« … Ennuyant. »

« Eh, c’est décevant… »

Isaac soupira de leur déception. À quoi s’attendaient-elles ?

« Alors pour quelle raison la nouvelle célébrité de l’Université veut-elle me voir ? »

Krent secoua la tête à la question d’Isaac.

« Je n’en ai aucune idée. »

La lettre ne pouvait pas être plus simple et directe. C’était plus ou moins une convocation dans laquelle Rivelia précisait qu’elle avait quelque chose à lui demander. Isaac ricana après avoir lu le contenu de la lettre puis la remit à Krent.

« Dis-lui que si elle a besoin de moi, elle n’a qu’à se déplacer. Je suis moi aussi un homme occupé. »

« … Quoi ? »

Krent ne pouvait pas croire ce qu’il venait d’entendre. C’était un message qui lui avait été confié par la Déesse de l’Université, Rivelia. Décider de l’ignorer fit encore monter Isaac dans l’estime de Krent, car cela le différenciait des élèves orgueilleux de l’Université prêts à tout pour monter dans l’échelle sociale.

« Vous avez tous mon respect, Sunbaenim ! »

« Hm ? »

« Je m’assurerai de lui transmettre votre message ! C’est celui qui a soif qui creuse le puit ! Si jamais vous avez besoin d’un contact au sein d’une grande guilde de marchand, n’hésitez pas à m’appeler. »

« Voudrais-tu ma mort ? »

Krent était déjà loin et n’entendit pas les derniers mots d’Isaac.

Pendant une seconde, Isaac envisagea de lui courir après avant de se raviser en se rappelant qu’il ne faisait jamais d’exercice et que Krent était un étudiant de l’Université. Reisha éclata de rire alors que Kunette commençait à s’endormir sur les genoux d’Isaac.

« Je devrais probablement commencer à me n’enfuir tout de suite pas vrai ? »

Krent ne manqua pas de délivrer le message d’Isaac. Afin qu’un maximum d’étudiants soient témoins, il choisit de le faire à la cafétéria. Dans sa version de l’histoire, Isaac fut indigné d’être convoqué comme on convoquerait un laquait et exigeait qu’elle fasse le déplacement elle-même.

Déjà peu aimé, Il venait de s’attirer les foudres de tous les étudiants masculins de l’Université. De plus, les règles interdisant les étudiants de l’Université de visiter le port n’étaient désormais plus d’actualités. L’un dans l’autre, cela amena un certain nombre d’entre eux à venir jusqu’au port juste pour l’insulter et le menacer.

Isaac était encore une fois très reconnaissant envers sa blessure. Il lui suffisait de la montrer pour leur rappeler ce qui arrivait à ceux qui s’en prenait à lui.

« Merde, si seulement j’avais encore mes économies. J’aurai ma vengeance, Mazelan. »

Isaac avait utilisé tout l’argent qui lui restait pour acheter des feuilles de Choyu. Il avait donc envoyé une lettre à Mazelan par l’intermédiaire de Gonzales pour réclamer ses économies. Alors qu’il s’attendait à recevoir une enveloppe contenant au moins un peu de son argent, Mazelan ne lui renvoya qu’une lettre dont le contenu ne manqua pas d’exaspérer Isaac.

Ha, ha, ha.

« Comment puis-je récupérer mon argent ? »

Comme si perdre la totalité de son fonds de retraite n’était pas assez contrariant, Krent venait régulièrement lui rendre visiter. Apparemment, lui aussi aimait le passe-temps préféré de Reisha Kunette : perturber la vie tranquille d’Isaac. Isaac n’arrivait à les supporter que grâce aux cigarettes.

Une nuit, quelqu’un qu’Isaac n’aurait jamais pensé revoir lui rendit visite.

« Eh bien… Je ne pensais pas que vous feriez réellement le déplacement. »

Rivelia se tenait devant sa porte. Ses cheveux argentés semblaient illuminés par le clair de lune tandis que sa beauté était telle qu’elle ferait battre le cœur d’un homme mort.

« Eh bien, vous devriez entrer pour commencer. »

« Non, nous allons parler ici. »

Isaac haussa les épaules, lui proposer n’était qu’un simple geste de politesse de sa part.

Après tout, elle dégageait aux yeux de beaucoup « une aura de protagoniste » sortit tout droit d’une histoire. Ses mots étaient absolus et son existence primordiale. Il valait mieux faire ami-ami avec elle plutôt que de se la mettre à dos.

« Faites comme il vous sierra. »

Isaac se rassit aussitôt puis croisa bras et jambes avant de s’enfoncer dans les coussins de sa chaise. Alors que Rivelia s’apprêtait à souligner les mauvaises manières d’Isaac, Kunette descendit les escaliers. Portant son pyjama à carreaux bleu et vert et un bonnet en forme de cône sur sa tête, elle ressemblait à un ours en peluche géant.

« … Isaac, est-ce un invité ? »

« Tu ne dors pas encore ? »

« … Je veux un peu de miel. »

« Tu vas finir par grossir si tu manges juste avant de dormir. »

– Crack –

Irritée par Isaac, Kunette se mit à croquer une des jambes de la table. C’était sa façon mignonne de le menacer. Si Isaac refusait encore, ce serait lui dans ces mâchoires, la prochaine fois.

« Tsk tsk, tu ne devrais pas manger ça. Il y a du miel sur la table de la cuisine. Tu peux en prendre un pot. Et lave toi un coup avant d’aller au lit ! »

Kunette prit le pot avant de repartir aussitôt tandis qu’Isaac regarda à nouveau Rivelia après avoir été interrompu.

« Alors, qu’est-ce que vous vouliez me dire ? »

« …»

« Hm ? »

« Ah ! Ahem, tu dois suivre mes ordres à partir de maintenant. »

« Huh ? »

Isaac fut troublé, il s’attendait ce qu’elle vienne négocier, pas qu’elle exige son obéissance totale et sans condition. Rivelia remarqua la confusion d’Isaac et reformula pour qu’il puisse comprendre sa situation.

« Mazelan Sunbaenim ayant obtenu son diplôme, j’ai été choisie comme présidente et administratrice du Conseil étudiant. Je gérerai dorénavant toutes les marchandises qui entrent au port. »

« Et alors ? »

« J’empêcherai toute marchandise qui n’a pas été approuvée d’entrer sur le campus. »

« Oh, mais faites-vous ce plaisir. »

Insatisfaite de l’indifférence d’Isaac, Rivelia fronça les sourcils.

« Comprenez-vous ce que cela signifie ? »

« Plus que vous ne l’imaginez. »

Voir Isaac agir comme si rien ne pouvait l’affecter alors qu’elle avait clairement exprimé sa volonté d’arrêter son business mis à mal sa patience. Qui d’autre aurait le courage de la traiter comme ça dans le monde ?

« Si nous découvrons que des produits interdits ont été vendus sur le campus, le Conseil étudiant vous amènera devant le tribunal étudiant. »

« Faites comme vous le sentez. »

« Umph ! »

Le juge du tribunal étudiant était Rivelia elle-même. Elle avait donc le dernier mot quant à la punition qu’un élève pouvait recevoir pour avoir enfreint une règle quelconque. Ainsi en se servant de sa position de présidente du conseil étudiant, elle pouvait exiger l’expulsion comme une forme de punition. Malgré ça, le manque de respect d’Isaac mettait les nerfs de Rivelia à rude épreuve.

« Vous ne pourrez pas dire que personne ne vous a prévenu ! Le campus n’a pas besoin de quelqu’un comme vous ! Vous serez expulsé, croyez-moi ! »

« Je suis tout à fait d’accord, cela dit je ne pense pas que vous me ferez expulser si facilement. »

« Hmph ! Pensez-vous que je n’ai pas les moyens de tenir parole ? Vous enfreignez les règles depuis trois ans déjà, et j’ai plus qu’assez de pouvoir pour vous expulser. »

Isaac, non convaincu, fit un sourire narquois.

« Quelles règles de l’école ai-je enfreintes exactement ? »

La confiance en Rivelia semblait éclater dès qu’Isaac prononça ces mots, comme si elle s’y attendait.

« Hmph ! Pensez-vous que je ne suis pas au courant de votre statut spécial ? Même si chaque élève doit se soumettre au règlement de son école, tous sont concernés par celui du Campus. Par conséquent, tous les élèves sont sous la juridiction du président ou de la présidente du conseil des élèves. »

Isaac sortit une cigarette de sa poche, l’alluma puis inspira une bouffée pour garder l’esprit claire.

« Oh quelle tristesse, une expulsion. À ce rythme, je me demande si la réputation de ma famille s’en remettra un jour. Le plus jeune fils a été expulsé pour avoir poignardé son frère, et le frère qui avait été poignardé vit maintenant avec des dommages permanents à ses poumons parce que le Campus a refusé de le guérir, résultant en un traitement inférieur fait par de simples étudiants. Et maintenant, comme si tout cela ne suffisait pas, le campus essaie de me mettre à la porte sous prétexte que j’ai enfreint leurs règles. Je me demande ce que les étudiants vont penser. »

« Uuck… »

Isaac avait raison en tout point. Chaque personne sur le campus avait entendu parler de l’incident causé par Kaizen ainsi que du refus du campus de traiter la blessure d’Isaac. Cette fois, les étudiants prirent son parti, après tout il avait été victime d’une tentative d’assassinat à la suite de laquelle on avait refusé de le soigner. Le campus fut sujet de vives critiques de la part des élèves, affirmant que le Campus considérait ses règles comme plus important qu’une vie humaine. Si les étudiants apprenaient que Rivelia souhaitaient le faire expulser pour une telle raison, elle serait perçue comme soutenant les autorités du Campus au détriment de la sécurité des élèves.

« Cela dit, je doute que les étudiants contesteront votre autorité en tant que présidente, et c’est sans compter sur la peur de devenir un ennemi du Duc Pendleton. Je suppose que rien ne change, les faibles sont destinés à baisser la tête devant les forts. »

« Essayeriez-vous d’insulter ma famille ? »

« C’est l’opinion publique qui vous donnera la réponse. Oh, et ne vous inquiétez pas, je ne pense pas qu’il y ait un seul noble qui ait le courage de vous critiquer publiquement. Les plus courageux se contenteront de murmurer dans votre dos. »

Isaac faisait exprès de la provoquer et Rivelia le savait. Les Pendletons étaient à la fois aimés et détestés par beaucoup de membres de la noblesse. Sur le fond, il avait raison, et alors qu’elle était venue en pensant avoir toutes les cartes dans sa main, elle ne pouvait désormais que se retenir afin de ne montrer aucun signe de faiblesse. Le simple fait de parler avec Isaac l’exaspérait. Elle ne supportait pas son comportement arrogant et éhonté. Son envie de le frapper entre les jambes ne faisait que croître à chaque seconde.

« Je suis Rivelia, fille du duc Pendleton. »

« Je sais. Et alors ? »

« Je suis sûre que vous savez que le baron Rondart est l’un des vassaux de ma famille ? Cela signifie que vous êtes mon vassal. »

« Ah ! Auriez-vous oublié que je n’ai ni partisans ni pouvoir, ni la moindre influence ? Et parce que je suis maintenant en position de réclamer le titre de baron parce que j’ai gagné un combat contre mon frère, je devrais maintenant vous traiter comme mon maître, comme exigé de la part d’un vassal ? Vous devriez savoir dans quelle position je me trouve si vous avez des oreilles. »

Rivelia était sans voix contre la réponse passive-agressive d’Isaac. Elle était bien au courant de sa situation puisque son cousin Mazelan lui en avait parlé.

« Même si les affaires de succession et de noblesse ne vous intéressent pas, je suis toujours la fille du duc Pendleton. Vous devriez être plus respectueux. »

Isaac sourit et commença à parler à Rivelia comme il s’adresserait à une enfant.

« Oh, ma chère Hubaenim. Il se trouve que Mazelan Sunbaenim et moi avons déjà abordé ce sujet. Notre statut peut en effet être appliqué dans un cadre officiel, mais dans les affaires privées, et en l’occurrence celle du campus, notre relation se cantonne à celle entre un sunbae et son hubae. Dites-moi si je me trompe, mais je crois bien que notre affaire ne concerne malheureusement que le Campus. »

« Hmph ! Pensez-vous vraiment avoir le droit de prétendre être mon sunbae ? »

« Heureusement pour moi, dans le Campus, ainsi que dans l’Université, le sunbae est celui qui est le plus près d’avoir son diplôme. Il se trouve que j’obtiendrai mon diplôme dans à peine deux ans. Et vous Hubaenim ? J’ai entendu dire que vous êtes un génie ? Mais seriez-vous capable d’obtenir votre diplôme d’ici là, et ainsi de battre tous les records du Campus ? Wow ! Est-ce que cela signifie que je serai toujours le sunbae de la fille du duc Pendleton ? C’est un tel honneur, chère Hubaenim. »

« Kuuk… »

Rivelia était maintenant à son point de rupture, ses lèvres fermement pressées et un regard mortel dirigé droit sur Isaac. Son visage arrogant lui était insupportable.

« Vous devriez partir si c’est tout ce que vous avez à dire. Ah ! Êtes-vous fâchée que je ne m’incline comme le font tous ces lèches-bottes ? En ce cas, je suis vraiment désolé. »

Beaucoup la convoitaient, car épouser Rivelia signifiait que le Duché de Pendletons serait leur cadeau de mariage et leur nom serait à jamais gravé dans la lignée royale. De plus, sa beauté naturelle ne faisait que rendre la position plus attrayante. Ainsi, beaucoup feraient n’importe quoi pour gagner son attention.

Les mots d’Isaac coupaient profondément dans son orgueil, et la seule chose qui restait sur son visage était le regard mortel d’un cobra.

« J’ai fait preuve de beaucoup d’efforts pour mériter le nom de Pendleton, et j’ai aussi fait mes preuves sans son influence. Si vous me traitez comme une fille vaniteuse et ignorante, alors je ne peux m’empêcher de considérer cela comme une insulte personnelle. »

Isaac haussa les épaules à l’avertissement de Rivelia, il n’y voyait aucune menace.

« Peu importe. Devrais-je aussi vous donner un avertissement ? Ne me traitez pas comme ces garçons qui vous suivent partout. Vous ne m’intéressez pas. Ne le prenez pas mal, parce que je ne suis pas gay non plus. Vous et moi vivons dans un monde différent, alors c’est mieux pour nous deux de rester éloignés l’un de l’autre. »

« Ne l’oubliez pas ! Si je vois des marchandises qui n’ont pas été autorisées à être vendues sur le campus, je vous punirai moi-même. »

« Comment pourrais-je oser aller à l’encontre de vos ordres ? Mais pourquoi ai-je le sentiment que vous reviendrez bientôt pour révoquer celui-ci ? »

« Hmph ! Cela n’arrivera jamais. »

« Vraiment ? On n’est jamais sûr de rien pourtant. Hey, ça vous dit de faire un pari ? »

Le comportement irrespectueux d’Isaac agaça Rivelia et elle fit claquer la porte en partant.

« Est-ce amusant de l’embêter ? »

Kunette avait encore des morceaux de miel autour de sa bouche alors qu’elle s’adressait à lui. Isaac sourit avant de lui essuyer la bouche.

« L’embêter ? Moi ? Disons plutôt que je lui apprends la dure réalité des choses. Comment pourrais-je prendre la fille du duc Pendleton pour une idiote ? »

« …. Alors tu comptes vraiment arrêter de faire affaire avec les étudiants du Campus ? »

« Hm ? Je ne te l’avais pas dit ? J’ai fait approuver toutes les marchandises que je fais entrer dans le Campus. »

« … Isaac, tu es méchant. »

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